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Full text of "Mémorial de Sainte-Hélène, ou, Journal où se trouve consigné, jour par jour, ce qu'a dit et fait ..."

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3 3433 06932829 6 



.^ 




MÉMORIAL 

DE 

SAINTE-HÉLÈNE. 



/ 



IMPRIMERIE DE ]CEBiGUE. 



MEMORIAL 

DE 

SAINTE-HÉLÈNE, 



OTJ 



JOURNAL ou SE TROUVE CONSIGNA , JOUR PAR 
JOUR, CE qu'a PLP et FAIT NAPOLÉON 
DURANT DIX^HUIT MOISJ 

Par le comte de LAS CASES. 
TOME SECOND. 







PARIS. 

L'AUTEUR, RUE DU Bac, n° 53; v 

Tous LES Libraires de France et dk x'Etranoer. 



1823. 



/. 



• • • • 



• •••- • • • •• • 



•• •• ••• •• 



TABLE 

BEi SOMMAIRES DU SECOND VOLUME. 



CONTINUITE DU SÉJOUR A BRIARfi. 



Origine des Guides. — Autre danger de Napoléon ^^ Un 
gros officier allcmaDd. — Un chien. 9 

Guerre. — Principes. — Application. — Paroles sur dirers 
généraux. i5 

Situation des princes d'Espagne à Valencej. — Le pape à 
Fonuinebleau. -^ Kéfleiions , etc. ao 

Sur la Nourelle Hélotse et sur l'amour. *— Contrariétés^ 93 

Lieutenant anglais •— Singularité. — Départ pour Longwood 
arrêté. — Politique. — Etat de la France. *— Mémoire jus- 
tificatif de N«7. a6 

ETABLISSEMENT A LONGWOOD. 

Translation 4 Longwood* — Description de la ronte: *— 
Prise de possession. — Premier bain. 35 ' ^.- - 

Description de Longwood. -— Détail des appartemens. . ^^* "4^ \ '^ 

Régularisation de la maison de PEuiperaur. — * ÇUudtipi^mo*^' 
raie des captifs «ntre eoz. -^ Quelques ndmr^es dtf'Hsà'rgQ-; \ ^ 
tére de VEmpereur. — Portrait de NapoVon" p>r^^-A\»- - J - 
Pradt y traduit d^une gaaette anglaise» «^ Réf«tati6|iV»«« **; ^7 ^--. 

Ma situation matérielle adoucie. — Mon Ht changé. ^ • -^' \«; &i* 

Habitudes et heures de TEmpereur. — - Son style i^ur^dejix- 
Impératrices. •— Détails. -* Maiimes de rEçiïpereur siir la 
police. — Police secrette des lettres. — DétaiU curieux. — 
L'Empereur pour un gonyernement fixe et modéré. 64 

Première tournée de TEmpercur à cheyal. — Dureté des ins- 
tructions miniskériellas à son égardr^'lN'cis peines. — Nos 
plaintes. ^^ Paroles de PEmpereur. —Réponses brutales. 76 

Mépris de TEmpereur pour la poptfarîté. — Ses motifs. ■-< ' 
jSes argumens. -^ Sur ma femme. — La mère et la sceur 
du général Gourgaud. 8x 



/ 



tv 



2 TABLE. ' 

pages. 

L*£mperear souTent blessé dans ses campagnes. •— Cosaques. 

•^ Jérnsalcfl» déliTrée. 87 

Ma conversation avec un Anglais. * 91 

Sut l'émigration. ^- Bienfaisance des Anglais. — Ressources 

des émigrés. io4 

Excursion difficile. — • Premier essai de notre vallée. ^^ Ma- 
rais perfide. — Moment caractéristique. — Anglais désa- 
busés. — Poison de Mithridate^ 
|j'£mpereur laboure un sillon. ■— Denier de la veuve. — En- 
trevue avec Tamiral. -— Nouveaux arrangemeas. -— Le 
polonais Piontkowski. xi3 

Sous-gouverneur Skelton, &17 

Premier de Van. *— Fusils de chasse. — Famille du gouver- 
neur Wilks. Id^ 
Vie de Longwood. »- Courses à cheval de l'Empereur. -77 
!Notre nymphe. — âpbriquets. ^^ Des iles; de leur 
. défeosie. -^ Grandes forteresses ; Gibraltar. — Culture 
ii% et lois de llle. •— Enthousiasme. 122 
L^Empercur vivement contrarié, r-* Nouvelles brouilleries 

avec l'amiral. 162 

Chambre de Marchand. ^- Linge, vétemens de TEmpereuf. 

Eperons de Champaubert. 157 

'141 
inché en joue. -^ Nos pasBe*tenip8 du soir. --« 
« «^ RMnafqu}-n»^Sqi;tie poltftique. i43 

, :$UTf\^}Uo»h sc^tftfildtt oabiner de Bonsipavte , par Golds- 

IV^ /;«•* J^Em^lçuc^ décide à apprendre l^anglaia» i54 

***fhreMèféi«çond^anglaifl. i56 

NoslAkbihtîdeb journalières. — Conversation avec le gouver- 
neur Wills. -p- Armées. — Chimie. — Politique. — • Détails 
sur Vlnde. — Delphine, de Mw« de Staël. — MM. Neker, 
Calonne. i59 

Mon nouveau logement. — Description. — - Visite matinale. 167 

Lectures de TEmpereur : Mm« de Sévignë. — Charles XIJ. 
— ^ Paul et Virginie. — Yer^t. -— RoUiii. — Velly. — Gar • 
nier, 171 

difficulté vaincue. '•— Dangiers personnels de TEmpereur à 
Eylau, h Iéna.-«Troupes russes, autrichiennes ^ prussiennes. 



'♦t/^*.*Aji^îr2il Taylord. 
^ * ** •* iSfiYpjfértnt conc 



TABi.E. 3 

— Jeune Guibert. -^ Gorbinewi* -^ MdréoKal Lanbef* 

Bessiéres, — Duroc. tjy 

Etude de ranglais» — ' Déiâtk^ ^ Réfib$tk)DS« -^ Pfometiade à 

lierai — Gheral embourbé. ' c ' 190 

i3 Vendémiaire. adi' 

Bataille de MoUtênotte. ' . s^g 

Topographie de Fltalie. * 357 

£ioge de Sainte-Hélène, par l'Empereur. -«Pelitci résfour^. 

cedtlerile. i«5 

Première sUdgikéé de mon fils. -^ L'^Ein^eur me dosiie un 

e)ieval. 269 

Progfé» dé (^Empereur dans l'anglais. -^^cC 

L'*Empereur apprend la mort de Mtii'at. a|]^ . 

Forlier , Ferdinand. — Tableanx dé P Atlas. • ^yBi 

$ar TEgyple. — Ancien projet sur le NiL laSd 

Uniformité. -^ Ëonui. ^ Sôlilade ûéVEmpetmt, -^ Garî- 

oatnres. * ^ • . ^^ 

Longfie «ionrâe à pieâ èb PEthperear? 987 

Mauvaise température dé Safntë^Hâlènê. -*• Qhèetttiîpùi lm« - 

portantes sur l'esprit de eè'jdorfial. .' • > -. «89 
PoHiiqQe de I^Emperénr sût kè à{ïân>erde iki Flfftifi^. 9^ 

Peinture du bonheur doJtnesti^ paie PEmj^erimr. ^-^ Dieux - 

demoiselles de rtïe. . . ..; i 'î ., , •■ ^^3 

Trarauii de TEmperenf à file d'Ebtf . -^ Pt<dile<6ë6â detftar ^ 

baresques pour PEmpereur. ' 29^ 

Ptonikowskî. — Carîcatiirel* * «99 

Retour de File dIElbe. - . j . : g^^ 

Campagne dltalie el d'Egypte. *-*' Opitiîôïi de i'Empéi^éur 

sur nos grands poçtes.^- Tragédies modernes. — Hector;-— 

Les éuts de Bloîs. — Talma. ' 3i/f 

Les faiseurs d'afFaires dans la Térolulion. -^Crédit de PEtiâ- 

perear à son retour. — Sa réptiiatioii dadS l'es bufieànx 

comme vérificateur. — Ministre des finances j du trésor. 

— ' Cadastre. 5o9 

Sar rinvasion en Angleterre. -^ Détails. 519 

Flotte de la Chine. 334 

Cour de l'Empereur ; étiquette, etc. — Anecdote de Tarare. 

Grands-OflSciers.— Chambellans. — ^Splendeur sans égale de 

la Cour des Tuileries. — Belle administration du palais. — 




TABLE. 



pifiCM 



H 



laUMKMM dm PBmpmrcur à tes lereri. - Grand courert. 

J0à «TMmc» tciui dm U Chine. ^ Présentation des capitaines 

tW U floiu 4i U Ghîne. ^^ 

|^^6caiton. 345 

|«*Cmp«r«iir en éui d'employer son anglais. -— Sur la mëder 
eîiM. *^ Conrisart. -^ Définition — Sur. la peste. — Méde- 
cÎM de B^byloane. s 347 

Procès de Ney. — Voîtare perdue & Waterloo. — Entreme 
de Bresdo. «^Sur rhumeur des femmes. -«Princesse Pau- 
line. — - Beau mouvement de l'Empereur . 356 
Injure à PEmpereur et au prince de Galles, — Exiéoution de 

Ney. — . Evasion de Lavalette. 388 

Commission pour le prince Régent. 39a 

Esprit de Tile de France, 394 

JntendoB sur iRome. -^Horrible nourritorç. — Briunnicus. 397 
90 mars. •— Couches de ^Impératrice. 4^0 

Conjuration de Catilina. ^^ J^eê Gracques.. — Les historiens. 
-^Sommeil durant la bataille. —"César. —Ses Commen- 
taires. -^ Des divers système; militaire?. 4<>4 
Journées de hon^yrooit — ^ Procès 4e Drouot. — Jugemens 
militaires, *— Soult. — Masséna.*^ Camarades de Napo- 
léon dans l'artillerie. — < L'Empecj^r croyait son nom 
hicomm y mê^ne, 4a9S Paris , k qqelques-uns» . 4^3 
l^men de conscience politique. -7* Etat fidèle de TEmpire. 
•T- Sa prospérité. -— Idées libérales de TEmpereur sur la 
4ifférence des partis. — Marmont. — Murât. — Berthier./ 4^3 
Chance^ de daqgers dans les batailles^ etc. «— Bulletins très- 

véridiques. 435 

Insalubrité dej'lie. 436 

Parolça de TEmpe^efir snr son expédition en Orient. 439 

fVésui^é dis neuf mois époulés, 440 



VIN DS LÀ TAKJbE ' SV MCONU ¥OX.VSUt. 



MÉMORIAL 

DE S"-HÉLÈNE. 

■ Il II I I ■ I IV ■ ■ ■• wi ■ ■■ ■ I ^■■■■1— Il I I m m » 

CONTINUITÉ 

DirSJÊjOUa A BRIARS* 



Vendredi i Décembre au Dimanche 3. 

Origine des Guides. «— Autre danger de Napoléon* -« 
Un gros Officier allemand* «-* Un Chien* 

XJn grand nombre d'objets remplissent ces 
journées ; j'en élague une /partie comme inu- 
tile , et j'en tais une autre par convenance ; 
je ne retranscris ici que quel<jues traits nou- 
veaux, relatifs au General en chef dé V^jaée 
dltaUe. 

Napoléon, après le passage du Minçio, 
toutes les mesures ordouuée^, et Tennemi pour- 
suivi dans toutes les directions, s'arrêta dans 
nu château, sur la rive gsiuche. Il souffrait 
de la tète, et prit un bain dp pieds. Un gros 
détachement ennemi égare et perdu arrive, en 
remontant le fleuve, jusqu'à eexhâteau. Napo- 
2. 4 



^0 MÉMORLA.!! (Dec. i8*5) 

lëon y était presque seulj la sentinelle en fac-« 
tion à la porte n'a que le temps de la pousser, 
en criant aux armes j et le gênerai de l'armëe 
d'Italie ) au sein de sa victoire, est réduit à 
s' évader par les derrières du jardin, avec une 
seule botte, l'autre jambe nue. S'il eût été 
pris avant quç sa réputation ne l'eût consacré, 
les actes de génie, par lesquels il venait de 
débuter, n'eussent peut-être jamais été pour 
le vulgaire que des écbauffourées heureuses 
et blâmables. 

Le danger auquel venait d'échapper le géné- 
ral français, circonstance qui, dans sa manière 
d'opérer, pouvait se renouveler souvent, de- 
vint l'origine des guides chargés de garder 
sa personne. Us ont été imités depuis par les 
autres armées. 

Napoléon, dans la même campagne, courut 
encore un aussi pre;5sant danger : Wurmser, 
réduit à se jeter dans Mantoue, et deTiouchaut 
subitement dans une plaine, apprit d'une vieille 
femme, qu'il n'y avait qu'un instant que le 
général français , presque seul de sa personne , 
se trouvait arrêté devant sa porte, et qu'il 
avilit pris la fuite à la vue même des Autri- 




(Bée. lêiSV DE SjfirrrE-HÉIJÈNE. u 

^iens. Wurmser expédia aussitôt un bon ndm^ 
Irt <de ça^valiers. dans toutes les >directionsNk 
ne doutant jpas de la précieuse, capturé, ^ Mais 
€ il recommandait su rtot}t, il fâiit lui rendre 
• cette justice, disait L'Empereur, de ne pas 
m me tuer/ni de ne me faire aucun mal. » Heu--! 
reusement la vitesse de «on cheval et so^n 
heureuse e'toile sauvèrent le jeûne général. 

On va voir que la nouvelle manière de iaire 
la guerre , pratiquée par NapoMon , déconcer-r 
tait tout le monde. A peine la campagne était 
ouverte, que toute la Lombardie était inondée 
dans toutes les directions, et qu'on feisait déjà 
les. approches, de Mantoue, pêle-mêle avec les 
ennemis. Le général en chef, se trouvant dans 
les environs de Pizzighitone , rencontra un gros 
capitaine ou colonel allemand qu'on venait 
de faire prisonnier. Napoléon eut la fat^taisie 
de le questionner, Sans en être connu, et lui 
demanda comment allait les affaires, ce Ohl 
«très -mal, lui dit l'autire; je ne sais pas 
«comment cela finira; mais on n'y corn- 
« prend plus rien. On nous a envoyés ponj 
K combattre un jeune étourneau, qui vous; 
fiL attaque à droite^ à gauche , par^devant , par^ 



Ai MËMORÏAf. (aM^iets) 

ic àemhrei on ne sait phxs que feire? Cette 
ic manière est insupportable ; ansbi y poàr ma 
é part, je suis tout console d'avoir fini. » 

Napoléon disait qu*à la suite d'une de ses 
grandes affaires d'Italie, il traversai lui' trois 
ou quatrième , le champ de bataille dont cm 
n'avait pu encore enlever les morts : « p^r 
ce un beau clair de lune, et dans la solitude 
« profonde de la nuit, disait* l'Empereur, un 
« cliien sortant tout à coup de dessous les 
« vétemens d'un cadavre , s'élança sur nou* 
« et retourna presqu'aussitét â son ^te , ea 
k poussant des cris douloureux; il léchait tour 
«( à tout le visage de son maître, et se lançait 
« de nouveau sur nous. G'e'tait tout i la fois 
«r demander du secours et rechercher la ven-^ 
« geance. Soit disposition du moment, conti^ 
«s nuait l'Empereur, soit le lieu, l'heure, le 
ce temps , l'acte en lui-même , ou je ne sais 
m <pioi| toujours est-il vrai que jamais rien, 
ft sur aucun de mes champs de bataille , ne 
« me causa une impression pareille* Je m'arrè- 
m taî involontelirement i conteâipler ce spec- 
«c tacle. Cet homme, me disais- je, a peutnètre 
« des amis; il eu a peut^re dans le emnpy 



f ]M. iMO DE SiUNT&KÉLÈIŒ, 4S 

M dans ^ai ïKnDpigikîe, et il gît ici abandonne 
« de tous, excité de son chien! QndUe leçon 
n la^ natnre noms donnait pat L'intermédiaire 
ftii'iin animal !..« 

ir Ce qii'est l'homine ! Et qnel n'est pas le 
4rinyrtere de ses impressions I ' J'avais > sans 
«r tf motion, cmlonné des batailles qtd devaient 
«d^idéf dm sort de l'armëe; j'ayais vu, d^ui| 
•m œil sec, exëontar d^f monremens qui ame-^ 
« naient la ^rte d'un girând noi^bre d'^entre 
>ft nous; et' ici > je me sentais ëmu, j'étais remné^ 
«< p» les • CTÎs et la douleur d^nn <âiien ! ... Ce 
ecpl'ii y a de bien certain, c'est qji'eti çé 
•c moment j'eusse été plus traitable pôur^ii» 
m ennemi suppHant| je concevais mieux Acbilli 
«rendant le corps d'Kectbi' smx larmes dé 
le Piiam* » ■ ■•" 

Limdî 4. — Mardi 5^ .. ■ ' \ 

Guerres ^ Frjncjpei. -^ AppUcAtioii. --t Fw>lei( sM^ 
divers igâténns* ; .., 

Mes yeux âaient devenus fort malades^ Ij^ai^ 
été oblige d^interrompre mon travail : ilis^ëtf 
venttbut'à feit; je les aurai perdus sur la cam-^ 
pagtt« d'Italie* . ; ' 



« / ïtfEMORIAL (Oée. i84S) 

: .De^sd^ qôelc^e tentps la temp^ture ëprôu*^ 
vait une îraiiàtion. ^^sible. ^u demeuraui; nous 
n'ènlIehidldaiiL&pliis ri^a. ank. saisons : .le soteil 
passant dans Tannée deux fois rar'nos* tétes> 
aburdeiv^idns àvoif^idisions-noùsi', dit moins deux 
êték i ou,' pour, niieux dire, le< tout , dtms nios idëes 
accôatùmMs, né ressiemblait plus à men> car ; 
pwai ^dkeyb^.hi eotifustôn^} notis devi0Afi faire 
toiiArfiôSjOakul^ d^'sonnmis au rebours^^de fEutr 
nope , puisque n()us no^ trouTionS' daçns rkér 
ibi^h^re niendioiiaL: Quoiqu'il [etffùf , il plau^ 
i;$i)t.$p!UT«tit, d'al^o^hôre. ét^it.ti^ès-^uiûide, il 
feisait plu9 jrr§i4^, L'SmperëUr tte sortait plus 
kwsoîi:; il ^^'efujrbumaitiià c)iaque iiist^iit^ il ne 
stpç^^t pfisj I^ien.^ Il fut;obUg4 de çiasseir de 
lAfinger splis «l^itepte, et de fis^i^Oj servir de nou-^ 
veau danjs sa chambre. Il s'y trouvait nûeux; 
mais il ne pçuvait^y bouger. .La conversation 
continuait "â tablé àpres""qù^it avaLitf dessem. 
An jcfed'Lur, H ëntrepftt4e-gi(^»A'aPGmn^attd^ 
qui était resté pot:tf dîhfer, sûr les elemens et sur 
lp0jprfi«U^rijf^]?erJfiçe6 de VarjilJ^rie, jjG^ui v ci 
i|pita)t.;4Qi cette i^rmey ëd^ji^^pepcjQt^ totit^fmis 
éo^pulil. L'e^^am^en futi^^^èfrica^ic^ti^ i^tifpijl g^it 
TEmpereur ne fut jamais le plus.fi^ible ç on eM* 



(Dec i8i5) DE SAINTE-HÉLÈNE. 45 

dit qu'il venait de passer lui-même son examen 
^l'école,. 

On parla ensuite de guerre, de grands capi- 
taines. « Le sort d'une bataille, disait rEmpe- 
« reur, est le résultat d'un instant, d'une pensée: 
iit on s'approche avec des opmbinaisons diverses ,' 
« on se mêle, on se bat un certain. tQmpsj le 
•c moment décisif se, présente, une étincella 
« TOorafe prononce, et la plus petite réi^eirve 
ic accomplit. » Il a été parlé de Lutzen et de 
Bautzen, etc., etc. . 

Plus tard l'Emporeur a dit qu'à la campagne 
de Waterloo, s'il avait; suivi ,1a pensép de tourBer 
la droite ennemie, il y eût: réussi façilemciMii il 
avait préféré de percer le centre et de sépa]rer 
les deux armées. Mais tout a étç fatal 4^n$ cette 
affaire, qu'il dit avoir pris la. teinte d'ijine 
absurdité, et pourtant il devait obteni;: la,yic- 
toire. Jamais aucune de ses .hafaillei^ n'avait 
présenté moins de doute à ses yeux ; il Qst e^n£;ore 
à concevoir ce qui est arrivé, Grouchis'e^t^ 
dit -il, perdu. Ney était tout hors, de lui j on 
pouvait lire sur ^on front et,pêie-mçle le^ixe-^ 
movds de Fontainebleau et: Q^ux, doX.ons-le- 
Sauniei, JDerhn^ s'est ren^a isNtUitç,, Pçji-sonaç? 



46 MÉMORIAL (Wc. uns) 

n'a été soi-même. Si le soir il eût connu la posi- 
tion de Grouchi et ^'il eût pu s'y jeter, il lui 
eût été possible au jour, avec cette magnifîcpie 
réserve, de rétablir les affaires et pent-étré 
piême de détruire les alliés par un de ces prodi^ 
ges, de ces retours de fortune qui lui étaient 
familiers; et n'eussent surpris personne. Mai$ il 
n'avait nulle connaissance de Grouchi , et puis 
il n'était pas facile de se gouverner au milieu 
des deljris de cette armée. On se la peindrait 
difficilement dans cette nuit de douleur; c'était 
un torrent hors de son lit, elle entraînait tout. 

Laissant ensuite t?ela, il disait que les périls 
des généraux de nos jours ne pouvaient se com-» 
parer à ceux des temps anciens. Il n'y avait pas 
de position aujourd'hui où un général ne pût 
être atteint par l'artillerie. Jadis les généraux 
ne couraient de risque que quand ils chargeaient 
eux-mêmes; ce qtq x^' était arrivé h César que 
deux ou trois fois» 

Il était rare et difficile , disait^ldans un autre 
moment, de réunir toutes les qualités nécessaires 
à un grand général. Ce qui était le plus dési* 
rahle et tirait aussitôt quelqu'un hors de ligne, 
c'est que chez lui l'esprit fut en équilibre avec 



(Dec iSî5) DE SAINTE-HÉLÈNE. 47 

le caractère, ou le courage : c'est ce qp!il appe- 
lait être camf autant de base que de hauteur. 
Si le courage, continuait-il, ëtait de beaucoup 
É^upe'rtcur, le gênerai entreprenait vicieusement 
tu-*delàde ses conceptions; et, au contraire, il 
n'osait pas le» accomplir, si son caractère ou ^n 
Courage demeurait au dessous de son esprit. Il 
eitait alors le Vice-Roi, chez lequel cet équi- 
libre ëtait le seul mërite, et suffisait néanmoins 
pour en &ire un homme très-distinguë. 

Delà ona beaucoup parle du courage physique 
et du courage moral; et TEmpereur disait, au 
sujet du courage physique, qu'il ëtait impossible 
à Murai et à Ney de n'être pas braves; mais 
qu'on n'avait pas moins de tête qu'eux; le pre- 
mier surtout. 

Quant au courage moral, il avait trouve fort 
rare, disait-il, celui de deux heures après mi- 
nuit; c'est - à - dire le courage de l'improviste, 
qui, en dëpit des ëvënemens les plus soudains , 
laisse néanmoins la même liberté d'esprit, de 
jugement et de décision. Il n'hësitaitpas à pro- 
noncer qu'il ëtait celui qui s'était trouvëavoir 
le plus de ce courage de deux heures après 
minuit, et qu'il avait vu fort peu de personnes 



48 MÉMORIAL (Dec. iZis) 

€pi\ ne fussent demeures de beaucoup en arrière.' 

Il disait, à la suite de cela y qu'on se faisait un€ 
idée peu juste.de la force d'ame nécessaire pour 
livrer ; ayec une pleine méditation de ses consér 
quences, une de ces grandes batailles d'où vont 
dépendre le sort d'une armée, d'un. pays ^ la 
possession d'un trône. Aussi observait-il qu'on 
trouvait rarepient des généraux empressés . à 
donner bataille : ils prenaie;at bien leur position; 
s'établissaient j méditaient leurs combinaisons; 
mais là commençaient leurs indécisions; et 
rien de plus difficile/ et pourtant de plus pré- 
cieux, que de savoir se décider. 

Passant à un grand nombre de généraux, et 
daignantrépondre à quelques questions : Khfber^ 
disait-il, était doué du plus grand talent; mais 
il n'était que l'homme du moment ; il cherchait 
la gloire comme la seule route aux jouissances j' 
d^ailleurs nullement national , il eût pu , sans 
effort , semr l'étranger : il avait capimencé, 
dans sa jeunesse, sous les Prussiens, dont il 
demeurait fort engoué. 

Desaix possédait à un degré très*siipérieur 
cet équilibre précieux qui avait été défini plus 
haut. 



.(tt€^ i«i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. n» 

Moreau etsat peu de ckoâe dans ia^première 
ligne de&géaër^ux : lanattii'e, ea lui, u'arait 
pas fini sa création;, il avait plus* d'instinct que 
de génie. ; r : 

. Che^ ZanneSy le courage remportait dfa- 
hotà SUIT l-e^pril;; mais, chez lui;, Fesprit mon- 
laiffQb%qu6 Jour pour àe^ mettre en e'quilibre. 
lii^ait devenu très-supérieur, quand il a péri, 
m 3e l'avais pris pigme'e, disait l'Empereur j 
m je l'ai perdu géant. » 

Chez tel autfé' <]fu'il nommait, l'esprit, au 
ûmivêire; surpassait lercaractère; on ne pou- 
vait lui -refuser de la" bravoure assurément j 
mais: enfin il' calculait le boulet, ainsi que 
})eaucoup d'autres» 

. Barlaiit d'axdeur et de courage, ^Empereur 
disait^ : « ïl n'est aucun de mes goneraus: dont 
jr je. ne connaisse ce que j'appelle son tirant- 
« d^çau. Les un$, disait-il en s'accompagnant du^ 
« geste, en prennent jusqu'à la ceinture^ d'au- 
«,. très jusqu'au n»înton, enfin d'autres jusque 
% par*disssus la têtcj et le nombre de ceux-ci 
« est bien- petit, je vous assure. » 
; Sachet était quelqu'un chez .qui le caractère 
et l'esprit s'e'taient accrus à surprendre. 



s b MÉMORIAL ( Uè. t$iBy 

Masséha avait été nn homme très^supërieur, 
qui, par un pririlege trës-particulier) ne pos* 
cédait ré(piilibxe tant désiré (ju'au milieu du 
feu : il lui naissait au milieu du dangter. 

* « Les généraux qui semblaient devoir s'éle^ 
m- ver, les destinées de Fa venir, terminait-il, 

• étaient Gérard^ Cbwsely Foy, Lùmar-- 
« qu0^ etc., etc. : c'étaient mes nouveàuî 
m marécliaux. >» 

Mercredi 6^ 

Sîloatioa des priooès d'Espagne à Yakiieey. «p^ Le P>pA 
à Foataioebleam — <» R^fflexions ,• etct 

L'Empereur, après m'avoir dicté ce matin, a 
travaillé successivement avec ces messieurs, et 
prolongé quelque temps sa promenade avec 
eux. A leur départ, je Tai suivi dans Fallée- 
inférieure? il était triste, silencieux, sa physioK 
nomie avadt quelque chose de contrarié et dfe 
sévère, « Eli! bien, mVt-il dît, en remontent 
« pour dîner, nous aurons à Longwood des sen- 
<» tinelles sous nos fenêtres. On voudrait me 
fc forcer d'avoir un officier étranger à ma \z- 
« bUe, dans mon salon. Je ne saurais monter à 
fc cheval sans en être accompagna; en un mot, 



(^Djk. isrf) DE SAINT&HÉLËNE. S4 

« nous ne saurions faire un pas, un mon^e- 
% ment sous paiue d'un outrage L... » 

Je lui ai dit que c'était une goutte d'absinthe 
de plus dans le calice amer que nous devioivi 
boire à jsa ^oire et à sa toute puissance passée^ 
que son stoïcisme, d'ailleurs, suffisait pour 
d^r ses enneiuis, et les ferait rougir de leur 
brutalité à la face des nations. Je me suis 
basardë de dire que les princes d'Espagne, f 
Valencejr, le Pape, à Fontainebleau, n*avaient 
sans doute jamais rien éprouyé de pareil. « Je 
«. le crois bien, a^t*il repris; les princes cha»* 
H saient à Valencejr, ris j donnaient des bals^ 
« s^ns soupçonner physiquement leurs cliaiiies; 
r le respect,, les égards, les entouraient de 
m toutes parts. Le \ieux roi Charles IV avait 
< été transféré de Gompiègne à Marseille, et 
jK de Marseille à Rome, quand il l'avait voulu* 
P Et, 4:^endant^ quelle différence de ces loc^- 
« lités à celles d'ici ! Le Pape, à Fontainebleau, 
«. bien qu'on en ait osé dire dans le monde^ 
« avait été traité de même; et encore ne sait' 
ce on point le nombre des personnes qui, malgré 
« tous ces adoucissemens, avaient refusé, dans 
« cei, circonstances, d'en être 1^$ gardiens; 



22 MÉMORIAL (Dec. itJiS) 

i« refus qui ne m'avaient point offfensë, parce? 
•c qu'ils m'avaient parus simples : ces emplois; 
« étaient du domaine de la délicatesse inté- 
u rieure, et nos moeurs européennes veulent 
« que le pouvoir se trouve limité par i'hon- 
« neur. » Il ajoutait que , quant à lui , comme 
homme et officier, il n'eût pas hésité à refuser 
de garder le Pape , dont il n'avait jamais or- 
donné d'ailleurs la transportation en France. 

Ma figure exprimait une grande surprise : 
cf Ceci vous étonne, a-t-il repris, vous ne It» 
w saviez pas? Cela est pourtant vrai, ainsi que 
« beaucoup d'autres choses semblables que 
« vous apprendrez avec le temps. D'ailleurs ^ 
« faudrait - il encore distinguer les actes du 
ce souverain qui agit collectivement, de ceux 
« de rhomme privé que rien ne gêne dans son. 
fc sentiment : la politique admet , ordonne 
« même à l'un ce qui demeurerait souvent san& 
« excuse dans l'autre. » 

Le moment du dîner amena d'autres conver- 
sations , et trompa son chagrin j la gaîlé prit le 
dessus. 

Cependant l'Empereur songeait sérieusement 
à quitter èsl mauvaise cabane, quelqu'incon^^ 



(Dec. i8i5) DE SAINTE-HÉLÈNE. 23 

•vënient d'ailleurs qiie fit pressentir la nouvelle 
demeure. Il m'a chargé, en allant finir ma 
soirée chez notre hôte, de lui porter ime boîte 
avec son chiffre, et de lui dire qu'il était fâché 
de tout l'embarras qu'il devait lui avoir causé* 

Jeudi 7* 

Sar la Nouvelle Hëloïse, et sur l'amoar.— Contrariétés. 

L'Empereur m'a fait descendre de bonne 
heure chez lui. Il s'est mis à lire la Nouvelle 
Héloïse , s'arrêtant souvent sur l'art et la force 
des raisonnemens , le charme du style et dés 
expressions j il a lu plus de deux heures. Cette 
lecture produisit sur moi une giande impres- 
sion, ifjïe forte mélancolie mêlée de douceur 
et de peine* Cette production m'avait toujours 
fort attaché j elle réveillait d'heureux souve- 
nirs , créait de tristes regrets : l'Empereur en 
sourit plus d'une fois. Durant le déjeûner, l'ou- 
vrage demeura le sujet de la conversation. 

Jean-Jacques avait chargé son sujet, disait 
l'Empereur, il avait peint la frénésie. L'amour 
devait être un plaisir, et non pas un tourment. 
Moi , j'affirmais qu'il n'y avait rien dans Jean- 
Jacques qu'un homme n'ait pu sentir, et que le 



2* MÉMORIAL <Déc. iei5) 

tourment même, dont parlait l'Empereur, e'teit 
un bonheur. « Je vois, me disait-il en riant» 
« que TOUS avez donne dans le romanesque* 
ic Cela vous a-t-il rendu heureux? — Je ne me 
« plains pas de ma destinée^ Sire, repondais- 
cc je j si j'avais à recommencer, je n'y voudrais 
n rien changer. » 

L'Empereur a repris la lecture après le 
déjeuner. Cependant, à mesure que nous avan- 
cions , il s'arrêtait de temps à autre : la magie 
l'atteignait à son tour. Il finit par laisser le 
livre, et nous avons pris la route du jardin. 
« En effet, disait-il chemin faisant, cet ouvrage 
« a du feu, il remue, il inquiète. » Le sujet 
a été traité à fond^ nous avons del)ité beaucoup 
de verbiage, à la suite duquel il a été conclu 
que l'amour parfait était le bonheur idéal j que 
tous deux étaient aussi aériens l'un que l'autre, 
aussi fugitifs, aussi mystérieux, aussi inexpli- 
cables, et que l'amour, du reste, devait être 
l'occupation de l'homme oisif, la distraction 
du guerrier, Técueil du souverain. 

Le Grand-Maréchal et M. Gourgaud nous ont 
rejoints : ils arrivaient de Longwood. L'Ami- 
ral, depuis quelques jours, était fort pressé de 



fDëc. i8i5) DE SAINTE-HÉLÈNE. 25 

non» y envoyer; l'Empereur n'était pas moini^ 
désireux de s'y rendre j il était si mal à Briars! 
Toutefois il fallut que l'odeur de la peinture 
le lui permît : il était impossible à son organisa-^ 
tion particulière de la supporter; jamais, dans 
les palais impériaux , il n'était arrivé de l'y ex- 
poser. Souvent , dans ses voyages , on avait été 
obligé de changer à la hâte les logemens q[u'on 
lui avait préparés. A bord du Northumberland, 
il avait été malade de la seule peinture du 
vaisseau. Ici on lui avait dit la veille qae tout 
était prêt , qu'il n'y avait plus d'odeur. Il avait 
dès-lors résolu de partir pour Longwood le 
surlendemain samedi» afin de. jouir de l'absencei 
deà ouvriers le dimanche^ mais le Grand- 
Maréchal etM.Gourgaud lui otît déclaré, en 
cet instant, qu'ils venaient de vérifier la place, 
qu'elle ne serait pas tenable : ils se sont éten-, 
dus longuement sur cet objet. L'Empereur a 
pris beaucoup d'humeur du premier rapport 
qu'on lui avait fait, et de la résolution qu'il, 
lui avait fait prendre. Ces deux messieurs s'en 
sont retournés; nous avons gagné l'allée infé- 
rieure , l'Empereur toujours assez mal disposé, 
M. dé Montholon est arrivé de Longwood fort 
2. ' , 2 






29 MÉMORIAL (Bée. iStS) 

mal à propos; il a répète que tout était pré- 
paré, qU^ l'Empereur pouvait y aller quand il 
Yjau^rait*; la coutrariëtë et l'humeur ont éclaté 
à ces deux rapports aussi voisins et aussi con- 
tcadietoires; Heureusement l'instant du dîner 
est renu faire diversion; on avait mis le cou- 
y^eit dans la chambre à coucher; l'Empereur 
était assez enrhumé pour ne plus pouvoir sup- 
porter la tente. Après le dîner, il a repris sa 
lecture ; il a fini la journée, comme il l'avait 
commencée, avec la Nouvelle Héloïse, 



: Vendredi 8. — Samedi 9. 

Llénteûant anglais. — Singularltë. — Départ poar 
XiODgVood aiirérë. * — Volîtiqae. -^ Etat de la 
France. ^^ Mémoire justificatif de Ney. 

Le doute élevé hier sur l'odeur de la pein- 
ture à Longwood , m' ayant donné l'idée d'aller 
le vérifier moi-même , et désirant pouvoir eu 
rendre compte à l'Empereur à son déjeûner, 
je suis parti de très-grand matin, faisant les 
trois quarts de la route à pied , parce que per- 
sonne n'était encore levé aux écuries. J'étais 
de retour avant neuf heures. Il était très- vrai. 



(BêB. 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE, if 

que les appartemens sentaient peu; mais c'était 
encore trop pour l'Empereur. 

Le 9, TEmpereur a reçu, au jardin, la 
présentation du capitaine du Minden/de 7k ^ 
venant du Gap, et repartant sous peu de jo^urs 
pour TEurope. Ce capitaine avait déjà eu 
riionneur de lui être présente à Paris, soua 
le consulat, douze ans auparavant. Il a de*: 
mandé la permission de présenter à TEmpe- 
reur un de ses lieutenans , à e^use de quel-^ 
ques circonstances personnelles qui nous ont 
paru bien singulières. Ce jeune homme était 
né à Bologne , précisément lors de la pre- 
mière entrée de - l'armée . française datiHI 'cette 
ville. Le Général français ,< lui,. Nàppléon, 
était même intervenu pour quelque chose, 
qu'ils ne surent pas expliquer; dans la', céi^ 
mtnie du Laptême de cet enfant j et il avait 
fait présent à ce sujet d'unie <?6cârde- triè^ 
lore, conse^ée précieusement dépuiis dans la 
famille. ' • • -^ 

Après lé déjpart de èes persotrtif s , k Gjand^ 
Maréchal arriva de Loïigw0bd> :- il trôtiA^iC 
que l'odeur était ^ réfell^nieni peu '4e ^'diiç^è, 
L'Empereur était si malj nn^-fciiiSn'^^UB 



?$ MÉMORIAJLi (Pé«.«8f$) 

effets ëfait dëja partie : il arrêta de se rendre 
à Longwood le leademain* J'en fus bien aise 
pour mon compte; depuis c[uelcpies jours 
j'uyais pu me convaincre du parti pris d'obli* 
ger l'Empereur i^ déguerpir.? 'avais garde pour 
moi les communications publiipies ou secrètes 
qu'on m'en avait faites; je me faisais une loi 
de lui épargner autant de contrariétés que 
possible , me contentant d'agir en consé^^' 
séquence. Il y avait deux jours qu'on était 
venu enlever la tente , sans qu'on l'eût désiré; 
l'officier qui en était chargé avait aussi ordre 
d'enlei^0r en mémç temps les contre-vents de 
la. demeuj^e de l'Empereur. Je pris sur moi 
4e m'y opposer; .cela ne se pouvait pas,, lui 
dis-*. je, l'Ë(upereur dormait encore, et je le 
i:ènvoyai« D'un autre côté, afin de m'effrayer » 
on. me dit, on me confia avec mystère, et 
souà le secret;, que si l'Empereur den^eurait 
plus l<>ngrtempS) il était question d'envoyer 
cent soldats camper aux portes de l'enclos* 
Je répondis que c'était très-bien, et^^^ tins 
nul COTttpte," etc., etCi 

Quel pouvait-etre U motif de c^e presse 
nouvelle? J^^içupçpnnai que le caprice de no$ 



(Me. letS) DE SAINTE-HÉLËNE. 29 

geôliers, et Texereice de rautorité yaraient 
beaifcoap plus de part que tout autre chose. 

Nous avions reçu des papiers juscpi'au A 5 sep* 
tembre : ils deyinrent le sujet de la conversa- 
tion : l'Empereur les anafysa. L'avenir demeu-^ 
rait enveloppé des nuages les plus sinistres* 
Toutefois trois grands résultats seulement s'of- 
fraient à la pensée y disait ITÎmpereur : le par- 
tage de la France, le règne des Bourbons, ou 
une dynastie nouvelle. Louis XVni, obser- 
vait-il, avait pu régner facilement en ASih, 
en se faisant national. Aujourd'hui il ne loi 
restait plus que la chance, fort odieuse et 
trcs-incertaine , d'une excessive sévérité : celle 
de la terreur. Sa dynastie pouvait demeurer, 
ou celle qui lui succéderait n'être encore 
que dans le secret du temps. Un de nous 
ayant observé qu'il pourrait se faire que ce 
fût le Duc d'Orléans j l'Empereur a, par un 
niouvement fort «erré, fort éloquent, prouvé 
qu'à moins que le Duc d'Orléans n'arrivât 
au tr6ne par Son tour de succession, il était 
dans l'intérêt bien entendu de tous les souve- 
rains de l'Europe de le préférer, lui Napoléon, 
au Duc d'Orléans , arrivant ^ar uh crime. 



50 MÉMORIAL (Dec, i8i5> 

•r Car, que prétend aujourd'hui la doctrine 
« des rois contre les évenemens du jour? Empê- 
« cher le renouvellement de l'exemple que 
c j'ai fourni contre ce qu'ils appellent la légiti- 
« mité? Or, l'exemple que j'ai fourni ne sfe 
c renouvelle pas dans des siècles; celui que 
€ donnerait le Duc d'Orléans, proche parent 
c dû monarque sur le trône, peut se renou- 
•e vêler chaque jour, à chaque instant, dans 
r chaque pays. Il n'est pas de souverain qui 
« n'ait à quelques pas de lui , dans son propre 
« palais, des cousins, des neveux, des frères, 
« quelques parens, propres à imiter facilement 
« celui qui, une fois, les aurait remplacés. » 

Nous limbes, dans les mêmes papiers, l'ex- 
trait du Mémoire justificatif du maréchal Ney. 
L'Empereur le trouvait des plus pitoyables; 
il n'était pas propre à lui sauver la vie, et 
ne relevait nullement son honneur. Ses moyens 
étaient pâles, sans couleurs, pour ne pas dire 
plus. Avec ce qu'il avait fait , il protestait 
encore de son dévouement au Roi, et surtout 
de son éloignement pour l'Empereur. « Sys* 
ir tème absurde , disait Napoléon , que sem* 
« bleut avoir généralement adopté ceux qui 



(Wc leiS) DE SAINTE-HELENE. Zi 

« oiit paru dans ces momens mémorables.,' 
« sans faire, attention que je suis tellement 
¥ identifie avec nos prodiges , nos mênumens ,' 
« nos institutions , tous nos actes nationaux , 
« qu'on ne saurait plus m'en séparer sans faire' 
« injure à la France. Sa gloire est à m'ayoùerf 
« Etq[uelque subtilité, quelque détour, quel- 
«. que mensonge qu'on emploie pour essayer 
• «de prouver le contraire, je n'en demeurerai 
« pas moins encore tout cela au:s: yeux dé cette 
«t nation. 

. « La défense politique de Ney , contiliuàit 
•c l'Empereur, semblait toute tracée : il avait 
ce été entraîné par un mouvement général qui 
« lui avait paru la volonté et le bieli de la 
« patrie; il y avait obéi sans préméditation, 
« sans trahison. Des revers avaient suivi; il 
•c se trouvait traduit devant un tribunal j il 
« ne lui restait plus rien à répondre sur ce 
« grand événement. Quant à la défense de 
tt sa vie., il n'avait rien à répondre encore , si 
« ce n'est qu'il éfeiit à l'abri , derrière une capi^ 
4[ tulation sacrée, qui garantissait i chacun le^ 
« silence et l'oubli sur tous les actes, siir toutes 
« les opinions politiques. Si, dans ce système,^ 



32 MÉMORIAL (Dec. itiS) 

« il siiccombait) ce serait du moins à la face 
« des peuples , en violation des lois les plus 
« saintes; laissant le souvenir d'un grand 
« caractère; emportant l'intérêt des âmes gënë« 
« reuses, et couvrant ses bourreaux de repro^ 
« bation et d'infamie. Mais ce zèle est peut* 
<c être au-dessus de ses forces morales , disait 
« l'Empereur. Ney est le plus brave des hom* 
« mes : là se bornent toutes ses facultés. » 

n est certain que Ney quitta Paris tout 
au Roi; qu'il n'a tourné qu'en voyant tout 
perdu. Si alors il s'est montré ardent en sens 
contraire I c'est qu'il sentait qu'il avait beau- 
coup à se faire pardonner. Api:ès son fameux- 
ordre du jour, il écrivit à l'Empereur que ce 
qu'il venait de faire était principadement dans- 
l'intérêt de la patrie; que ne devant pas lui 
être agréable ) il le priait de trouver bon 
qu'il se retirât. L'Empereur lui fit répondre 
de venir, qu'il le recevrait comme le lende- 
main de la bataille de la Moscowa. Ney, 
rendu près de Napoléon , lui disait encore 
que, d'après ce qui était arrivé à Fontaine- 
bleau, il devait lui rester, sans doute, des 
préventions sur son attachement et sa fidélité; 



{Mo. MS) DE SAITWE-HÉLÈNE. 33 

^'en conséquence il ne lui denaandait d'autre 
poste que celui de grenadier dans sa garde. 
L'Enrpereur , pour réponse, lui tendit la main, 
en l'appelant le Brave des Bravés, comme il 
faisait souvent. Plus tard il disait a TEmpe- 
reùr. • • • • •. • • • 

- L'Empereur comparaît la situation de Ney 
avec celle de Turenne. Ney pouvait être dé- 
felidu } Turenne était injustifiable , et pour- 
tant Turenne fut J)ardonné, honoré; et Ney 
allait probablement périr. 

« Eu 46X^9, Turenne, disait-il, comman- 
« dait l'armée du Roi : ce commandement lui 
« avait été conféré par Anne d'Autriche , 
« régente du royaume. Malgré qu'il eût 
« prêté serment de fidélité , il corrompit son 
« armée , se déclara pour la Fronde , et mar- 
«r cha sur Paris. Mais dès qu'il fut reconnu 
«coupable de haute •trahison y son armée, 
« repentante, l'abandonna; et Turenne, pour- 
« suivi} se réfugia auprès du prince de Hesse, 
« pour échapper à la justice, 

« Nejr, au contraire, fut entraîné par le 
« vœu , par les clameurs unanimes de son 



8» MÉMORIAI> (Dec. iSiS) 

« armée. Il n'y avait que neuf mois seule-, 
cv ment qu'il reconnaissait un monarque qu'a- 
ft Taient précède six cent mille baïonnettes 
« étrangères; monarque qui n'avait pas ac- 
ft ceptë la constitution à lui présentée par 
* le sénat, comme condition formelle et né- 
•r cessaire de son retour, et qui, déclarant 
cr qu'il régnait depuis dix-neuf ans, manifes- 
« tait par-là qu'il regardait tous les gouverne^ 
<c mens précédens commedes usurpations. Ney > 
« élevé dans la souveraineté nationale , avait 
« combattu pendant vingt-cinq ans pour sou- 
<r tenir cette cause ; et , de simple soldat y 
•c s'était élevé au rang de maréchaL Si sa cou- 
c duite au 20 mars n'est pas honorable , elle 
ft est au moins explicable, et, sous quelques 
« rapports , excusable ; mais celle de Turenne 
ft était véritablement criminelle , parce que 
ft la Fronde était un parti allié à l'Espagne, 
ft lequel faisait alors la guerre à son Roi ; 
ft enfin f parce qu'il était poussé par son 
ft propre intérêt et celui de sa famille, espé- 
ft rant obtenir une souveraineté aux dépens 
« de la France, et par coïiséquent au pré-^ 
ft judice de sa patrie. » 



ETABLISSEMENT 

A LONGWOOD. 



Dimanche lo. 

Translatioa à LoDgvrood«— «Description de la route. «^ 
Prise de possession. — Premier bain^ etc. 

L'Empereur m'a fait appeler vers les neuf 
heures pour le suivre dans le jardin. Il e'tait 
contraint de sortir de bonne heure de sa eham- 
hre, tout devant en être enkve le matin même,, 
pour être transporté à Longwood. Arrivé au 
jardin, l'Empereur y a fait appeler notre hôte , 
M. Balcombe, et a demandé son déjeuner; il a 
voulu que M. Balcombe déjeûnât avec lui. Il 
était à merveille ; sa conversation a été fort 
gaie. 

Vers les deux heures on a annoncé l'Amiral : 
il s'avançait avec un certain embarras. La ma- 
nière dont l'Empereur s'était vu traiter à Briars, 
les gènes imposées à ceux des siens demeurés à 
la ville, avaient créé de l'éloignement. L'Empe- 
reur avait cessé de recevoir l'Amiral : toutefois 
il l'a traité en ce moment comme s'ils s'étaient 
vus la veille. 



36 . MEMORIAL (Dec. iSiS) 

Enfin on a cjuitte Briars , on^s'est mis en route 
pour Longwood. L'Empereur a monté le cheval 
qu'on lui avait fait venir du Cap : il le voyait 
pour la première fois; il était petit, vif> assez 
gentil. L'Empereur avait repris sdn uniforme 
des chasseurs de la garde; sa grâce et sa bonne 
mine. étaient particulièrement remarquables ce 
jour-tà : tout le monde Tobservait autour de 
nous, et je me complaisais à l'entendre dire, 
L'Amiral lui prodiguait ses soins. Beaucoup de 
vmonde s'était réuni sur la route pour le voir 
passer; et plusieurs officiers anglais joints à 
nous composaient son escorte. 

Pour se rendre de Briars à Longwood, on 
revient pendaiit quelque temps vers la ville; 
puis tournant tout à coup à droite , on franchit^ 
à l'aide de trois ou quatre sinuosités, la chaîne 
qui forme un des côtés de la vallée. Alors on se 
trouve sur un plateau un tant soit peu ascendante 
et l'on découvre un nouvel horixon, de nou- 
veaux sites. On laisse derrière soi la chaîne des 
montagnes pelées et des rocs stériles qui carac- 
térisent le côté du débarquement I on a en front 
une nouvelle chaîne transversale, dont le pic de 
Diane est le sommet le plus élevé, en même 



(IWc. iai^> DE SAINTE-HEliENE. 37 

temps '^'il semLle être la clef et le noyau de 
tout le système euvironiiaiit} sur la gauche, 
f ui est la parue orientale de Tile ou le coté de 
Longwood, l'horizon est fermé par la chaîne 
creTassée de rochers nus qui forment le contour 
çt la barrière de Tîle, le sol se montre entière- 
ment en désordre, inculte et désert; mais sur la 
droite l'œil plonge sur un terrain ass^ éten4u i 
fort tourmenté, il est vrai, mais du moins mon^ 
trant de la yerdure , un assez grand nombre 
d'habitations et touteiS les. trs^çes de la culture i 
de ce coté, le tableau, il faut l'ayouer, est 
tout à fait romantique et memç agréable* 

Am^gHre qu'an avance sur upç rou;te exv fort 
bon etajt, se creuse > $ur la gaUche, une yallée 
profonde. Au bout de deux miUef , la roujbe fai^ 
brusquement un coude à gauche j à ce coude se 
trouve Imt^S'gate p mautaise petite maisoQ 
choisie poux la demeure du Grand-Maréchal et 
de sa famille. A quelques pas de.làyjla yallée 
de gauche, qui va toujours en se creusant ^ 
forme alors un gouffre circulaire auquel spn 
étendue, sa profondeui: et son egmaOBble gigan- 
tesque, ont fait donner le nom de JBoIrde- 
Puneh'du-Diabli?. La toute , rélrécie en cet 



38 MÉMORIAL (©éc. i8i5) 

endroit par une ëminence à drwte, Ton pro-- 
longe à gauclie ce précipice jusqu'à ce qu'elle 
s'en détache pour atteindre Longwood,- qui est 
assez près sur la droite ^. 

A la porte de Long^ood s'est trouvé une 
garde sous les armes , rendant lés hènnèu^^ 
prescrits à l'auguste Captif, Son cheval, vif et 
indocile, peu accoutumé à tout ce spectacle, et 
effrayé par le tambour, se refusait obstiiiéirient 
à franchir le seuil j et ce n'est que par la f&fcè 
de réperon que le cavalier est venu à bout de 
l'y lancer j et alors-aus^i des regards significa- 
tifs -se sont échangés invoïontaireraent eètre 
ceux qui forniéàént son^-esctoteV-EiiSn, nous 
sommes entrés dai^ notice 'n<âlit<âlle démettre 
vers les quatre heures. ::..::X» 

* Ce serait peut-être ici ^e lieu de Ç^wset la carte 
géographique qui a ëtë promise ; mais , ayant été tra- 
Taillée avec assez de soitk pour eh faire utie espèce de' 
gravure, on a ea l'idée de în^ plus mettre datis le> 
volume cette çarte^, qui se trouverait gâtée par ses plis;, 
mais de la donner, séparément, de manière à ce qu^oa 
pût la faire encadreri si on en avait la fà'ntâîsle. 

Il a été dessiné aussi, et comme pendant à: cette! carte^ 
géographique , 4 différentes vues de Saiojte - Qélènç y 
sous un même cadre 9 qu'on, pourra se procurer à 
volonté. ....:.. . . /. ,/v.' .\ . 



(Wft i8i5) DE SAINTE-HÉLÈNE. 3» 

L'Amiral s'est empressé de toutmotitrer danS' 
les plus petits détails : il ayait constamment 
tout dirigé; certains ouvrages étaient même de 
ses mains. L'Empereur a trouvé le tout très- 
Inen; l'Amiral s'en est montré des plus heu- 
reux; on voyait qu'il avait redouté Içi mauvaise 
humeur et le dédain; mais l'Empereur, au 
contraire, témoignait une Lonté parfaite, 

Il s'est retiré vers; les six heures, et m'a fait 
signe de le. suivre dans sa chambre« Il a par- 
couru alors divers petits meubles qui s'y trou- 
vaient, s'inforxaant si j'en avais autant» Sur la 
négative, il me les a fait emporter avec une 
grâce charmante, disant : te Prenez toujours; 
« pour moi je ne manquerai de rien, on me 
« soignera plus que vous. » Il se trouvait très- 
fatigué; il m'a demandé s'il n'en portait pas les 
traces. C'était le réisultat de cinq mois d'un 
repos absolu. Il avait bjsaucoup marché le ma- 
tin , et venait de faire quelques milles à cheval. 
Cette nouvelle demeure se trouvait garnie 
d'une baignoire, que l'Amiral était venu à bout 
de faire exécuter^ tant bien, que iQâl, par ses 
chs^rpentiers. L'Empereur, qui avait été privé 
4e bains depuis la Malmaison, et pour qui ils 



m MEMOKIÂL {Dec. i8i5) 

étaient devenus une des necessiteV de la vie, a 
voulu eu prendre un dès l'instant niéme. U m^a 
dit de lui tenir compagnie durant ce temps ; et 
là il traçait les petits détails de notre établisse- 
ment nouveau; et comme le local cp'on m'avait 
assigne était des plus mauvais, il a voulu que 
je m'établisse, durant le jour, dans ce qu'il a 
appelé son cabinet topographique , attenant à 
son propre cabinet. Le tout, disait-il , afin que 
je me trouvasse moins éloigné de lui. Tout cela 
était dit avec une bonté qiii me pénétrait. Il l'a 
poussée même jusqu'à me dire, à plusieurs re- 
prises, qu'il fallait que je vinsse le lendemain 
prendre aussi un bain dans sa baignoire; et sur 
ce que mon attitude s'en excusait par un respect 
profond et une retenue indispensable : « Mon 
«c cher, a-t-il dit, en prison il faut savoir s'en- 
« tr'aider. Je ne saurais après tout occuper cette 
« machine tout le jour, et ce bain vous ferait 
« autant de bien qu'à moi. n On eût dit qu'il 
cherchait à me dédommager de ce que j'allais le 
perdre-, de ce que je ne serais plus le seul auprès 
de lui. En effbt, tant de bonté me donnait du 
bonheur, il est vrai; mais ce n'était pas sans 
quelque tristesse. Tout ce que faisait là TEmpc:; 



(D^ i8t5> DE SAINTE-IIÉI.ÉNE. ki 

reur ëtait Id prix 4e mes assidaitâi de Briars> 
sans dotite} mais cela m'anuonçait aussi peut* 
être la fin de cette habitude journalière quer 
j'avais dû à notre solitude profonde. 

Après son bain, l'Empereur ne voulant pas 
se rhabiller y a diné dans sa chambre, et m'ai 
retenu avec lui ; nous étions seuls, la conversa^ 
tion a conduit à une circonstance toute particu** 
lière, dont le résultat pouvait être d^viaé grande 
importance^ Il m'en a demande mon avis , et 
m'a chargé de lui en présenter le lendemain me» 
idées • •••.•••••• 

Lundi II au Jeudi 14. 

Desçrifftioa de Longwood, %tc. -^ Détail des Appar«> 
temeus. 

Enfin se déroulait pour nous une portion nou«- 
velle de notre existence sur le malheureux 
rocher de Sainte-^Hélene. On venait d^ '^'Otà& éXz'i 
blir dans nos futures demeures , et de nous 
assigner les limites de notre sauvage prison. 

]LoK0WOOB, dans le principe, simple ferme 

de la compagnie, abandonnée au sous-gouverr 

neur, pour lui tenir lieu d^ maison de campagne^ 

st firouve dans une des parties les plus élevées 

2. 3 



M MÉMORIAL (Dec. »ei5) 

(le rile. Le themuunètre anglais maisque 40 de- 
gi^s dé différence ea mains avec la Tallee où 
seras avions débarqué. CTest un plateau assez 
étendu sur la côte orientale , et assez près du 
rivage. Des vents éternels , parfois violèns^ et 
toujours de la même partie , en balayent cons- 
tamment la surface; dès nuages le couvrent 
presque toujours; le soleil, qui y parait rare- 
ment, p'en a pourtant pas moins d'influence sur 
Vatpiôsphère : il attaque le foie, si xm Ue s'en 
préserve avec soin ^; des pluies abondantes et 
soudaines .acbiàvent. d'empêcher qu'on. ne dis- 
tingue ici aucune saison régulière : il n'en est 
point à Ldngwood :'ce n'est qu'une continuité 
4e vent, de nuages, d'HuAiidité; toujours une 
température modérée et monotone, qui présente 
du resté peut-être plus d'eimui qtie d'insalu- 
brités L'herbe, eu dépit des fortes pluies, dis- 
paraît roii^'ejpar le v^nt ou flétrie par la cha- 
leur; l'éau y est amenée par u;n canduil, et si 
malsaij»e, que le sws-gouverneur, ^jue nous 
avons remplacé, n'en disait usage, pour lui ou 



/ * Voye« l'ouvrage du docteor O^éara. {Relation 
d$9 Mnemms arrivai à Stf^^BAine^ elc* Paris, x8x9» ) 



'^ 



c^ '-V 



\Q 



'J'ente où l£nipei'4Htr Jefkmait .tauve^t 
Jaiur h M(c xfaicon et dictait dan^le jour. 




(Dëo. iai5) DE SAINTE-HÉLÈNE. U 

pour ses gens^qxi'après l'avoir fait bouillir : nous 
arons etë contraints d'en faire autant nous-mê- 
mes. Les arbres qu'on y voit, et qui de loin lui 
prêtent un aspect riant, ne sont que des arbres 
à gomme, a^rbustechétif et bâtard qui ne donne 
point d'ombre. Une partie de Thorizon présente 
au loin l'immense mer j le reste n'offre plus que 
d'enorines rochers stériles, des abîilies profonds, 
des vallées dechire'es, et au loin, la cbaine 
nuageuse et verdie du Pic-de-Diane. En rësumeV 
l'aspect de Longwood ne saurait être agréable 
qu'au voyageur fatigué d'une longue navigation, 
pour qui toute terre a des charmes. S'il s'y 
trouve transporté par un beau jour, frappé des 
objets bizarres qui s'offrent soudainement à sa 
vue, il peut s'écrier même 2 Que c'est beauî 
Mais cet homme n'y est que pour un instant; et 
quel supplice sa fausse admiration ne fait-elle 
pàa éprouver alors aux captifs condamnés à y 
demeurer toujours ! 

Depuis 4eux mois on n'avait pas cessé de 
travailler pour mettre Longwood en état de 
nous recevoir. Toutefois les résultats étaient 
bien peu de chose. 

On entre à Longwood par une pièce qui 



m MÉMORIAL {D40. iBiS) 

venait d'être bâtie, destinée à servir tout-à- 
la-fois d'antichambre et de salle à manger j 
de là l'on passe dans une pièce attenante, 
dont on avait fait le salon j on entre ensuite 
dans une troisiàne, fort obscure, entravers 
tsur celles-ci. On l'avait de'signée pour recevoir 
les cartes et les livres de l'Empereur} elle 
est devenue plus tard la salle à manger. En 
tournant à droite, dans cette chambre, on 
trouvait la porte de l'appartement de l'Em- 
pereur. Cet appartement consistait en deux 
très-petites pièces égales, à la suite l'une de. 
l'autre, formant son cabinet et sa. chambre à 
coucher j un petit corridor exte'rieur, en retour 
de ces deux pièces, lui servait de salle de 
l)ain. A l'opposîte de l'appartement de l'Em- 
pereur, à l'autre extrémité' du bâtiment, était 
le logement de madame de Montholon, de 
son mari et de son fils, local qui a formé 
depuis la bibliothèque de l'Empereur. En 
dehors de tout cela, et au travers d'issues 
informes, une petite pièce carrée^ au veir 
de-chauss^e^ contiguë à la cuisine, fut ma 
demeure. Au travers d'une trappe pratiquée 
^u plancher, et à l'aide d'une échelle de 



{Dec. i8i5) DE SAINTE-HÉLÈNE. n^S 

vaisseau , on airivaît au gîte de mon fils , 
véritable grenier qui ne renfermait guère 
çpie la place de son lit. Nos fenêtres et nos 
lits demeuraient sans rideaux. Le peu de 
meubles de nos chambres provenait évidem- 
ment de ce dont les Tiabitans s'étaient de- 
faits dans cette circonstance} heureux, sbjxs 
doute , de trouver cette occasion de les placer 
à profit, pour les renouveler ensuite avec 
avantage. 

Le Grand-Mare'chal, sa femme et ses en- 
fans avaient e'te' laisses à deux ijiilles en 
arrière de nous, dans un abri tel q^ue dans 
le pays même il porte le nom de Suite 
( Hut's-gate ). 

Le général Gourgaud fut mis sous une 
tente, ainsi que le me'decin * et l'officier 

* Ce médecin était le docteur O'M^ara., da Nor- 
thumberland, qui, voyaat Napoléon partir pour Ste*^ 
Hélène sans médecin , s^offrit généreusement , anx 
grands applandissemens de tous les siens ^ et à' la yive 
reconnaissance de nous tous. Les ministres anglais seuU 
semblent s'en être irrités s tout le monde sait les ou^ 
trages, les io justices révoltantes, les persécutions .'^ne 
leur froide et barbare furie ont accumulés plus t&rd 



»e MÉMORIAL (D^ iBi5> 

préposé à notre garde, en attendant que l'on 
eut achevé leurs chambres, que construisaient 
à la hâte les matelots du Northumberland. 

XJne espèce de jardin régnait autour de 
nous; mais le défaut d'eau, la nature du 
climat, le peu de soins (jae nous pouvions 
lui donner, faisaient qu'il n'en avait réelle- 
ment que le nom. En face de nous, et sé^ 
paré par un ravin assez profond, était campé, 
à une assez petite distance, le 53*, dont 
divers postes couronnaient les sommités voi- 
sines : tel était notre nouveau séjour. 

Le 42, je rendis compte à l'Empereur de 
l'objet particulier sur lequel il m'avait dit, 
deux JQurs auparavant > de lui présenter mes 
idées. Il ne décida rien, croyant la chose 
tout-à-fait inutile. J'avais osé insister, parce 
^e, dans le doute même, il n'y avait du 
moins rien à risquer ni i perdre ; c'était se 
donner la chance de la loterie, sans la dé« 



fDvIa tè€e de ce digne anglais, qai n'avait fait poorteml 
qa'honorer rbomaaité , son pays et son ccenr* 



CDéc iM) DE SAINTE-HÉLÈNE. hl 

pense de la mise. L'eyenemetit a pxoinré du 
reste qu'il ayait bieu juge^ La chose eût ëte 
parfaitement inutile; elle n'eût pu amener 
aucun résultat •••«••*. ^ . 

K * 

Le même jour le colonel Wilks, ancien 
gouverneur poux la compagnie, que l'Amiral 
était Tenu déplacer, vint faire sa visite à 
l'Empereur : je servis d'interprète. Le len- 
demain ou le surlendemain , le Minden fit 
voile pour l'Europe; j'en profitai pout écrire 
à Londres et à Paris, ' 

Vendredi i5, — Samedi i6. 

Kégolariflation 4e la maison de l'Empereur. -p- Situation 
morale des capti& çntre enx ,« etc.— Qoel^aes nuaii- 
ces du caractère de FEmperetir. — Portrait de Na- 
poléon par M. de J^radt » tradoît d'une gazette 
anglaise. «* Réfutation. 

La maison 4lomesti^e de l'Empereur,, ^u 
départ de Plymouth, se. trouva composée 
encoire de <)nïe perscmnes. J^e me fais un 
plaisir de consacrer- ici leurs noms; je le dois 
à leur devôûétfient. 



A8 MÉMORIAL (Me. iSiS) 

Quelcpie nombreuse que se trouvât cette mai- 
son tle rËmpereuF, on pourrait dire cependant 
que f depuis notre départ d'Angleterre , durant 
notre traversée , et depuis notre «delsarquement 
k Sainte-Hélène, elle avait <:essë d'exister pour 
lui*. 

Notre dispersion, les incertitudes de notre 
établissement, nos besoins, l'irrégularité avec 
laquelle ils étaient satisfaits, avaient nécessai- 
rement crëë le désordre. 

* psasoKirKS composant le service oe l'empereur. 
CHAMBRE. 

MARCHAND ..••.••• «PariBien ....... i» ralet de chambre.' 

St-DENIS, dit Alt • • .de Vetsatlies Yalet de chambre; 

HOVERBAZ «.SuMe .....idem. 

SANUNI Corse i haisner. 

LIVRÉE. 

ARCHAMBAULT alnë, de Fomaînebleto . .'^ . «piqueur. ' 

ARCPAMBAULT cadet..... Â2nn idem. 

GEKTILINL..i Elbois yalet de pied. 

BOUCHE, 

CYPRIANI., Corse.. mort à Saîote-Hélèoe.; maUre-d'h6ML 

PIERRON Parisien.. ........ .....officier. 

LEPAGE . . • cnisimer. 

ROUSSEAU deFbiit«ineblea« argenûer. 



<iwe. iSï5) DE SAINTE-HÉLÈNE. «* 

Dès ^ue nous nous trouvâmes tous reunis à 
Longwood, l'Empereur voulut re'gulariser tout 
ce qui ëtait autour de lui, et chercha à em- 
ployer chacun de nous suivant la pente de 
son esprit. Conservant au Grand-Marechal le 
commandement et la surveillance du tout en 
grand, il confia à M. deMonthoJon tous les 
détails domestiques; il donna à M, Gourgaud la 
direction de l'écurie, et me re'serva le détail des 
meuhles,avec l'administration ïnte'rieure de ce 
qui nous serait fourni. Cette dernière partie me 
semblait tellement en contact avec les de'tails 
domestiques, et je trouvais que l'unité sur ce 
point devait être si avantageuse au bien commun, . 
que je me prêtai le plus qpie je pus à m'en faire 
dépouiller ; ce qui ne fut ni difficile ni long. 

Ces nouvelles dispositions de l'Empereur 
arrêtées , tout commença à marcher tant bien 
que mal , et nous en fûmes certainement beau- 
coup mieulx. Toutefois ces dispositions, quel- 
que raisonnables qu'elles fussent, ne laissèrent 
pas de semer parmi nous des germes d'éloi- 
gnement qui poussèrent de légères racines , et 
reparurent parfois à la surface : l'un trouvait 



bO JVIÉMORIAL (Dé«. iM) 

qu'il avait perdu, l'autre voulait donner trop 
de lustre à sa partie; un autre se trouvait lésë 
dans le partage. Nous n'étions pas les membres 
d'une même famille, qui, s'employant chacun 
selon leurs moyens, ne songent qu'à faire pros- 
pérer la masse commune. Ce que la nécessité 
eût dû nous contraindre de faire, nous étions 
loin de le mettre en pratique; nous nous de* 
battions encore sur les débris de quelque luxe, 
et les restes de quelque ambition. 

Quand l'attachement à la personne de l'Em- 
pereur nous réunit autour de lui , le hasard seul, 
et non pas les sympathies, présidèrent à notre 
agglocliération; ce fîit un eni^mble purement 
fortuit, et non le résultat des affinités. Aussi 
formions-nous masse à Longwobd plutôt par 
encerclure que par cohésion. Et comment en 
eût-il été autrement? Nous étions presque tous 
étrangers les uns aux autres, et malheureusement 
les circonstances, l'âge, le caractère étaient 
en nous autant de dispositions à le demeurer. 

Ces circonstances, bien que légères, ont 
eu pourtant la conséquence fâcheuse dé ilous 
priver, en grande partie, de nos plus douces 
ressources. Elles ont empêché parmi now cette 



(Bée, ïâiS) DE SAINTE-HEtÊNE. 54 

confiance, cet^panchem^it, cette union intime 
qui peuvent répandre quelques charmes, même 
au sein des plus cruelles infc^tones. Mais aussi, 
par cOïitre, ces nïèmes circonstances m'ont bien 
souvent rendu témoin des dispositions pri- 
vées du cœur de l'Empereur. Ses invitations 
indirectes à nous unir et 4 confondre nos sen- 
timens; sou soin constant à nous épargner tout 
juste motif de jalousie j cette distraction cal- 
culée qui lui dérobait ce dont il ne voulait 
pas s'apercevoir} enfin, jusqu'aux gronderies 
même, si paternelles, dont nous nous rendions 
quelquefois l'objet, et qui, pour le dire en 
passant à l'honneur de chacun de nous , étaient 
évitées avec autaut de ïèle, reçues avec autant 
de respect que si elles fussent émanée^ du 
trône des Tuileries* 

Qui aujourd'hui sur la ferre pourrait se 
flatter de connaître daus l'Empereur l'homme 
privé plus que moi? Qui a possédé les deux 
mois de solitude au désert de Briars? Qui a 
joui de ces longues promenades au clair de 
liine, de ces heures nombreuses écoulées avec 
lui? Qui a eu comme moi l'instant, le lieu, 
le sujet des conversations? Qui a reçu le res* 



82 MÉMORIAL \ (Wc. iSiS) 

souvenir de$ channes de l'enfance, le récit des 
plaisirs de la jeunesse, l'amertume des dou- 
leurs modernes? Aussi crois-je connaître à fond 
son caractère. Aussi puis -je m'expliquer à 
présent bien des circonstances qui semblaient, 
dans le temps, à plusieurs, difficiles à enten- 
dre. Je ccHnprends bien, surtout aujourd'hui, 
ce qui nous frappait si fort, et le caractéri- 
sait particulièrement aux jours de sa puissance; 
savoir : Qu'on n'e'tait jamais comple'tement 
perdu avec luij que quelqu' éclatante qu'eut 
été la disgrâce, quelque profond qu'eût été 
l'abîme où l'on avait été jeté, on devait tou- 
jours espérer d'en revenir j qu'une fois auprès 
de lui, quelque faute que l'on fit, quelque 
déplaisir que l'on causât, il était bien rare de 
s'en voir éloigné tout-à*fait. C'est qu'il est dans 
rEmjpereur , à un degré éminent, deux qua- 
lités bien précieuses : un grand fond de jus*- 
tice et une disposition naturelle à s'attacher. 
Dans quelque contrariété, dans quelque mou'» 
yemént de colère qu'il se trouve, il est encore 
un sentiment de justice qui reste. tout puis'^ 
sant sur lui; on est toujouirs sûr de le rendre 
attentif a de bonnes raisons; on est même sûr, 



(Dec iSiS) DE SAINTE-HÉLÈNE. 53 

si Ton garde le silence, de les lui voir pro- 
duire lui-même, s'il s'en présente à son es- 
prit. D'un autre coté, il n'oublie jamais 
les services une fois rendus ; pas d'ayan- * 
tage les habitudes prises; tôt ou tard le 
ressouvenir lui en vient à l'esprit; il se dit 
tout ce que l'on a dû souffrir, trouve que le 
châtiment a été assez long, et fait alors cher* 
cher au loin celui que le monde même avait 
oublie : celui-ci reparaît au grand étonnement 
de tous, k l'ëtonnement de lui-même. On en 
connaît une foule d'exemples. 

L'Empereur, sans être démonstratif, s'atta- 
che sincèrement. Une fois qu'il a pris l'habi- 
tude de quelqu'un, il ne pense pas qu'il puisse 
s'en séparer; il en aperçoit les fautes, il les 
condamne, il blâme son propre choix , il gronde 
même avec force; mais on n'a rien à crain- 
dre, ce sont comme autant de nouveaux liens. 

On sera surpris sans doute de me voir es- 
quisser ces traits du caractère de Napoléon 
avec autant de simplicité'. Tout ce qu'on en 
écrit ordinairement est si recherché; on se croit 
obligé à tant d'antithèses, à tant de brillant; 
c'est qu'en général les autres cherchent l'effet, 



hh MÉMORIAL çDà». iM) 

ils se torturent l'esprit; moi j'écris ici ce que 
je vois, j'exprime ce que je sens. Cette réfle&ion 
du reste ne saurait venir plus à propos. 

L'Empereur parcourait aujourd'hui avec moi^ 
dans les papiers anglais, un portrsMt de lui, 
par l'arclieyéqiie de Malines, kérissé d'anti- 
thèses et d'esprit alambique, de contrastes et 
d'afféterie : il a voulu que le Grand-Maréchal 
le lui transcriTit mot à mot; eh voici les prin- 
cipaux traits : . 

,..♦.« L'esprit de Napoléon (dit l'abbé 
ce de Pradt dans son ambassade de Varsovie , en 
-il 4842)étahvaste;maisàlamamè]:«desOrien- 
« taux, et, par uoe disposition contradictoire , ' 
u il retombait, comme de son propre poids, 
<r dans des détails qu'on pourrait dire ignobles. 
« Le premier jet était toujours grand , et le 
«t second petit et vil* Il en était de son esprit 
ce comme de sa bourse , dont la munificence et 
« la lésine tenaient chacune un cordon. Son 
a génie, fait à la fois pour la scène du monde 
fc et pour les tréteaux, représentait un mdn-* 
<c teau royal joint à un habit d'arlequin. C'était 
fc l'homme des deux extrêmes; l'homme qui, 
u ayant comnismdé aux Alpes de s'abaisser, 



(Wc.*«iS) DE SAINTE-HÉLÈNE. 55 

u au Simplon de s!aplamr, à la mer de s'âppro- 
n cher ou de s'éloiguer de ses rivages, a fini par 
et se livrer lui-même à une croisière anglaise. 
« Doué d'une sagacité merveilleuse, infinie ; 
« étiucelant d'esprit; saisissant, créant dans 
«. toute q[uestion des rapports inaperçus et 
te nouveaux; abondant eu images vives, pitto* 
« restes, en expressions anin^ées, et pour 
•fc ain«i dire dardées, plus pénétrantes par 
« l'incorrection même de son langage, tou- 
4i jours un peu empreint àiétTan^eté; sopKiste 
« et subtile, qiobile à rjexcès, il s'était fait 
« d'autres ;règles. d'optique que les autres hom- 
«.jsnes. Joignez à oes dispositidiis l'ivresse du 
fc succès, l'habitude de boire dans la coupe 
« enchantée, de s'enivrer de tout l'encens de 
le l'univers; et vous serez «ur la voie de 
«c l'honmie qui, unissant dans ses bizarreries 
« tout ce qu'il y a de plus élevé «t de plus 
« vil panni les mortels, de plus jmajestueu:! 
4c dans l'éclat de la souveraineté , de plus 
« péremptoire dans le commandement, avec 
« ce ^'il y a de plus ignoble et de plus lâche 
« jusque dans ses plus grands, attentats; joi- 
« ^ajit lesguet-à-pens aux détrônemens, pré- 



56 MÉMORIAL ^Dic. iai5) 

« sente une espèce de Jupiter Scapin^ qui 
a n'avait pas encore paru sur la scène du 
« monde. » 

Certes, voilà de l'esprit, et du plus recher- 
che'. Je passerai sur l'inconvenance, le scan- 
dale du caractère grave d'un prêtre, d'un 
archevêque comblé des bienfaits de son souve- 
rain, auquel, durant sa prospérité, il fit la 
cour la plus assidue; qu'il entoura des plus 
grandes flatteries, et qui se permet au jour de 
l'infortune des expressions aussi triviales^ aussi 
grotesques, aussi injurieuses que celles qu'on 

vient de lire plus haut {Napoléon en 

habit d^ Arlequin I... Un JupUer Scapinl... ) 

Je ne m'arrêterai qae sur le mérite du juge- 
ment de M. l'abbé de Pradt quand il dit que : 
« le premier jet de l'Empereur était toujours 
K grand, le second petit; que c'était l'homme 
« des extrêmes; l'homme qui, ayant commandé 
ff aux Alpes de s'abaisser, au Simplon de 
« s'aplanir , a fini par se livrer lui-même à une 
« croisière anglaise. » 

M. l'abbé* de Pradt a donc bien peu senti 
l'élévation, la grandeur, la magnanimité d'une 
si noble démarche^ Se séparer d'un peuple 



(Dte. i«i5) DE SAINTE-HÉLÈNE. h7 

qu'égarent des meneurs infidèles, afin de lui 
faciliter ses destinées : sacrifier ses intérêts per- 
sonnels aux maux d'un^ gîterre civile, sans 
résultats nationaux : dédaigner des asiles hono- 
rables, assurés; toais dépendans : préférer le 
refuge chez un peuple dont on fut pendant 
vingt ans le constant ennemi j lui supposer 
une magnanimité égale à la sienne j honorer 
assei ses lois , pour s'y croire à l'abri de l'os- 
tracisme de l'Europe. Certes, de telles pen- 
sées^ de telles déterminations, ne sauraient être 
l'opposé du gigantesque, du noble et du grand. 

N. Bb Ici venaient, *dans ïnon journal, plu- 
sieurs pages pleines de très -mauvais détails 
sur M. ' l'archevêque de Malines^ tous sortis 
de 1^ bouche de l'Empereur ou produits par 
nous-mêmes ; je les passe aujourd'hui , je crois le 
devoir à la satisfaction que l'on m'a dit avoir 
clé éprouvée plus tard par l'Empereur, à la 
lecture des concordats écrits par M. de Pradt; 
je ^ède, pour mon compte, à celle que m'ont 
causé depuis cent autres témoignages de même 
nature et de la même source. 

L'amende honorable, volontaire des gens, 
est de Italie fois supérieure à toutes les retor- 
se h 



sa MÉMORIAL (DéciZiB) 

quations qu'on pourrait accumuler contre eux» 
Et puis y il est àês personnes pour qui un retour 
n'est pas sans mérite^ ef qui se plaisent à en 
tenir compte, je suis de ce nombre. 

Au moment où j'écrivais ceci, on m'a fait 
lire de M. Tabbe de Pradt des lignes nou^ 
Telles, qui sont certainement très-belles dans 
leur diction 3 mais qui sont bien plus belles 
encore par leur justesse et leur ve'rité. Je ne 
puis me refuser à les transcrire ici : elles seront 
une compensation de celles qui précèdent, * 

Vçe déclaration des souverains, émanée de 
Laybach, qualifiant, av-ec réprobation, Napo- 
poléon de représentant de la révolution, M. 
rarclievêque de Malines s'exprime ainsi : 

«c II est trop tard pour insulter Napoléon 
« quand il est san? ^rmes, lorsque pendant 
ce tant d'années on a fléchi devant lui , quand 
fc à son tour il en avait.. *« Des mains armées 
« doivent respecter les mains désarmées, et la 
ce gloire du vainqueur se compose en partie 
Cl d'égards pour les captifs, surtout quand ce 
ce n'est pas sous le génie; mais sou$ le nom-^ 
et bre qu'on a succombé. Il est trop tard d'ap- 
« peler Napoléon révolutionnaire, après Tatoir 



(Dec. i8i5) DE SAINTE7HÉLÈNE. 59 

Cl appelé long -temps restaurateur dé Tordre 
« en France , et y par elle , en Europe ; il est 
ft trop tard pour lui lancer un trait flétrissant, 
te après lui avoir tendu la main comme ami, 
tf donne sa foi comme allie, et cherche des 
ft appuis pour un trône ébranle, en mêlant 
« son sang avec le sien. » 

Plus loin il dit : 

« Lm^ Représentant de la réuolutîon? 

«c Elle rompt les liens de la France avec 
« Rome : il les renoue. 

« Elle a abattu et fermé.Ies temples : il les 
« relève^ 

« Elle a fait deux clergés ennemis : il les 
« rappelle à Tamitié. ' • 

« Elle a profané Saint-Denis : il le purifie, 
« et offre des expiations aux cendres desKois* 

« Elle a abattu\le trône : il le relève et le 
« rehausse. 

«c Elle a éloigné de leur patrie les hautes 
ft classes de la France : il leur en ouvre les 
« portes avec celles de son palais, quoiqu'il les 
ft connaisse pour ses irréconciliables ennemies , 
ft et pour la plupart ennemies des services pu- 
« blics : U les incorpore de nouveau avec la 



60 MÉMORIAL- . (Bée. iSiS) 

« société dont elles avaient e'te' violemment 
•( separe'es» 

« C'est le Représentant d^une révolution , à 
et laquelle on attache la note d'anti-sociale, qui 
« a fait venir de Rome le chef de Te'glise pouf 
ce verser sur son front rhuile qui consacre le» 
« diadèmes? 

« C'est le Représentant â^une réi^olution, 
«c qu'on déclare ennemie des Rois, celui qui en 
« a rempli l'Allemagne, qui a fait passer les 
« princevS à des rangs supe'rieurs à ceux qu'ils 
n occupaient, qui a refait la haute-royaute', et 
ce recrée' un modèle effacé. 

cf C'est Iq Représentant dune réi^olution, 
« qu'on veut faire passer pour un principe d'a- 
ce narchie, celui qui, nouveau Justinien, a fait^ 
« rédiger, au milieu du tumulte des armes, des 
« embûches de la politique extérieure , tous ces 
ce Codes qui sont ce qu'il y a encore de moins 
K défectueux dans la législation humaine, et de 
c< la main duquel est sortie cette machine de 
«t gouvernement , la plus vigoureuse qui existe 
c< sur la terre. 

« C'est le Représentant dune révolution , 
« accusée vulgairement d'avoir tout détruit, 



(D«j. i«i5) DE SAINT-HÉLÈNE. 64 

« celui qui a refait les universités, les eorfïès; 
« qui a couvert son empire des chefs - d'oeuvre 
fc des arts : c'est l'auteur des travaux les plus 
« vastes, les plus hardis qui aient ëtonuë et 
t honoré Fesprit humain; c'est en présence. des 
c( Alpes aplanies à sa voix , des mers domptées 
« à Cherbourg, à Flessingue, au Helder, à 
« Anvers; deis fleuves docilement courbes sous 
« le poids des ponts d'Jénà, de Sèvres, de Bor- 
« deaux, de Turin; des canaux liant les mers 
« entre elles, dans un cours indomptable pour 
K le souverain des mers; enfin, c^est en présence 
« de Paris, métamorphosé par lui, qu'on le dit 
« un agent général de destruction ! Celui qui a 
« tout refait, représente ce qui a tout détruit ! 
tt Encore une fois , à quels hommes privés de 
tt discernement croit-on donc parler I etc. » 

Dimanche 17. 

Ma situation matérielle adancie..-*-» Mon lit changé, etc. 

L'Empereur m'a faitdemander àdeux heures,: 
il conunençait sa toilette. En entrant il m'a 
trouvé pâle ; je lui ai dit que cela pouvait 
veïkir de l'atmosphère de ma chambre, dont le 
voisinage de la cuisine faisait une * véritable 



62 MÉMORIAL (DëciSiS) 

/etuve, Souvent remplie de fumée. Il a voulu 
alors que je m'emparasse tout à fait du cabinet 
topographique, pour y travailler le jourj et y 
coucher la nuit, dans le lit que F Amiral avait 
prépare' pour lui, et dont il n'avait pas voulu 
faire usage , pre'fe'rant son lit de campagne habi- 
tuel. En finissant sa toilette et choisissant parmi 
deux ou trois tabatières qu'il avait sous la main, 
il en a donné une assez brusquement à son valet 
de chambre (Marchand). « Serrez cela, a-t-il 
«i dit, je la retrouve toujours sous mes yeux j 
« elle me fait mal. » Je ne saurais dire ce que 
c'était } je présume toutefois que c'était un por- 
trait du Roi de Rome. 

L'Empereur est sorti , je l'ai suivi j il a fait le 
tour de la maison et a voulu entrer dans ma 
chambre. Touchant un miroir de toilette, il m'a 
demandé si c'était celui qu'il m'avait donné. 
Puis , portant la main à la muraille que chauffe 
la cuisine , il m'a répété que je ne pouvais pas 
demeurer là; qu'il voulait absolument que je 
couchasse désormais dans son lit du cabinet 
topographique, ajoutant la parole charmante 
que c'était le lit d^un ami. Nous nous sommes 
dirigés ensuite vers une mauvaise ferme qui 



(Dec. i8i5) DE SÀINTE-HÊLÈITE. 6S 

était en vue. Sur notre cheinin se trourait le 
casemenient des Chinois. Ce sont des homnles 
de main-d'œuvre, des laboureurs etc. l que les 
bàtimens anglais enrôlent à Macao, qui restent 
dans rile au service de. la compagnie un certain 
nombre d'années, et s'en retournent après avoir 
recueilli un petit pécule, à la manière de nos 
Auvergnats. L'Empereur a voulu leur faire 
beaucoup de questions ; nous n'avons jamais pu 
nous entendre. Nous avons vôûlu ensuite entrer 
dans ce qu'on appelle la fermente Longwpod. 
L'expression avait séduit rEmpéreiirs il croyait 
trouver ces belles fermes de Flandres\)û d'An- 
gleterre : ce n'était que la fange de koà'plus 
sales métairies. De là nous sommés cjescefidus 
au jardin de la compagnie , foriùé dan]s là rigole 
des deux ravins opposés. L'Empereur à fait 
venir le jardinier et celui qui surveille le bétail 
de la compagnie et commande les Chinois; il 
leur a fait une foule de questions analogues. Il 
est rentré très -fatigué de sa course à -pied : c'é- 
tait sa première excursion; nous avions à peine* 
fait un mille. 

Avant dîner, l'Empereur m'a fait appeler 
amsi qne mon fils pour notre travail aoçoutumé». 



éJ!f MÉMORIAL (Pép, laiS) 

Il m'appelait paresseux:, et me faisait observer 
que mon fils en riajit sous cape. Il m'en a de- 
mandé la raison; j'ai repondu que c'était sans 
doute pc^rce que^ Sa Majesté le vengeait, m Ah l 
(( j'entends,^ a- t-il dit en riant, je.sui$ ici le. 
« grand-rpèr^^^ 3? 

Lundi 18. — Mardi 19. 

Hi^todes et hjSQrea de TEmpercsar» ^^ Soa stjle aux 
4çax. Impératrices. — Pétal^. — Maximes de TEin- 
pereur sur la police. — Police secrette des lettres. — , 
Détails curieux. — L'Empereur pour un gouverne- 
ment fixe et modéré. 

Peu à peu nos heures et nos habitudes se ré- 
gularisière^t et s'étahlireçLt. L'Empereur déjeu- 
nait vers les dix heurei^ ^^cns ^ chambre sur un ^ 
guéridon; parfois^il appelait l'un de nous. A la 
table de service nous déjeûnions à peu près à la . 
même heure. L'Empereur, pour notre agrément, 
particulier, nous avait laisses libres, d'en faire 
les honneurs^ et d'y inviter cjui bon nous sem-- 
blerait. 

Il n'y avait pas encore d'heures fixes pour la 
promenade : laohaleur était très-forte dans le 
jour, l'humidité prompte et grande vers le soir. 



[me. i8i^) DE SAINTE-HÉLÈNE, 65 

On annonçait depuis long-temps des t^hevaux 
de selle et de voiture venant du Capj mais ils^ 
n'arrivaient point. L'Empereur travaillait dans 
la journée avec plusieurs de nous j il me re'ser- 
vait d'ordinaire pour le temps qui précédait 
Iç dîner, lequel n'était guère servi que sur 
les 8 ou 9 heures. Il me faisait donc v;enir sur 
les 5 ou 6 heures avec mon fîlsj je n'écri- 
vais plti§ ni ne lisais plus, à cause de Fétat de 
mes yeuxj mon fils était venu à bout de me 
remplacer. C'était lui qui, désormais, écrivait 
ce que l'Empereur dictait. Je n'étais plus là 
que pour Vaider à se retrouver plus tard dans 
son griffonnage; ce à quoi je m'étais habitué 
de manière à pouvoir reproduire, presque litté- 
ralement et dans leur entier, toutes les paroles 
de l'Empereur. 

La capipagne d'Italie était finie, nous la re- 
passions en entier j l'Empereur corrigeait ou 
dictait de nouvew. On dinait, ainsi que je viens 
de le dire , de 8 à 9 heures. La table était mise 
dans la première pièce en entrant} M"* de 
Monthplon était à la droite de l'Empereur, 
j'étais à sa gauche j MM. de Montliolon , 
Gourgaud et mon fiU étaient dans les parties 



(56 MÉMORIAL' (Wc i«,$) 

opposées. La salle avait encore de Todeur, sur- 
tout quand le temps ëtait humide ; et quelque 
peu qu'il y en eût , c'e'tait asse2 pour incom- 
moder l'Empereur : aussi nous n'étions pas dix 
minutes à table. On préparait le dessert dans 
la pièce voisine, qui e'tait le salon; nous allions 
nous y remettre à table ;, on y servait le café; 
la conversation se prolongeait; on lisait quel- 
ques scènes de Molière, de Racine, de Vol- 
taire; nous regrettions chaque fois de n'avoir 
pas Corneille. De là on passait à une table 
de Reversi ; c'était le jeu de l'Empereur au temps 
de sa jeunesse. Ce ressouvenir liii était agréa- 
ble ; il pensait qu'il pouvait s'en amuser long- 
temps ; il ne tarda pas à s'en détromper. Du 
reste, nous le jouyons avec toutes ses variantes ; 
ce qui amenait beaucoup de mouvement; j'ai 
vil jùsquà quinze ou dix-huit mille fiches de 
remises. L'Empereur essayait presqu'à chaque 
coup de faire le reversi , c'est-à-dire , de faire 
toutes les levées, ce qui est assez difficile; et 
cela lui réussissait néanmoins souvent : le carac- 
tère perce toujours et partout ! On se retirait de 
dix à onze heures. 
Aujourd'hui 49, quand j'aborde l'Empereur, 



(DAj. iM) DE SAINTE-HÉLÈNE. 6T 

il me donne à lui traduire un libelle qui lui 
e'tait tombé sous la main. A trayers mille inep<* 
ties, nous arrivons à des lettres priye'es qu'il 
adressait à rimpe'ratrice Joséphine^ sous la 
forme solennelle de Madame et chère Epouse » 
Ensuite c'e'tait une combinaison d'espions et 
d'agens à l'aide desquels l'Empereur lisait dans 
l'inte'rieur de toutes les familles en France, et 
perçait dans l'obscurité' de tous les cabinets de 
l'Europe. L'Empereur n'a pas voulu aller plus 
loin, et m'a fait jeter le livre , me disant : « C'est 
« par trop bête !» 

Le fait est que Napoléon, dans ses rela- 
tions privées, n'a jamais cessé d'écrire très- 
bourgeeisement ta â l'impératrice Joséphine , 
et ma bonne petite Louise à Marie-Louise. 

La première fois que j'ai vu de l'écriture sui- 
vie de l'Empereur , c'est à Saint-Cloud , après 
la bataille de Friedland , entre les mains de l'Im- 
pératrice Joséphine, qui se plaisait à nous la 
faire déchiffrer comme des espèces d'hyérogli- 
phes. Elle portait : «Mes enfans viennent d'il- 
« lustrer encore une fois ma carrière : la journée 
« de Friedland s'inscrira dans l'histoire â coté 
« de celles de Màringo, d'Austerlitz et d'Iéna. 



68 MÉMORIAL (Dé« i«i5) 

ic 7^ feras tirer le canon; Cambacërès fera pu- 
<c blier le bulletin pu Plus tard la même fa- 
veur me procura la yue de la même écriture 
lors du traite de Til^it. Elle disait : « La reine 
« de Prusse est réellement charmante; elle est 
« pleine de coquetterie pour moi j mais n'eu 
ce sois point jalouse : je suis une toile cirée sur 
« laquelle tout cela ne fait que glisser* Il m'en 
« coûterait trop clier pour faire le galant. » 

A ce sujets on racontait alors parmi nous, 
dans le salon de Joséphine, que la reine de ' 
Prusse, tenant à sa main une fort belle rose, 
rJEmpereur lai lui avait demandée. La Reine 
ayait d'abord hésité quelquesr instans , puis elle 
Tavàit donnée en disant : « Pourquoi faut-il que 
« je TOUS donne si facilement, vous qui demeu- 
« rez inflexible sur tout ce que je vous demande?» 
Elle faisait surtout allusion à la place de Mag- 
dehourg, qu'elle avait ardemment sollicitée. 

Tels étaient les rapports et la nature des con** 
versations queues ouvrages anglais, d'un certain 
mérite , n'ont pas rougi de défigurer , au point 
de montrer l'Empereur comme un tyran farou- 
che y insolent et irutal ; prêt à faire violence , à 
l'aide de ses mamelouks, à cette belle Reine , 



(Dec. r8i5) DE SÂINTE-HÉLENE. i9 

sous les yeux mêmes de son mari^mallieureux- 
Quant à x:e grand échafaudage d'espionnage et 
de police , dont on a fait tant de bruit, quel état 
du continent peut se vanter d'en avoir eu moins 
^ue le gouvernement français? Et cependant 
quel terrain f>ouvait en demander d'avantage 
que la France? Quelles circonstances le com- 
mandaient plus impe'rieuscment? Tous les pam- 
phiets de l'Europe se sont dirige's sur ce point 
pour rendre odieiix chez autrui ce qu'ils cher- 
chaient par là à cacher d'autant plus chez eux. 
Toutefois, ces mesures, si nécessaires- en prin- 
eipe, avilissantes sans doute dans leurs dé- 
tails,» ont jamais e'tc' traitées que fort en 
grand par l'Empereur, et toujours d'après sa 
maxime constante qu'il n'y a que ce qui est in- 
dispensable qui doive être tente'. Je l'ai souvent 
entendu , au Conseil d'Etat , se faire rendre 
compte de ces objets, les traiter avec une solli-- 
citude particulière, les corriger, chercher à 
en prévenir les inconvéniens, cre'er des commij^- 
sions de son conseil, pour aller visiter les pri- 
sons , et lui faire des rapports directs. Employé' 
moi-même dans une mission de cette nature, 
j'ai pu me convaincre , en effet, de tous les abus , 



70 MÉMORIAL (Dec. iBiS) 

de toutes les vexations des subalternes; mais 
aussi de toute l'inclination et de rextrème dësir 
du Souverain de les réprimer^ 

L'Empereur voulut même, disait- il, cher- 
cher à relever, aux yeux des peuples, cette 
branche d'administration que flétrissaient, en 
quelque sorte, les pre'jugés et Topinion, en la 
confiant à quelqu^un dont le caractère et la 
moralité seraient sans reproches. Il fit appeler, 
en 48^0, à Fontainebleau, le baron***, con- 
seiller d'e'tat. Celui-ci avait été émigré, ou â 
peu près. Sa famille, sa première éducation, ses 
premières opinions, tout eût pu le rendre sus- 
pect à quelqu'un de plus de'fiant que l'Empe- 
reur. Dans le cours de la conversation, il lui 
demanda : « Si le comte de Lille se découvrait 
« maintenant à Paris, et que vous fussiez chargé 
« de la police, le feriez-vous arrêter? — Oui, 
ce sans doute, répondit le conseiller d'état, 
it parce qa'il aurait rompu son ban, et qu'il y 
« serait en opposition à toutes les lois exis- 
«c tantes. — Si vous étiez d'une commission 
<c pour le juger, le condamneriez-vous. — Oui, 
« sans doute, parce que toutes les lois aux- 
« quelles j'ai fait serment le wudraient ainsi. 



(Péc i«i5) DE SAINTE-HÉLÈNE. » 74 
« Ehl bien, lui dit l'Empereur, retournez à 
« Paris , je vous y fais mon Préfet de police *. « 
Quant au secret des lettres sous le gouver- 
nement de Napoléon, quoiqu'on en ait dit dans 
le public, on en lisait très-peu à la poste, aS"^ 
surait l'Empereur j celles qu'on rendait aux 
particuliers, ouvertes ou recaçhetées, n'avaient 
pas été lues la plupart du temps; jamais on 
n'en eût fini. Ce moyen était employé ^ bien plus 
pour prévenir les correspondances dangereuses, 
que pour les découvrir. Les lettres réellement 
lues n'en conservaient aucune trace ; les pré« 
cautions étaient des plus complètes. Il existait 
depuis Louis XIV, disait l'Empereur, un bu- 
reau de police politique pour découvrir les 
relations avec l'étranger. Depuis ce Souverain , 
les mêmes familles en étaient demeurées en 
possession; les individus et leurs fonctions 
étaient inconnus : c'était un véritable emploi J 
Leur éducation s'était acbevée à grands frais 
dans les diverses capitales de l'Europe ; ils 
avaient leur morale particulière, et se prêtaient 
avec répugnance à l'examen des lettres de l'in- 

^ Yoyes les letirti da Cap* 



ï2 MÉMORIAL (Dec i8i5) 

teneur : c'était pourtant eux qui Texerçaient. 
Dès que quelqu'un se trouvait couche sur la 
liste de cette importante surveillance, ses ar- 
mes, son cachet, étaient aussitôt graves par le 
bureau, si bien quç ses lettres, après avoir été 
lues, parvenaient intactes, sans aucun indice de 
soupçon. Ces circonstances, les graves incon- 
veniens qu'elles pouvaient amener , les grands 
résultats qu'elles pouvaient, produire , faisaient 
la principale importance du directeur-général 
des postes, et commandaient dans sa personne 
beaucoup de prudence , de sagesse et de sagacité. 
L'Empereur a donné à ce sujet de grandes 
louanges à M. Lavalette. Du reste, lui (l'Em- 
pereur ) n'était nullement partisan ; de cette 
mesure. Quant aux lumièrçs diplomatiques 
qu'elle pouvait procurer, il ne pensait pas que 
ces lumières pussent répondre aux dépenses 
qu'elles occasionnaient : ce bureau coûtait 600 
mille francs. Et quant à la surveillance exercée 
sur les lettres des citoyens, il croyait qu'elle 
pouvait causer plus de mal que de bien. « Ra- 
ce remént, disait-il, les conspirations se trai- 
n tent par cette voie; et quant aux opinions 
« individuelles obtemies par* les correspon- 



(Dfe i8î6) DE SAINTE-liÉLÈNE- 73 

m dances episloiaires, elles peuvent deyenir plus 
« funestes qu*utilei$ au prinoe, surtout aye« 
m notre caractère* De qui ne nous plaiguous^* 
« nous pas ayéc notre expansion et notre mo- 
« bilité nationales? Tel que j'aui ai maltraite 
« à mdn lever, :dîsait-il> écrira dans le jour que 
«r je suis un"^ran : ilnï?aura comble' de louan* 
^ ges la veille, et It lendemain ^ peutrêtre, il 
«t sera prêt à donner sa vie pour moi» La vio- 
«4ation du secret des lettres peut Ûcmc faire' 
« perdre au prince $eé meilleurs amis, en lui 
« inspirant à tort de la méfiance et dès prcven- 
« fions; d'autant plus que les ennemis capa^ 
« blés d'être dangereux sont foùjoitrs assé» 
« rasés pour ne pas s'exposer k ce daiiget. Il 
« est tel de mes ministres dont je n'ai jamais 
« pu surprendre une lettre. » . « 

Je crois avoir déjà dit qu'au retour de Tilô 
d*Elbé, on a trouvé chez M. de Bl'âcàs^ aux 
Tuileries, une foule de pétitions et de pièces 
où Napoléon se trouvait fort indécemment 
mentionné i il les fit brûler. « EJles eussent 
il formé un recueil bien abject, disait FEmr 
«c pereur. J'eus un momelit l'idée d'en insérer 
ff quelques- uDMjAans le Moniteur; elle» m^i 
5. ^ 6 ' 



7» MÉMORIAL (D<e. léft) 

«r raient dégradé quelques mdi^idus ; maïs 
« n'eussent rien appris sur le cœur humain r 
M les Junmnes sont toujours les mêmes ! » 
- L'Empereur du reste était loin de connaître 
tout ce que la police exécutait en son nom sur 
les écrits et sur les individus; il n'en avait ni le 
temps ni les moyens. Aussi > tous les jours ap^ 
prend-il* de nous, ou par des'pampUets qui lui 
tombent sous la main, des arrestations d'indi^ 
vidus ou des suppressions d'ouvrages qui sont 
tout à fait neuves pour lui. 

En parlant des ouvrages cartonnés ou défen^ 
dus par la police, sous son règne, l'Empereur 
disait que n'ayant rien à faire à l'île d'Effie, 
il s^y était amusé à parcourir quelques-uns de 
ces ouvrages, et souvent il ne concevait pas les 
motifs que la police avait eus dans la plupfirt 
des prohibitions qu'elle ^avait ordonnées. 

De là il est passé à discuter la liberté ou là 
limitation de la presse. C'est selon lui une ques- 
tion interminable et qui n'admet point de demi-»» 
mesure. Ce n'est pas le principe en lui - méme^ 
dit - il, qui apporte la grande difficulté; mais 
bien le prévenu , ou les circonstances sur ks-- 
quelles on aura à faire l'appâication de c^ pr^n-* 



11}^ xM) DE SAINTE-HÉLÈNE. 75 

eipe pris dans le sens abstrait. L'Empereur se^ 
rait pour la liberté illimitée. C'est sous ce même 
point de yue et avec les mêmes raisonnemens 
que je l'ai vi; constamment traiter ici toutes les 
grandes questions ^ aussi Napoléon a-*t-il vrai- 
ment été et doit*il demeurer, avec le t^nps , 1^ 
type , l'étendard et le prince djss idées libérales : 
elles sont dans son cœur, dans ses principes» 
4âns sa logique. Si parfois ses actions semblent 
s'en être écartées , c'est que les circonstances 
Font impérieusement maîtrisé. En voici une 
preuve que j'acquis dans le temps et que je n^ap- 
préciais pas alors autant qu'aujourd'hui* 

Causant à l'écart, dans un de ces cercles du 
soir, SLUx Tuileries > avec trois ou quatre per- 
sonnes 4e la Cour, groupées autour de lui, ainsi 
que cela arrivait souvent, il termina une grande 
question politique par ces paroles remarquables J 
V Car moi aussi je suis foncièrement et naturel- 
« iement pour un gouvernement fixe et mo:* 
<c déré. » Et comme la figure d'un des interlo-* 
tuteurs lui exprimait quelque surprise. «Vous 
it ne le croyez pas, continua-t-il : pourquoi? 
« Est-ce parce que ma marche ne semble point 
•c d'accord avec mas paroles? Mais, mon chères 



76 MÉMORIAL <ï)éè. iSiS) 

« que TOUS connaîtriez peu les choses et les 
« hommes! La nécessite du moment n'est-^Ue 
« donc rien à vos yeux? Je u'aUrais qu'à relâcher 
•c les rênes, et vous verriez un beau tapage; 
« ni vous ni moi ne coucherions peut-être pas 
« après demain aux Tuileries. » 

Mercredi 20 au Samedi 23. 

première toornëe de l'Emjperear à cheTal. -— Dureté 
des instructions imnistërielles à son ég^trà. •— No» 
peines y nos plaintes* •» Paroles de VEmpereor. — ^ 
Réponses bratales* 

L'Empereur est monté à cheval après dëjcur 
ncr. Nous avons pris le chemin de la ferme) 
nous avons rencontré le fermier dans le jardiiji 
de la compagnie} nous nous en sonmies fait 
«ùivre. Nous avons parcouru tout le terraiii 
avec lui; FEmpereur lui faisant une foule de 
questions sur tous les détails de sa ferme, ainsi 
^^il le faisait, me disait -il, dans ses chasses 
aux environs de Versailles, où il discutait avec 
les fermiers les idées du Conseil d'État pour 
venir Reproduire ensuite, à ce même Conseil 
d'Etat, les objections des fermiers.^ Nous avims 
prolongée le terrain de Longwood le long de fai 



IDéç^iM) DE SAINTE-HELENE: p 

trallee, jusqu'à ce <{ue, les chevaux n*ajrànt plus 
de passage, nous ayons été contraints de rétro- 
grader. Nous ayons alors traversé le yallon, 
gagné le plateau du camp , couru jusqu'à la 
montagne des Signauxj et prolongeant sa crete^ 
nous sommes venus, en dehors du camp, par 
la maison des Signaux, jusqu'au chemin qui 
conduit de Longwood cheî M"" Bertrand. 
L'Empereur voulait d'ahord aller jusque 
chez elle> mais à mi-cfaemin il s'est ravisé, et 
nous isommes rentrés dans Longwood, 

Les instructions des ministres anglais à Té* 
gai:d de l'Empereur à Sainte-Hélène, avaient éta^ 
dictées avec cette dureté et ce scandale qui ont 
présidé jen Europe à leur violation solennelle 
du droit des gens. Un officier anglais devaijt 
^re constamment à la tahïe de l'Empereur^ 
mesure harhare qui nous^ eût privés de la dou- 
ceur de nous trouver en famille : qn ne s^en 
abstint que parce que l'Empereur ,ri'eût jamais 
mangé que dans sa chambre. Peut-être se rep^n- 
tait-il , et j'ai de bonnes raisons de le croire , 
de n'en avoir pas agi ainsi à bord du Northum- 
berland. 

Un officier anglais devait sans cesse accom» 



T8 MÉMORIAL {Die. isis) 

pagner l'Empereur à cheval j gêne cruelle qui 
tendait à ne pas lut permettre un moment de 
distraction dans sa malheureuse situation. On y 
renonça, du moins pour l'intérieur de certaines 
limites y qu'on nous fixa à cet effet, parce que 
l'Empereur avait déclaré qu'autrement il ne 
monterait jamais à cheval . 

Dans notre triste situation, chaque jour 
venait ajouter quelque chose à nos contrarié- 
tés; c'était sans cesse une piqûre nouvelle, 
d'autant plus cruelle,. qu'elle s'établissait dé- 
sormais pour un long avenir. Ulcérés conune 
il était permis de l'être , nous étions sensibles 
à jtoutj et trop souvent les motifs qu'on nous 
donnait prenaient encore les couleurs de Ti- 
ronie. Ainsi des sentinelles étaient mises à la 
nuit sous les fenêtres de l'Empereur, et jus- 
qu'à nos portes; c'était, nous disait-on, pour 
notre propne sûreté. On gênait la libre commu- 
nication avec les habitans; on nous mettait au 
^cret, et l'on répondait que c'était pour cjue 
l'Empereur ne fût point importuné. Les consi- 
gnes, les ordres, variaient sans cesse; nous vi- 
vions dans la perplexité, dans l'hésitation, dans 
la crainte d'être exposés à chaque pas à quel- 



(Dec i8is) DP SAINTE-tfKT.ÉNE. 79 

(^^afifront imprévu. L'Empereur, qui ressen-^ 
tait vivement toutes ces choses > prît le parti 
d'en faire écrire à l'Amiral, par M. de Mon-* 
tliolon. Il parlait avec chaleur, et accompagnait 
ses paroles d'observation» dignes de remarie. 
« Que l'Amiral ne s'attende pas, disait-il, cjue 
« je traite aucun de ceà objets avec lui. S'il 
•c venait demain, n;ialgré mon juste ressenti^ 
« ment , il me trouverait le visage aussi riant 
« et la conversation aussi insignifiante que de 
« coutume; non qu'il y eût de la dissimula- 
« tion de ma part , ce ne serait que le fruit 
« de mon expérience. Je me souviens encore 
« de lord Withworth qui remplit l'Europe 
« d'une longue conversation avec moi , dont 
« à peine quelques mots étaient vrais. Toute- 
ce fois ce fut alors ma faute; elle fut assez fortei 
« pour m'apprendre à n'y plus revenir. Au- 
« jourd'hui l'Empereur a gouverne' trop long-- 
« temps, pour ne pas savoir qu'il ne doit point 
« se commettre à la discre'tion de quelqu'un , 
« auquel il donnepit le droit de dire à faux : 
« P Empereur trCa dît celai car l'Empereur 
éc n'aurait pas même la ressource d'affirmer 
f^x{ue non. Un témoignage en vaut un autrej^ 



80 MEMORIAL {D<o.isi§) 

<c il faut donc de nécessité cju'il emploje qael" 
« qu'un qui puisse dire au narrateur qull 
« ment dans ce qu'il lui fait dire» et qu'il est 
« prêt à lui rendre raison de son expression; 
« ce que l'Empereur ne saurait faire. » 

La lettre de M. de Montholon était vive, la 
réponse fut injurieuse et brutale : i)n>ncrconr' 
naissait pas telle chose à Sainte-Hélène qu^ un 
Empereur; la justice et la modération du 
Gouvernement anglais à notre égard ^ seraU 
r admiration des âges futurs ^ etc., etc.. Le 
docteur O'Meara fut chargé d'accompagner, 
cette réponse écrite, d'additions verbales les 
, plus révoltantes ji de demander par exemple^ si 
l'Empereur désirait que l'Amiral lui envoyât 
des libelles et des lettres anonymes atroces qu'il 
avait reçus à son adresse, etc., etc.— 

Je travaillais avec l'Empereur quand on lui 
rendit compte de cette réponse. Je ne pus 
cacher l'étonnement et l'indignation que me 
causaient certaines expressions. Toutefois la 
philosophie seule devait nous tenir lieu de 
ressentiment j il fallait bien se dire que toute 
satisfaction était hors de notre pouvoir; car 
«(dresser une plainte directe au Prince Régpnti' 



(Dée. iBtS) DE SAINTE-HÉLÈNE. m 

c'eût été ménager peut-être une jouissance à 
ce prince, et à celui qui nous offensait uu 
titre méritoire; et puis d'ailleurs il ne pouvait 
exister de plaintes de TEmpereur adressées à 
qui que ce fût sur la terre; il n'était plus pour 
lui, à cet, égard, d'autre tribunal que Dieu, 
le$ nations et la postérité. 

Le 23, la frégate la Doris est arrivée du 
Cap ; elle apportait sept chevaux qui y avaient 
été achetés pour FEmpereur. 

Dimartche 24. 

Mépris de l'Emperear pour la popularité, ses moûb, 
868 argumens, etc. — - Sar ma femme. — « La mère et 
la sœur du géaénl Gôorgaud. 

L'Empereur lisait quelque chose dans lequel 
on le faisait parler avec trop de bonté; il s'est 
récrié sur l'erreur de l'écrivain : « Comment a-t- 
« on pu me faire dire cela ? C'est trop tendre , 
« trop doucereux pour moi ; on sait bien que je 

* ne le. suis pas. — Sire, disais-je, on a eu une 
« bonne intention ; la chose est innocente en 
« elle-même, et a pu produire un boti résultat 

* au dehors. Cette réputation de bonté que 
t vous semblez vouloir dédaigner, eut pu avoir 



^ ■ 



gâ MEMORIAI. tDta.m$) 

« un poids . immense sur l'opinion j eUe eût 
ce preVenu du moins les couleurs dont un sys- 
« terne en Europe a faussement peint Votre 
« Majesté aux yeux des peuples. Votre cœui-, 
«r que je connais à présent, est certainement 
« aussi boli que celui de Henri ÏV, que je 
« n'ai pas connu. Eh bien, sa bonté est encore 
« proTcrbiale : il est demeuré une idole; mais 
« je soupçonne que Henri IV étai]t un tant 
« s(Ht peu charlatan. Pourquoi Votre Majesté 
« a-t-elle dédaigné de l'être? Elle montre trop 
« d'horreur pour cette espèce de moyen. Après 
« tout, c'est le charlatanisme qui gouverne le 
fc monde } heureux toutefois quand il n'çst 
« qu'innocent I » 

VEmpereur s'est mis à rire de ce qu'il 
appelait mon verbiage. « Mon cher, qu'est-ce» 

* que la popularité, la débonnaireté? disait-il; 
« Qtii fut plus populaire, plus delionnaire que 
« le malheureux Louis XVI? Pourtant quelle 
« a été sa destinée? Il a péri I C'est qu'il faut 
« servir dignement le peuple, et ne pas s'oc- 
« cuper db lui plaire. La belle manière de le 

• gagner, c'est de lui faire, du bien. Rien n'est 
fr plus dangereux que de le flatter : s'il n^a pa» 



(Dec: iZiSy DE SAINTE-HÉLÈNE, 83 

•c ensuite totxt ce qu'il veut , il s'irrite , . et 
« pense qu'on lui a manque de parole; et si 
¥ alors on lui rëâi^te, il Itait d'autant plus ^u'il 
te se dit trompe. Le premier devoir du prince, 
ic sans doute , est de feire ce que veut le peuple; 
^ mais ce que veut le peuple n'est presque 
cr jamais ce qu'il dit : sa volonté', ses besoins, 
« doivent se trouver moins dans sa bouche que 
ic dans le cœur du prince. 

<c Tout système peut sans doute se soutenir', 
tt celui de la de'bonnaireté comme celui de la 
« seve'ritë j chacun a ses avantages et ses iucon- 
« vëniens : tout se balancé dans ce bas monde* 
tt Que si vous me demandez à quoi ont pu me 
u servir mes expressions et mes formes sévères , 
« je repondrai : à m' épargner de faire ce dont 
« je menaçais. Quel mal, après tout, ai-je fait? 
« Quel sang ai-je verse'? Qui peut se vanter, 
« dans les circonstances ou je me suis trouvé, 
tt qu'il eût fait mieux ? Quelle époque de Thii^ 
« toire, semblable à mes difficultés;', offre mes 
W înnocens résultats? Car que me reproche-t-on? 
« On a saisi les archives de mon administration , 
« on est demeuré maître de mes papiers, qu'a- 
't< t-on eu à mettre au grand jour? Tous les 



81 MÉMORIAL (twt:.i»ii) 

éi soutèmns, dans ma position, au milieu des 
«factions, des troubles, des conspirations , ne 
m sont«ils pas entouras de meurtres et d'exécu* 
ft tions? Vc^ez pourtant ([uel a ete' avec moiie 
« calme subit de la France? Cette marche vous 
«r étonne, continua -t- il en fiant, vous qpii 
■m parfois, avez la douceur et la naïveté d'un 
^ enfant? 

Et me voi^Là soutenant à mon tour ({ue tous 
les systèmes pouvaient avoir leur avantage^ 
m Tout boxnme, convenais-7Je, doit se créer sans 
« doute un caractère par Téducationj mai& il 
« faut q[u'il en pose les bases sur celui que lui 
«a donné la nature; autrement il court, le 
ce risque de perdre les avantages de celui-ci, 
i^ sans obtenir ceux du caractère qu'il voudrait 
« se donner ; ce pourrait n'être plus qu'un 
ft instrument qui fausserait sans cesse. Le cours 
« de la vie de chacun doit être, après tout, 
« le résultat évident, le vrai jugement de sou 
if caractère. Or, de quoi pourrai- je avoir à me 
5 plaindre ? Du dernier degré de la misère., je 
«r nie suis relevé seul à une assez belle aisance, 
« et, du pavé de Londres, je suis parvenu aux 
*m marches de votare trône, aux sièges de .votre 



(Bée. i«i8) DE SAINTE-HÉLÉTŒ. €8 

K. conseil; l^tout sans ({ae j'aie à ètre^nbar* 
« rassë, devant qui que ce soit| d'aucune pa<* 
•c>rd[e^. d'aucun écrit, d'aucune démarche* 
•f N'e^t-ce pas aussi ayoir produit en petit mea 
H petites merveilles? Et qu'aurais- je donc pu 
« &ire de mieux avec un autre tour donné 4 
«mon caractère ? 1». 

On est venu interrompre la conversation ^^ 
pour dire à l'Empereur que F Amiral et des 
dames venues par la Doris, sollicitaient la fa-» 
teur d'être présentés. L'Empereur a répondu 
sëcliement qu'il ne voyait personne j qu'on le 
laissât tranquille. 

Au point oij nous en étions, la politesse 
personnelle de l'Amiral était une injure de 
plus, et, quant à ceux qui le suivaient, comme 
on ne pouvait venir a nous qu'avec la permis- 
sion de l'Amiral , l'Empereur ne pouvait accor- 
der qu'on fit' ainsi les honneurs de sa personne :. 
s'il était au setret, il fallait qu'on le signifiât; 
s'il n'y était pas, il deyait voir qui bon lui 
senobblaît sans l'intervention de personne. Il ne 
fidlait pas surtout qu'on se targuât en Europe 
diP i'^ntourer de toutes sortes d'égards et de 



86 MÉMORIAL (Déb. mi) 

respects^, qiiand oû ne Fabreut^ait (Jue d'in- 
convenances et de caprices. 

L'Empereur est sorti à 5 heures, et s'est pro- 
mené' dans le jardin. Le général, colonel dti 
58* régiment, est venu l'y trouver, et lui a 
demandé la pennissiôn de lui présenter, le 
lendemain, son corps d'officiers. L'Empereur 
l'a accepté po^ur 3 heures. 

Demeurés seuls nous deux, l'Empereur a 
prolongé sa promenade. Il s'est arrêté, devant 
une des plates-bandes, à considérer une fleur ^ 
et m'a demandé si ce n'était pas là un Ijs; 
c'en était un magnifique ^ 

Après le, dîner, durant notre reversi accou- 
tumé , dont l'Empereur commençait du reste à 
se fatiguer : « Où croyez-vous , m'a-t-il dit tout- 
« à-coup , que soit en ce moment Madame de 
« Las Cases? — Hélas, Sire, luiai-je répondu, 
«f Dieu le sait ! — Elle est à Paris, a-t-il conti- 
•r nué, c'est aujourd'hui mardi, il est 9 heures, 
« elle est à l'Opéra. — Non , Sire , elle est trop 
« bonne fenune pour être au spectacle quand je 
le sùis^i'cî. — * Voilà bien les maris , disait l'Êm- 
« pereùr eit' riant, toujours cônfians et cré- 
<c dttles!» Puis passant a:u géneial Gourgaud,' 



(Dec i8i5> DE SAINTE-HELÈNE. 8T 

il Ta plaisanté 4^ même sur ^a mèr^^ et sa sosur^ 
Celui-ci , s'en attristant beaucoup , çjt ses yeux 
se mouillant, FEmpereur le regardant de côté , 
di^it d'une manière charmante : a N'est-ce pas 
« 'bien méchant à moi 9 hifsp. barbare , bien tjrran 
« de toucher ainsi des cordes ^i tendres ? * » , 
L'Empereur, mfi demandait ensuite combien 
j'avais d'enfans; quand et comment j'avais connu 
madame de Las C^ses. Je lui répondais qnie 
uNidame de Las Cases était ma première con^ 
naissance dans la vie; (pie notre mariage était 
un nœud que nous avions lié nous-mêmes dans 
notre en&nce , et que pourtant il. avait fallu là 
plupart des événentens de la révolution pour 
poûvoiri l'accomplir. 

Lundi 25. 

L'Emperenr soavent blessé dans ses campagnes, -r^ 
Cosaques, -r- Jérasaljem délivrée. 

L'Empereur, qui n'avait paus été bien la 
veille j, a ÇOTitinue d'être indisposé, et a fait pré- 



. .*,Le général Goarg^Adavoult {liour sa mgr^ et ça scauc 
«ne tendresse extihéme» il en était aimé de même. Ses 
«uns pour elles allaient au point de leoi^ peindre, dans 
ses!Iéttres.>.Sle.-IIéIdna coaum un liea de délicesy^alk» 



•8 MmORÎAL (file. iS.S) 

venir qu'il ne pourrait pas recevcâr les ofiSciers 
du 53«, ain^ qu'il TavaitÊxe'. Vers le milieu 
du jour il m'a fait appeler, et nous avons relu 
quelques chapitres de la campagne d'Italie. Je 
comparais celui de la l)ataille d'Arcole à un 
ch»it de l'Iliade» 

Quelque temps ayant l'heure du dîner, il 
nous avait réunis autour de lui dans sa cham-^ 
hte : on est venu nous dire que nous étions 
servis; il nous a renvoyés; je soi^tais le demieri 
il m'a retenu. « Restez ^ m'a-t41 dit, nous dî- 
« nerons ensemble. Nous sommes les vieux; 
« laissons aller les jeunes; nous nous tiendrons 
« compagnie. » Puis il a voulu s'habiller ^ ayant 
l'intention, disait-il, de passer dans le saloni 
après son diner. 

£n feisant sa toilette il posait sa main sur 
sa cuisse gauche où se voyait un trou Considé- 
rable. Il y enfonçait le doigt en me le mon-- 
trant significativement ; et, voyant que j'iguo- 

de les tranqnilliser sur son compte : c'étaient des forêts 
d'orangers^ de citronniers; an printemps perpëtael,'en 
on mot, tont à fait du roman. Et les ministres anglais 
n'ont pas roagi, plus tard, de faire tourner contre lut 
ces innocentes sopercberiesde sa solKcitade filiale ! H ^ 



(D4c.iM) DE SAINTE-HÉLÈNE- 8t 

rais ce qpae ç% pouvait ètre^ il m'a dit ijne t!i^ 
tait le coup de baïoimeite qui «vait failli lai 
coûteïr là cuisse au siège de Toulon. Marchand ^ 
^i l'habillait y s'est permis d'obseirer qu'on 
le savait bien à Bord du Northumberland } 
qu'un des hommes de l'ëquipage lui avait dit^ 
lorsqu'on y arriva, que c'était un Anglais qui ^ 
le premier 9 avait blesse notre Empereur* 

L^Ëmpereuf prenant alors ce sujets disait 
qu'on avait généralement admire et prdné le 
rare bonHeor qui le tenait eomme invùlné"^ 
table au milieu de tant de bataillesi « Et Toil 
êr était dans l'erreur, ajoutait-il, seulement 
«c j^avais toujours fait mystère dé tous meâ 
ft dangers. » Et il a raconté qu'il avait eu trois 
chevaux tués sous lui au siège de Toulon; 
qu'il en avait eu plusieurs tués ou blessés 
dans ses campagnes d'Italie; trois ou quatre 
au siège de Saint-Jean-d'Acre^ Qu'il avait iié 
blessé maintes fois; qu'à la bataille de Ratis- 
bonne, une balle lui avait frappé le talon; 
qu'à celle d'Ësling ou de Wagram , jfe ne 
saurais dire laquelle , un autre coup de 
feu lui avait déchiré la botte, le bas et là 
peau de la jambe gauche. En 484)f, il avait 
2. 6 



»0 MEMORIAL. (hée. iSiS) 

pefdu un chevalet son chapeau à Axcis-sur- 
Aube, ou dans son voisinage ; et aprës le com- 
bat de Bri^nne y en rentrant le soir à son 
quartier - gênerai , triste et méditatif, il se 
trouva chargé inopinément par des Cosaques 
quî avaient passé sur les derrières de Tarmée; 
il en repoussa un de la main > et se vit con- 
traint, de tirer son épée pour sa défense per- 
sonnelle; plusieurs de ces Cosaques furent tués 
à ses côtés. « Mais ce qui donne un prix bien 
t( extraordinaire à cette circonstance , disait-il , 
« c'est qu'elle se passa auprès d'un arbre que 
tr je considérais en cet instant, et que je recon- 
« n^aissais pour être celui au pied duquel, 
« durant nos récréations, à l'âge de douze 
« ans , j'étais venu lire la Jérusalem déli- 
«r vrée. » Celait donc là que Napoléon avait 
éprouvé sans doute les premières émotions de 
la gloire! 

L'Empereur répétait qu'il avait été très-sou- 
vent exposé dans ses batailles; mais on le tai- 
sait toujours avec le plus grand soin. Il avait 
recoçimandé, une fois pour toutes, le silence 
le plus absolu sur toutes les circonstances de 
cette nature. Quelle confusion, quel désordre 



(Dec. i8iS) DE SAINTE-HÉtÈNE. 01 

n'eussent pas résulté du plus léger l)ruit , 
du plus petit doute toùcKant sou existence, 
disait-il. A sa vie, se rattachait l& sort d'un 
grand empire, toute la politique et les desti- 
nées de l'Europe ! 

Cette habitude, du reste, de tenir ces circons- 
tances secrètes, faisait^ ajoutait-il en ce imoment, 
qu'il n'ayait pas songe' a les relater dans ses 
campagnes; et puis elles estaient aujourd'hui 
presque hors de sa mëmbire. Ce n'e'tait jplus 
guère , disait-il, que par hasard, et dans le cours 
de ses conversations , qu'elles pouvaient lui 
revenir, etc., etc. 

Mardi 26. 

Ma conversation aveo un Anglaise v - 

* L'Empereur a continué d'être indispose*. 

Un des Anglails , dont la femme âviait e'te' 
refusée hier à la suite de l' Alniral , est venu me 
rendre visite ce matin, dans l'intention' d'es- 
sayer une nouvelle et dernière tentative pour 
parvenir à Napoléon. Cet Anglais' pariait tfès*- 
hien le français, ayant dèmieuré éii France pen- 
dant toute la guerre. C'était un de ceux coAnus 
dtms le temps sous le ho^ de détenus y vca dé 



92 MÉMORIAL (ïîéc. i«is) 

ceux <jui, venus en France comme vojagéurs-, 
Vy trouvèrent arrêtés par le Premier Consul, 
lors de la rtijïture du traité d^Amiens , en repré* 
saille de ce que le gouvernement anglais avait, 
l^uivant sa coutume, saisi nos bâtimens mar» 
:€liands avant de nous déclarer la gberrè. 
Cette circonstance causa une longue et vive 
discussion entre les deux gouvememens, et 
empêcha même, durant toute la guerre, un cartel 
d'échange. Les ministres anglais s''obstînèrent à 
lie vouloir pas regarder leurs compatriotes 
arrêtés comme des prisonniers^ dans la crainte 
que ce ne fôt une renonciation implicite à leur 
espèce de droit de piraterie. Toutefois cette 
' obstination de leur part valut une longue cap- 
tivité à leurs compatriotes j ils ont été retenus 
en France plus de dix ans : c'est l'absence du 
siège de Troye, aussi longue, aussi pénible, 
mais moins glorieuse. 

. Cet Anglais était beau-frère de l'Amiral 
* Burtoui qui venait de mourir, qommandantla 
station de l'Iade. Cjstte.ciirconstance pouvait 
Jui donner quelques rapports directs avec les 
ininistres à son arrivée en A^igletçrrç^} il pou- 
vait avoir été étioifi par l'Amiral pojir y tendre 



(Dâtf. iaii> DE SAUÏTO-HÉLÈNE; 9^1 

IxLeii. des choses €pi 9<ma concexnent ; }e n'ai 
doftna pas Tefasé la conversation ; je l'ai même 
pralôngee. Elle a dure pins de deux heures, 
t0ute calculée de ma part suî> ce qvHl pouvait 
redire à l'Amiral^ r^'ter au gouvernement ou 
dans les cercles ^h Angleterre. J'en fus grâce > 
<m n'y retrouverait que rfStemelle rëcapitular 
tion de nos reproches et de nos griefs, la fasti^ 
dUuse répétition, de nos plaintes et de nos 
dc^ilenors. Ce serait encore et toujours la viola-* 
tion des droits estimes les plus sacres } l'oUtrage^^ 
&it à notre honne foi; l'arrogance , l'impndeur , 
le» plus basses insultes d« pouvoir, etc. , etc. 
l'ai partieuliëremeut àppnye sur les mauvais 
tniteAexkÈ <|u'on nous disait éprouver ici; sur 
le travet# âtetftit de celui ^i tenait ici nos 
chaînes, tt Sa gloire, disais* je, n'est pas de 
4 nous sottifilettre} nmis bien plutôt de npus 

* sfttiirfaire. Il devrait nous faire oublier, àforce 
«. <^égatds, toute la rigueur et les injustices de 

* la p0]At£q[ue. Biechercherait^il la réprobation 
m dés. himauei , lorsque sa bonne fortune, le 
« conduisait à mêler noblement son nom à celui 
« de l'homme du temps, du héros de l'histoire? 
« Objecterait-il ses instructions? Mais encore, 



dXi MÉMORIAL : (Ç&. 18MJ) 

m dans nos moeurs européennes, l'hoaneur est là 
-m pour les interpréter convenablement, etc., etc. 
M!ou Anglais- m'a ëcoùté avec beaucoup d'at« 
téntion; il a montré même parfois un intérêt 
marqpié , approuLvuit fort plusieurs de mes 
observations; vmais' aura-^t^il été sincère, et ne 
tiendra-* t-il pas. à Londres un langage, tout ià; 
fait différent? ■ . \ \ 

. Cliaqiie fois qu'un bâtiment arrive deSainte- 
Hélène en Angleterre ,. les papiers publics pré- 
senteht aussitôt sur les ;€apti& de Longvrood déisk 
irelations infidèles, absurdes, qui doivent néces- 
sairement, les. rendre ridicules à laimasse du 
public. r Comme nous nous en exprimions 'ici 
avec amertume, dès Anglais, lionniètes;iet >dis^ 
1tingués,inous dirent r ^ Ke jvous y mépr^e^e^ 
m pas , ces injures ne viennent pas. de noe. Qim- 
« patriotes qui vous visrtient ici; mais. bî^ de 
« .nos^^inistres à Londr^^ jic.211: ^u?:!e3&cès etm4& 
19 violence du pouvoir, Tadmiiii^traitiQU; qui 
«.nous gouverne ; aujouird'hui » joint Jtoi^e Ja 
«: petitesse des iâtrigues les plus baissed et; les 
'■«.:plusvalesi ». j . •. ., •')r. : ..•':..'.-;.• 



|t>f«. i8ft) DE SASTE^HÉLÈNE; 9K 

Mercredi 27. 

Sur l'tfm^giratloDi «*• BienfiiisancA deg Aoglaîi« -— Ret-* 
sources des émigrés ^ etc. 

L^Empereur, se trouyant miettist, est monté à 
cbeyal yers une heure; et au retour à reçu 
les officiers du 53®. Il a ete pour eux tout à 
fait aimable et gracieux # 

Après cette visite ^ l'Empereur , qui m^ayait 
dit de demeurer arec lui , s*est promené dans le 
jardin , je lui ai rendu compte de ma conversa* . 
-tion de la veille avec l'Anglais qui dtait venu, 
ine faire visite. De là ses questions sesont por- 
tées sur rémigration, Londres et les Anglais. 

Je lui disais que Temigration n'aimait pas 
les Anglais; mais qu'il y avait peu d'emigre's 
qui ne se fussent attachés .à quelque Anglaiis; 
que les Anglais n'aimaient point rémigratipn ; 
ihais qu'il y avait peu de familles anglaises 
qui n^eussfent adopté quelque Français. Ce dr-- 
vâit être là toute la clef des sentimens et des 
rapports, souvent contradictoires, qu^on ren- 
cqntré d'oydinaire sur cet objet. Quant au bien 
qu'ils nous avaient fait/ surtout la classe mi- 
toyenne, qui est «elle qui caractérise toujours. 



' 



9a MÉMORIAL ( jMi/ isi &) 

lin peuple, il est.. au-delà. de toute expression, 
et nous endette envers elle d'une véritable 
reconnaissance. H est difficite dVnumërer les 
bienfiaiit^ particuliers, les institutions bienyeil*- 
lanteSy le$ niesures charitables employées vîs- 
i-^TÎs d« nous i ce sont les particuliers qui, par* 
leur exemple, ont amené le Gouvernement i' 
des secours réguliers j et quand ceux-ci ont été 
établis, les autres n'ont point cesse\ 

L'Eitnpereur me demandait si j'avais participé 
à ces secours. J'avais trouvé plus doux de ne 
rien devoir qu*à mon travail, et Torganisation 
sociale et industrielle de T Angleterre était telle, 
qu'avec ce sentiment on. était sûr de réussir, 
«net- Mais n^avais-je jamais aperçu l'occasion de 
faire fortune? -^ Deux fois. Un évêque de 
Khodez, Colberi^ Ecossais de naissance, qui 
m'aimait beaucoup , me proposa de suivre son 
frère à la Jamaïque; il y allait cbisf du pouvoir 
exécutif, était un des planteurs les plus consi- 
dérables; il m'eût confié la gestion de ses biens, 
et m'eût fait avoir celle de ses amis. L'évcque 
me garantissait en f^ois ans une véritable for-t- 
tuue. Je ne pus m'y résoudre, je préférai cou- 



CBéé, ^s)^ DE SAINTE-HÉCÉNE. ÔlT 

tinoer une. Tie siisërable, à m'âoigBer deii 
cotes de Framce. 

c Une autre fois, des amis voulaient m'en-' 
n voyer daïis Tlnde; j'y eusse été employé; 
fc protc^f on me garautissaiit encore, en très^ 
« peu de tempsy une fortune <^onsidérable. Je 
«uevMLlus pas : je me trouvais trop âgé; c'était 
m trop loin, disais- je. Il y a vingt ans de cela; 
« e^t je suis à Sainte-flélène. 
^ « Cependant il en était peu dont réraigra- 
« tion, dans le principe, eût été plus dure, 
« bien cpi'il n'en fût pas de plus brillante 
« vers sa fin. Je m'étais vu plus d'une fois- à 
« la veille de manquer littéralement de tout; 
tt pourtant je n'avais jamais été découragé .ni 
« même malbeureux* J'avais trouvé le vrai tré- 
« sor de la philosophie , en me comparant ait 
« grand nombre de ceux (jui, autour de moi^ 
« étaient plus malheureux encore ; aux vieil- 
a lards, aux femmes, à ceux qui, dépourvus 
« d'ui^e c^tâine édircation, de certaines facul-^ 
« tés, n'apprendraient jamais une langue étranw 
t gère, ne sauraient jamais se cjréer aùôùn 
if moyeA^ Moi, j'a^vaisdé la jeunesse, d'c l'ar-' 
« deur, je me sientaâi^ capable de ({tieique ehoseJ 



Sf8 MMORÏAC (lM*.«ii«| 

u J'^lais plein d'é^përancè} je montrais ce qpie 
« je ne savais pas, tout ce qu'on voulait; j'ap— 
« ptenai$ la veille ce qu'on me demandait pour 
« le lendemain. Mon Atlas historique fut une 
«; idée heureuse qui m'ouvrit une mine d'or; 
çç ce n'était pourtant alors qu'une véritable^ 
« exquisse; mais, à Londres, tout s'encourage^ 
tt tout sp vend; et puis le Ciel bénit mes ef- 
« fo^ts* Débarque à l'entrée de la. Tamise, j'a^ 
^fr.vaîs gagné Londres à pied, n'ayant que 7 
%. .louis dans ma poche, sans connaissance ^ sans^ 
« ITiecomm^ndation sur ces rives étrangères; j'en 
«sortis en poste y possédant 2,500 guinées, 
R fuyant fait des amis tendres, pour lesquels» 
« j'aurais donné ma vie. * * 

. «Mais moi, si j'avais émigré, disait l'Em- 
«ç pereur, quql eût été mon sort, mon lot? » H 
parcourait alors inutilement diverses direc- 
tions, et s';9ir):était cpnsjbamment sur le militaire. 
« J'y aurais toujours bien fourni ma carrière, 
> après touty disait r il. — Cela n'est pas sûr^ 
« répondais -je. Sire; vous vous fussiez trouve 
«;4touffé dans la fbule. Arrivé à Coblentz ou 
« dans tout corps français, yous^uisiez été diassé 
«. d'a]irès le rfmgdu tableau; rien n eût pu tous 



(m^ lia) DE SADSlïl-HÉLÈNE; flO 

ir le fiûi^e fipauôhir $ x^ax nous 4tiims ^nbU obser- 
« Tateurs des fonnes , etc. , etc. s 

L'Ëmpérettr me demandait ensuite ({uand et 
comment j'étais rentre'.— « Après; la paix d' A- 
m miens ) par le bienfait de yotre amnistie ; en- 
K core m'étais-jè glisse' par contt^bsu^de dans 
• une £imille anglaise > pour atteindre : Paris 
•^ pjlus tôt. Dès qpie j'y fus arrive, de .p.ertr de. 
« comprcismettre ,cette famille , je fu^ moi-même 
|R fyire ma déclaration à la police, qpi me 
ce donna une carte (pie je devais faire Txser toutes 
m les semaines ou tous les mois; je n'en fis rien, 
« et il. ne m'en arriva riei^^ J'étais décida à me 
« conduire sagement; C|u'avais -je/ à craindre?. 
» 4^sais*je, Cependant, une fois; je vis qu'il 
« eût piu m'en, coûter clier : c'était le momcfnt 
n Ift plp ifipl^njt dfi la qtise de Georges, et. Çi- 
«: c)i^gi;u> P'ordi^naire - }0 passais, mes. ^joiré^ , 
Sj 4^^ 4?^ . S9çi4t4/ iAÙm^.7 dans Jftft • ffropre, 
•;^$PA; j^»e ;5ortais-çriP§<pkei jaipais^îM^sici ,, 
i^.tio^duit ^ar. la iajtaUt4 piçijt •çjre.pç^rie.lif 
fiiVf4fh\V^ jçiprepajs 41ft €hQ$$, jojinr'^^'gç^rai 
krj^p, s^.i^ssex, taiM daajis lie fa^quirg .Si^int* 
^ GpXBÇk^ïui je manquai le^ passage.du po^nt de 
« JgouisXVIi qui5 J6 jççiiiiaissfii^ 4 Meaiot fus 



/ 

jm MÉBSOIIIAL (défei i#«!f) 

m iéboncher €»r le bouleirard dsi Xtinralides^ 
« sans plus sayoîjp où je me trouTais* Les pMte9 
«c etaieift doaHës partout et multipliéSir Je de- 
« mandai nob route à mie séntitteUe; j^aitendia 
m distmetemont son camarade, à ^eiqnes pas 
« de là, tni demander pourvoi il ne m^àrrétait 
m pas; celui ^d répondit que je Be faisais aucun 
é mal. Je gagnai mon gîte à pa$ redoublés, fré« 
« nûssant sur le danger que je venais de courir. 
m J'étais en contravention formelle vis-à-vis de 
« la police* : mon émigration, mon nom, mes 
« habitudes, mes opinions, me classaient parmi 
« lès mécontens. Tous les renseignemens^ qu'on 
le eût pris m'eussent Àéd^avorables; je n'aurais 
«« pli me réclamer de pcrsomie^ On eût trouvé 
• dans ma pocbe, et c'est ce qui me frappait 
AT d'avantage, cinq guinées î bien que je fusse 
« ea l^rance depuis plus de deux ans ; c'était 
^ Iqs dernières que m'avait valu mon travail; je 
%tes portais tdujovu^s; je ks ai ici; leur vti« 
« était pour moi une espèce de bonheur} etleft 
tt me rappelaient un temps pénible <{tti h'ëtàit 
«r plus. Ot, que ne pouvait-il, que ne devâi*-ii 
ti p»s arrilner par le concours de toutes ce^ tir- 
tt confttaitces? J'aurais en beau nier, eifîimer, 



\ 

(Déè. teiS) DE SÀINT&HÉLëNE. 40f' 

m persoimè ^ne im'eàC om. Peœse beaUlscbp 
« souffert sans doute, et pourtant je n'étais 
« «uUement coupable : ToUa 06p«ndanf k ja^^ 
« tioe àes henûoes 1 Toutefois ^ je ne me mi« pas 
m plus en règle vîs-à^Tfô ée h, police, et il'ne 
*. m'arriTa jamais rien. 

r Loisq[ue je ftts présente à la Cour de Votre 
jr MAJe£fte,les^mi|^éSyq[ui étaient dan&le même 
m cas qvLe moi, firent lever leur surreillance, 
«r qui iltait de dix ans; moi , je me promis^ bien 
te de laisser finir la mienne de sa balle mort< 
« Invite au nom de Votre Majesté à une fêtfe 
« qu'elle donnait à Fontainebleau » je trouvai 
« plaisant d'aller à lapolice demander un passe- 
fr port. On convint qu'il m'ëtait rdgulièrement 
te nëcessaivej mats on me le refiisa^ po^r i^ 
iK pas rendre, dit^on, Tadministration ridtcule; 
« Plus tard , devenu Chambellan ée Vetre 
a Majesté, j'eus à faire un voyagé prit^j lèf pour 
« cette fois, ils m'affranchirent pour toujours^ 
« et en riant, de toute formalité future. 

«c Au retour de Votre Majesté, en -18i5 , 
fi voulant . rendre service à* quelques ^grés 
M qui étaient revenus avec le Roi , j'allai pottr 
« eMiL À la fiolice. J^étais un conseîiieir d^^t , 



il08 »IÉMORIAL (ja?. lefS) 

« tous les registresi me fixrént oavef ts. Après 
« Tarticle de mes amis, je fu^ curieux de con^ 
ft liaître le mien; j'appris que j'y étais note 
«r comme grand' courtisau de M. le Comte d' Ar^ 
« tois', à Londres. Je ne pus m'empâcher de 
« re'flecliir sur ce que. pouvaient amener la 
m diffërënce des temps et la bi^^arrerie des 
« rëvoltations» Du reste , ma note ëtait tout à 
fc fait inexacte. J'allais Men, il est vrai, chez 
te M. le Comte d' Artois; mais de moiis en mois 
« tout au plus peut-être; pour en être ' cour- 
te tisan, avec la meilleure volonté', je hé Tâu* 
tt rais pas pu; j'avais à pourvoir à ma sûbsis-r 
te tance de chaque jôurj j'avais la .fierté dé 
« vouloir vivre de mes occupations; le temps 
« m'fstait précieux. » J'amusais beaucoup l^Em- 
perciur par mon récit, et je trouvais! un grand 
charme à le lui faire. 

Aujourd'hui, la frégate la Doris a Êdf voile 
pourTEurope. : 

. Jeudi 28. 

La famille de Briars est venue dans l'espoir 
de voir l'Empereur ; mais il s'est trouvéinc(>m^ 
modéde nouveau. Sa santé s'altère j cet endi^oit 



(Dec tSiS) DE SAINTE-HELENË. 40t 

lui e&% visiblement ccmtraire* H m'a fait appeler 
à trois heures; il avait eu un léger accès de 
fièvre; il se trouvait mieux. U m'a beaucoup 
parlé de ses dispositions domestiques intérieu- 
iseSy qui parfois laissaient venir jusqu'à lui 
quelques tracasseries* Ensuite il a fait sa toilette 
pour essayer de se promener* Je l'ai de'cidé à 
remettre son gilet de flanelle, qu'il avait imjpru- 
demmentmis de côté, dans ce lieu de tempéra- 
ture humide et inconstante.; Nous avons été 
promener au jardin ; la conversation continuant 
toujours sur le même sujet que ci-dessus. L'Em- 
pereur se promenant à l'aventure > a gagné les 
arbres à gomme qui prolongent lé parc, causant 
de notre situation locale , de nos rapports avec 
les autorités 9 «conjecturant sur les événemens 
politiques .dé l'Europe etc. ^ ejtc. La pluie. est 
venue nous surprendre, et nous a forcés à nous 
abriter sous un arbre. Lé Grand - Maréchal et 
M» de Montholon sont venus nous joindre. Au 
retour l'Empereur m'a fait le suivre, et s'est mis 
à jouer au piquet dans le salon avec M*** de 
Montholon. Il faisait fort hupiide; l'Empereur 
a désiré du feu j à. peine allumé, la fumée nous 
a chassés^ U. a fallu nous réfugier dans la 



^QA MÉMORIAL (Dec. i8t$) 

chambre même de TEmpereor, où la partie à 
continue'. Bientôt il n'a plus fait que tenir les 
cartes; sa couyersation était devenue tout à fait 
des plus intéressantes : il nous racontait des 
anecdotes de son plus petit intérieur^ confir* 
mant, redressant ou de'truisant celles ^e 
M^ de Montholon ou moi lui disions aroir cir- 
cultes dans le monde : rien n'était plus piquant; 
c'était une conversation toute confidentielle; 
aussi fût-ce un vrai chagrin pour nous d*en- 
tendre annoncer àrÈmpereur qu'il était servi« 

Vendredi 29. 

ISscumon diflkik. «^ Premier essai de notre yallée* «^ 
, Marais perfide* — Momens caractéristiques. -^ Anglais 
dësabnsés. — - Poison de Mithridate* 

Il est un endroit de notre enclos d'où Ton 
Toit au loin la partiô de la mer où apparais^ 
saient les raisseaux qui arriTent; là est un arbre 
au pied duquel on peut la eonsidërér à son aise^ 
J^ëtatedacns l'habitude, depuis quelques joui*s^ 
d'y aller dans mes molnens d'oisiveté pour Toir 
arxii^eri m^ disais^e, te TUisseaa qui doit termi-^ 
ner notre ^îL Le célèbre Munich est demeure 
iringt ms aii f ôiid de H Sibérie^ buyanf chaque 



(D^c lôiS) DE SAINTE-HÉLÈNE. 105 

jour à son retour à Saint^Pëtersljourgy ayant 
de voir arriver cet instant dësire'. J'aurai son 
courage; mais j'espèrt n'avoir pas besoin de sa 
patience» 

Depuis quelques jours des Mtimens ie succe*»- 
daient) de très - bon matin on en avait aperçu 
trois ^ dont j'en jugeai deux bâtimens de 
guérite* En revenant on me dit que l'Empereur 
e'tait deji lev^j je fus le trouver dans le jardin 
pour lui faire part de ma découverte. Il voulut 
déjeuner soifê un arbre et me retint. Après I4 
déjeuner il me dit de le suivre à cheval. Nous 
prolongeâmes, en dehors de Longwood, tous les 
arbres à gomme, et essayâmes ^ à l'extcëim te, da 
d^c^ndre dans une valiëe trèi^rapide et profon« 
dëment sillonnée : c'était des sables, des caiilloux 
presque mouvans; parsèmes de ronces marines; 
Nous f&mes obliges de descendre de cheraL 
UEmpereur ordonna au général Gourgaad de, 
prendre par un cote avec les chevaux et les deux 
piqueurs qui formaient notre suite , et s'obstinat 
à continuer, de sa personne, au milieu des diffi* 
cultes où nous nous tronvîons. Je lui donnai le 
bras, nous descendions et regrimpions avec 
peine tous les ravins. Il regrettait hlégèr^de 
2. 7 • 



108 MÉMORIAL (bée iSiS) 

qu'au 46 octobre* Gela ne finissait pas; il était 
9 heures. L'Empereur j ëtonne qu'il fut si tard, 
s'est leVë brusquement, ^t impatienté qu'on ne 
lui donnât pas son dîner ^ a marche droit à la 
tàblè, se plaignant qu'on Teût ifait attendre. On 
a eu la gaucherie de lui donner une raison fort 
ridicule. Cette inconvenance domestique l'a 
virement choqiié, puis il s'est choque' inteneu- 
rexnént encore de à'être inontre' si choqué; aussi 
îe ^îner a-t-il été sombï*e et silencieux. 

ReVeftu dans le salon pour le dessert, l'Em- 
pèVètir à 'cependant pris la parole sur les nou- 
velles que nous avaiétit apportées les gazettes : 
îéis condition^ de la paix , lés forteresses livrées 
aux étràtigeris, la fermentation des grandes 
villes. Il a traité ces sujets en maître; mais s'est 
retiré de bonne heure ; l'instant qui avait 
précédé le dîner lui demeurait visiblement sur 
le cœur. 

Peu de temps après il !h'a fait demander, vou- 
lant contMier lels papier^, Comiùe je me mettais 
en devoir de lire , il s'est rappelé l'état de mes 
yèuxr-et ne l'a plus voulu. J'insistais disant que 
je parcourrais vite , et que ce ne serait pas long ; 
mais il les a éloignés lui-même, ajoutant : « La 



(De'c, iei5) DE SAINTE-HELENK - 409 
ir nature ne se commande pas ; je vous 1^ dëfipndsi 
ft j'attendrai dçmiin. » 1} s'q$t mis 4 marçhef et 
bientôt ce qu'il avait dans le cœur ep est SQrti* 
Qu'il me semblait aimable dans ses reprqcbjQs et 
ses plainte?! Qu'il e'tait bompie et bop; car ce 
qu'il disçiit ^jtait juste pt vrai J Mais c'étaient. de 
ces niomens prc'cieui; pu la nature , prise sur le 
fait, montre i nu Iç fpnd du cœur fet d» 
caractère. Et je me disais qp le quittât, t% que 
l'ai d'ailleurs $i souvent rpccîision de ine dire : 
« Bou Dieu, qiie l'Empereur a e'té niai connu 
ic dans le monde l ^ 

A» demeurant, on lui jreud ici : d^sorynai^ 
plus ^ ju8tic/5. Ces AngUili, ^i acb?rpei^, si 
eiicus^bl,es d'ailleurs piau: l^s fausses peiutjires 
dont on les a si cqi^^tamment nourris, çp^^men- 
cent à prendre, unç. idée plus ju3te de ^on 
earactèra : ils avouent qu'ils so d^trpmpeut 
e'trangement tous les jours , et que l'Empereur 
est bien diffe'reut de ce Napoléon que les 
intérêts politiques et le mensonge leur avaient 
tracé. Tous ceux qui ont pu le voir , r«nïendre, 
avoir à faire à lui, n'onJt plus qu'une voix là- 
dessus. Il a écbappé plus d'une fois i l'Amiral , 
au travers de nos quç;reJiles avec lui, de se 



^IIO MÉMORIAL (Dec. i8i5) 

récrier que TEmpereur était saris contredit le 
meilleur naturel de toute la bande, le plus 
raisonnable y le plus ju^te, lé plus facile; et il. 
disait vrai. 

Une autre fois, un honniâte Anglais, que 
nous voyions souvent, confessait à Napoléon, 
dans toute l'humilité de son ame, et en forme 
d'expiation, qu'il avait à se reprocher, et qu'il- 
était honteux d'avouer, qu'il avait cru ferme^, 
ment toutes les abominations débitées sur som 
compte : ses' étrangleniens , ses massacres , ses 
fureurs, ses brutalités} enfin jusqu'aux diffor- 
mités de sa personne et aux traits hideux de 
sa figure. « Après tout , ajoutait-il. candi^e- 
ic ment, coimnent ne Taiirais-je pas cru? Tous 
« nos livres en étaient pleins, c'était dans tou- 
« tes nos bouches} pas une voix ne s*élevatt 
« pour le contredire, » — .- « Éh bien! dit 
« Napoléon en souriant , c'est à vos ministres 
« que j'ai l'objig^tion de toutes ces gentilles- 
K ses}, ils ont inondé l'Europe de pamphlets et 
«de libelles contre moi. Peut-être auraient- 
Mils à dire, pour excuse, qu'ils ne faisaient 
^ que répondre à ce qu'ils recevaient de France 
K même} et ici, il faut être juste, ceux d'entre 



(Dec. tUBi DE SAINTE-HÉLÈNE. AAA 

«iiAHis qu'on a vu depuis daïiâér. sm* les mmes 
* de leur patrie, ne^' en gisaient paç faute et 
i» leSi ten:aient abondamment pourvus; 

« QucH^ù'il en soît, on me tourmenta souvcfnti 
« au temps de ma puissance, pottr quéje fisse 
«contre-battre ces menées j je m'y refosai tOu- 
c< jours. À quoi m*eut servi qu'on m'eût dé- 
«c fendu? Ou eût dit que j'avais pajé, et cela 
« ne m'eût que discrédité un p^u* d'avantage; 
et Une victoire, uft Baomimentdèiplksj voilà 
ce la meilleure, la véritable r^ôttse, disais- je 
•t constamment. Le njensoaige passer Tairerité 
«r«5te! Les gens sages, la postérité surtout; 
« ne jugent que sur des faits.* Aussi qu'est^il 
•c arrivé? Déjà le nuage se diissipé^ la. lumière 
H perce, je gagne tous les joutsj bientôt iln'y 
ft aura rien de piquant en Europe (pxié de 
n me rendre justice. Ceux qui m'ont succédé 
« tiennent lès archivés. île mon administra- 
ft tien,. les archives de la police, les greffes 
« des tribunaux : ils ont à leur disposition, à 
« leur solde, ceux qui eussent été les exécu- 
« teurs, les complices de mes atrocités et 
€c de mes crimes; eh bien! qu'ont-ils publié? 
« Qu'ont-ils fait connaître ? 



« Ausâi U première fureur passée, les gens 
I* d^espriJ et^ 4e JHgeflaept me reviendront; je 
($ ne coq;se]:verai pour ennemis que de^ 90te ou 
(( de3 :meehaQ^* J^ puis demeurer tranquille, 
« je u'ai.qu'4, laisser faire, et la suite des evé-^ 
ic;nemen3>|e^'del)ats des partis opposés, leurs 
i(.produe^ion$ ddyerses , feront luire chuqiie 
te; jour les.mtéri^ui^ Wplùs sûrs, les plus glo- 
cc,rieu^ de. nj9^ Ui^tûire* Et k quoi ohÉ abouti 
auprès tout It^ innaensessQum^es dépensées en 
« libelles, ccmk^ n^oi ? Bi^atot il n'y eu: aura 
« plivs dp traces j taudis q»e mes monumens et 
ce vfi^ institutiQu^ niç recommanderont à la pos^ 
ic téri te'. Japljus reculée, . 

rc Aujourd'hui , dii reste, on ne saurait plus 
« recomça.encer ces tprts.enyers moi; la calom* 
« pie a épuise' tou^ ses venins sur n*a personne : 
K elle ne salirait p|us me heurter; elle n'est 
« plus pour moi que lepQkOn dc MithridatCé » 



(Péo. iai5) DE SAINTE-HÉLÉNE. 4>I3 

» Samedi 3o. 

L'Emperenir laboure im siUou. -*" Denier de la Tenre. — 
Eqtrevxie ayec rAmiraU — Noayeaax arrapgemens» 
— Le Polonais Piontkowsky, 

L'Empereur m'avait fait appeler avapt huit 
heures. Pendant qi^'il faisait sa tpîlette , je lui 
ai acbe^ve Un papiers' çomîçencës la vmU^. Un« 
foi^.habille, U est ^ortî, a promené' verg le% ecu^ 
ries, a dem^Ade' 3pn cl^eya}, est parti seul avec 
moi, tandis qwon préparait encore ceux de la 
cuite. Nous avOni^ prQmene à Taventure. Arri- 
vé; dan^ un champ qu'on lal)Ourait, il est 
deiscendu de cheval, ^ Saisi H charrue, au 
grand étounement d« celui qui la conduisait, 
et a trace lui-même un sillon d'une longue 
étendue. Remonté de nouvcjau, il a marché 
saii3 intention dans le, voisinage. Le général 
Gourgaudet les piqueur$ l'ont rejoint successir 
vemept. 

Au retour, l'Empereur a voulu déjeûner 
sous un arbre dmi le jardin» et nou^ a retenus^ 
Il nous avait dit à cheval qu'il venjiit de nous 
faire un petit cadeau, bien léger à la vérité, 
observait*il; mais fout s^ mesure aux çircons^^ 



4^k MÉMORIAL ( Déè tSiS) 

tances, et, dans celle-ci, c'était pour lui\ disait- 
il, le denier delaveui^e. C'était un traitement 
mensuel qu*il venait d'arrêter pour chacun de 
nous. Or, il devait être prélevé*^ sur une somme 
assez peu forte, qiie nous avions dérobée à la 
vigilance anglaise, et cette sommé demeurait 
ici désormais l'unique et seule ressource de 
Napoléon. On sent combien elle devenait pré- 
cieuse) aussi j'ai employé le premier instant 
où je me trouvais seul avec lui pour lui expri- 
mer ma pensée à cet égard, et ma résolution 
personnelle de ne pas profiter de son bienfait*. 
Il en a beaucoup ri, et comme j'insistais tou*- 
jours : « Eh bien , m'a-t-il dit en me saisissant 
€c l'oreille, si vous n'en avez pas besoin, gar- 
if dez le moi, je saurai où 1© retrouver quand 
i< il me le faudra. » 

Après son déjeuner, l'Empereur est rentré 
dans son intérieur, et m'a fait le suivre ^ppur 
finir les papiers-nouvelles. Il y avait long- 
temps que je lisais j M. de Montholôu a fait 
demander à être introduit. H' venait de causer 
longuement avefc l'Amiral, qui désirait beau- 
coup voir l'Empereur^ L^Empereur a inter- 
rompu ma traduction, s'est promené quelque 



(Dec. i8i5> DE SAINTE-HÉLÈNE, AÏ5 

temps comme s'il eût hésite j puis, prenant son 
chapeau , il a gagne' le salon pour y recevoir 
TAmiral. J'en ai eu une vive joie. Si nous de^ 
vîons cesser notre ëtat d'hostilité, j'e'tais sûr 
que deux minutes de lui aplaniraient plus de 
difficultés que deux journées entières d'aucun 
de nous. En effet, j'ai compris que ses argu- 
gumens, sa logique, sa bonhomie, avaient tout 
entraîné. On m'a assuré que l'Amiral était sorti 
enchanté. Pour l'Empereur, il était fort con- 
tent} il est loin de haïr PAmiral, il a inême 
peut-être un fkible poiir lui, a Vous pouvez 
« être un très-hahile homme de mer, doit-il lui 
« avoir ditj mais vous n'entendez rien à nôtre 
a situation. Nous ne vous demandons rien^}^ 
« nous pouvons nous nourrir à Técart de nos 
ce peines et de nos privations, nous suffire à 
« nous-mêmes j mais notre estime vaut Bien 
« qu^on s'en mette en peine. » L'Amiral s'est 
rejeté sur ses instructions. « Maïs ne sàit-oh 
« pas, répliquait l'Empereur, Tespace immiense 
« qui existe entre la. dictée des instructions 
îi et leur exécution? Tel les ordonne de loin, 
« qui s'y opposerait lui-même s'il devait les 
« voir exécuter. Qui ne sait encore, continuait- 



446 MÉMORIAL (Péc iStS) 

If il, qu'au moiijdre différend, à la p^oindre 
41 contrarie'te, au premier cri de ^'opinion, les 
ce ministres desayoue^it dejs instructiqns pu blâ- 
« ment yiyement de ne les avoir pas mieux 
« interprétées, etc., etc. 

L'Amiral a ete' à merveille j l'Empereur n'a 
eu cpi'à se louer de lui; toutes les aspérités 
se sont émoussées} on s'est entendu sur tout. 
Ainsi il a été convenu que l'Empereur pourrait 
aller désormais dan^ l'île; que l'officier, que 
les instructions attachaient à sa personne, 
n'exerperait qu'unie surveiUaQca lointaiuje, qui 
np pourrait blesser les regards de rEmpereur; 
que les visitans arriveraient â l'Empiereur, non 
par la permission de l'Amiral, qui était le 
surveillant de Longwood , mais par celle du 
Grand-Marécjial, qui en faisait les honneurs. 

Ce jour notre petite colonie s'est accrue d'un 
Polonais : le capitaine Piontkpwsjkj. Il éljait du 
nombre de ceux que nous avions laissés à Ply- 
mouth. Son dévouement pour l'Enfpereur, sa 
douleur d'en cfre séparé, avaient vaincu les 
Anglais et leur avait arraché 1^ pei^ni^sion de 
vemr le rejoindre. 



(JanT. 1816) DET SAINTE-HÉLÈNE. HT 

Dimanche 3r. 

Sions-^oarerneur Skelto&è 

Le soiis-gouvemeur , dolonel Skellôti, et sa 
fetiime, qui s'e'taient toujours montre's forts pre'- 
yenans pour nous , sont venus présenter leurs 
hommages à l'Empereur, qui, après une bonne 
heure de conversation, m'a fait traduire au 
colonel Skelton l'invitation de le suivre dans sa 
promenade à cheval; le colonel a accepté avec 
joie. Nous nous somihes mis en route et avons 
Iparcouru la vallée qui nous sépare du pic de 
Diane, au grand étoïinement du colonel, pour 
qui cette course était tout à fait nouvelle; qui 
la trouvait fatigante , et même, en certains en- 
droits, n'hésitait pas à la prononcer dangereuse. 
L'Empereur l'a retenu à dîner ainsi que sa 
femme, et s'est montré fort aimable pout eux. 

Lundi I Janvier 181 6 au Mercredi 3. 

Pfetnier de Tant -^Fittns de chasse ^ eto* -^ Famille du 
goarerneur Wilks. 

Le 1«« jour de l'an nous nous sommes tous 
réunis, vers les dix heures du matin > pour pré- 
senter nos hommages à l'Empereur au sujet de 



448 MÉMORIAL * (Jany. 1816) 

la nouvelle ann^e. Il nous a reçus quelques 
instans après. WôliS avions bien plutôt à lui 
offrir des vœux que* des félicitations. L'Empe- 
reur a voulu que nous déjeunassions et passas- 
sions tout ce jour ensemble. Il observait que 
nous ne composio^is plus qu'une poignée au 
bout du monde, et que notre consolation devait 
être au moins de nous y aimer. Nous l'avons 
tous accompagne' dans le jardin où il a e'te' pro- 
mener pendant qu'on préparait le déjeuner* En 
cet instant on lui a apporté ses fusils de ckasse, 
qui avaient été jusque là retenus par l'Amiral. 
Cet envoi n'était, du reste, de la part.de l'Ami- 
ral, qu'un procédé qui témoignait ses disposi- 
tions nouvelles; ils ne pouvaient être d'aucun 
autre agrément pour l'Empereur : la nature 
du terrain et le défaut de gibier ne lui permet- 
tant aucune illusion sur le divertissement de la 
classe. Il ne se trouvait, parmi nos arbres à 
gomme, qtte des- tourterelles/ que quelqùeis 
coups de fusil de la part . (tu/général. Goufgaud 
et de mon fils eurent bientôt détruites ou for- 
cées à l'émigration. . 

Il était dit que les meilleures intentions de 
V Amiral, les plus bienveillantes, porteraient 



(JaoT. i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 449 

toujours (pielcpies restrictions , quelques teintes 
de caprice propres à en de'truire l'effet Tayec 
les deux ou trois fusils de l'Empereur, il s'en 
trouvait dsux ou trois autres à nous; ils nous 
furent delivre'sj mais avec la condition (ju'ils 
seraient remis chaque soir dans la tente de l'ot 
ficier de garde. On s'imagine bien qu'une 
pareille sujestion fit remercier sans hésitation 
l'offre d'une telle faveur, et ces fusils ne nous 
resièrenf sans condition- qu'après quelques pour- 
parlers. Cependant 9 qui e'tions nous ? Quelques 
malheureux isolés du reste de l'univers, en- 
tourés de sentinelles , gardés par tout un camp ! 
Et de quoi s'agissait-il,? De deux fusils de 
chasse. Je cite cette circonstance j elle est bien 
petite en elle-même; mais elle est caractéris- 
tique et peindra, mieux que beaucoup d'autres 
choses, la vérité de notre situation et la nature 
de nos peines. 

Le 3 j'ai été déjeûner chez M"^® Bertrand, 
avec laquelle je devais aller dîner chez le Gou- 
verneur. La distance de Plantation-House , sa 
doneure, demande uno heure et demie de 
voyage avec six bœufs j un attelage de chevaux 
serait dangereux. On traverse eu on tourne 



420 MÉMORIAL (JaûT.i8f6) 

cinq ou six gorges bordées de précipices, de 
plusieurs centaines de pieds de profondeur. * 
On ôte quatre bœufs aux descentes trop ra- 
pides, et on les remet aux monte'es. Nous nous 
sommes arrête's aux trois quarts de la route 
pour visiter une vieille bonne dame de 83 ans, 
qui avait fait beaucoup de prévenances aux 
enfans de M*« Bertrand. Sa demeure e'tait 
agréable j il y avait seize ans qu'elle n'en était 
sortie, lorsqu'apprenant l'arrivée de l'Empe- 
reur, elle se mit en route pour la ville, disant 
que dût - il lui en coûter la vie, elle serait heu- 
reuse si elle parvenait à l'apercevoir : elle avait 
eu le bonheur de réussir. 

Plantation- Hôuse est le lieu le mieux situé 
et le plus agréable de l'ile : le château, le jar» 
din et les dépendances rappellent les demeures, 
dans nos provinces, des familles de viiigt-cinq à 
trente mille livres de rente. Cet endroit est bien 
soigné et tenu avec goût. Enfermé dans T enceinte 
de Plantation - House , on pourrait se croire 
en Europe , et ne pas soupçonner les lieux de 
désolation qui composent le reste de l'île. Le 

* Yoye» la Carte géographique. 



(j*«T. tsiis) DE SAINTE-HÉIiENE. 424 

maître de id maison, le édloraél Wilks^ .goui^ 
verneur de'piace {iëu* VAmii^^ jest ttsi:'homihe 
du mciUeuir ion ^ fort aginabic ;' sa femme est 
boime et aimaMe; sa fille t^fanmaat^; !: . . 
' liC gonfaiiaêar aurait rëonii|né ti*«ntame d6 
personnes. Les uamèin^s^ les éxpreissioxis / les 
formes, tout y -était eaipp^en. Noiîs y avons 
pass^ quelques heures, qui ont ^'té' le^ seiiles 
d'oubli 6t de disfiraction que j'iii ^^r)DilveêS de^ 
puis notre sprtijB de France. Le colonel Wilks 
me montrait une partialité et une Lienveillance 
tontes particulières. 'Noas en- étions aui éomi 
pliraens et à ht' sympathie de deux «fti leurs qui 
s^ encensent recîproquemëni'/Noiis' avions fait 
échange de nos productions : il comtîait Sï. ï^e 
Sage dti;ckoses flatteuses. Jet * odles -qiie je lui 
i!0ndaia étamnt des pfais !sinjcères;.car wn cêl^. 
vrage renfermé des points . înjtâttssâns : et Atkà^ 
veaui^ sur FlndoslaDylqu'îl a jiai)ifté long!-tBm^s> 
an snissiom diplomati^e. Uise sai^ piûlôsophir, 
beaucoup d;infitrae(Lioa et:]iuiMStyle fort pur y 
concoat'eDÀ à en faire: ;tii;L' lÎTre distin^é. 
M. Wiiks, ^an$ se$ opinions {loliiicpxesV est,* 
du reste, un homme très-froid^ qui }ttge awèa 
calme et sans passion^ des affaires du moment ; 
2. 8 



<f22 MÉMORIAL (hnr.i^S} 

qui conserve les idées saines , les principes 
libéraux d'un Anglais sage et indépendant. 

Au moment de nous mettre à table ^ à notre 
grande surprise ^ on nous a annonce que l'Empe- 
reur venait de passer avec l'Amiral prescpi'à la 
porte de Plantation-Hguse ; et un des convive ^ 
(M. Doveton de Sandj-baj) nous dit alors avoir 
eu la bonne fortune de le posséder ce matin 
même cbez lui, pendant trois quarts d'heure. 

Jeudi 4 au Lundi 8. 

Vie de Iiongwood.*-^ Course à cheyal de l'EmpeUenr. 
— Notre Nymphe. — Sobriquets. — Des îles; de leur 
défense»*^ Grandes forteresses ; Gibraltar. — Culture 
et lois dis rile*«-« Enthousiasme, etc* 

Quand je suis entre chez TEmpereur pour 
lui rendre compte de notre excursion de la 
yeille, il m'a dit, ine saisissant l'oreille : « Eh 
« bien ! vous m'avez abandonne hier? j'ai pour- 
ce tant bien fini ma soirée. N'allez pas croire 
fc (pie je ne saurais me passer de vous? i» 
Paroles charmantes, cpie le ton qui les accom- 
pagnait et la connaissance que j'ai à présent de 
lui me rendaient de'licieuses. 

Tous les jours le temps a ëtë beau, la tempe- 



(Jant. i8i6> DE SAINTE-HËLÈNE. 42^ 

rature sèche j la chaleur forte; mais tômhaht 
subitement^ ainsi cpie de coutume; vers les cinq 
ou six heures. 

L'Empereur, depuis son arrivée à Longwood, 
avait interrompu ses dictées' ordinaires : il pas^ 
sait son temps à lire dans son intérieur, faisait 
sa toilette de trois à (juatre heures et sortait 
ensuite à cheval avec deux ou trois de nous 
autres. Les matinées devaient lui paraître plus 
longues; mais sa saute s'en trouvait mieux. Nos 
courses étaient toutes dirigées vers la vallée 
voisine, dont j'ai de'jà parle'; soit <jue nous la 
remontassions en la prenant dans la partie infé- 
rieure et revenant par la maison du Grand-Ma- 
rechal; soit, au contraire, en commençant par. 
ce côté pour la parcourir en descendant j nous 
la franchînxes même unie fois pu deux, et traver- 
sâmes eu ëcharped'autres vallées pareilles. Nous 
explorâmes ainsi le voisinage et visitâmes le peu 
d'habitations qui s'y trouvaient : toutes étaient 
pauvres et nusérables. Les chemins étaient par- 
fois impraticables ; il nous fallait même de 
temps en temps descendre de cheval. Nous 
aviorfs à franchir des haies, à escalader des murs 



nu MÉMORIAL (ia»T.i»i«î 

4c pierre qu'on: rencontre fortscuveat} ipais 
rien i|e ïioil^ arrêtait- 
Dans ces courses habituelles nous avions 
adopté depuis quelques jours une station re'gu- 
lière â^m le milieu de là vallée. Là, entourée 
de roches sauvages, s'était montrée une fleur 
inattendue : desi;ous un humble toit nous avait 
apparu uu visage chaînant de quinze i séiz« 
ans. Nous l'avions surprise le premier jour dans 
son costume journalier : il n'annonçait rien 
moins que l'aisance. Le lendemain nous retrou- 
vâmes la jeune personne avec une toilette fort 
soignée î mais alors notre jolie fleur des champs 
ne nous parut plus qu'une fleur de parten-e 
assez commune. Toutefois, nous nous y arrê- 
tions désoriûais chaque jour quelques minutes ; 
elle s'avançait alors de quelques pas pour en- 
tendre les deux ou trois phrases que TEmpereur 
lui adressait ou lui faisait tradtiire en passant, 
et nous continuions notre route tout en devisant 
âlir ses attirails. Dès det instant elle augmenta 
la nomenclature spéciale de Longwood , elle ne 
fut phis que notre Nymphe, 

L'Emt>ereur ,• dans son intimité > avait la cou- 
tume de baptiser insensiblement tout ce qui 



<l«r. iM) DE SAINTE-HÉEÉNE. 4%i 

l'eatourait. Aiisi la gCKrgequenottS^paré^urîons 
en cet iristant, n'atdit plus df'^lâtt e^ nott ^lê li 
fraiyè du silènei; notre H6t0 4o Btiâri ^ fi'ëtttit 
que notre An^bitinon^ son. voisiiif^ k IBàjoir 
aux six pieds dbr. llatrt^ i&ltffr jfii^rcilAf/^ii^ 
Geor^ Cdikimin,^ NhnééignturVAtldralï^^i 
qu'on était en •i^aité; dèsqoje irhuiftèûr atti^srit'^ 
çen'çtaît^pliiâquejél{^^£ià»^6tôj/etc* - '^ ^ 
^ Z^tretjx^mphe est prëcisiément VMétoiné de 
la petH^ pi^tonile dont il & pbi au docteur 
Ward^i; d'evpLjbfeUir ses lettres; bien qœ j'eiisse 
redressé ^on errettr Ipcsqa'ilia'ën donna leï;ttire 
avamt son* départ pour FEuro^e'^ Im disâtit^ (c Si 
« Tô«& are» le protêt Ae' (^Xééi- on conte ^ c'est 
« bien) isais si tous ayea vêmUi, peindre il£t 
« verhéy vous arei tokt èohàxtger^ vAppâfttth 
mettt qu'il aura pense ipie son conte «raiïbeau!^ 
coop pl»8 d'i^rêt^ et iE l'a éonseffëj 

Dtt fcstèy du nfa^ arppi'îsr q^e Nirpoiém ar^it 
posté lioâhéilf à uMre nynipbe : la petite «élé^ 
brité qu'elle <n tfvdit acquise^ a arttiréla ourio^ 
site dmsdTiffagevirsi; ses attraits ont £Ât le MilVé : 
elle est devenue la femme d'un trèa ^ riche 
nëgfotiiMM tm btpitaiije do ia cÀmpagnî* des 
ladesw ^ • < ■ ^ ' . 



426 MÉMORIAL (J.àt. mis) 

Aju retour de nos coarses, nous trouvions déjà 
rendues les pers<Hmes qae TEmpereur invitait à 
diner^ ïl eut successivement le genëral-eoïonel 
du S3% plusieurs de ses officiers et leurs femmes , 
VAmt^ i la bonne, bell^ et douce M*>^ Uodàon, 
la f(»nttie dé notre Hercule y que TEmperenr 
fVi^itété visiter un jour dans le fond de Biiar^ ^ 
et dont il avait tant caresse les en£ins etc. , etOé 

Après le dîner, l'Empereur £iisait une par* 
fie 9 et le reste de -la compagnie une autre. 

Le jour où y dîna T Amiral, l'Empereur, en 
prenant son cafë, a causé quelques instans sur 
la position de Fîle. L'Amiral a dit que le 66» 
t^enait renforcer lé 53^. L'Empereur en a ri, et 
lui a demandé s'il ne se croyait pas déjà asses 
tort* Puis passant à des observations générales, 
il a dit qu'un 71( de plus valait mieux qu'un 
régiment; qae la sûreté d'une île, c'étaient des 
vaisseaux ; que des fortifications n'étaient qu'un 
retard; qu'un débarquement, &it à forces su-* 
périeures, était un résultat tout obtenu, au 
temps près, si la distance n'admettait point 
un secours, 

L'Amiral lui ayant demandé queHe était , 
dans son opinion, la place la plus forte du 



(ter. iii6) DE SAINTE-HËLÈNE. *2T 

monde; TEmpereur a ipépondu qu'il était im- 
possible de l'assigner,. parce.que la foroe d^ime 
place se ccHopose de ses akoyens propres ^ et 
4es circonstances étrangères indéterminée^' 
Pourtant il a nommé Strashonrg y Ziille ', Mets i 
Mattfone , Anverst, Blalthe ^ Giluraltar. L'Ami« 
ral.ajant dit qu'en Angleterre on lui arait 
si«pposé> pendant quelque temps i k dàsein^ 
d'attaquer Gibraltar. « Nous nous en. serions 
H bien donné de gardera éitrËmperëur tcela 
« nous serrait trop bien. Cette place né vous ; 
«c.ert d^aucune utilité; elle Jie défend, n'interr> 
« c^te rien; ce ri est qu'un, objet * d'amour- 
m propre national qui coûte fort cber à l'An-^' 
« gleterre, et blesse singulièrement la nation 
«espagnole. Nous aurions été bien maladroit» 
n de détruire une pareille combinaison. «> . ^ 
. Le 6 )'ai été invité, avec Mf^ Bertrafid e)t^ 
mon fils, à diner à Bsiars, où notre ancien 
hôte avait réuni beaucoup .de monde. Nous; 
en sommes revenus fort tard, et non sans quel*-, 
que danger, par les difficultés de la xoate:et; 
l'obscurité de la nuit, qui nous a forcés de 
faire une partie du cbemin À pied, par égwd' 
pour la prudence de M"* B^rtvand. • 



«m MË\iailIAL (Ttftt*:. m$} 

JLe 7 y l'EmpeiéiiF a reçu ,1a yiâte du s^erë"- 

taire dit g^uteraoraem'Qt cPb^q des jnsemhres 

fitt çdirsçili II ks a ^âUKSoup qtiestkmiiës, sai*- 

««tit isLi càutmae^ sàii* la cultitfe^ la prospé*- 

rité-yi hi> afa^âmratioiis siœq^tiMéf de File. 

Eli 4^';S2.cfidi«tdii ado})^ le sr^rstànie <l€ £lmr-* 

ili¥ j dei iiàa§fi«iM de i^ c<knpagnie , de k^ vifiide 

a; tfn»tl^' ^m aou: hali|(siB9 : il ai osti^uteé 

in»s>^and« fQ9e6seidlBs>r.iiuiiisltie, et rad:iàu-' 

dfdn)dGr7i:^agn€i»riiKnéi ^Depuis emq ans tm a 

dunrgé ce s^^tè(tii&; ce^ qui> )6iilt à d'antre^ 

.modiifitaiièesf^^fiBnslîë rdmâlatioB, etpéxté 

l'île à:iw étâtBbféÊièufèice cpx'wXlemjdmwlsété. 

ïh'êsi à ictàinàtéf (fié notre feanê ne: soit mi' 

cQfmpmaiiél pcmr dstfie prof^'itité crodsstote.' 

SniintèrHeiène^dè *£ àS lieaesidelcmir^em'viron' 

la grandffitr de Pasisr^. ohékt aiix:leâs gënërsles' 

dTAiigklerxe êltâ das laus.Iocal^]^ dé IHIiè : ces 

Im&i lo@akir se fixot iei par le^conaèii ^et BesamG^ 

tHMUfent en Angleterre par lia àmr dè:ia cent- 

pdgnie des Ind^ Le €imsèil:s^. compose du- 

gbuT^raeiur', dt ^d^iix to^mbries- eivils et d'nn: 

seerëtaire, qui tient les registres f Mus: sont 

notttti^'s par la pompagtiie, et solit vëvocables 

à Yolontë^ Les membres du conseif sont légà^ 



(j^..te,6) DE SAINTE-HÉLÈNE. m 

latents, admiitisfarâleuTS et magisttrats; ils d^i« 
dcfitt tôns appei) à Ydtïé^ du jurî , au citil e€ 
»u crimiiîtL II n'y a ni pl>o«ttrettriii avocat 
dftus rite} \» setté^ite du côlis^il, lé^tinte 
tous ks aet^^ et ^e^ ttoure une e^^ de 
nota^ve ui^îqî^r Lai pdptiktiûà. de; rilé «st en 
ee wQomBût de S â 6 mille aoi^s 6iftir<»i) y 
oompiis led stpisk «t la g^àis«&^ - 

Jexb^'prdiiKiziais setllitn do eei àp^s^nÂâi^ 
àams le jardi» sf 66 rEiiiperdiii^^ im: fiistéloi 
de- a^ à 22f sm^ à'tam- ûgate - fra^cibe «t tf ti^ 
yetH^ Âom a .abordes «wc rlAàiiotiaii^ de feSs-^ 
psssseinexft et d» la joie/et l'isiqpfieffide d^ètrô 
aper^' d« debmr^;» fi: i^é pariâît ifâ^ifi^la^^, 
et :iii6 Amlt a^vto {ir^cîpiiatioAs âtfoir b^^^e 
à&a îé» Voh^mie Am «^tiiîettêB m toM lés 

pi^âjrËntpeBcuirf: i|cr^il obtenais i éi tonkeiff , 
disiât^il,.timt âû le oc»»ide>iiFÛt^ qu^.ii]i^Éi|omr»âft 
cmsùaàt^ ^'il fslisAh; &e§ 'vw&t au Cîerl j^^ôw^fie 
Nipoiééte: sr |Asrlâ^ i&iex , et ^'il fût ^iii jmv 
phfô heureux . Je Fai cén^'dk' f €^4!xi i^u& âbsfi- 
danocmt:^ ili»'dacfattît(im<soit#di9mèi^ , 

les haie^^ afin dé^ lUms dfi^l^^v^ fliÉà lofig- 
t^Éftp6« liotts reeèviMB sour^tit ain^i des jptèures ' 



Î50 MÉMORIAL ,( Jwit. lâtô)^ 

non équivoques du seutiment bienveillant .de 
ees. marins. Ceux du Northumber^and surtout 
ae croyaient désormais des rapport» établis 
avec rfonpereur.Lors de notre séjour i Briarsv 
où notre réclusion était moins complète, ils 
venaient souvent roder le dimanche ai^tour d^ 
nous, disant qjoUls venaient cevoir leur 4Com^ 
pagncm de vaisseau (ship'^^ mate ). Le jour oa 
iious quittâmes cet endroit, ^tant seul, avec 
FËmpereur dans le jardin, U sfen était pré-^ 
sente un à la porte, me (kmandant:yU pou^ 
vait y faire un pas sans offenser; Je lui de-% 
mandai son pfl^jrs et sa réligiob :. sa répons^ 
i&it plusieurs signes de cgsoix rapides, en signe 
d'intelligenee .<^ de fraternités Puis.fixant l'Em' 
pereur , devantlequel il se tr<mvait, et levant 
les yeux au Ciel, il commença , avec^lui^P^ême, 
une conversation de gesl^ , que sa grosse fi^r 
^ore réjouie rendait partie grotesque, partie 
sentimentale. iGependant il était .difficile d'^x- 
primer avec plus de vérité .'.l'admiration, le 
respect, les voeux et la sympathie; de grosses 
larmes commençaient à rouler dans sesy^ix. 
«. Dites à ce cher homme que je ne lui veux pas 
(c de mal, me disait-il, que je lui œuhaite 



(Jâtfr. i8fô) DE SAINTE-HËLÈNE. 4U 

<c bien du bonheur. Nous sommes beaucoup 
ic comme cela; il faut qu'il se porte bien et 
« long*temps. » H avait à la main un bouquet 
de fleurs champêtres; il indiquait la pensée de 
vouloir les offrir f mais distrait ou retenu par 
de qu'il voyait ou ee qu41 éprouvait, chance- 
lant et comme combattu en lui*m£me, il nous 
fit sul^ement un salut brusque et disparut. 
L'Empereur neput s'empêehetde se rtontrer 
sensiUe à ces deux circonstances , tant la figure , 
Tacceiit, le geste de ces hommes , portaient le! 
oarâctëre dé la vérité. Il disait alors : « Ge que 
ce c'est pourtant que le pouvoir dé l'imaginationf 
«f Tctot ce qu'elle peut sur les hommes ! Voilà 
tr des gens qui ne me connaissaient point, qui 
« ne mWaiènt jamais vu , seulement ils ataieât 
« entendu parler ée moi j et que ne sentent - ils 
« pas, que ne féraient-iis pas en ma laveur ! Ët^ 
fli la m^e bizarrerie se renouvelle dans tous les 
«r pays, dans tous les âges, dans tous les sexes ! 
« Voilà le fanatisme! Oui, imagination gou*- 
« veme le monde ! » . 



4» MÉMORIAL {Jêxm me) 

Mardi 9. 

L'Empereur viyement contrarié. -^ ^pavelles broi^ille— 
, . ries ayec l'AmiraL 

tiou^atonsilarlther'td âe pnmesifcir, ne ^ennet 

ce qui st fosté V^m^^tmiç pw^ »gï»»iirfi'cs- 
paef .4w gsLgA^ dtt'^teaQ^{^^à4afG€a»dre 4âtt3 le 
foiKl- d^S: |»^isrs pai? de» ekeibÎMr tif«9r»iA«tâis et; 
p^rféi^&daBgereuiiv 

Lr'i^n!ayaAt pqi^itfiGf&U MU^^ dé t^r/ileut. 
été dés4fabk; i^v^ VenQtAnti^e^ ^t^portée à uui 
mill^d^s !b^?d^ de 1» œovt alotfr 'çp-eittipu se. 
promeiQClr et yslrîet' même ses-fcoi^^^çt:^!' desi 
espai^sr dé (}«Hi9»e .a: dix-^it jmlhs } la aftrv€^l- 
lance Br'^u^ élé^ nh pkifr ]^il4e:^ ii^^IMp:^£^-^> 
tive en la fk^i^t i^p IflSJpirTep-dJi 1?^ H»py i^leS; 
delftQ^)i^d^9^^t^fk^$ onr^^tPiiSWt'i^ de& 

signaux^ toipâ lo^ ffeis de VEtbperei^jrv! Ou- »ous^ 
avaitobs^ye, itl est vrai^ ^ue:l'£nEipei4ié'':éf9[it# 
le maître de parcourir toute Xxïe sou» reaoorte 
d'un officier anglais^ mais l'Empereur était dé- 
cide' à ne sortir jamais, s'il devsiit se priver, 
durant sa promenade, d'être absolument à lui* 



itêt^ iit6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 43S 

même ou à riàtimiie des siei^. UAmîral, dans 
sa dernière ontravue arec l'Empereur y arait 
très-ddUcatemèot arrête et promis^ que lorsque 
L'Empereur voudrait rortir des limiiefi, il en 
f^ait; préreuir le capitaine jsngiaûs de serrice à 
iiongwood} que celoi^ci^e rendrait bu peste 
pour ouvrir le passage à l'Epipereur, £t qu^en- 
suité la surTeillence serait eontinnee, s'il en 
existait, dem^ni^r^ quiç l'jËmpei'eiir, duMut le 
reste de ^ pramo^ftdev ^t qu'il snUàA dans 
quelques maisiopf op profitai de quelque beau 
site pour triBivgilkf 9 n'^per^ rien* qpi pÀt le 
distraira d'u9 m9in£nt de rêverie^^ 

ïD'^près cela , r.Ëiiipereur $e proposait ce matin 
4e mionlei? à choFal à 7 heures ; il avait fait 
préparer un petit déjeuner, et coinptait aller 
dans la directipii d^ ^ftudy^-Bay^cli^reb^ une 
spur^ d^e^H) ^1 pr^ilQi? dOf quelques l^ellès 
vëgét^ions^ do|Lt ^ eft piriv^' a Longwood» 
pDUf y passer Id fjfi^ùme et y trarailler quel- 
ques )i§}ires. 

^o^ çJb^Yfi^i^ étiiî^nt prêts ) au moment de 
iXIWter ï^i éi4 pi«eve»ir lie capitaine, qui , à 
lOOfl gr«ud etpnnesient, a defelaré que s(m projet 
était de se mêler av^c nous; que l'Empereur 



43)f MÉMORIAL (W. t«i6) 

ne pouyait trouver mauvais, après tout, qil'tiit 
officier ne jouât pas le rôle d*tin domestique , , 
en restant seul de Tarrière. J'ai repondu que 
l'Empereur approuverait sans doute ce sentr- 
ment; mais qu'il renoncerait dès l'instant à sa 
partie. «Vous devez trouver simple et sans vous 
« en croire offensé, luiai*je dit, qu'il répugne 
<c à la présence de celui qui le garde. » L'offi-* 
cier «e montrait fort peiné, et me disait que 
sa situation était des plus embarrassantes. 
« Nullement, lui ai^je observé, si vous n'exé- 
u ttxtez que vos ordres. Nous ne vou^ deman^^ 
« dons rien, vous n'avei à vous justifier de 
« rien. Il doit vous être aussi désirable qu'à 
m nous de voir les limites poussées vers les 
«< bords de la mer : vous seriez délivré d'un 
« service pénible et peu digne. Le but qu'on 
« se propose n'en serait pas moins bien rem-' 
« pli; j'oserais vous dire qu'il le serait d'à-' 
ic vantage : quand on veut garder quelqu'un, il 
« faut garder la porte de sa chambre ou celles- 
tk de son enceinte j les portes intermédiaires ne 
« sont plus que des peines sans efficacité. Vous^' 
« perdez de vue l'Empereur tous les jours' 
M quand il descend dans les ravins de renceintej 



( j«T. i»i«} DE SA1NTE;HÉLÈNE. 43fe 

« vous ne coimaissez son existence que par son 
« retour. £h bien^ faites -vous un mérite de 
a cette concession qu'amène la force des choses^ 
<c étendez -là jusqu'à un mille du rivage} aussi 
« bien vous pouvez le tracer sans cesse à l'aide 
«c de vos signaux ) du haut de vos sommitës. » 
Mais Toffîcier en revenait toujours à dire 
qu'il ne demandait ni regard ni parole de 
l'Empereur, qu'il serait avec nous comme s'il 
n'y était pas. Il ne pouvait comprendre, et ne 
comprenait pas en effet que sa vue ^seule pût 
faire du mal à l'Empereur. Je lui ai dit qu'il 
était une échelle pour la manière de sentir, et 
que la même mesure n'était pas celle de tout 
le monde. Il semblait croire que nous inter-* 
prêtions les sentimens de l'Empereur, et que 
si les raisons qu'il me donnait lui étaient expli- 
quées, il s.'y rendrait. Il était tenté de lui écrire; 
Je l'assurai que pour ce qui lui était personnel, 
il n'en dirait jamais autant à l'Empereur que 
j'en pourrais dire moi-même. Que du reste, 
j'allais de ce pas lui rendre mot à mot notre 
conversation. Je suis revenu bientôt lui con- 
firmer ce que je lui avais dit d'avance : l'Em- 
pereur avait dès l'instant renoncé à sa partie, . 



436 MËMORIÀL (Jmt.bM) 

YDalant toutefois^ pour mou compte, éviter 
tout malentendu qui aurait pu accroître les 
diseassians toujours f&ekeuses, je lui ai de* 
maad^' s'il aurait aucune objection à me mon- 
trer le eompte qu'il rendrait à^TÀBiiral. Il 
m'a dit qu'il n'en aurait aucune ; mais qu'il 
ne le lui rendrait qiie de vive voix. Rësumant 
alors notre longue conversation en deu5i mots, 
je Tai risduite à deux points bien positifs i lui, 
à m'avoir dit vouloir se joindre au groupe de 
l'Ëmpareurj moi, d^ lui avoir nepondu.que 
l'Empereur dès-lors reiioiiçait â sa partie , et 
ne sortirait pas des limites, ce qui a -ét^ par^ 
Êiitement agréd 4e nous deux. 

L'Ëciperettt *m'a fait appeler dans sa dbam- 
bre. DevtjCKrant çn silence le contre-temps qu'il 
venait xl'e'prouvor , il se trouvait déjà 'déslia*- 
bille et en robe de chambre. Il m'a retenu 
à déjeuner, et a observa que le tepips tournait 
à H piuie, que nous aurions en un mauvais 
jour potir notre excursion ; mais c'était U4 fai- 
ble adoucissement à la contrainte aiguë qui 
venait de troubler un plaisir innocent. 

Le fait est que l'officier avait reçu de nou- 
veaux ordres j mais l'Empereur n'avait eu l'aidée 



(j«aT. iei6) DÉ SAINTE-HÉLÈNE. -iST 

de sa petite excursion que sur Les promesses 
antérieures de 1- Amiral, pxDmesse$ pour les- 
quelles l'Empereur s'était plu i hxi témoigner 
de la satisfaction: Ce changement actuel, sans 
en faire rien dire à l'Empereur, devàitnëces- 
sairement lui être trffîi-sensiblé« On lui man- 
quait de parole, ou Ton aviit i/^ulu le ren- 
dre dupe. Ce tort de F Amiral est un de ceU3f 
qui oiit'le plus pesë suîr le cœur de TËmpe^ 
reur, ^ 

li'fjnpereur à pris un bahi, et n'a point din^ 
avec nous. A neuf hpiirés il m'a fait appeler 
danâ sa cliambre; il lirait Dbn Quichotte, ce 
qui nous a menés à causer de la iittérattire 
espagnole, des traductions de Lesage, etc. , etc. 
n était fort triste et causait peu '; il m'a renrojé 
au bout de trois quarts d'heure. 

Merctedî lo. 

Chambre de Marchand. — Linge, Yelemens de VEin-. 
perenr , etc. — Eperons de Chanipaubert , etc. 

Vers les quatre heures, l'Empereur nï'a fait 
appeler dans sa : chambre s il était habillé et 
en bottes} il comptait monter à clievalou pro- 
mener dans le jardin j mais il pleuvait un peu. 
2. 9 



AS9 MEMORIAL (JtnT, iai6) 

Nous ayons marche et cause en attendant que 
le temps s'eclaircit. Il a ouvert la porte de sa 
chambre sur le cabinet topographique » afin 
d'allonger sa promenade de toute l'étendue de 
ce cabineté En approchant du lit qui s'y trouve, 
il m'a demande si j'y couehais toujours; je lui 
ai répondu que j'avais cesse dès l'instant où 
j'avais su qu'il voulait sortir de bon matin. 
« Qu'importe^ m'a-t-il dit, revenez y; je sor- 
« tirai au besoin par ma porte de derrière. » 
Le salon s'est entr'ouvert, il y est entre'; 
Messieurs de Montholon et Gourgaud s'y 
trouvaient. On travaillait à établir un petit 
lustre assez joli et une petite glace sur la che- 
minée; l'Empereur a fait redresser cette der- 
nière qui penchait de quelques lignes sur un 
côté. Il s'est réjoui de cette amélioration dans 
l'ameublemeùt du salon; ce qui prouve com- 
bien tout est relatif! Qu'eussent été ces objets 
à ses yeux, il y a quelques années', lui qui 
avait pour ^0 millions de mobilier dans ses 
palais ! 

Nous sommes rentrés dans le cabinet topo- 
graphique; la pluie continuait, il renonçait à 
la promenade; mais il regrettait que le Grand*; 



(Janr. i8i8) DE SAINTE-HÉLÈNE. 439 

Maréchal ne fût pis arme; il se sentait au*- 
jourd'hui disposé iù trayail : depuis q[uinxe 
jours il l'avait interrompu. En attendant Ber^ 
trand, il jcherchait à tuer le temps^ ^ Allons 
« chez UJ"' de Mohtholon, m'a-t-il dit. » Je 
Vy ai annonce; il $'est assis, m!a fait asseoir, 
et nous ayons causé d'ameublement et de mé- 
nage. Il s'est mis alors à faire l'inTentaire de 
l'appartement pièce à pièce , et l'on est demeuré 
d'accord que le mobilier ne s'élevait guère au-* 
delà de trente napoléons. Sortant de chez 
W^ de Montholon; il a cquyu;de chaml>re en 
chambre, et s'est arrêté devant Tescaliex qui» 
dan? le corridor , conduit en haut chez les 
gens : c'est une espèce d'échelle de. .vaisseau 
fort rapide. « Voyons, dit -il, l'appartement 
ic de Marchand : on dit qu'il y est comme une 
« petite maîtresse. » Noi|s avons grimpe j Mar- 
chand s'y trouvait. Sa petite chambre «st pro-; 
pi-e, il y a collé du papier qu'il a peint lu^r 
même. Son lit n'était point garnie Marchand 
ne couche poijit si loin de la pwte de son 
maître; à Briars, lui et les deux) autres valets 
de chambre ont cc^stamment couché par terre 
en travers de la porte 4e l'Empereur^ si bien. 



^ttO MÉMORIAL (Jtnv. 1816) 

que quand j'en, sortais tard, il me fallait leur 
marcher sur le corps. L'Empereur s'est fait 
ouvrir lès armcnres^ elles n'ont présenté que 
son linge et ses habits; lé tout était fort peu 
considérable, et pourtant il s'étonnait encore 
d'être si riche. « Combien ai-je d'éperons, a-t-. 
« il dit en se saisissant d'une paire? — Quatre 
« paifei a répondu Marchand. — Y eti ft-t-il de 
tt plus diistiiigués les^ u|is que les autres? — 
« Non^ Sire. — Ëh biëU, j'en veux donner une 
Il à LasCsises. Ceux-ci sont-Ils vieux? — Oui, 
ic Sire^ ils sont presque usei;, ils ont servi à 
ft Votre Majesté dans la campagne de Dresde 
«r et dâûs 'celle' Paris. — Tenet, mon cher, 
le m'ai-t41 dit en mè Ifeé; donnant, «voilà pour 
ér vous. ^ ^'aurais vouliï qu'il ihe- fût permis 
d« les recevôte à. genoux. Je recevais là quel- 
que choçe qui^ tenait réellement aux belles 
jciumées de Champaubfsrt , Montmirail, Nan- 
gis^ Montereau ! Au |étBps des Amadis, fut-il 
jamais de plus digne iqoHUinent de chevalerie ! 
« Votre MajBStié tee ïfeit cheValîèr, lui di- je 
<c dit; mais comment g^g^^^r ces éperons? Je 
* ne puis plus prétendre à aucun fait d'ar- 
(«c^ mes} et quant à Pamour, au dévouement. 



(Jaiiv. .816) DE SAIP^TE^HÉLENE. 4M| 

Il depuis l(mg-teiiips, Sire, je n'ai, plus rien à 
ft dcmiier* 9 

C|»pen4ant7 le grai;L(t]M[arec}iaI iie yenait pas^ 
et l'Empereur voulait tmvailler. « Vous, ne 
H piouvez donc plus écrire, n^'art-^il dit^ vos 
« yeux sopt tput à fait perdus? « Pepuis que 
BOUS él^s ici j'avs^s interrconpa tout trayail^ 
ma vue disparaissait, et j'en éprouvais une tris- 
tesse mortelle, v Oui, Sire, lui airje répoI^lu 
te . ils le s^^nit tout à f^, i;t pu douleur est de les 
« avoir perdus sur la c^tiiipagiia d^Italie^ sans: 
«r avoir «u 1^ J^nhejur et jLa |^ire de l'avoir 
te .£lite* » lia cliercké à me çpiïsojier en me disant 
^'^véc du repiôs n^ vue i^ 7*epare^^it sans 
(i^ute, a)oÀt!a^t : << Jih ! Que ^ ]^q^ pnt-ils 
a laissé Pt^^at^ ce bon jeiiiij& lipiQ^qEie fne serait 
€c aujoi»rd'hiti.d'uQgr^4 sejrvice* >» Et ri a fait 
venir le g)sîwpa\ GsQu^£^4 poi^ ^W ^^1^* 

Jétldî îl. 

Amiral Taylor, etc* . . 

Après le déjeûner , vers midi et dtemî , pro- 
menant devant la porte j'ai vu arriver une nom- 
breuse cavalcade , précédée du général colonel 
du 53* : c'était l'Amiral Taylor, arrivé la 



^»2 MÉMORIÀt (Jtnr. .816) 

veille du Cap avec son escadre, «t repartant le 
surlendemaia pour l'Europe. Parmi ses capi* 
taines était son fils^ ayant un bras de moins : il 
l'avait perdu à Trafalgar où son père comman* 
mandait le Tonnant. 

L'Amiral Taylor ëtait venu payer ses res- 
pects ^ me dit-il, à TEmpereurj mais on venait 
de lui répondre qu'il était malade, et il en e'tait 
cruellement desappointe'. Je lui observai que le 
climat de Longwood ëtait très'-dëfavorable à 
Napoléon. Je choisissais mal mon teinps; le 
ciel ëtait très-beau et le lieu déployait en ce 
moment toute l'illusion dont il pouvait être 
susceptible : aussi l'Amiral m'observa-t-il que 
le site ëtait charmant; mais à peine lui eus - je 
repondu d'un air triste et vrai : « Oui , M. l'A- 
« mirai, aujourd'hui, et pour vous qui n'x 
«c restez qiûun quart d'heure $ qu'il, se cou-* 
fondit en excuses, me priant de lui pardonner 
son impertinente expression, disait-iU Je dois 
cette justice à toute la grâce qu'il tëmoigua en 
cet instante 



( Ja.r. itt6) ^DE SAINTE-HÉiiïŒ; 4*3 

Vendredi 12 au Dimanche 14. 

XflZmperear coachë en joue. — Nos passe-ten^s da soir* 
— Romans. *— Sortie poUtiqae. 

LTmpereur depuis plusieurs jours avait 
entièrement interrompu ses promenades i cheval. 
La reprise qu'il voulut en faire le 42 ne fut pas 
propre à lui en redonner le goût ni l'habitude. 
Nous avions franchi notre vallée ordinaire , 
nous la remontions sur le revers oppose' à Long* 
wood, lorsque d'une des crêtes , où jusque-là 
il n'y avait eu aucun poste , un soldat nous fit 
beaucoup de cris et de gestes. Comme nous 
étions dans le bassin de notre enceinte, nous 
n'en tînmes aucun compte. Alors cet homme 
descendit hors d'haleine , chargeant son arme en 
courant. Le gênerai Gourgaud resta de l'arriéré 
pour voir ce qu'il voulait, tandis que nôu$ con- 
tinuâmes notre route. Je pus le voir, à l'aide de 
plusieurs tournans, le colleter ét'le contenir : il 
le fit suivre jusqu'au poste voisin du Grand- 
Maréchal j le général Gourgaud voulait l'y faire 
entrer; mais il lui échappa. Il se trouva que 
c'était un caporal ivre qui avait mal entendu sa 
consigne; il nous avait plusieurs fois couches 



^U MEMORIAL (jttiT. 1816) 

en joue. Cette circonstance, qui pouvait se 
répéter si facilement, nous fit frémir pour les 
jotursde VEmpereor i lui n'y rît ija^nn affront 
moral, un nottrel obstacle à son exercice du 
cheval. 

L'Empereur avait interrompu $e$ invitations 
à diner : l'heure^ la distance, la toilette étaient 
péniJdles pouv les couTives : quant à nous, nous 
eu éprouvions de la gêne, sans en rocueillir 
aucun agrément. 

L'Empereur avait insensiblement repris son 
travail régulier ; il dictait journell^oi^ent au 
Gra^d^ r Maréchal sur f expédition d'Egypte; 
quelque temps avant de dîner il me faisait venir 
avec. mon fils, pour relire et couper en para- 
graphes les divers chapitres des campagnes 
d'Italie. Le revers! était tout à fait passé de 
mode, l'Empereur y avait renoncé. L'après- 
dinée était désormais consacrée à la lecture de 
quelqu'ouvragE : l'Empereur lisait lui - même 
tout haut; quand iL était fatigué, il passait le 
livre à quelqu'un;, mais alors il n'en* supportait 
jamais la lecture plus d'un quart d'heure. Nous 
en étions en ce moment à des r^oma^^ y nous 
en entamions beaucoup que nous ne finissions 



(japT. 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. Ub 

pas. C'était Manon VEscautf que nous reje- 
tâmes bientôt comme roman d'antichai|ibre j 
les Mémoires ^c Grammont^ ^v pleins d'espritj 
mais qui ne font poifut d'honneur aux hautes 
mœurs du temps; le Chcixdierde Faubla^^ qui 
n'est supportable qu'à vingtans^ etc., etc., etc. 
Quand ç«s lectures pouvaient nous conduire 
jusqu'à onze hçur^s. qu qiinuit, l'Euiper/eur. eu . 
témoignait une véritaJ^lë joie : il appelait cela 
des conquêtes sur le Temps , eX il trouvait 
qu'elles n'étaient pas les. plus faciles. 

La politique ausi^ avait son tour. Environ 
tOttt'Cs les trois où quatre semaines nous rece- 
vions un gros paquet de journaux d*Europe : c*e'- 
tait un coup de fouet qui nous ravivait et nous 
agitait fort durant quelques jours , pendant les- 
quels nous discutions, classions et résumions 
les nouvelles, apiè.s quoi nou3 retombions insen- 
siblement dans le marasme. Les derniers jour- 
naux nous avaient e'të apporte's par la corvette 
la Levrette, arrivée depuis quelques jours. Ils 
remplirent une de no5 «oir^es, et fiirent éclater 
dans l'Empereur un de ces momens de chaleur 
et de verve dont j'ai été parfois le témoin au 



mê MÉMORIAL (Jwr. 1816) 

Conseil d'État , et qui lui échappent de temps à 
autre ici. r 

Il marchait à grands pas an milieu de nous, 
s'animàntpar degré et ne s' interrompant que par 
quelques instans de méditation. 

« Pauvre France , disait-il , quelles seront tes 
« destinées ! Surtout qu'est devenue ta gloire ! 

Je supprime le reste, d'une assez longue éten- 
due : il le faut. 

Les papiers semblant dire que l'Angleterre 
ay^it voulu le démembrement de la France; 
mais que la Russie s'y était opposée; l'Empe- 
rewr a dit qu'il le jugeait ainsi j que c'était le 
système naturel; que la Russie devait voir avec 
peine la dissolution de |a France, parce qu'elle 
devait craindre alors 4^ voir TAllemagiie s'ag- 
glomérer infailliblement contre elle ; tandis, que 
d'un autre côté , l'aristocratie anglaise devait 
désirer l'affaiblissement extrême de la France et 
le despotisme sur ses ruines, t Je sais bien que 
« cela n'est pas votre pensée , a - 1 - il dit en s'a- 
' ce dressant à moi, vous êtes Anglais. » J'ai ré- 
pondu qu'il rendait bien difficile de le com- 
battre ; mais qu'il me semblait que dans cette 



(Jw. iai6) DE SAJNTE-HÉLÈNE. 4ïr 

aristocratie anglaise méme^ il pouvait, à toute 
rigueur, se rencontrer peut-être des têtes asse^ 
fortes et dés cœurs assez droits pour compren-» 
dre , qu'après avoir abattu ce qui menaçait leur 
existence» il pouvait devenir avantageux de 
relever ce qui n'ëtait plus à craindre. Que la 
circonstance-^tait unique pour fonder un sys- 
tème qouveau qui unît à jamais les deux peuples 
dans leurs intérêts les plus chers , les rendît 
nécessaires l'un à Vautre, au lieu de lès main- 
tenir ennemis naturels, etc., etc., l'Empereur a 
terminé en disant qu'il était bien sinistre sanç 
doute ; mais qu'il avait beau faire, qu'il ne 
pouvait voir que des catastrophes, des massacres^ 
du sang. 

liUndî i5. 

Sur l'Histoire secrète da cabinet de Bonaparte» par 
Goldsmith. — Détails j etc. 

J'avais entendu parler, à bord du vaisseau» 
de r Histoire secrète du cabinet de Bonaparte^ 
par Ooldsmith, et au premier moment de loisir 
ici, j'avais eu la fantaisie de le parcourir; mai$ 
j'ai en beaucoup de peine à me le prciburer^ les- 
Anglais s^en défeaidirent long-temps: ils di<« 



Am MÉMORIAL (janv. ms) 

saient que c'était |in si sd>omiziabIe libelle ^ 
qu'ils n'o^ieat me le mettre dans les wmizàs : 
ils eB ayfii^t ht&ûte ^ix-^mâiiKaSy disai^it-ils. 
Il me fallut iùsiater loaig-tamp^; lear répéter 
maintes fois que nous étions tout cuirassés sur 
d^ pareiU^^ ^ntUlesses ; que celuitlÀ même qui 
eii étai$ l'objet ne ËHsait qu'eu rirei quand le. 
hasard le& lui pla^it sous }a q^ip; et jj^uis si 
qçt ouvrage était ^i mauyads qu'où ]ie disait, il 
manquait sou but, il cessait de l'être. Je de- 
mandai ce qu'était ce Gc^dsmith, son auteur. 
C'était un Anglais ^ me disait-on , qui avait 
long-temps desse^cvi son pays à Paris pour de 
l'argent, et qui ^ de retour eu Angleterre, cher- 
chait à échapper au châtiment, et à gagner en- 
core quelque argent , en accablant d'injui-es et 
d'imprécations l'idole qu'il avait long-temps 
ëîïceAsée. l'obtins e»lin cet mivragé. ÏJ laut en 
convenir, il est difficile d'amasser de plus hor* 
ribles et de pluts ridicules vilbni^ que n'en 
prés^l^nl «.e« pi««iière« pages ; Ijb yiçl, l'.em- 
poisonnei^eut^ l'inceste, l'«l^^ssji|al ,e|. tout ce 
qiài ^'eu: suit, sant accumulés pitf ^'auteur sur. 
sofiî héros >e*e,pla, dès la plus tendre erfauce. 
Il est vmi que l'auteur semble s'impoirter peu 



(ton t»i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. iU9 

de les rendre croyables y et qu'il ks dëmcmti'e 
Ininmâme impossibles, ou bi^ les détruit par 
les anachronismes^ les alibi, les cmi^adictiofïs 
de toute espèce-} les méprisêfs des noitiB, des 
personnes, des faits lés phife àuthe^titiquès^ «te. 
Ainsi ^ iorsqtie Napoléon n'avait ençoi^e que 
dix à douze ans, et se trouvait sous les bar^ 
reaux de «on école militaire , il Itii fafit Cota^ 
mettre dés attentats qUi demandei^aient du 
tnoins î^étge viril et Une certaine libetf ^> etc^ etc. 
L'auteur lui feit entréprendre ièié qu'il appelle 
S€S btig^mdagês d*Itaiie^ à la tête de 8 ihiile gale* 
riens écbappe's du bagne de Toulon. Plus tard, 
il fait abandonner les rangs autricliiens à vingt 
mille Pblôhàis, qui passent sous les drapeaux 
du général français, etc., etc; Le naême autcut 
fait venir Napote'en, ^n Fructidor, à Paris, 
quand tout 1^ mdridé sait qu'il ne quitta ja- 
mais son armeè. Il le fait traiter aved lé prince 
de Cohdë, et dëmandêfc WP*^ Royale ien ma- 
riage, j^outpHît *^\sa traîiisèri. Je passô une 
foule de èboseà d'tirië aussi absurde impullcnce; 
Il est évident ijiilBpolil* là partie^ ^surtpùtde^ 
anecdotes ' ialës ou ' ridîdnles , 51' n'ia fait qu'en- 
tasser tout ce qu'il a 'entendu ; mais cAcorc ^ 



460 MÉMORIAL (Jmt. 1816) 

à quelle source a-t-il ëtë puiser? La plupart 
de ces traits ont pris certainement naiissance 
dans certains cercles fort malyeillans de Paris 9 
mais encpre. sur ce terrain avaient^ils un certain 
esprit, du sel, du mordant, certaines couleurs 
dans l'apparence , certaines grâces dans la dic- 
tion; ici ces traits sont déjà descendus des salons 
dans la rue; ils n'ont ëtë recueillis (pi'après 
avoir roule dans le ruisseau. Les Anglais con- 
Tenaient que c'ëtait si fort, qu'à l'exception des 
classes les plus vulgaires de la sociëtë, cet 
ouvrage avait ëtë un poison qui portait son 
antidote avec lui. 

A prësent on s'ëtonnera peut-être que dès lés 
premières pages je n'aye pas repousse une pa- 
reille production? Mais c'est si grossièrement 
mëchant que cela ne saurait exciter la colère; 
d'un autre cote il n'est point de dëgoût que ne 
fasse surmonter l'oisivetë de Sainte-Hëlène; on 
est heureux d'y avoir quelque chose à parcourir. 
Nous vi^ avons de trop ici quç du. temps ^ disait 
très - plaisamment l'Empereur il y a peu* de 
jours : j'ai donc continue. Et puis, le dirai -je, 
ce n'est pa$ sans quelque plaisir que je lis dësor*' 
mais les contes absurdes, les mensonges, les; 



( j.nT. 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 4JS4 

calomnies qu'un auteur tient toujours, comme 
de coutume 9 de la meilleure autorité, sur des 
objets q[ue je connais aujourd'hui si parfaite-^ 
ment moi-même, qui me sont devenus aussi 
familiers que les détails de ma propre vie« 
Comme aussi je trouve quelque charme à laisser 
des pages remplies des couleurs les plus fausses, 
un portrait purement fantastique, pour venir 
étudier la vérité aux côtes du personnage réel ; 
dans sa propre conversation, pleine de choses 
toujours neuves, toujours grandes. 

Ce matin l'Empereur m'ayant fait venir 
après son de'jeûner, je l'ai trouve dans sa robe 
de chambre, étendu sur son canape\ La conver- 
sation Ta conduit à me demander quelle était 
ma lecture du moment. J'ai répondu que c'était 
un des plus fameux, des plus sales libelles 
publiés contre lui; et je lui ai cité à l'instant 
quelques uns des traits les plus abominables; 
Il en riait beaucoup, et a voulu voir l'ou- 
vrage. Je l'ai fait venir j nous l'avons par- 
couru ensemble. En tombant d'horreurs en 
horreurs; il s'écriait : Jésus/.... Jésus t.... Se 
signait; geste que je me suis aperçu lui être 
£imilier dans sa petite intimité, lorsqivil ren- 



452 MÉMORIAL (jâiiT,*8i6) 

contre' des assertions monstrueuses, impuden- 
tes, ciniques, qui excitent son indifpiation ou 
sa surprise y sans le porter à la colère. Chemin 
faisant l'Empereur analysait certains faits, re- 
dressait des points dont l'auteur avait £u quel- 
que chose. Parfois il haussait les épaules de 
pitié', parfois il riait de bon ccetir ; jamais il ne 
montra le moindre tsigne d'humeur. Quand il 
lût l'article de ses nombreuses débauches , les 
violences, les outrages qu'on lui faisait cimi*- 
mettre, il obserta que l'autçux avait voiilu sans 
doute en faire un héros, sous tous lels rapports j 
qu'il le livrait du resté à ceux qui voulaient Iq 
faire impuissant; que c'était à ces messieurs 4 
s'accorder ensemble I ajoutant gaimeut que tout 
le monde n'était pas a:^ssi malheureux que le 
plaideur dé Toulouse. Toutefois o^ avait tort , 
disait-il, dé l'attaquer sur ses mœurs , lui que 
tout le monde savait les avoir singulièreiûent 
améliorées. On ne pouvait ignorer que son 
naturel ne le portait pas à la débauche j la mul- 
titude de ses affaires ne lui en. aurait pas d'ail- 
leurs, laiss/^ fe tâmps. Arrivé aux page^s ou sa 
mère é^ait peinte à Marseille sous le rôje léplus 
dégoûtant et le plus abject, il s'est arrêté rép(> 



(j«iT.iSt6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 46» 

tant plusieurs fois avec Taccetit de rindignation 
et d'une demi-douleur : « AH! Madame 1....;.... 
fc Pauvre Madame !..... Avec toute sa fierté !... 

«c Si elle lisait ceci h,«» Grand Dieu! » 

Nous avons passe lainsi plus de deul heures, 
au bout desquelles il s'est mis à sa toilette. On 
a introduit le docteur O' Métra : c'était l'heure 
i laquelle d'ordinaire il était admis. « Dotiore^ 
« lui dit-il en italien,. tout en faisant sa barbe > 
« je viens de lire une de vos belles productions 
« de Londres contre moi. » Là figuré du docteur 
demandait ce que c'était. Je lui fis voir le livre 
de loin; c'était précisément lui qui nie l'avait 
prêté: il était déconcei'té. « On à bien raison de 
tt dire, continuait l'Empereur, qu'il ii'y a que 
« la vérité qui offense. Je n'ai pto été fâché un 
« instant; mais f^i ri souvent. * Le docteur 
cherchait à répondre et s'entortillait dans de 
grandes phrases : c'était un libellé inf&mé, dé-^ 
goûtant; tout le mondé lé savait, piersonne n'en 
faisait de cas; toutefois quelques-uns pouvaient 
le croire, faute d'y avoir répondu. « Mài^sqnfé 
« faire à cela? di«»it l'Enipereuré S^il entrait 
« aujourd'hui dans la tête de quehju'un d^im- 
« primer qu'il m'est venu du p(>il,*'ttquc je 
2. ^0 



^ Çtt MÉMORIAL (Janv. 1816 ) 

.(K marche ici à quatre pattes, il est des gens qui 
« le croiraient, et diraient que c'est Dieu qui 
« m'a puni comme Nabuchodonosor. Et que 
« pourrais-je faire? Il n'y a aucun remède à 
« cela. » Le docteur sortit, concevant à peine 
la gaité, l'indiffe'rence, le naturel dont il venait 
d'être témoin; pour nous, nous y étions désor- 
;mais accouttunés. 

Mardi 16. 

L'Empereur se décide à apprendre l'anglais, etc. 

Sur les trois heures l'Empereur m'a fait venir 
pour ca\iser pendant qii'il faisait. sa toilette; 
nous avons été ensuite faire quelques tours 
dans le jardin. Il a observe', ;par hasard, qu'il 
e'tait honteux qu'il ne sût pas encore lire l'An- 
glais. Je l'ai assuré. que s'il avait continué» 
après les deux leçons que je lui avait donuées 
aux environs de Madère, il lirait aujourd'hui 
toute espèce de livres anglais. Il en demeurait 
convaincu , et m'a commandé alor^ de le forcer 
chaque jour à prendre une leçon. De ,1a lacon<* 
versation a conduit à faire savoir qu^ je venais 
de donner à mon fils sa première leçQn dé ma- 
thématiques. C'est une partie que l'EmpéreuB 



JâûT. i«i6) DE SABVTE-HÉLÈNE. 455 

aime beaucoup, dans laquelle 14 est très-fort. Il 
s*est étonne que je montrasse à mon fils , d'abon- 
dance, sans livre et sans Caliïêr; il ne me savait 
pas de cette force, disait-il , et m'a menace alors 
de le voir, parfois à l'improviste, examiner le 
maître et l'écolier, A dîner il a entrepris ce 
qu'il a appelé M. le professeur de mathémati-^ 
ques; et bien lui en a pris d'être ferré j une 
question n attendait pas l'autre j souvent elles 
étaient fort subtiles. Il ne revenait pas, du reste, 
que dans les lycées on ne montrât pas de très- 
bonne heure les mathématiques. Il disait qu'on 
avait gâté toutes ses intentions touchant les 
universités^ se plaignait fort de M. de Fonta- 
nes, se recriant sur ce que, pendant qu'il était 
contraint d'aller faire la guerre au loin, on lui 
gâchait tout chez lui , etc. , etc.; Cela a ramené 
l'Empereur â ses premières années^ au père* 
Patrault, son professeur de mathématiques, dont 
il nous a fait l'histoire : je l'ai' déjà écrite, our 
doit l'avoir lue pliis haut. ' - ' 



n9 MEMORIAI. " " (J.«T. »«i6) 

il ne s'acjjlte pas yoloQtiejrs. sur les phrases de 
çetjte nature. 

Jeudi i8 jau Samedi 20, 

Nos liabitade? jomtLalihre^e — : (:<wive^saU<Hi avec le 
goayernear Wilks. ^— Arinëes.,— Chimie» -5- Poli-» 
ti^el -<- Deuils sur llnde. <— Delphine» de M"" de 
Staël. — MSI. Necker ^ Calonne. v 

Notre vie se passait dans une grande niiifor- 
mite'. L'Emperenr n^ fiortait pas du tout le 
matin. Vers les deux heures la leçon d'anglais 
e'tait devenue très-re'gulièrej venait ensuite la 
promenade du jardin, ou quelques présenta- 
tions qui étaient fort rares j puis une petite 
courte en calèche , car les chevaux e'taient en- 
fin arrfvëè. Avant le dîrier la révision dés cam- 
j^gnes^ iâ'Itâliîe ou: d^Egypte; après le dîner 
la lecture de nos romans. ^ 

-lie .26 ,' FEimpèreur reçut le gouverneur 
Wilks > avéc' lequel il eut une conversation à 
food sur TaTHÉtee, les sciences, radministration 
et46s Indes, Parlant de l'organisation de Far-" 
mé^ an^aisd, il s'est arrête sur son aiode d'à-- 
vdnoement^ s'etonnaut que, chez un peuple 
où existait r^'galitQ de^s droit», les soldats de-* 



( J.IIT. i8i«) DE SAINTE-HÉLÈNE. 459 

vinsent si rarement officiers. Le colonel Wilkâ 

avouait que leurs soldats n'étaient pas faiti^' 

pour le devenir; et que les Anglaia^ s'ëtoânaient 

à leur tour de Timinense différence qu'ils- 

avaient remarquée dans l'armée française $ ou 

presque chaque soldat leur avait montre'^ les ger- 

ifies d'un officier» fc C'est une -des grandes con-- 

« séquences de la conscription , lui observait 

* l'Empereur; elle avait rendu l'armée fran- 

» çaise la mieux composée qui fot jamais. 

k C'était une institution, continuait-il, émi- 

« nemment nationale , et déjà fort avancée dans 

..." t 
w nos mœurs; il n'y avait plus que les mères 

« qui s'en affligeassent encore , et le temps 

« serait venu où une fille n'eût pas .voulu d'un 

« garçon qui n'aurait pas acquitté sa dette 

« envers la patrie. Et c'est dans cet état seu- 

f< lement^ ajoutait-il, que la conscription au- 

« rait acquis la dernière mesure de ses avaur 

« tages. Quand elle ne se p^senjte plus comme 

fc un supplice ou comme une corvée ; mais 

« qu'elle. est deremie un point dflioffîBieur, dont 

fc diacun demeure jaloux, alors seulement là 

<K nation est grande, glorieuse, forte; c'est alors 



4m MÉMORIAL (Jaiir. 1616) 

cqiie son existence peut dëfier les reyers, les 
«; mTasîeos^ las siècles ! 
i; « I>a nestei continuait*- il, il est vrai àfi dire 
« eipfsçro q[tt'il n'est rien qu'on n'oîbtiénne des 
« Français., par Tappât dn danger; il semble 
«leur donner dé l'esprit j c'est leur heVitage 
« gaulois,... La vaillance> l'amour de la gloire» 
il sont chiez les Fraiiçais un instinct /une espèce 
« de sixième sen$« CcHnbién de fois, dans la 
tt chaleur des batailles, je me suis arrête à con- 
« templer mes jeupes conscrits se jetant dans 
« la mèlee pour la première, fois : Vhonneur 
tt et le courage leur sqrtaieni par tous les 
«c pores / 9 

De là rEmpëréur, sachant que le gouverneur 
Wilks e'tait très-fort sur la chimie , Ta attaqué 
sur cet objet. Il lui a parlé des immenses pro- 
grès que cette science avait fait faire à toutes 
nos manufaptures. Il lui a dit que l'Angleterre 
et la France avaient sans doute également de 
grands chimistes; mais que la chimie, était bien 
plus généralement répandue en France, et sur- 
tout beaucoup plus dirigée vers des résultats 
utiles; qu'en Angleterre elle, df^meurait une 
science; qu'en France elle commençait à n'être 



(JaûT. iai6) DE SAmTE-HELEVE. ABi 

plus, qu'une pratique. Le gouverneur conve- 
venait de la vérité littérale de ces asserticon», 
et ajoutait , avec grâce de son çôté^ que c'était 
à lui, Empereur, que ces avantages étaient 
dus, et que toutes les fois que la scienpe seraî^t 
conduite par la main du pouvoir, elle aumt 
de grands et d'heureux résultats pour le bieio^ 
être de la société. L'Empereur :disait.que dans 
les derniers temps, la France avait coijquis le 
sucre de betterave, de m&ne qualité et de 
même prix que le sucre de cq.nne. Le gouver- 
neur en a été fort étonné j il ne le soupçonnait 
pas. L'Empereur lui a affirmé que c'était un 
fait des plus avérés, .bien qu'en opposition 
directe aux préjugés encore, existans de toute 
l'Europe, et'jxiême de la France. Il a ajouté 
de plus qu'il en était de mêrrie du pastel, le 
substitut de l'indigo , et ainsi que de pres- 
que tous les objets Coloniaux, à l'exception 
du bois de teinture. Ce qui le portait à con- 
clure que si la découverte de la boussole avait 
produit une révolution dans le commerce, les 
procès de la chimie étaient appelés à en pro- 
duire la contre*révolution, • - 
< On A parlé ensuite des émigrations nom- 



jm MJiMOIlIAL (ja0T, iai6> 

breuses actuelles des ouvriers de France et 
d'Angleterre en Amérique. L'Empereur ob- 
çéryait que ce pays privilégie s'enricliissait de 
nos foli^ci. Le gouverneur a soniri, obsi^r3irant 
que celles de l'Angleterre se trouvaient en: 
tête <lu catalogue, par les nombreuses faute» 
ministÀûelles qui avaient amené la révolte de 
ee» colonies et leur émancipation. A cela, 
VEmpereur disait qu'elle avait dû être inévi- 
table ; que quand les enfans sont devenus aussi 
grands qae leurs pères, il est difficile qu'ils 
obéissent long- temps. 

De là, on est passé aux Indes; le gouverneur 
y a demeuré nombre d'années ; il y occupait 
de bauts emplois; il y ?i fait de grandes recher- 
ches; il a pu répondre à une foule de ques- 
tions de l'Empereur sur les lois, les mœurs, 
les usages des Indous; l'administratiop des 
Anglais, la nature et la confection des lois 
actuelles^ etc., etc. 

Les AngjUiis sont régis par les lois d'An- 
gleterre; les indigènes par les lois locales faites 
par les divers conseils^ agens de la compa- 
gnie I qui ont pour règle fondamentale de se 



( jâtïT. ifti6 ) DE SAINTE-HÉLÈNE. 4 6i 

rapprocher le plus possible des lois mêmes 
de ces. peuples. 

Hyder Aly ëtait un homme de génie j 
Tippoo, son fils, n'était qu'un présomptutsux, 
ftïrt ignoiant et très -inconsidéré. Hyder Aly 
avait jusqu'au-delà de 400 mille hommes; 
Tippoo n'en avait guère jamais eu que 50 
mille. Ces peuples ne manquent pas de cou« 
rage; mais Us nbnt pas nos forces physiques; 
ils sont aans discipline et sans tacticpe» 47 
mille hommes de troupes anglaises, dont k mille 
Ekuropéens seulement, avaient suffi pour dé- 
truire cet:empire de Misoor. Cependant il était 
à croire que tôt ou tard l'esprit national affran- 
chirait ces contrées du joug européen. Le mé- 
lange du sang européen avec celui des indi- 
gènes créait une race mixte, dont le nombre 
et la nature préparaient certainement de loin 
une grande révolution. Toutefois aujourd'hui 
ces peuples étaient certainement plus heureux 
qu'avant la domination anglaise : l'administra- 
tiori d'une exacte justice et la douceur du 
gouvernement éts^ient, quant à présent, les 
plus fortes garanties de la métropole. On avait 
cru devoir y joindre aussi la défense aux 



46» MÉMORUl^ (JanT.i8i6) 

Anglais et aux Européensr d'y ' aclietex des 
terres, ou d'y former des ëtahlissemei|LS héré- 
ditaires > etc*, .etc*...; : .. 

I>elphine de M"' de Staël occupait eu ce 
moment nos isoirées; L'Empereur l'analyssiit : 
peu:de choses troutaient grâce devajut lui. Le 
désordre d'esprit et d'imagination: qui y règne - 
animait sa critique : c'était toujours , disait • il v 
les mêmes dé&uts qui l'ayaieut jadiis éloigné de 
SQn auteur, eu dépit des avancés les; plus vives 
et des cajoleries les plus actives de celle-ii.; : ' 

. Dès que la ; victoire eut consacré le jeuue 
général de l'armée d'Italie, M** de Staël, sans 
le connaître, et par la seule sympathie de la 
gloire, professa dès cet instant pour lui dés ^ën- 
timens d'enthousiasoie dignes de sa Corinej 
elle lui écrivait de iongues et nomlireuses épi- 
tres pleines d'esprit, dé feu, de métaphysique : 
c'était une erreur des institutions humain^, lui 
mandait-elle y qui avaient pu lui donher pour 
femme la douce et tranquille M**® Bonaparte; 
c'était une ame de feu comme la sienne (de 
M"* de Staël), que la natture avait sans doute 
destinée à celle d'un héros tel que lui , Jetc. 

Je renvoie aux campagnes d'Italie pour faire 



(J«v. i8ieî) DE SAINTE-HÉLÈNE. ^65 

v<Hr que l'ardeilr de M""* de Staëlmû s'était pas 
éteinte pour n'aroir pas été répondue. Habile 
à ne pas se décourager , eA^ était parvenue plu» 
tard â lier connaissance, même à se faire ad- 
mettre; et elle usait de ce privilège, disait 
l'Empereur , jusqu'à Fimportunité. H' est très- 
vrai, ainsi. qu'on Ta dit dans; le monde, que 
le général voulant le lui faiie sentir, s'excusait 
un jour d'être à peine vêtu , et xju'elle avait 
répondu , avec sentiment et vivacité, que cela 
importait peu, que le génie n'avait point de 
sCrxe* 

j^me ^e s^g^gi jj0^s ^ transportés naturelle- 
ment à sou père , M. Nècker . L'Empereur racon. 
tait qu'en allant .à Marengo, il avait reçu sa 
visite à Genève; que là il avait assez lourde- 
ment montré le désir de rentrer au ministère , 
désir du peste que M. Galonné > son rival, vint- 
témoigner plusîtardrà Paris, avec une inconce- 
vable légèreté. M. Necker Avait eiîsuite écrit un 
ouvrage daùgei^eux : Sur la politique de la 
F^ande., laquelle il esgayaijt de prouver ne pou-, 
voir plus être ni moo^archie ni république, et: 
dans lequel il appelait le Premier Consul 
Y homme nécessaire. 



1 68 MÉMORIAL ( Jmt. <gi6) 

ment de la même direction , yexs des pluies très- 
communes et fort souvent battantes, qui péné- 
traient de'jà par les ouvertures , ou filtraient par 
le toit et les murs/avaht que nous fussions venus 
nous y e'tablir. Je venais de passer ma première 
nuit dans ce lieu nouveau ; }e ne me portais pas 
bien et le changement de lit m'avait privé de 
tout sommeil. On vint me prpVenir, sur les sept " 
beures, que l'Empereur allait monter à cheval ; 
je repondis que me sentant inconunodé j'allais 
essayer de reposer; mais peu de minutes s'étaient 
écoulées que quelqu'un ébtrant brusqueiûent 
dans ma chambre y vint ouvrir mes rideaux avec 
autorité, trouva mauvais que je : fusse aussi 
paresseux 9 décida qu'on devait seeouer ses 
incommodités; puis, frappé de l'odeur de la 
peinture, de l'extrême petitesse du lieu, du 
voisinage des deux lits, prononça qu'il ne pou* 
vait être toléré de dormir ainsi l'un sur l'autre; 
^ que cela devait être trop malsain; que je devais 
retourner au lit du cabinet topbgraphique; 
qu'une fausse délicatesse ne devait' pas me le 
faire abandonner; que si j'y gênais, on «aurait 
bien me le dire. Ce quelqu'un on l'a deviné : 
c'était l'Empereur^ ' 



(JttiT. i8t6) DE SAINTE-HÉIJÈNE. 46Ô 

Je <fiis bientôt, comme on le juge^ en bas 

de mon lit, réveille', gne'ri et vêtu. Toutefois 

il était déjà bien loin, et il me fallut le cKer- 

cdier dans. le. {>arc. Après l'avoir rejoint, la 

conversation tomba sur la longue audience 

accordée la veille au gouverneur WUks. Il 

s'arrêta avec beaucoup de gaitë sur la grande 

importance que mon ouvragé semblait m'avôir 

donnée à ses yeux ; l'extrême bienveillance qu'il 

semblait lai avoir inspicée. «Du reste, conJ;i-* 

a nuait rEmpèreur> à charge de revanche sans 

te doute; tendresse et fratertaité usuelle d'au* 

ff leurs, tant qu'ils ne.se.critiqiient pas. Et 

fc sait*-il votre parenté avec le . vétiérable Las 

« Casas? J'ai répondu que je n'en savais rien; 

mais le général . Gourgaud, qui se trouvait à 

l'autre coté dé l'Empereur, lui a dit que oui. 

« Et comment le savez-vous vous-même? me 

« dit alors l'Enipereur. Ne nous fait(es-*vous pas 

«c une histoire? — Sire, voici mes preuves r 

« Il y avait plus de 200 ans que nous étions 

ce déjà en France, quand Barthélemi de Las 

<c Casas fleurissait en Espagne; mais les histo- 

« riens espagnols le disent tous de la ville dont 

« nous sortons nous-mêmes, de Sévillej tous 

2. >H 



4 70 MÉMORIAL (U^^. ttt^ 

• se réunissent a lui donner une ancienne nais* 
m sandè d*origina française, et font venir les 
ic siens 6n Espagne précisëoicnt au memeiit 
9c OÙ nous j kroni ëie nousHmémes. •— Quoi 
« donc y vous n'êtes pas Espagnols? Vous et 
« lui vous 4m% Français? — Oui^ Sire, — 
« Racontea-ttous donc cela j allons, M. le dob- 
% jonnier, M. le di^trowseiar, M; le paladin; 
à allons^ :rendeï«^Tc«s heureux, dëroulesHaoos 
«c vos yitux parchemins; jouisses «^peu..*— 

* Sire> un ctes mieni suivait Henri , comte de 
« Bourgogne^ qti , à la tête de quelques ciroises^ 
« fut faite k tepnquête du Portugal^ vers l'an 
« 440(y*«.é fi «n'âait porte-guidon à la fameuse 
le bataille ^Ouriqme^ qui fonda la monarchie 
«c portugaise. Depuis , nous sommes revenu 
« en Franoe avec k reine Blanche^ lorsqu'elle 
K vint épouser le père de Saint Louis, Sira^ 
èc voilà toM^«lc.> etc» H 



IJmr. lits ) Dp SAJNTE-HÊLÈNE. Mi 

Lundi 12 au Vendredi i6. 

Lectures de l'Empereur. — M"** ieSMfSfié. ~Cliac- 
les XII. — Paal et YirjgiBie. -^ Yertot^ — RolUa. -r- 
yelljr. — Garoier* 

Tons ces jours ont été gâUs par des pluies 
presque contitmclie^ L^Einpeisetir û'â pu itioa- 
ter à chêtar^i'unè (bis lé matin datift le pare, 
et tenter une Èeule fois après midi de ù^oh- 
chir notre vallée accoutumée , que le temps avait 
rendue presque impraticable*. Il n'a pas é%é 
phvs possib^^ de faire usage de la <^JI«€4i€ } îl 
ia donc fallu J9e réduire à quelques tours de 
Jardin', et partages la tristesse du temps. Nous 
en arons traraillé darafttfrge. L'Empereur a 
]É)ris régulièrement d'excellenfes et fortes le- 
-^ons d'anglais. Il passe de coutume toute la 
matinée à lire; il lit de suite des ouvragés 
entiers, fort considérables, sans s'en trouver 
nullement fatigué; il m'en lisait toujours quel- 
que partie avant que de se mettre a TanglaisL.' 

C'étaient les Lettres de M"* de SéiHgné ^ 
dont le style eist si coulant, et peint si bien les 
moeurs du moment. Lisant la mort de Turenne 
et le procès de Fouquet, il observait, pour 



472 MÉMORIAL (J-nv. i«i6) 

celui-ci*, que l'intérêt de M"" de Sëvigné était 
bien cKatid, bien vif, bien tendre pour de la 
simple amitié'. 

C'était Charles XII^ dont il lisait la dé- 
fense contre les Turcs dans sa maison de Bender; 
il ne pouvait s'empêcher de rire et de répéter avec 
eux : Tête de fer l tête de fer l II me deman- 
dait si on était bien d'accord sur la nature de 
sa mort. Je lui disais tenir de la propre bouche 
de Gustave III, ({u'il avait été assassiné par 
les siens. Gustave l'avait visité dans son caveau ; 
la balle était d'un pistolet; elle avait été tirée 
de près et parderrière, etc., etc. 

Au commencement de la révolution j'avais 
connu beaucoup Gustave III aux eaux d'Aix- 
la-Chapelle, et quoi que je fusse bien jeune 
alors, j'avais eu plus d'une fois l'honneur de sa 
conversation ; il m'avait même assuré d'une 
place dans sa marine, si nos affaires dé France 
tournaient mal. 

Un autre jour c'était Paul et Virginie que 
lisait l'Empereur j il en faisait ressortir les 
endroits touchans , ceux-là étaient toujours 
simples et naturels j ceux où abondait le pathos, 
les idées abstraites et fausses, tant à la mode, 



( Janr, ,&i6) DE SAINTE-HELENE. ^73 

lorsqiie l'ouvrage fut publie, étaient tous froids, 
ipauvais, manques. L'Empereur disait avoir 
été fort engoue de cet ouvrage dans sa jeunesse ; 
mais il estimait peu le personnel de son auteur; 
il ne lui pardonnait pas d'avoir mystifié sa gé- 
nérosité à son retour de l'armée d'Italie., « La 
« sensibilité, la délicatesse de Bernardin de iS*- 
«i Pierre^ disait l'Empereur, ressemblait peu 
(c au charmant tableau de Paul et Virginie ; 
«c c'était un méchant homme, maltraitant fort 
ce sa femme , fille de l'imprimeur Didot, et tou- 
« jours prêt à demander l'aumône, sans honte J 
ce A mon retour de l'armée d'Italie, Bernardin 
<5 vint me trouver et me parla presque aussitôt 
« de ses misères ; moi , qui dans mes premières 
« années n'avait rêvé que Paul et Virginie , 
ce flatté d'ailleurs d'une confiance qu« je croyais 
et exclusive , et que j'attribuais à ma grande 
t( céle^brité, je m'empressai de lui rendre sa 
c( visite , et laissai sur un coin de sa cheminée y 
ce sans qu'on eût .pu s'en apercevoir , un petit 
ce rouleau de 25 louis, ce Mais qu'elle fut ma 
ce honfe, quand je vis chacun rire de la delica- 
ce tcsse que j'y avais mise, et qu'on m'apprit 
« que de pareilles formes étaient inutiles avec 



i»7» MÉMORIAL (Janr. x8iS) 

•r M. Bernardin, qui faisait înëtier de demander 
« à tout-yenant, et de recevoir de tontes mâihs. 
« Je lui ai toujours conserve un peu de ran- 
« cune de m*avoir mystifie'. Il n'en a pas été de 
fc même de ma famille: Joseph lui faisait une 
« forte pension, et Louis lui donnait sans cesse. 
Mais si FEmpereur aimait Paul et Virginie, 
il riait de pitié' des Etudes de la Nature, dtt' 
même auteur, Bemai-din, dîsait-îl, bon litté'- 
rateur , était à peine géomètre ; ce dernier ou- 
vrage était si mauvais, <jue les gens de IVrt 
dédaignaient à' y répondre. Bernardin en jetait 
les hauts cris. Le célèbre mathématicien La- 
grange répondaft toujours à ce sujet, en par- 
lant de l'Institut : « Si Bernardin était de notre 
• classe, s'il parlait notre langue, nous le 
m rappellerions à l'ordre j mais il est de FAca- 
« demie , et son style n'est pas de notre ressort. » 
Bernardin se plaignant un jour, comme de cou- 
tume, au premier Consul, du silence des savahs 
à son égard , celui-ci lui dit : « Savez-vous le 
« calcul différentiel, M. Bernardin? — î^on; 
ic — Eh bien, allez l'apprendre, et vous vous 
« répondrez à vous-même. » Plus tard , étant 
Empereur, toutes les fois qu'il rapercevaif, il 



<j«m. leiet) PE SAINT&HÉLÈNE, 4Tt 

ayùt i^outuJDiô da lui dire : % M. Beraairdin» 
« qamà nQW dwnem t tous d«a Paulet Vir- 
« gi»*^ Qtt 4^ Chiwmièrft Jfl4iwii«?' Vous 
ce dayrie^t 90US en fouiwir "toiiii le$ ^ix tti<4s^ >• 

En lisant les Réi/dlfiUon$ foif^iHen ic Ver^ 
totyvçfïé l'Ëmperear estime fort d'aiUeurSi il ea 
krouyait les harangues délayées. C'e^t k plainte 
^coistante dé rEpkpereur. centime toua les du- 
yrages qu*il rencontre» cfétalt U» à liili-çaêwp» 
disai.t*il, le grand défaut dô sa jeunessèé On 
peut dire qu*il s'enest bie^ corrigé depuis; J^^Em- 
pereur is'était donc amuse à i^ijrei? les phrases 
parasites qu'il avait rencontrées dans Vertot; eu^ 
effet ^^vec; ces stippressiionasV U présentait bien 
plus* de force, d'énei^gie eft de fàaleur; a Ce 
« serait .un traTail bien préoieinc es bîèn <goûte' 
« sans doate,: disait^il^ ii{«e de se dévouer ià 
ft réds^r^ ainsî^ ivcb go4i et discernement , les 
9 prii^eipanK ômyrages de liotre langue* Je ne 
« connaisi guère que JMLoatesquieu^ observait-» 
«il y qui pût écbapjpe]: à ces réductions. » Il 
parcourait souvent SjoJJxa^ et le trouvait diffus 
et trop bonhofnme« ÇrétneTy son continuateur^ 
lui semblait détestable. Il se plaignait ^e «os 
matériaiu classiques ^ du temps que de ^, 



mauvais livres faisaient perdre à la jeunesse. 
C'est qu^ils étaient C0m{)osié£^ par d^ rKéteurs, 
de simples pt»ôifesfietirs, et que cêS' &ix]^U ittanqr'' 
tels ^ la base -de (nds côimaissances dans ta vie , 
c^ussént'dû 'ètlrêv^5ài1>ÂilJ^j)rése&tës^ écrits et 
rédiges» :pa^< deis liommeê^ d'état et dés hoqmieà 
éà mb|idê; L'Empereur avait}, à ce sà|étv deà 
idées tï-èsi^héureiisesj le temps swl lui àv^t 
in^fiqu^-potir les ïalre eiëcuter. : i ^i • ' 
* L'Empereur étafit encore moiï?^ iati^t de 
nos historiens français; il n'en' pouvait lire au-t 
cutt 3- J^Kjf^tait plein -de mots^^èt vide de 
ebo$es; seis continuatam'S 4tiuient ^enqoreipires; 
fc Notre : his.toi>ife > c^isait^kLy ^ ferait > étire /en. qua^ 
fc tre ou ciiûj* volumes ou 'étu cent. » Il avait 
connpiCrd/mgrii la continuateur de^ €» 

de Villabet ;^ il idejoeuralit ^ àa j bas de la -Mal^ 
màis(»i«: C'était un fatm^vieillaiidr octogénaire 
qui -occupait > un entresol çur /le ^dhresaçm, .avec 
une petite galerie. FTajiq)é!derrémpressenient 
affectueux que temdig^^ te bon vieillard 
toutes les i fois que ^pacsàaiff 1ê Premier Consul t^ 
celui-ci s'informa ,quî ce. pouvait être. ■Appt'e- 
namt que c'était Garni er,' il expliqua son em- 
pressement. «Il pensait, sans doute, disait gaî-^ 



f 
(tmw. 1^60: DE SAïNTE-HELENE. t77 

V mw% lîEmpéJfear^ qu'à -titre d'historien lé 
fc-,p;r4»ni,iei: Coiisul etait.d^ son domaine; seule- 
« mwt il devait s'^otiner de retrouver des Cdft-i 
« ^spi^ il était habitué avoir dès Rois. » Et c'est 
aei <pte Jiui dit en xiint lé Prenaier Consul , qui le 
fit appeler lih joior, et lui douna une forte pen- 
$ionn<<< L^ bonhodune, disait l'Empereur, dans 
« sa reComiaissance , eut écrit deîpuis cet instant 
« volontiers et du fond de son eœur/ tout ce 

Samedi 27. 

DifficniK ▼aincàè.-^^Damgers personnels de l'Empereur 
..à; ^ylau y à-Iéiia y etc. f— ' Trotipes rasses , atiiàrlchieii- 
. nés y prassiennes* — - Jenne Gpibert. — Corbineaiu — « 
Maréchal Laimes» «-7 Bessières. -p-« Daroc. - 

• • Sur les-, cinq heures l'Empereur est sorti en 
oalèohe; lai moirée était fort belle ^ nous allions 
fort i vite et l'espace à parcourir est fett court. 
L'Empereur ]a fait ralentir dans rihtentîon de 
l'altoger. Cômiiïe nous rentrions; jetant les 
yeux sur le caînp^ dont nous n'étions sépares; 
quepat Wraviç'', il"a demandé pourquoi on ne 
pouvait pas franciîir cet espace qui doublerait 
liof^ie iprofuaià^e.' On â répondu que c'était 



47â MÉMORIAL (j^rt tSiS) 

impossible, et nous- continuions de rentrer ^maÎB 
comme réveille tout à coup par ce met impos^ 
kible, qu'il a si souvent dit naître pas français, 
il a ordonne d'aller reconnaître le- terrain ; 
nous avons tous mis pied à terre; k calèche 
seule a continua vers le point difficile : nous' 
l'avons vu franchir les obstacles et nouis sommes 
rentrés triompbans , comme si ncmâ venions de 
doubler nos possessions. 

Pendant le dîner et après on ft parlede divers 
faits d'armes. Le Grand-^Maréchal disait <{ne 
ce qui l'avait le plus frappe dans la vie de 
l'Empereur, était le moment, à Eylàu , di, seul 
avec quelques offiders de son État-Major^ il se 
trouva presque heurté par une côloniie de 
quatre à cinq mille Russes : TEmpereur e'tait à 
pied, le prince de Neufchatel fi^ aussitôt avan- 
cer les chevaux I l'Empereur lui lance un 
regard de reproche; donne l'ordre de /faire 
avancer un bataillon de sa garde , qui était assez 
loin en arrière y et demeure immobile ,. Frétant 
plusieurs M$ 4 mes»re qu^ les Ru*s«$ appro- 
chaient ; ^ Quelle audwel QueU^ aw^iwel 
•I A la viae des grenadiers de fe. gfttde ♦ !«« Russes 
« s'arrêtèrent net. 9 II était ][>lus^e temps» 



( JanT. ifti6) DE-SAINTE-HÉLÉNE. A 79 

disait Berttand j l'Empereur n'avait pas bougé j 
toitt ce qui l'entourait avait frémi. 

L'Empereur avait écouté ce récit sans aucune 

V observation j mais il a ensuite repris, qu'une des 

plus belles manoeuvres dont il se rappelait, 

était celle qu'il avait exécutée à Eckmulh. Mal- 

iieureusémetit il li'ën a point dit d'avantage , et 

n'a rien détaillé. « Le succès à la guerre, a^t-il 

« continué, tient tellement au fconp-d'œil et an 

H moment, que la bataille d'Austerlîtz , gagnée 

« si complètement 5 eût été perdue si j'eusse at- 

» taqué six heures^plus tôt. Les Russes s'y mon- 

«c trèrent dés troupes excellentes qu'on n^a jamais 

« retrouvées depuis : l'armée rusâe d'Austerlitï 

ft n'aurait pas perdu la bataille de la Moscowa. 

«c Marengo, continuait l'Empereur, était la 

«E bataille où les Autrichiens ^'étaient le mieux 

« battus j leurs troupes s'y étaient montrées 

« admirables) mais leur valeur s'y enterra : on 

m ne les a plus retrouvés depuis^.' 

H Ijes Prussiens n'ont pas fait à léna la résis- 
ic t^nice qu'on attendait de leur réputation^ Dti 
« reste les multitudes de 484?^ et dé 48f5 n'é- 
i taient que de la canaille auprès des vrais sol- 
if dats de Marengo, d'AuSterlitsc et d'Iéna. » 



480 MÉMORIAL (Janr. i8i6> 

La veille d'Iëna l'Empereur disait avoir couru 
le plus grand danger; il eût pu disparaître pour 
^nçi dire sans qu'on connût bien sa destinée : il 
s'ëtait approche', durant l'obscurité', des bi- 
vouacs enuCTiis pour les reconnaître ; il n'avait 
avec lui que quelques officiers. L^ide'e qu'on se 
faisait de Farmëe prussienne tenait tout le monde 
en alerte; on croyait les Prussiens dispose's sur- 
tout aux attaques de nuit. L'Empereur en rêve- 
^ant reçut le coup de fusil de la première 
sentinelle 4? son camp; ce fut un signal pour 
toute la ligne; il n'eut d'autre ressource que de 
se jeter à plat ventre, jusqu'à ce que la me'prise 
fût reconnue; encore tcmte sa crainte e'tait - elle 
que la ligne prussienne, dont il était fort près , 
n'en fît s^lors autant, 

A Marengo, les soldats autrichiens avaient 
bien conserve' le souvenir du vainqueur de Cas- 
tiglione, d'Arcole et de Rivoli; son nom ëtait 
bien quelque t^hose sur leur esprit; mais ils 
étaient loin de le croire présent; ils le croyaient 
9L0rt<; on avait pris soin de leur persuader qu'il 
avait péri en Egjrpte; que ce Premier Consul 
dcMit on leur parlait n'ëtait que son frère. Ce 
bruit, s'e'tait tellement accre'ditë partout, que 



( Jany. 1816 ) DE SAINTE-HÉLÈNE, a 84 

Napoléon fut dans l'obligation de se montrer 
publiquement à Milan pour le détruire. 

L'Empereur, passant ensuite à un grand 
nombre d'officiers et de ses aides-de-camp,, 
leur distribuait couramment le blâme et h. 
louange; il les connaissait tous à fond. Deux 
des circonstances, disait -il, qui l'avaient lé 
plus affecté sur les champs de bataille, avaient 
été la mort du jeune Guibert et celle du géné- 
ral Corbineau : un boulet, à Aboukir, avait 
percé la poitrine du premier, de part en part, 
sans l'achever j l'Empereur , après lui avoir 
adressé quelques paroles, s'était vu contraint, 
par ses sensations, de s'éloigner. L'autre avait 
été enlevé, roulé, réduit à rien par un boulet, 
a Eylau, sous les yeux de l'Empereur, comme 
il achevait de lui donner des ordrejs, etc., etc. 
L'Empereur citait aussi les derniers momens 
du maréchal Larmes^ ce valeureux diic de 
Montébello , si justement appelé le Roland 
de V armée y qui, visité par l'Empereur, sur 
son lit de mort, semblait oublier sa situation 
pour ne s'occuper que de celui qu'il aimait 
pardessus tout. L'Empereur jen faisait lé plus 
grand cas. Il n'avait été long -temps qu'un 



A 82 MÉMORIAL ( Hnr. isis ) 

« sabreur, disait -il; mais il ëtâit devenu ^du 
c premier talent. 9 Quelqu'ùii a dit alors 
qu'il serait curieux de connaître quelle con- 
duite il eût tenue dans ces derniers temps, 
•c Nous avons appris à ne jurer de irien, disait 
« l'Empereur. Toutefois je ne pense pas qu'il 
« eut e'te' po^ible de le Voir manquer à l'hon- 
« neur et au devoir* D'ailleurs il eât à croire 
ft qu'il n'aurait pa^* existe : brave comme il 
u l'e'tait, il est indubitable qu'il se fut fait 
ft tuer dans les derniers temps, ou du moins 
« qu'il eût e'te' assez blesse' pour se trouver i 
fc l'e'cart) bors du centre et de l'influence des 
«c affaires* Enfin , s'il eût e'te' di^onible , il e'fait 
« de Ces bommes à cbahger là face des affaires 
ft par son propre poids et sa propre influence.» 
L'Empereur vint ensuite à DutaCj sur le 
caractère et la vi^ prive'e duquel il s'arrêta 
long-temps. « Duroc, concluait- il ^ avait des 
«c passion^ Vives, tendres et secrètes qui rëpon- 
« daient peu à sa froideur extérieure. J'ai e'te 
€c long-temps avant de le savoir ^ tant son ser- 
« vice était exact et régulier. Ce n'était que 
K quand tïia journée était entièrement close 
« . et finie y quand je reposais déjà, que la sienne 



(Jànr. tfi») DE SAINTE-HELÈNE: 483 

« commençail. Le hasard seul ou quelque ac- 
« cident ont pu me le faire connaître. Duroç 
«e était pur et moral, tout à fait desinte'resse 
« pour receroir, extrêmement généreux pouï* 
« donner. » 

L'Empereur disait qft'en ouvrant la cam- 
pagne de Dresde, il avait perdu deux hommes 
bien précieux, et le plus bêtement du monde: 
c'était JBessières et Duroc. Il affectait en ce 
moment d'en parler avec un stoïcisme qu'on 
s'apercevait, bien n'être pas naturel. Quand il 
fut voir Duroc, après son coup mortel, il es- 
saya de lui donner quelques espera.nces> mais 
Duroc, qui ne s'abusait pas , ne lui repondit 
qu'en 1^9 suppliant de lui faire donner de l'o- 
pium. L'Empereur, trop affecté, ne put pren- 
dre sur lui de rester long-temps, et se déroba 
à ce déchirant spectacle. Alors l'un de nous lui 
a rappelé que , reven^ d'auprès de Duroc , il se 
mit a se promener seul devant sa tente j per- 
sonne n'osait l'aborder. Cependant on avait des 
ïuesures essentielles à prendre pour le lende- 
main ; on se haiàarda donc à venir lui demander 
où^il fallait pfecer la batterie de la garde. 
^ demam tauij fut la réponse de l'Empereur. 



18A MÉMORIAL (Jw. rfis 

A. ce ressouvenir TEnipereiir avec afjfectation a 
parle' brusq^uement d'autre chose. 

Dliroc fut Une de ces personnes dont on ,ne 
connaît le prix qu'après l'avoir perdue : telje a 
ëtë, après sa mort, la phrase de la cour et, de 
la ville, le sentiment unanime partout. 

Duroc qtait natif de Nancy, département de 
la Meurthe. On doit avoir lu, plus haut l'ori- 
gine de sa fortune : ^Napoléon Tavait trouvé 
dans le train au siège de Toulon , et s'y inté- 
ressa tout d'abord. Depuis il s'y était attaché 
chaque jour d'avantage j et l'on pourrait même 
dire qu'ils ne s'étaient plus quittés. J'ai dit 
ailleurs avoir entendu de l'Empereur que, dans 
toute sa carrière, Dui^oc seul avait possédé sa 
confiance aveugle, et reçu tous ses épanchemens. 
Duroc n'était pas brillant; mais il avait un excel- 
lent jugement, et il rendait des services essen- 
tiels que sa modestie et leur nature laissaient 
peu connaître. 

Duroc aimait l'Empereur pour lui-même : 
c'était à l'homme privé surtout qu'il portait 
son dévouement, bien plus qu'au monarque. En 
recevant et accueillant les sensation;^ intimes dçi 



(Janr. rti6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 485 

prince il avait acquis le sectét^* pètot - être 1er 
droit, de les adoucir et de les diriger : edmbieir 
de fois n*a-t-îl pas dit à Foreiftè de gens cons- 
ternés par la colère de l'Empereur : ft Laissez - 
« le aller : il dit ce qii'il sen% non ce qii*îl pense ^ 
« ni ce qu'il fera demain. » Quel serviteur! 
quel ami ! quel trésor que celui-là ! Que d'é- 
clats il a. arrêtés j que d'ordres reçus dans le 
premier mouvement, qu^il n'a. pas exécutés , 
sachant, qu'on lui en saurait gré le leiiidamaia. 
L'Empereur s'était fait à cette espèce d'arran- 
gement tacite , et ne s'en a^a.ndonnait que d'a- 
vantage à cette explosion qu'arrache parfpis là 
nature, et qui, Roulage pardon épa^chement. 

Duroc périt, de la manière la plus malheu-. 
reuse , dans un moment bien critique; et sa mor( 
fut encore une de$ fatalités de la carrière de 
Napoléon. . ,. . 

Le lend^ain de la bataille de Wurchen, sur 
le spir j le léger combat de Reichenbach venait 
de finir; tous les coups avaient cessé. Duroc, du 
haut d'une éminence, et causant avec le général 
Kirchner, observait à l'écart la retraite des 
derniers rangs ennemis. Une pièce fiit ajustée 
2. 12 



H9 MÉMORIAL ^Janr.îSie) 

sur ce groupe à^xé, et le fatal boulet fit périr 
les deux généraux ^. 

Duroe influait plus q[u'on ne pense sur h^ 
déterminations de l'Empereur; sa mort a peut- 
être été y sous ce rapport, une calamité natio- 
nale. On a des raisons de croire que s'il eût 
vécu , l'armistice de Dresde , qui nous a perdu, 
n'aurait pas eue lleu^ on eût poussé jusqu'à 
l'Oder et au-delà; alors les ennemis eussent 
accédé dès cet instant à la paix, et nous eus- 
sions échappés à leurs machinations, à leurs 
intrigues et surtout à la longue y basse et atroce 
perfidie du cabinet autrichien qui nous a 
perdus. 

Plus tard, Duroc eût encore influé sur d'autres 
grands éyénemens, et fait prendre sans doute 
une autre face aux affaires. Enfin, plus tard 
encore 9 lors de la chute de Napoléon, Duroc 
n^eût certainement pas séparé ses destinées de 
celles de l'Empereur. Duroc se fiiit trouvé avec 
nous à Sainte-Hélène j et ce seul secours eût 



* Le général Kirclmer était officier du génie, très- 
âistingné, beaa- frère da maréchal Lannes^ qui Parait 
«(loîsi SOT flou courage et aa capacité» 



(JiiiT. iM) DE SAINTE-HÉLÈNE. Uf 

suffi peut-êUe. pour ccmtrebalaacer en Napo- 
léon tous les horribles tourmens dont on prë« 
tendit Tabreuver. 

BessUreSy du département du Lbt^ fut jeté 
parla révolution dans la carrière des armes : il 
del)uta par être simple soldat dans la garde 
constitutionnelle de Louis XYI. Devenu plus 
tard officier de chasseurs , des actes d'une bra- 
voure personnelle, extraordinaire , attirèrent ^ 
l'attention du général en chef de l'armée d'Ita*' 
lie» qui, lorsqu'il créa ses Guides, choisit Bes- 
sières pour les comiïiander. Voilà les cômmeu- 
cemens de Bessières et l'origine de sa fortune. 
A compter de cet instant, on le retrouve toujours 
à la tête de la garde du Consul ou de la garde 
impériale;, dans des charges de i*éserve, déci- 
dant la victoire, ou recueillant ses fruits. Son 
nom se. rattache noblement à toutes nos belles 
batailles. 

Bessières grandit avec l'homme qui l'avait 
distingué, et reçut une part abondante des fa- 
veurs que répandit l'Empereur : il fut fait 
Maréchal d'Empire, Duc d'Istrie, colonel de 
la cavalerie de la garde, etc. , etc., etc. 

Ses qualités se développant avec les circons**. 



us. MÉMORIAL (Jany. 1816) 

tances, le montrèrent toujours à la hauteur de 
sa fortune : on vit Bessières constamment bon , 
humain, généreux î d'une loyauté, d'une droi- 
ture antique ; soldat, homme de bien et citoyen 
honnête homme. Il employa souvent sa haute 
faveur à des services et à des obligeances spé- 
ciales, même en dépit d'opinions contraires. Je 
connais des gens qui, s'ils veulent être recon- 
naissans , le répéteront avec moi , et pourront 
certifier en lui des sentimens bien noblement 
hauts! 

Bessières était adoré de la garde, au milieu de 
laquelle il passait sa vie, A la bataille de Wa- 
gram, un boulet le renversa de son cheval, 
sans lui causer d'autre dommage. Ce fût un cri 
de douleur dans toute la garde; aussi Napo- 
léon lui dit-il en le retrouvant : « Bessières , le 
<c boulet qui vous a frappé a Jait pleurer toute' 
«ma garde j remerciez - le , il doit vous être 
ic bien cher. » 

Moins heureux à l'ouverture de la campa- 
gne de Saxe, la veille même de la bataille de 
Lutzen, dans une circonstance assez insigni- 
fiante, s' étant porté en avant, au milieu des 
tirailleurs, il y fut frappé dans la poitrine 



(jauv. 18.6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 189 

d'an boulet qui le renversa mort. Il avait vécu 
comme Bayard , il mourut comme Turenne, 

J'avais converse' avec lui bien peu 4e temps 
avant ce funeste e've'nement. Le hasard noiis. 
avait reunis tête à tête en loge particulière 
au théâtre, où, après avoir cause' des affaires 
qui l'affectait fort, car il idolâtrait la patrie,' 
son dernier mot, en me quittant, fut qu'il 
partait pour l'armée dans la nuit, et qu'il de'si-* 
rait que nous pussions nous revoir. « Car, ajou- ^;i 

« tait-t-il, dans la crise des circonstances, et 
tt avec nos jeunes soldats» c'est à nous autres 
(c chefs à ne pas nous ëpai'gner. » Hélas! il 
ne devait plus revenir! 

Bessières aimait sincèrement l'Emperefer, et 
lui portait une espèce de culte j il n'eût cer- 
tainement pas, plus que Duroc, abandonne ni 
sa personne , ni ses destine'es. Et il semble que 
le sort , si de'cide'ment prononce' contre Napo- 
léon, dans ses derniers momens, en lui enle- 
vaht deux amis aussi vrais, se soit plu à lui 
ôter la plus douce jouissance, et priver deux 
de ses plus fidèles serviteurs de leur plus beau 
titre .de gloire : celui de la rcconùâissance 
envers le malheur. - • ' 



4 90 MÉMORIAL ( Janv. iSis ) 

Xi'Empereur avait fait transporter aux Inva- 
lides y à Paris , les restes de deux hommes q[u'il 
aimait, et dont il se savait tant aime'. Il leur 
réservait des honneurs extraordinaires; les ëvé« 
nemens qui ont suivi les en ont privés; niais 
l'histoire, dont les pages sont plus impérissa- 
bles encore que le marbre et le bronze , les 
ont consacrés à jamais, et les sauve pour tou- 
jours de l'oubli des hommes. * 

Dimanche 28. 

Etude de l'anglais, etc. » Détaik. — Réflexions , etc. 
«— Promenade à cheyal* — - Cheyal embourbé* 

Nos jours se passaient , conune chacun le soup- 
çonne, dans une grande et stupide monotonie. 
L'ennui, les souvenirs, la mélancolie, étaient 
&OS dangereux ennemis ; le travail notre grand , 
notre unique refuge. L'Empereur suivait trèsr 

* Voici ce que l'on trouve dansrtb Campagne de Saxe 
de 1813» par le baron d'Odeleben, témoin occulaire; 
sous la date du lo août , au moment de la reprise d'ar-> 
n^es, deux ou trois mois après la mort de Doroc. 

« Pendant la marche de Beichenbach à Gorlitz , Napo- 
léon s'arrêta à Makersdorf , et montra au Roi de Naples 
l'endroit où Dnroc était tombé; il manda le proprié-* 



(j«iT.iti6) DE SAINTE-HÉLÈNE. «^ 

régulièrement ses occupations} Tànglaiit ëtait 
devenu pour lui une affaire importante. Il y 
avait près de quinze jours qu'il avait pris sa. 
première leçon , et , à compter de cet instant j 
quelques heures tous ks jours > depuis miidî,* 
avaient été employées à cette étudej tantôt avec 
une ardeur vraiment admirable, tantit avéc^ 
un dégoàt visible j alternative qtii m'entretenaït 
moi-même dans une vérilaMeanxiété; J'attachais 
la plus giande importance au succès, et je dai- 
gnais chaque jouir de voir abandonner les efforts 
de la veille î d'en être peur FennUi uoHel que 
j'aurais causé, sans le résultat heureux que je 
m'étais promis. D'un autre côté, di^tte- jour 
aussi j'étais aiguitlchné d'avaiitàge en imé voyant 
approcher du but auquel je tendais. L'acquisi- 
tion de l'anglais pour l'Empereur était- ùnè 
véritable et sérieuse conquête. Jadis il lui éa' 

— , — '. — ^ 1 — -:— a — p-^.^ — , — ; —• 

taire dt la petite firme oik*IeGi»udwMarédial^laitiliôi:«l> 
et lui aisigna la aonyoe de %o mille francs > dant 4 mille 
fraucs poar un monament en rhôoheor da défont 9 et 16 
taille franc» pour le propriétsiire dé la' maison, mari et 
femme* La dooatianfat accomplie àtaa la soirée > en 
présence da curé et da jage de Makersdorf ^^l'argfi^ fat 
compté devant eux» et ils forent chargés de fairf ériger 
ce monument. » ' 



Qoujtaitj disait*il ^ annuellement p^ur de 6imple3 
tra^cUons cent mille ecus, et encore, obser- 
ya.it-iKles avait-il bien, à point npmmé? étaient^ 
eU,e3;il4^1es.?^AuJ9urd!lu;îi n^ npusi trouvions 
cmprisoiwcfsj^u milieu de cette languç, entoures 
de.^§s.prpductions; tous }^9 grand&chaiigçmeBs^ 
toutes . Içs grajctdes . quest^ns . qqç l'Empereur 
^yait ^iTQes «ur.le çcmtinent avaijent -été' traite^ 
par ies^ Anglais eu ;se^s çpposej ç'etai^ç. autant 
de. f^ces UQuvelIei^; j^ofir JI'ëb^i:^^^: iauquel 
elles^ ;.ëtai^nt , jusiipief là demeurées ..étra^»gères» 
Qu*o« ajojite qpe Ips livyesj français ^ient 
rares parmi nous , que l'Empereur les cQxpais- 
s9Jlt ^ous,^.les avait reïus lujsqu'àsatiéte', t^db 
q^e ]|]^Qusi pouvions nous en procurer uue'fQule 
d'anglais tout à fait ueufe pour Jbi..iEnfin l'ac- 
qiii^ition 4e la langue d'un.étraiiger devient un 
tlfa^e, à ses yeux, c'est un agremeijt pwr Spi, nu 
véritable avantage^ x:!est une facilité de pour* 
pairlery eu: qu&lque' sortie : un ^commencemeift de > 
liaison pour tous deux. Quoiqu'il èîr soît, jV 
pc^ççyâiç déjà le terpi^; di? nos flifficulté^j j'en- • 
trevpyais lô B^mieUt oùi'Empesenr aurait tra*- 
vîèrsë Wtts leissdégoûts tiiévitablèg dû commen- 
cement. Mais qu'on se figure si l'on peut tout ce 



(jftnif. iAi6} DE SAINTE-HÉLÈNE. 198 

que devait être j^ôur lui Ti^tnde scplastîque dé$ 
conjugaisons, dés déclinaisons, des articles; etc. 
On ne pouvait y être parvenu qu'avec un grand 
courage de la part de l'écolier^ un véritable 
artifice de la part -du niaîtrÇé II me demandait 
souvent s'il ne méritait pas des férules, il dev> 
nait leur heureuse influence dans les écoles ; il 
eût avance d'avantage, disait-il gaîment, s'il 
eût eu à les craindre. Il se plaignait de n'avoir 
pas fait de progrès, et ils auraient été immenses 
pour qui que ce fût. 

Plus l'esprit est grand , rapide , étendu , moins 
il peut s'arrêter sur des détails réguliers et 
minutieux. L'Empereur, qui saisissait avec une 
merveilleuse &cilitë tout ce qui regardait le 
raisonnement de la langue, en avait fort peu 
dès qu^il s'agissait de son mécanisme maté* 
riel. C'était une vive intelligence et une fort 
mauvaise mémoire; c'était ce qui le désolait; 
il trouvait qu'il n'avançait pas. Dès que je 
pouvais soumettre les objets en question à 
quelque loi ou analogie régulière, c'était classé, 
saisi à l'instant, l'écolier devançait même alors 
le maître dans les applications et les consé- 
quences; mais fallait -il retenir par cœur et 



49» MÉMORIAL (J«nv. i«i6) 

répéter les âemens bruts, c'était une grande 
affaire; on prenait sans cesse les uns pour les 
autres y et il serait devenu trop fastidieux d'exi- 
ger d'abord une trop scrupuleuse régularité. 
Une autre difficulté, c'est cpi'avec les mêmes 
lettres, les mêmes voyelles, ces mots nous 
demandaient une toute autre prononciation; 
l'écoUer ne voulait reconnaître que la nôtre j 
et le maître eût décuplé les difficultés et l'ennui, 

^ s'il eût voulu exiger mieux. Enfin l'écolier, 
même dans sa propre langue, avait la manie 

. d'estropier les noms propres, les mots étran- 
gers, il les prononçait tout à fait à son gré, 
et une fois sortis de sa bouche, quoi qu'on fît, 
ils demeuraient' toujours les mêmes, parce 
qu'il les avait, une fois pour toutes, logés 
de la sorte dans sa tête. C'est ce qui ne man- 
qua pas d'arriver pour la plupart de nos mots 
anglais, et le maître dut avoir la sagesse et 
l'indulgence de s'en contenter, laissant au 
temps à rectifier peu à peu , s'il était jamais 
possible, toutes ces incorrections. Def ce con- 
cours de circonstances, il naquit véritablement 
une nouvelle langue. Elle n'était entendue que 
de moi, il est vrai; mais elle procurait Ji l'Em- 



(Jany. 1816) DE SAmTE-HÉLÈNE. 495 

pereur la lecture de l'anglais, et il eût pu, 
à toute rigueur, se faire entendre, par écrit, 
dans cette langue; c'était déjà beaucoup, c'était 
tout. 

Cependant l'Empereur continuait régulière- 
ment ses campagnes d'Egypte avec le Grand- 
Maréchal. Ma campagne d'Italie était au bout 
depuis long-temps; nous la touchions et retou- 
chions sans cesse , quant à sa forme typographi- 
que, à la contexture des chapitres et à la coupe 
des paragraphes, etc. On en verra, dams le 
courant de cet ouvrage, le peu qui m'en est 
resté dans les mains. 

De temps à autre il dictait des parties sépa** 
rées à MM. Gourgaud et Montholon. A tout 
ce travail, il joignait fort peu d'exercice j quel- 
que peu de promenade à pied, parfois la calè- 
che, presque plus do cheval. Le 30,. il voulut 
cependant revenir à notre vallée du Silence , 
abandonné depuis long-temps. Nous étions vers 
son milieu} le passage était bouché par des 
broussailles mortes et une espèce de barrière 
faite pour arrêter le bétail. Le chasseur ( le 
fidèle Aly ) descendit, comme de coutume ^ 
pour nous ouvrir la route. Nous passâmes; mais 



i96 MÉMORIAL ( Janr. 1816) 

le clieval du cliasseur, pendant son ope'ration, 
^ s'était éloigne' de lui} qnand il voulut le re- 
prendre, il s'enfuit. Il avait beaucoup plu, il 
fut s'embourber dans un mare'cage pareil à celui 
où l'Empiereur, peu de jours après notre arri- 
vée à Longwood, s'était vu enfoncer de ma- 
nière à craindre d'y demeurer. Le chasseur 
courut après nous pour nous dire qu'il demeu- 
rait pour del)arrasser son cheval. Nous étions 
dans un chemin très -difficile, fort étroit , à la 
file les ùus des autres. Ce ne fut qup quelque 
temps après que l'Empereur nous entendit 
redire entre nous l'accident du chasseur. Il 
gronda de ce que nous n'avionis point attendu , 
et voulut qi^e le Grand-Maréchal et le général 
Gourgaud retournassent vers lui. L'Empereur 
mit pied à terre pour les attendre, et marcha 
vers une petite élévation d'où il paraissait 
comme sur un piédestal ; au milieu des ruines. 
H avait la bride de son cheval passée autour 
de son bras, et s'est mis à siffler un $ir; il avait 
pour écho une nature muette, et, pour tout 
entourage, la nudité dû désert, « Et pourtant^ 
«c me suis-je dit involontairement, naguère en- 
K core que de sceptres dans ses mains ! Que 



(J.IIT. i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 497 

c< de couronnes sur sa tête ! Que de rois à ses 
« pieds!.... Il est vrai, me suis,- je continua, 
« qu*aux yeux de tous ceux qui rapprochent, 
« le voyent, l'entendent chaque jour, il de- 
ce meure plus grand qu'il ne fut jamais! C'est 
« le sentiment, l'opinion de tout ce qui Ten- 
te toure. Nous le servons avec autant d'ardeur } 
<c nous l'aimons avec plus de tendresse !... » 

Sur ces entrefaites arrivèrent le Grand-Ma- 
rechal et Gourg^ud, ils aidèrent l'Empereur à 
remonter à cheval, et nous continuâmes. Ces 
messieurs avouaient du reste que, sans leur 
secours, le cheval n'eût jamais pu. s'en retirer; 
les efforts reunis de tous les trois avaient à 
peine suffi. Assez long -temps après, au tour* 
nant d'un coude, l'Empereur observa que \q 
chasseur n'avait pas suivi, et dit qu'il eût fallu 
attendre de le savoir en état de continuer. Ces 
messieurs pensaient qu'il était demeuré pour 
nettoyer tant soit peu son cheval. Dans le cours 
de notre promenade, à plusieurs autres lour-r 
nans, l'Empereur re'pe'ta la même observatipp. 
Nous entrâmes chez le. Grand-Marechal,, où 
nous reposâmes quelques instafns} l'Empereur, 
en sortant, demanda si le chasseur e'tait passé ^ 



498 MÉMORIAL (Jany. 18*6) 

on ne l'avait pas vu. Enfin, arrivant à Long- 
v\rood, sa première parole fut encore de de- 
mander si le chasseur e'tait arrivé. Il l'était 
depuis long-temps, étant revenu par une route 
différente. 

Je viens d'appuyer peut - être beaucoup 
sur cette minutieuse circonstance ; mais c'est 
qu'elle m'a paru tout à fait caractéristique. 
Dans cette sollicitude domestique, le lecteur 
aura de la peine à retrouver le monstre insen- 
sible , dur, méchant, cruel, en un mot le tyran 
dont on l'a si souvent^ si long-temps entretenu. 



N. R. J'ai dit plus haut que je donnerais 
les fragm^ns de la campagne d'Italie demeurée 
en mes mains. Me voilà à la fin d'un moisj 
^ j'en vais placer quelques chapitres. 

A mon retour en France, par la funeste 
circonstance qui m'a rendu à moi - même, les 
motifs de garder pour moi seul les fragmens de 
la campagne d'Italie, que je possédais du con- 
sentement de l'Empereur, n'existant plus, et la 
privation de mes papiers par le ministère an- 
glais ne me laissant pas l'occasion de rien publier 



DE SAINTE-HÉLÈNE. i99 

sur Sainte-Helëne , je distribuai (pielqnes - uns 
de ces fragmens, ne mettant d'autre condition 
à leur publicité que de bien spécifier qu'ils 
étaient de simples brouillons, de premières 
dictées qui auront reçu sans doute, par la suite , 
de grandes altérations. Aujourd'hui que la res- 
titution de mes papiers m'a mis à même de 
publier le Mémorial de Sainte -.Hélène, j'ai eu 
la pensée d'y reunir tous ces fragmens de la 
campagne d'Italie, imaginant qu'ils ne seront 
pas sans intérêt pour ceux qui aimeront à com- 
parer ce premier jet avec les idées arrêtées : 
d'autant plus que , tenant des dépositaires mêmes 
du manuscrit de ces campagnes que la volonté 
de l'Empereur a été que le tout fût publié, avec 
luxe, cartes, plans, etc., et dédié à son fils , j'ai 
tout lieu de croire qu'on sera long-temps en- 
core avant de jouir de cette publication. J'insé- 
rerai donc le 'peu que je possède, 7 chapitres 
sur 22 , soit à la fin des mois , soit dans le cours 
même du journal, quand il viendra à languir. 

Voici, pour le présent, les premiers de ces 
fragmens : Vendémiaire, la Bataille de Monte- 
notte, et Partie du chapitre III, sur la topo- 
graphie de l'Italie. 



TREIZE VENDÉMIAIRE. 



jY. B. Tons les mots en caractère italiqaè sont des 
corrections faites an nianascrit original; de la main de 
Napoléon même. 



I. Constitution de Van III. — La chute de la 
Municipalité du S4 mai, du parti de Danton, 
de Robespierre, amenèrent la chute des jaco- 
bins et la fin du Gouvernement révolution- 
naire. Depuis, la Conventicm fut successivement 
gouveme'e par des factions qui ne surent ac- 
fjue'rîr aucune prépondérance; ses principes 
variaient chaque mois. Une épouvantable reac- 
tion affligea Fintérieur de la républiquej les 
domaines cessèrent de se vendre, et le discré- 
dit des assignats croissant chaque jour, les ar- 
mées se trouvaient sans solde , les réquisitions et 
\t maximum y avaient seuk maintenu Tabou- 
dance; les magasins se vidèrent; le pain même 
du soldat ne fut plus assuré. Le recrutement, 
dont les lois avaient été exécutées avec la plus 
grande rigueur sous le Gouvernement révolu- 
tionnaire, cessa. Les armées continuèrent d'obte- 
nir de grands succès^ pafce que jamais elles 
n'avaient été plus nombreuses; mai^ les armées 
2, 43 



2^2 MÉMORIAL 

éprouvaient des pertes journaliëres, il n'y açûii 
plus de moyens peur les reparer. Le parti de l'é- 
tranger, qui s*étajait du pre'texte du rétablisse^ 
ment des Bourbons, acquérait cliaque jcmr de 
nouvelles forces» Les saloAs étaient ouverts, on 
y discourait san$ cminte} lies conamunications 
étaient devenues plus faciles av^c l'extérieur ; la 
perte de la République s6 tramait publiquement. 

La révolution était vieille ^ elle avait froissé 
bien des intérêts : une main de fer avait pesé 
sur les individus. Bien des crimes avaient été 
commis; ils furent tous relevé^ avec achar- 
nement, et chaque jour davantage on excita 
Tanimadversion publique contre tous ceux qui 
avaient gouverné^ administré, ou participé , 
d'une manière quelconque , aux succès de la 
Révolution; 

Pichegru avait été gagné : c'était le premier 
géné:al de la République^ fils d'un kbourenr 
de Frariche^-Comlé^ et frère minime, dans sa 
jeunesse, au collège dé Brienne; il se vendit 
au parti royal, et lui livra le succès des opé- 
rations de son armée. 

Les prosélytes des ennends de la République 
ne furent pas nombreux dans Tannée} elle resta 



DE SAÏNTE-HELÊNE. m 

fidèle aBx principes xLe la révolution pour les-? 
quelB «Ue avait yer^^ tjint 4e sang, et remr 
porbé taut4^\victa^,^ . 

TouB 1^9 partis elaient fatigués de la Cpn^ 
yenliix>ii : «lie Tétait d'aUerisuêmeé jSa miâsioai 
ar^it été Tétabiisi^iEeiït d'iine constitutiou j 
elle vit <9^u qtie le $dlut de la pfktric^^ \e sieu 
propre > exigeaient que, sans délai, elle rempli/^ 
saprincpale mission. Elle adoptai le 24 juin 
.4795, la coD^titutiou connue sous le titre de 
constitution de l'an 3. Le Gouvernement était 
coii£éà cinq personnes ^ ^us le nom de Direc^ 
jboirej la: Légi^laf^^ ;à d^ux Gmseils, dits de^ 
Cinq Cen^ ft 4es vA^ncâe^Q* «Cettei co^stitujtjipn 
&jA soumise à racceptati<»i du peuple > réuni 
ien assemblée -primaire* -, ■ 

II. Lois additionnelles à la constitution. 
*«- L'c^in^on ^ait généralem^t répandue 
qu'il fallait attribuer la ehut0 4e la constitu- 
tion de 94 à la loi de Ja Constituante, y^* 
exduaif ses membres de la législature. La 
Convention ne tcmba pas dans la mèfûLe, fautçj 
elle joignit à la cons^tutjon, ; deux loi^. addi- 
tionnelles^, par lesquelles «^e prescrivit que 
les deux tiers de lalégiidaturc no|iTe}p.« ^s^raiei^t 



20» MÉMORIAL 

oomposëg des membres de la Convention, et ^e 
les assemblées électorales de départemens n'an— 
raient à nommer, pohr cette JoU^ qu'un tiers 
seulement des deux Conseils. La Conyentioil 
prescrivit de plus que ces deux lois addition-- 
nelles seraient soumises à l'acceptation du 
peuple, conome parties inséparables de la cons- 
titution. 

Le mécontentement fut , dës-lors , général. Le 
parti d^^rétranger surtout voyait tous ses pro- 
jets déjoués par ces dispositions. Il s'était flatte 
qiue \^t deux conseils auraient été entièrement 
composés d'hommes neufs et étrangers à la réyo« 
lution, ou même en partie de ceux qui en 
avaient été victimes j et dès lors il espérait à! ^v-- 
river à la contre-révolution par Finfluence 
même de la législature. 

Ce parti ne manquait pas de très -bonnes 
raisons pour cacher les véritables motifs de son 
mécontentement; il alléguait que les droits du 
peuple étaient méconnus, puisque la Conven- 
tion, qui n'avait eu de mission que pour établir 
une constitution, usurpait les pouvoirs d'un 
corps électoral, en donnant elle-^méme à ses 
membres les pouvoirs d'un corps législatif; que 



DE $AIN1?Ë-HÉLÈNE; 20$ 

la preuYe que la Convention savait c]a^eUe agis- 
jsait contre l'intention du peuple, c'est qu'elle 
ioa^posait aux assemblées primaires la condition 
0irbif,r9Ùre de voter à la fois sur l'ensemble de 
la CQlQdtitutioii et ses lois additionnelles. La Gon- 
vpntioi^ ne devait vouloir que ce qu.e voulait le 
peuple* Pourquoi ne le laissait-elle pas voter 
séparément sur la constitution et les lois addi-r 
tionnelles? C'est qn'elle savait que les lois addL- 
tiolmelles seraient unanimement rejetées. Quant 
à la constitution, en elle-même, elle était pré- 
£^rabl<^ sans doute à ce qui existâiit, et^ sur ce 
point, tous les partis étaient d'accord. Les uns, 
il esit vrai, eussent voulu un président, au lieu 
de cinq directeurs, les autres auraient désiré un 
Conseil plus populaire; mais en général on vit- 
cette nouvelle constitution av^c plaisir. Quant 
au parti de l'étranger, qui était dirigé par des 
comités secrets, il n'attachait aucune impor* 
lance à des fornjies de gouvernement qu'il ne 
voulait pas maintenir; il n'étudiait, dans la cons- 
fîtatiieffi, que le moyen d'en profiter, pour opérer 
la coQtre-révoliition; et tout ce qui tendait à 
âterl'ajitotité de» mains de la Convention et de$ 
conventionnels, lui était agréable. 



nLÉei tùU afMStîonneUes wm rt^àOtéè 
par h$ ^ùthns 4^ Parh. ~ Le$ ^uàtantê-hnit 
isecfiôtl^ dé Pftl^iâ se tétmirentt j ce fiirëùt cftia-- 
tan«ê-lb6it ttïbn^és danâ \e/&Q^^ésMdimiàreHi 
M^ OT^t&^ Ï^M plâ» tiraient t Lahât^, Mfïn -^ 
Iiaèï?etl4ïfe jiétiiié', VniîMattc i Rcgtearfîfl < ^tc. JTI 

contt»é ilâ CoiïVelitïétt'V^t ^*:^^ttt*^^d^ ôra^- 
*eiû«^6ti fiaiôtîèrfefût'heaûc^ / . 
^ Li^ Gftpitale fut isL»(l»i mite ^îi féï^ehtatioâC 
\dixr^B ie ^ih^midor^ on >amU or^ënkélà 
gardé. uàûonàlè.0^êrr%iUefaifil:^2/î$' #£9ï ^j- 
^;#r Us' )aé6Mnif j • mai^- 0»*' était Wttthé- datls 
i'eicèà^ odtet Alité' j ;e« 4eS v«ôtrtrfé-rétt)lutfcdiiBiaiW;s 
«'y'ttldiiVaiëttt eti «^èir'gràtÀl n<MiibïiÈf.' ' 

liôtnmes , atinéé èt'liééBînée. EHë pattagis* tëtifè 
l'ex^spfeVatiôtt des ieètîôntmiré^ <^ là Go»^ 
ventionj ett^ lois aSddlticmTïelleS'fbïeat it^Jèrlee^ 
dàni^ Parïs; Les seoti<toS -s* fei^éoedèi^Àt à là 
barrfe de la C6uve*ff ioft i et j tiiamfefetàipiit bau* 
tement lèut opinion; Là Coôt'emiôtti Mp^addat 
croyait encore q|uè tdutè cette agita ti^'ië èaî^ 
meràîtâùssîtôt ijuie les provinces aiiraîêiit'ihàm- 
feslé lenc opinion par racceptaticai de la? ^éônSti* 



DE SAINTE-HÉLÈNE. 207 

Bl des lois a4ditioiinelles. Elle croyait pou- 
jTQir comparer cette, agitation, de la capitale 
à ces camelotions si communes à Londres, e} 
dont Hoiae avait si souvent, dp{iné Tet/^ipple au 
temps des comices. Elle proclama le 2S sep*- 
tèmbre TaceeptatiDii de la donstitutibn et des 
lois additionnelles, par .la. majorité des assem>> 
i&lées prima^Li^es; mais dès ïe lendemain les sec- 
tions de Fai'is nommèrent des députes pour 
Ibrmer une assemblée ççn^rale déflecteurs qui se 
ireunireatâ rOdëoki. 

ly • Résistance am^e êessùdkms dePam^ 
— Les secti^ms avaient mesjure' leurs forces^ 
évalue la faibkss^ de la Convention : cette 
assemblée d'électeurs fut une assemblée d'iu- 
snrgés. 

La Convention annuUa rassemblée de TOdéoii^. 
ia déckra illégale , et ordonna à ses comités de 
la dissoudre par la force. Le 4 vendémiaire la 
force armée se porta à l'Odéon, et exécuta cet 
ordre. Le ^peuple rassemblé sur la place de 
rOdéon fit entendre <juélques murmures, se 
permit quelques injures} mais n'opposa aucune 
•résistance. 

Le décret de la Convention , qui fermait TO 



308^ MEMORIAL 

décm, excita Tindignation de tt^tes les sec-^ 
tions. Celle Lépelletier, dont le chef- lieu 
e'tait au couvent des Filles-Saint-Thomas, pa- 
raissait être a la tête de ce mouvement. Un 
décret de la Convention ordonna que le lieu 
de Ses séances fût ferme , l'assemblée dissoute 
et la section donnée. 

Le A 2 vendémiaire ( 3 octobre), à 7 ou 8 
heures du soir, le général M^iou, accompagné 
des représentajis du peuple, commissaires près 
de Tannée de l'intérieur^ se rendit avec un 
corps ncxnbreux de troupes, au lieu des séances 
de la section Lepelletier, pour y faire exécuter 
le décret de la Convention- Infanterie, cava- 
lerie, artillerie, tout fut entassé dans la rue 
Vivienne, à Textrémité de laquelle est le cou- 
vent des Filles -Saint -Thomas; Les section- 
naires occupaient les fenêtres des maisons de 
cette riiej plusieurs de leurs bataillons seran- 
gèrent en bataille dans la cour du couvent, et 
la force militaire, que commandait le généi^ 
Menou, se trouva compromise. 

Le comité de la section s'était déclar^j^pré- 
Fcntant du peuple souverain, dans l'exerGice de 
ses fonctions j il refusa d'obéir aux ordres de la 



(DE sainte-Hélène; 209 

Convention j et , après une heure d'inutiles pour^ 
parlers , le général Menou et les commissaire^ 
de la Convention se retirèrent , par une espèce 
de capitulation, sans avoir désarme ni dissous 
ce rassemblement. 

Y y Menou est destitué du commandement 
de Varmée de Vmtérieur. — La section de- 
meurée victorieuse se constitua en permanence , 
envoya des députations à toutes les autres sec- 
tic»^, vanta ses succès, et pressa Torgaîiisation 
qui pouvait assurer sa résistance. On se pré- 
para à la journée dû 43 Vendémiaire. 

Le général Bonaparte, attaché depuis quelques 
mois à la direction du mouvement des armées de 
la république, était dans une loge à Feydeau, 
lorsque de ses amis le prévinrent de la scène 
singulière qui se passait. Il fut curieux d'obser- 
ver les détails d'un si grand spectacle. Voyant 
les troupes conventionnelles repoûsséés, il cou^ 
rut aux tribunes de l'assemblée pour y juger 
l'effet de cette nouvelle, et suivre les déve- 
loppemens et la couleur qu'on y donnerait* 

La Convention était dans la plus grande 
agitation. Les représehtans auprès de l'armée; 
pour se disculper, se hâtèrent d'accuser Me- 



240 MÉMORIAL 

^ou« On attfibua à la trahison ce qui n'étail 

dû qu'à la malhabiletë. Il fut mis en arresta» 

tion. 

Alors differens reprësentans' se montrèrent 
successivement à la tribune; ils peignirent 
retendue du. danger* Lç& noiiyelles qui, à cha- 
que instant > grriyalçnt des «eçtionsj, ne fai- 
saient voir que trop combien il Qtait grand. 
.Chacun des membres proposa le gênerai qui 
avait sa confiance. Ceux qui avaient ëtë à Tou- 
Jon 9 à l'armëe d'Italie , et les membres du 
Comité de salut public , qui avaient dep rela- 
tions journalières avec Napoléon^ le proposè- 
rent comme plus capable que perscmne de lej^ 
tirer de ce pas dangereux, par la promptitude 
de son conp-d'œil et. l'énergie de son caracr 
tère. On l'envoya chercher dans la ville. 

JVapolëon, qui avait tout entendu , et savait W 
.don,t il était question, délibéra près d'une demi- 
heww avec lui^mèn^ie sur ce qu'il avait à faire. 
U^ guerre à mort Relatait entre la Cpuventioa 
et Paris, Ètaîf-Ufiage de se décUfrcr^ de par>- 
ier ^ x^mxi de toute la France? Qui Qserait 
descendra ^ul. dans l'arène poi^ ,^e £aii:e 
le champion dç Jla Couventipn? La. victoire 



DE SABVTJB-R^ÈNE, %ii 

4^me ?tnrait . jqiji^fUB çlio^e d'o4îe|ix i tandis 
qpLÇ la déi^aite yQiuîrait pour jamais à re^écra-r 
y^n des races i^tures.., : 

"^ Comment se dévouer ainsi astrale bouc 
émissaire de tant de. crimes. auxqiielsQxi fut 
étranger? Pourquoi s'exposer: béiaéyolement a 
aller grossir en peu tfheurçs le i^ombre.de ces 
noms qu'on ùe prononce qutiyec horreur? 

Mais, d'un autre côté, si la Convention suc- 
con^)e, que deviennent les grandes vérités dé 
îiotrè rétdtritîbà ? Nos nombreuses victoires, 
iidttré saÉhg sr sotivènt versé , ne sont jplus que 
iéS éM3Îà6iii& ho«tëtfeS^ "lliêtéktiget , qué noui 
aVom taStet Wiftcttp momphe et MK)ià£^ accable 
dfe soik fâépriit.» »:.i.u"/^ « i* • ^•.'iv:^^^*,. -w é V é 7 
«ftk^entouarage ânkieni ëi déwtbré't^aîai^ 
$r^i(»ppbwis, iHws ^xer^ 

e#nt te^rs v^ttge$(^e9£î^ ç^t jnoit^^ igouverbmt m 
ilQfp$^;par,la,i9afin;de/t'étr5»geâr^ > ' 
; A^tôi 1? délite . de la Gonv^pitioa: çeindj^ait 
le front de l'étranger, et sceller^it>la fao^te el 
r^^içfots^ec^^' la patrie. .: . ,\ 

. ,Çe,i^(^ifabfiUt^ 9Ji apoii U omfiaflice ext ses 
fypcm^ sa 4estîne|el...i ii te ÂébUad.ie ren^ 
dk.aïkicomiii^ snqueliLpeigitttvirfbittt. f im^ 



£12 MÉMORIAL f^ 

pos^bilité de pouToir diriger une opératrtt 
aussi importante ayec trois representans^ qun, 
dans le fait, exerçaient tous les pouvoirs, *' 
gênaient toutes les opérations du gênerai j il 
ajouta qu'il avait e'te' témoin de Tevenement 
de la tiie Vivienne; que les commissaires 
avaient été les plus coupables , et s'étaient 
pourtant trouvés au sein de l'assemblée des 
accusateurs triomphans. 

Frappé de ces raisons, mais dans l'impossi- 
bilité de destituer .les commissaires, sans une 
longue discussion dans l'assemblée, le Comité, 
pour tout concilier, car on n^ assoit pus dû 
temps A, perdre., détermina de prendre le 
général dans l'assemblée même. Dans cette 
Tue, il préposa Barras à la Convention comme 
général en chef, et donna le commandement 
à Napoléon , qui , par - là , se trouvait débar* 
rassé àeà trois commissaires, sans qu^ils eussent 
â se plaindre. 

Alissitôt que Napoléon se trouva cbargc 
du commandement des £l>rces qui devaiéntpro- 
téger l'aissemblée, il se transporta dans an des 
cabinets des Tttileries'^où était Itenou, afin 



DE SAINTE-HÉLÈNE; 2« 

d'obtenir de lui les renseignemens necessai* 
res sur les forces et la position des troupes 
et celle de l'artillerie. L'armée n'était ^e de 
S mille hommes de toutes armes, avec ftO piè- 
ces de canon> alors aux Sablons, sous la garde 
de 15 honunes : il était une heure après minuit. 
Tîapole'on expédia aussitôt un chef d'escadron 
du 24* de chasseurs (Murât), avec 300 che- 
vaux, pour se rendre, en toute diligence, aux 
Sablons, et ramener l'artillerie au jardin des 
Tuileries. Un moment plus tard, il n'était plus 
temps. Cet officier arrivant à deux heures aux 
Sablons, s'y trouva avec la tête d'une colonne 
de la section Lepelletier qui venait saisir le 
parc; mais il était à cheval; on était en plaine: 
la section se retira, et à six heures du matin 
les quarante pièces entrèrent aux Tuileries. 

YI. Dispositions d'attaque et de défense 
des Tuileries. —^ Depuis 6 heures jusqu'à .9, 
Napoléon courut tous les postes, et plaça cette 
artillerie à la tête du pont Louis XVI, du 
pont Royal, delà rue de Rohan, au cul-de-sac 
Dauphin, dans la rue Sainte-Honoré, au Pont- 
Tournant, etc., etc.; il en confia la garde â 
des officiers sûrs. La mèche était allumée par* 



in MÉMORISÉ ^ 

tout, et la petite armëe distril^u^e aiix Ai&ér 
rens postes, ou en rësenre au jardin et au 
GaiTOuseL ' ' » 

La générale battait partout Paris, et les gar« 
des nationales se formaient à tous les débou- 
chés, cernant ainsi le palais et les jardins* Leun^ 
tanâ)ours portaient Taudace jusqu'à venir battre 
la géniale sur le Carrousel et S|ir la place 
Louis XV. 

Le danger était imminent, UO n^ille gardes nas* 
ticfnaux bien armés, organisés 4epuis long- 
temps, se présentaient animés contre la Con«- 
Tention; les troupes de ligne, chargées de là 
défendre, étaieiit peu nombreuses, et potiyàient 
être facilement entraînées par le sentiment de 
la population qui les environnait. La Conven- 
tion, pour accroître ses forces, donna des armes 
à ^500 individus dits les patriotes de 89. C'é- 
iaient deç hommes qui, depuis le thermidor, 
avaient perdu leurs emplois, et quitté leurs 
départemens où ils étaient poursuivis par l'opi- 
nion. Qn en forma trois bataillons, (^zie Vou 
confia au^énaral Bernjijjrer. Ces hpmmes se bat- 
tire^t Wiçc la ^Uis grande valeur. Ils entraîné; 



DE SÂINTE-HÉLÈNE. U4È 

rcnt la troupe de ligné ^ et furent pour beaucoup 
dans le succès de la journée. 

Un comité de ko membres , sous laprésidenee 
de Cambacérès et compté du Comité de salut 
public et de sûreté générale, dirigeait toute» 
leg affaires. On disc&tait beaucoup , on ne déci* 
dait rien , et ie danger devenait à chaque instant 
plus^pressant. 

Les mns trouiasent qu'ofn posât les /armes et 
tpi'on reçût le^ séctioniiai]%s com:9ie les séaat 
teurs romains avaient reçu les Gaulois. D'aur 
très voulaient qu'yen se l^irât sur les hauteurs 
de Saint-Glôud au camp dàe César pour y être 
joints par l'armée des côtes de l'Océan. D'au- 
tres voulaLefut qu'on «nvo^ât des députations 
aux hS sectioû% pour leur Jàirâ diverses prô^ 
positions. V&ià^jit ces vaines discussions, à deut 
lieùres aiprès^midi^ un nommé Lalond déboucha 
sur le Poiit-Neuf , venant de la section Lepell^- 
tier à la tête de 5 ou Tt^ bataillonbs, dans lé tetnps 
^'uHe outre colohne de même force venait de 
l'Odéon à sa rencontre : ils se réunirent sur la 
^ace Daupfaine.r 

Le général Cartaux , xpii avait été placé au 
¥ont-Neuf avec WO hommes et k pièoes de 



216 MÉMORIAL 

canon, ajant Vardre de défendre les deux côtés 
dû pont y quitta son poste ^ et se replia sous les 
guichets. En même-temps un. bataillon degar- 
des nationaux venait occuper le jardin de l'In- 
fante : il se disait affectionne à la Gonvent^m, et 
pourtant saisissait ce poste sans ordre. D'un 
autre côté, Saint-Roch, le théâtre Français et 
l'hôtel de Noailleâ étaient occupés en force 
par la garde nationale. Les postes ;^pposés 
n'étaient séparés que de 42 à 45 pas. Lesjsecr 
tionnaires envoyaient des femmes à chaque ins- 
tant, ou se présentaient eux-mêmes, sans armes 
et les chapeaux en l'air, pour fraterniser avec 
la ligne. . . 

VIL Combat du 43 vendémiaîre. — A 
chaque instant les afÊtires empiraient. A 3 
heures, Danican, général des sections, envoya 
un parlementaire sommer la (invention d'é- 
loigner les troupes qui menaçaient ie peuple, 
et de désarmer les terroristes. Ce parlementaire 
traversa les postes les yeux bandés, avec toutes 
les formes de la guerre. Il fut introduit ainsi an 
milieu du comité àe^ MO, qu'il émut beaucoup 
par ses menaces ; on le renvoya vers les ^ heures. 
La nuit approchait, et il n'était pas douteux 



DE SAINTE-HÉLÈNE- 217 

quMle ne dût être favorable aux sectionnaires, 
vu le gtatid nombre. Ils powaîent se feufiler de 
maison en maison , dans toutes les avenues des 
Tuileries, dëjà étroitement bloquées, A peu pd^ 
à la mémfi heure on apporta, dans la salle dé la 
GonYenti(m, 700 fusils, des gibernes et des car^ 
touches -poux anner les C^mventionnels eul- 
mêmes comme corps de réserye; ce qui en 
alaiana plusieurs, qui ne comprirent qu'alors la 
^raiiif^2^r du danger où ils étaient. 

Enfin, à quatre heures un quart, des coups 
de fd^l furent tirés de l'hôtel de Noailles, où 
s'étaient introduits les seçtioûiiaires; les balles 
arrivaient jusqu'au perron deà Tuileries, Au 
même momlsnt la colonne de L^fond déboucha 
par le quai Voltaire, maîchaut sur le pont Rcyal. 
Alors on d(»ma l'ordre aiuL èatteries. de tirer* 
Une. pièce de huit, au <iUl-^e-saù Dauphin <, 
commença le feu, et servit dé signal pcmr tous 
les postes. Après plusieurs décharges, Saint- 
Koch fut enlevé. La colonne Lafond, prise en 
tète et eu écharpe par l'artillerie placée sur 
le quai, à la hauteur du guichiet du^liouyr^, 
et à la tète du pont Hoyal, fut mise en déroute. 
La rue Saint-Honoré, la rue Saint-Florentin et 

2. AHr 



248 MÉMORIAL 

ks lieux adjacens dirent balayes. Une centaine 
d'hommes essayèrent de résister, au théâtre de 
la République; quelques obus les délirent en 
un instant : à six heures tout était fini. 

Si l'on entendait dans la nuit de loin en 
loijt quelques coups de canon, c'était pour em- 
pêcher les barricades que quelques habUans 
avaient cherché à établir avec des tonneaux. . 

Il j eut environ 200 tués ou blessés du côté 
des sectionnaires, et presque autant du coté des 
ccHiventionnels; la plus grande partie de ceux* 
cif aux portes de Saint-Roch. 

Trois, représentans, Fréron, Louvfit et Syeyes 
montrèrent de la résolution. 

La section des Quinie-Vingts, faubourg Saint- 
Antoine, est la seule qui ait fourni 250 hommes 
à la Convention; tant ses dernières oscillations 
politiques lui avaient indisposé toutes les 
classes : toutefois, si les fauboiu*gs ne se levè- 
rent point en sa faveur, du moins ils n'agirent ' 
pas non plus contre elle. Il est faux qu'on ait 
fait tii-er à poudre au -commencement de Tac- 
tionj cela n'eût servi qu*à enhardir les section- 
naires et à compromettre les troupes; mais il 
est vrai que le combat une fois engagé, le succès 



DE SAINTE-HELÈNE. â49 

n'étant plus douteux, alors on ne tira plus qu'à 
poudre, 

VIII. Ze 4ft vendémîaife. — Il existait en- 
core dés rass^hblemens dans la section Lepelle- 
lier. 

Le^Jt, au ihàtin, des colotoes de'boùchèreiit 
contre eux , par les boulevards, la rue de Riche^ 
lieu et le Pialàfe-Royal. Des canonis avaient été 
placés aux' pfintcîpales avenues. Leà section- 
naîrès furent ptomptement délogés,- et le reste 
de la journée fut âriptoyé à parcourir la ville, 
à visiter les ehefs-li«ux de sections , à ràmâsseï* 
les aiines et à lire des p'rôclamatîons. Le soir, 
tout était rentré dans l'ordre , et Paris se trou- 
vait parfaitement tranquille. 
. tiO^iqpe, aptes ce grand événîement, les offi- 
ciers ie Farmée de l'intérieur furent présentés 
en corps à la Convention, céHe-ci, pai* acclama- 
tioûs , nomma TÏapoléon géùéifeil etr cKéf de cette 
artilée ; Barras ne pouvant cumuler pluss long- 
tenips le titré de i^éprésentànt avec àès fonctions 
îniKtaîres. 

Le gétiéral Menôu fot traduit à un conseil 
de* guerre; on voulait sa mort. Le général en 
chef le sauva en disant aux jugés que si Menou 



220 MÉMORIAL 

méritait la mort, les trois reprësentans v^i 
avaient dirige les opérations et parlementé avec 
les sectiônnaites > la méritaient, aussi) que la 
Convention n'avait qu'à mettre en jugement les 
trois membres, et qu'alors on jugerait Menouj 
L'esprit de corps fut plus puissant que la voix 
des ennemis de Menou. 

La même commission condamna plusieurs in- 
dividus à mort par contumace, entr^auires 
VàubUmCi Le nonmié Lafond fut le seul exé- 
cuté. Ce jeune homme avait montré beaucoup 
de ccwiragfe dans l'action j la tête de sa colonne, 
sur le pont Royal, se reforma trois fois sous 
la mitTaille avant de se disperser tout à fait. 
C'était un émigré; il n'y eut pas moyen de 
le sauver, quelque désir que l'on en eût : l'im- 
prudence de ses réponses déjoua constamment 
les bonnes intentions de ses juges; 

IX. Napoléon commande en chef T armée 
de V intérieur^ -— Après le 43 vendémiaire, 
Napoléon eut à réorganiser la garde nationale, 
qui était un objet de la plus haute importance, 
comptant alors jusqu'à 40^ bataillons. 

Il forma en même^temps la garde du Direc- 
toire^ et réorganisa celle du Gorps-^Législatif. 



DE SAINTE-HÉLÈNE. S24 

Ces^mêtiies ëlémeni^ se trouvèrent pre'cisëment 
dans la suite une des causes de son succès à la 
Ëôneuse journée du 48 brumaire. Il avait laissé 
de' tels souvenirs paritii ces corps, qu'à son 
ïetour d*Egypte, bien que le Directoire eût 
recommande à ses soldats de ne point lui rendre 
d'honneurs militaires qu'il ne fût en grand uni- 
forme , rien ne put les empêcher de battre au 
champ, de quelque manière qu'il parût. 

Le peu de mois que Napoléon commanda 
l'armée de l'intérieur se trouvèrent remplis de 
difficultés et d'embarras. Ge lurent ^ l'insfalla-* 
tion d'un gouvernement nouveau , dent les 
membres étaient divisés entre eux et souvent 
eti opposition avec les conseils; une fomen- 
tation sourde parmi les anciens sectionnaires 
qui composaient la majorité dé Patris; la tur- 
bulance active des jacobins, qui se reformaient 
sous le nom de Société du Panthéonj les agens 
étrangers du royalisilié, çui formaient un parti 
puissant; lé discrédit des finances et du papier- 
moûnàié^qui-méconlentait les troupes à l'ex-; 
tréme; mais, plus que tout cela encore, l'hor- 
rible famine qui/ à cette époque, désola la 
eapitalel 



222 MÉMORIAL 

Dix ou douze foiç les subsistances mÂnqnè* 
rent , et les faible? distributions journalîèFes 
que le gouvi^rnement avait ^të contraint d'ëta- 
blir furent interrompues. Il fall|ti( une activité, 
une dexte'ritë peu communes, pour surmoBter 
tant d'abstaçles, et maintenir le éal^ie dans la 
capitale, en dépit de çirccmstances ^i ficheuses 
et si graves. 

La Société du Panthécm doni^aif chaque jour 
plus d'inquiétu4es au Directoire, la police n'o- 
sait aborder cetfe société de front, léC.génénl 
en chef^t mettre le scellé i^ur le lieu de ses 
a^emblées ^ et les membres ne bougërqpt plus 
tant qu'il demeura présent. Ce 9e ^t qu'après 
son départ qu'ils parurent de nouveau, sous 
l'influence de Babei^f, AntouQlle et aiitriBSjet 
éclatèrent au qamp de Grenelle. 

Il eut souvent à haranguer à la halle, dans 
les rues, aux sections et dar^s les faubourgs; et 
une remarque singulière à ce sujet, e'est que 9 
de toutes les piarties de la capitale, lef faubourg 
Saint-A^^tûine est celui qu'il a toujours tre&vé 
le pins &cile à e^itendre raison, et à recevoir 
des impulsions généreuses. 

Ce fut pendant le commandement de Paris 



m SAIWTE^HÉLÈNE. 223 

que- ]!f2^poJleaa. iU ^ CQUPaî^saace de madaine 
de BçauJbaai^ais., ... j 

. On.av^t exécuta' le dés^rn^em^nt général des 
seclioDs. Il se préseipilB 4 l^Etai-M^jor un jeune 
h^mine de dix ; ou : doijize a^s^ qui vint supplier 
le.g^ëral ^p qh^ (le llii fsiiire rendirjs l'épee de 
scNQi pèrei quig^aÂt été ^géii^ral de la Rj^puT 
blique* Ce jeune homme était EugèAe. de B.e^ttr 
Larnais, .depi^i^ Vice-rRo^ d^ItaU^. ]VapoléoU| 
touclié dO) la nature, 4^:5^ demande, ;el: 4^$ 
grâces de son ^ge» }ui. accorda ce qu^U deman* 
dait : Eugène se mit à. pleurer en y^autl'épée 
de. son père. Le géneValren.fiM^: Couche' ,>. et, lui 
témoigna tant debienveillan|Qe,que madame de 
Beauharnais se crut oLligée de venir le lende- 
main lui en faire des remercimens : Napoléon 
s'empressa de liji rendre sa. visite. 

Chacun connait la grâce extrême de l'impé-*' 
tràtrice Joséphine, ses manières douces et at- 
trayantes. VA connaissance devint bientôt in- 
time et tendre, et ils ne tardèrent pas à se 

. i Xw Nioffoléon est nommé général €n dhef^e 
V armée cPJtatie^ Oi^ reprochait à Scherer , com- 
mandant l'armée d'Italie, de ne pas avoir su 



22» MÉMORIAL 

prQÛ.ter de sa bataille de Loano; depuîÀ on^ëtait 
peu satisfait de sa conduite. On voyait à son 
quartier-général de Nice beaucoup plus d'em- 
{)lojr4s que àe mîlitaues. Ce gëtle'ral d^nandait 
de l'argent pou? solder ses ti^bupesy et reorga- 
niser les différéns seryices. Il demandait dea 
chevaux pour rempi^cer lés siens qu^on avait 
laissé périr Ëiutéde sitbsistanoes : le Gouver- 
nement ne poiivâil donner ni Tun ni TautreJ 
On lui fit des repenses' dilatoires; on' Tamusa 
par dé' vaines promesses. Il fit connaître s^lors 
que si^ Voà tardait davantage, il serait obligé 
d'évacuer la rivière de Grénes, de revenir sur 
la Roya, et peut-être même de repasser le Vàr, 
Le Directoire résolut de le remplacer. 

Un jeune général de 2$ ans ne pouvait rester 
plus long-temps à la tête de l'armée de Tinté- 
rieur. Lé sentiment de ses talens et la confiancç 
que l'armée d'Italie avait en lui, U désignaient 
comme seul capable de Jji tirer de la fâcheuse 
situation où elle se trouvait. Les conférences 
qu'il eut avec le Directoire à cq sujçt, et les 
projets qu'il lui présenta, ne laissèrent plus 
aucun doute. Il partit pour Nice, et le général 



1>E SAÏNTE-HÉLÈNE. ' 225 
Hatri , ftgë de j60 ans, vint de l'annëe de S)un- 
bre-et-Meuse le remplacer à l'armée de rinte% 
rîenr, laquelle avait perdu so^ importance 
depuis que la crise des subsistances était passëe y 
et que le gouvernemeint se trouvait assis. 



'\\:\, 



BATAILLE DE^^ MONTENOTTE. 



Depaig Parrîvée da général en chef, à Nice , le a8 mars 
1796, jusqu'à TaritsUce de talÉtosque , le a8 avril 
suivant: ebpaice d'un môiis. -'' 



I. Plan de campagne pour entrer en 
lialie en tournant les Alpes. — Le Roi de 
Sardaigne« que sa position géographique et 
militaire a fait appeler le portier des Alpes, 
avait en ^1796 des forteresses à Tissue de tou- 
tes les gorges qui conduisent en Piémont. Si 
l'on eût voulu pénétrer en Italie, en forçant les 
Alpes ^ il eût fallu s'emparer de ces forteresses; 
Or les routes ne permettaient pas le transport 
de l'artillerie de siège : d'ailleurs les montagnes 
sont couvertes de neige les trois quarts de l'an- 
née; ce qui ne laisse que très-peu de temps pour 
le siège de ces places. On conçut l'idée de 
tourner toutes les Alpes, et d'entrer en Italie 
précisément au point où cessent ces hautes 
montagnes, et où lés Apennins commencent. 
Le Saint-Gothard est le col le plus élevé des 
Alpes. A partir de ce col , les autres vont tou- 
jours en baissant. Ainsi le Saint 1 Golhard est 



DE SAINTE-HÉLÈNE. 287 

plus haut que l^ BrjBimpr, çeliii-cii que les mon^ 
tagnes de Cs^dp^^j les p^opt^gnes de Cadorç, 
que le col de Taryis et les ii|<N5xî;agTies,.4e la 
Camiole. De l'autre cote, leSai^tTGotli?tFd,est 
pl^s haut que le 3iinp.lon , le Simploi) plus haut 
que le Saint - Bernard, le Saint - Bernard plus 
haut qv^f; le MputrCéniSy le Mont - Cenis plus 
haut que le col de T^nde« Depuis celui- ci , l^s 
Alpes contijauent 4ehaisser toujours, et finissent 
enfin aux mqiatagnes Saint .^Jacques, pires Sa* 
Tone où cQUunencent les Apjeimins. Alpi!S la 
chaîne de TApenniu se ^lève ,,et Ta toujours en 
augmei^tant par un mouyem^t.inyei^ej.de sorte 
que la Bochetta, les cols Toid|is,;Ciei|x qui sé^: 
parent la Liguriede&^tats deParm^; la Toscane, 
du Modenois, 4u Bo](tlouQis, yont tpujoups e|i 
s'eleyant, La raUée deJa Ma4Qne 4e'Say<>ne, 
et les inamelons deSaintTJf^eques et de ]M[onte- 
notte sont donc: tQttt à la fois les ppjiqts^tes plus 
abaisses des Alpes et d^s Ape^nips; celui où 
finissait le^ u|is' et où Iç^ a^rtreç çoinpiejïcentt . ^ 
Savone, port de mer et place; fprrte,, §e'^roun 
vait placée poçtr-^ei^Jr toftjtè Ja -fQij^.fiy iwgf $in 
et depômt d'appui. Dp .ç^|t|feyilk:ftjiaMa4ptfe, 
le chemin estiutt^ cfeausi^'e feiff^e ife;frrpi5.ittili§?i* 



228 MÉMORIAL 

et de la Madone à Carcari il y a A^ ou 6 autres 
milles. Cedernier intervalle pourrait être rendu 
praticable à Tartillerie en peu de- jours. A Car- 
cari Ton trouve des ehemins de voiture qui 
conduisent â^M Fiiitërieur du Piémont et du 
Mont-Ferrat, 

Ce point était le seul par où Ton pût entrer 
en Italie sans trouver de montagnes; les éléva- 
tions du terrain y sont si peu de chose, qu'on a 
conçu plus tard, sous FEmpire, le projet d'un 
canal <jui aurait joint l'Adriatique à la Médi- 
terranée, à Faide du Pa et d'une branche de la 
Bormidà, dont la so^irce part des hauteurs qui 
avoisinfent 'Sàvône. 

En pén^rant en Italie par les sources de la 
Bormida^ on pouvait se flatter de séparer et de 
désunir les années sardes et autrichiennes, puis- 
que dé là 6A menaçait également la Loinbar- 
die et le Piémont. On pouvait marcher sur 
Milan comme sur Turin, Les Piéinontais avaient 
intérêt à cèuvrir Turin , et lés Autrichiens 
intérêt à couvrir Milan. 

l\. Elaides deux armées. -<- L'airmée enne- 
mie était cdmmandéé par legâiéral Baulièu, offl- 
eier distingué, qui^avait'acquis dé-la réputation 



DE SAINTE-HÉLÈNE. 229 

dans les campagnes du Nord. Cette armëe se 
trouvait munie de tout c6 qui pouvait la rendre 
redoutable. L'armëe française, au contraire, man- 
quait de tout, et son gouvernement ne pouvait 
rien lui donner. L'armée des alliés se compo-^ 
sait d'Autrichiens y de Sardes, de Napolitains; 
ils se trouvaient déjà triples de l'armée fran- 
çaise, et devaient s'accroître encore successive- 
ment des forces du pape, de Naples, de celles 
de Modène et de Parme. 

Cette armée se divisait en deux grands corps: 
l'armée active autrichienne, composée de quatre 
divisions, d'une forte artillerie et d'une nom- 
breuse cavalerie, accrue d'une division napoli- 
taine, formant un total de 60,000 hommes sous 
les armes. L'armée active deSardaigne, compo- 
sée de trois divisions piémontaises, d'une divir 
sion autrichienne ayant h mille chevaux i était 
commandée par le général autrichien CoUi , qui 
lui-même était aux ordres du général Beaulieu. 
Le reste des forces sardes tenait garnison dans 
les places, ou défendait les cols opposés à l'ar- 
mée française des Alpes; elles étaient comman- 
dées par le duc d' Aoste. L'armée française était 
composée de quatre divisions actives sous les 



230 MÉMORIAL 

gériéraui Masséna, Augcreau, La Harpe et 
Serrurier : cliacune de ces dirigions pouvait, 
Tune portant l'autre v présenter 6 à 7 mille 
hommes sous les armei^. La cavalerie de 3 mille 
chevaux était dans le plus mauvais e'tat, quoi- 
qu'elle eût été' long-temps sur le Rhône pour se 
réfaire ; mai& elle y avait manqiié de subsistan- 
ces. L'arsenal d'Antibes et celui de Nice étaient 
bien pourvus; mais on manquait de moyens de 
transports : tous les chevaux de trait avaient péri 
de misère. La |>énurie des finances était telle 
en France que, malgré tous les efforts du gou- 
vernement, on ne put donner que 2 mille louis 
en espèces au trésor de l'armée pour Touver- 
ture de la campagne; il n'y avait donc rien à 
espérer de la France. Toutes les ressources désor- 
mais ne pouvaient s'attendre que de la victoire. 
Ce n'était que dans les plaines d'Italie que Ton 
pouvait organiser les transports, atteler l'artil- 
lerie, habiller les soldats, monter la cavalerie. 
On conquérait tout cela, si l'on forçait l'entrée 
de l'Italie. L'armée française n'avait guère à la 
vérité que 30 mille hommes, et on lui en pve'sen- 
tait plus de 90 mille. Si ces deux armées eus- 
sent eu à lutter dans une bataille générale, sans 



DE SAINTE-HÉLÈNE. 231 

doute rinfériorité dû nombre dé Tarméç fran- 
çaise, et son infériorité en artillerie et cavalerie 
ne Ini eussent pas: permis de rë^s^er j plais ici on 
pourrait supplder au nombre- par la rapidité des 
marcbes.; à l'artillerie^ par la nature des manœu^ 
Vres^ an mai^ue de cavaletief pair la nature des 
positions, et le me^l de nos troupes était excel- 
lent : tous les soldats avaient fait les autres 
campagnes d'Italie ou celles des Pj'^rennées. 

III. Napaléàn. arfwe à Nice. — Napo- 
léon arriva à Nice du 26 au 29 mars. Le 
tableau de l'an»^, qui lui fut présenté par 
Scberer, se trouva pire encore que tout ce 
qu'il avait pu sfimaginer. Le pain était mal 
assuré , depuis long-temps il ne se faisait plus 
de distributions de viande; il ne fallait compter 
que sur deuxcent$ mnilets pour les transports, 
et Ton ne devait pas songer de conduipe plus 
de 42 pièces de canons : cbaque^ jour la posi- 
tion ensp4rait« Il ne fallait pas perdre un ins- 
tant, l'airmée ne pouvait^ plus vivre où elle 
était, il fallait avancer ou reculer. 

Le général français donna des ordres pour 
que son armée se mit en mouvenoient. Il vou- 
lait surprendre l'enn^ni d^s le début de la 



232 MÉMORIAL 

campagne, et l'étourdir par des snccèàëclatans 
et 46cisifs. 

Le({ttartier*géâeral n'avait jamais quitté Nice 
depuis, le oonunencement de la gtterre; il reçut 
l'ordre de se rendre à Albenga. Depuis long- 
temps toutes les adioainistrations se regardaient 
comme à poste fixe, et s'occupaient bien plus 
des commodités de la vie que des ]>e$oins de 
l'armée. Le général français passa la reyue des 
troupes et leur dit : <c Soldats I tpus êtes nus, 
«r mal nourris; qu nous doit beaucoup, ou 
ce ne peut rien nous donner. Votre patience , 
<c le courage que vous qaoAtrçz au milieu de ces 
«( rochers sont admirables j mais ils ne tous 
« procurent aucune glpire. Je yi^ns vous coû- 
te duire dans les plus fertiles plaines du monde, 
te De riches provinces, de grandes villes, se- 
«, ront en notre pouvoir, et là, vous aurez 
« richesses , honneurs et gloire. Soldats d'Ita- 
cc lie , manqueriez- vous de courage ! » . 

Ces discours, un jeime général de 25 ans, en 
qui la confiance était déjà grande par lei^ opé- 
rations brillantes de Toulon, de Sadrgio, de 
Savone , dirigées par lui les années précédentes ^ 
étaient accueillis par dv vives acclamations* 



DE SAINTE*[ÉLENE. m 

En voulant tourner tout^ les sMpes et en^* 
trer en Italie ps^rle col de Çadib9i^]D)je,.ii fjEtUait 
que toute .Farm^e se r^semblât siir son gKtrêmç 
drcM.te : opsération djatugeseuçe , jj^i Iç^ :^eig^9 
n'eussent pas s(}ors courqrt k» ;d/&|ipuçh^ xles 
Alpes. Le passage de l'oi^diie^d^^tusif 4 ^l'p^dra 
oÊTensif est nw 4es qpéjatiQns )es \j\ns déli- 
cates. Serniri^jfut place' à^^res^zio^.^Yçc ^ 
dWision .pour obs^rvçr les Q^jnps ; qne , Q41i 
ayait.jsur Cc^va. Hass^na .et Ang^scei^ji fnir^^ 
places en n^senre À Lm^Q i Finale et i JM9q}i'9 
Savone. Laharpè, marcha poiiir n^ensu^^r (i;èHg$9 
son avant -garde, coniismdliée par Cejivoi^i, 
occupa Voltri. Aii.mêmeim)i»^t;J|^,g^'Qi^rlllen 
chef fit demander.au sénat de Geo^s le jpaesage 
de la^ Bodhetta >et les olefs Ae Gavi ^ amiQjiça^t 
ainsi qu'il voulait pénétrer 19 iLooibacdie et 
appuyer ses opérations sur ; la vilk ide vGânes; 
J^a ruqieur fiit . extrême à. Qihmi > ji^s , conseils 
se mirent en. permanence. 

IV, SataSle dfi MontenoUe ^ \\ apnl. ~ 
Beaulieu, alarmé, court en toute hÂte.4e 
Milan au secours«de Gènes. )[1 porte son quar- 
tier-général à * No vi , partage^ S06 armée eu 
trois corps : la droite, sous les ordres de CoUi.; 
2. 15 



23* MÉMORIAL 

'composée de Piémontads , eut son quartier- 
gênerai à Geya; eUe fut chargée de la défense 
de là Stiiï'a et du Tanaro. Le centre, sous les 
ordres de Dargentau, marche sur Montenotte, 
pour couper l'armée française en tombant sur son 
flanc gauche, et lui intercepter, à Savone, la 
route de la Corniche. De sa personne, Beau-^ 
liéii avec sa gauche couvre Gênés et marche 
sur Voltri. Au premier aspect, ces disposi- 
tions paraissaient bien entendues; mais en 
étudiant' mieux les circonstances du pays, on 
découvre que Beaulieu divisait ses forces, puis- 
que toute communication directe était impra- 
ticable entre son centre et sa gauche, autre- 
ment que par derrière les montagnes; taudis 
que l'armée française, au contraire, était placée 
de manière à se réunir en peu d'heures > et 
tomber en masse sur l'un ou l'autre des corps 
ennemis; et l'un d'eux fortement battu, l'autre 
était dans l'absolue nécessité de se retirer. 

Le général Dargentau, commandant le 
centre de l'armée ennemie, vint camper àM!on- 
tenotte-Inférieur, le 9 avril. Le 40 il marcha 
sur Monte-Legino , pour déboucher par la Ma- 
donCé Le colonel Rampon^ qui avait été diarge 



DE SAINTE-HÉLÈNE. 235 

de la garde des trois redoutes, de Mpnte-^Le- 
gino, ayant eu avis de la marche de rennemi, 
poussa une forte reconnaissance à sa rencontre. 
Sa reconnaissance fut ramenée depuis midi jus* 
qu'à 2 heures , qu'elle rentra. dans les redoutes, 
Dargentau essaya de les enlever d'emblée; il 
fut repousse dans trois attaques consécutives: 
il y renonça. Gomme ses troupes étaient fati* 
guëes, il prit position et remit au lendemain 
à tourner ces redoutes pour les faire tomber* 
Beaulieu, de son côté, del>oucha le 9 sur Gênes. 
Toute la journée du 40, Laharpe se trouva 
engagé avec ses ayant-gardes en ayant de Vol- 
tri , pour lui disputer les gorges et le conte- 
nir. Mais/ le 40 au soir, il se replia sur Sa- 
vone, et le 44 à la pointe du jour, il se trou- 
vait, avec toute sa division, derrière Rampon 
et les redoutes de Monte-Legino. Dans cette 
même nuit du 40 au 44 , le général en chef 
marcha avec les divisions Masséna et Auge- 
reau , par le col de Cadibonne , et déboucha 
derrière Montenotte. A la pointe du jour, 
Dargentau, enveloppé de tous côtés, fut attaqué 
entête par Rampon et Laharpe, en queue et 
en ffenc par le général en chef. La déroute fut 



236 MEMORIAL 

complète j tout le corps de Dargenlau fut écrase, 
dans le même temps que Beaulieu se présentait à 
Voltri, ou il ne trouvait plus personne. Ce 
ne fut qtie dans la jburne'e du -12 que ce géné- 
ral apprit le désastre de Montenotte, et ren- 
trée des Français dans le Piémont, Il lui fallut 
alors replier en toute hâte ses troupes sur 
elles-mêmes, et repasser les mauvais chemins 
où les dispositions de son plan l'avaient force 
de se jeter. Il s'ensuivit que , trois jours après, 
à la bataille de IMillésimo , une partie seule 
de ses troupes put arriver à temps. 

V. BatàîHe de MUldsimo , r4 aprU. — 
Le 42, lé quartier - général de l'armée fran- 
çaise était à Càrcarî; l'armée battue s'était 
retirée : les Pîéinohtais sur Millésîmo et les 
Autrichiens sur Dégo. Ces deux positions 
étaient liées par une division piémontaise qui 
devait occuper les hauteurs de Biestro. A Mii- 
lésinio, lès Piémontais se trouvaient à cheval sur 
le chemin qui couvre le Piémont; ils furent re- 
joints par Colli avec tout ce qu'il put tirer de 
la droite, A Dégo, les Autrichiens occupaient la 
position qui défend le chemin d'Aqui, route 
directe du Milanais : ils furent successivement 



DE SAINTE-HÉLÈNE. • 237 
rejoints par tont ce que Beaulieu put ramener 
de Vpltrij ils se trouvaient là m ppsition de 
recevoir tous les renforts que pourrait kur 
fournir Is^Xonibs^rdie. Ainsi les deux grands dé- 
bouches du Piemout et du Milanais étaient 
couverts : T^neuii se flattait d'avoir le temps 
de s'y établir et de s'y retrancher. Quelque 
avantageuse que nous eut été la bataille de 
Montenotte , l'enuemi ^vait trouvé, dans la supé- 
riorité du upmbrq, de quqi réparer ses pertes 9 
mais le surlendemain IW^, la. bataille de Millé- 
simo nous ouvrit les deux routes de Turin et 
de Milan. Augereau, forniant la gauche de l'ar-* 
mée française , marcha sur Millésimo j Mas- 
séna, avec le centre, se porta sur Dégo, et La- 
harpe ^ commandant la droite , cheminait sur 
les hauteurs de Cairo. L'ennemi avait appuyé 
sa droite en faisant occuper le mamelon 
"de Cosseria qui domine les deux branches 
de la Bormida; mais, dès le ^3, le général 
Augereau , qui n'avait pas donné à la bataille 
de Montenotte , poussa la droite de l'ennemi 
av£c tant d'impétuosité, qu'il lui enleva les gor- 
ges de >Iîllé^imç , et cerna le mamelon de Cos- 
seria Provieyra, çtyec son arrière-garde, forte 



as»/ ' MÉMORIAL 

de 2 mille hommes, fut coupe. Dans une posi- 
tion aussi désespérée , il paya d'audace; ce 
gênerai se reTugia dans un vieux castel ruiné et 
s'y barricada. De cette hauteur il voyait la droite 
de Tarmée sarde qui faisait des dispositions 
pour là bataille du lendemain , où il espérait 
être dégagé. Toutes les troupes de CoUi, du 
camp de Ceva, devaient être arrivées dans là 
huit. On sentait donc l'importance de s'empa- 
rer, dans la journée, du château de Gosseria; 
mais ce poste était très- fort j on y échoua. Le 
lendemain les deux armées en vinrent aux 
inains. Masséna et Laharpe enlevèrent Dégo 
après un combat opiniâtre. Menars et Joubert, 
les hauteurs de Biestro. Toutes les attacjues de 
Colli, pour dégager Gosseria, furent vaines; il 
fut battu et poursuivi l'épée dans les reins : 
alors Provera dut poser les armes. L'ennemi ^ 
vivement poursuivi dans les gorges de Spigno, 
y laissa une partie de son artillerie , beaucoup 
de drapeaux et de prisonniers. La séparation 
des deux armées autrichienne et sarde fut 
dès-lors bien marquée, Beaulieu porta son 
quartier-général à Acqui, roiUe du MUahais, 



DE SAINTE^HELENE; SSi9 

et: CoUi se porta à Cefa, pour /opposer À }a 
jonction de Serrurier, et. couvrir Titrin. 

VL CoTubai de DégOj i5 MÛt, Cependifint 
uxie division de grenadiers autrichiçns , <pil 
avait été dirigée de Vol tri par Sassello, arriva 
à trois heures du ; matin à Dego. La position 
n'était plus occupée que par des avant-gardes. 
Ces grenadiers enlevèrent donc facilement le 
village, et Talanne fut grande au quartiers-gé- 
néral français, où l'on avait peine à comprendre 
comment les ennemis pouvaient être à Dégo, 
lorsque nous avions des avant -postes sur la. 
route d'Acqui. Après deux heures d'un combat 
très-chaud, Dégo fut repris et la division enne- 
mie presqu' entièrement prisonnière. 

Nous perdîmes dans ces affaires le général 
Banel à Millési^lo, et lef général de Causse à 
Dégo, Ces deux officiers étaient de la bravoure 
la plus brillante} ils venaient tous les deux de 
l'armée des Pyrénées-Orientales, et il était à 
remarquer que les officiers qui arrivaient de 
cette armée montraient une impétuosité et un 
courage des plus distingués. C'est dans le vil- 
lage de pégo que Napoléon distingua, pour la 
première fois, un. chef de bataillon qu'il jfit 



i)K^ WÛÉMÔRIAL 

éol6néli'C;*êtM. iMàHes q;ui, depuis, fiit maréchal 
de TEmpiVe^ dtfc'de Mônt^ello, et déploya les 
^É ^mkâÈ éà&iÈs: On' le velira constamment 
<lâft^ la'' Èiiiië ^r^ûdrè la plus griandè part à tous 
lë^ê^éviènieriÈ militsîifé^. Le géniéral français 
cjîrfgeà ilôr* ses opéràtîons sut GàM et le Roi 
de Sàï-daigiié, et se côstiènta de tenir les Au- 
tVicliîeris ett ëéh'èc. Laharpe fut placé en obser- 
vation près de Dégo, pour garantir nos derrières 
et téîiir en respect Beaillieu qtii , très-affaibli , 
né s'occupait "plus qu'à rallier et réorganiser les 
débris^ de son armée. La division Laharpe, 
oî)ligéë de demeurer plusieurs jours dans cette 
pdsitiôii ; s'y tî oùva viveméiit tourmentée par le 
défaut de subsistances , vu le manque de trans- 
piorts; et Tépuiôemcht du pays où avaient sé- 
journé tant de troupes; ce qui doniia lieu à 
quelques de'sordres. Seirrurier, instruit à Gâressio 
des batailles de Mbhtenotté et dé Millésiiho, se 
mit en mouvement, s'empara de la hautëur de 
Saint-Jean, et entra dans Céva le naêmè jour 
qu'Aùgereaù arrivait sur les hauteurs de Mon- 
tezémôto. Le 47, après quelques légères affaires, 
Colli évacua le camp retranché de Céva, les 
hauteurs de Montezemoto, et se retira derrière 



. DE SAINTE-HÉLÈNE. 2*1 

la Gursaglia. Le même jour le général en clief 
porta son quartier-général à Céya, L'etoemi y 
avait laissé toute son artillerie cju'iî A^avait pas 
eu Ht temps d'emniettery et s*était entente de 
laisser garnison dans le château. Ce fut un spec- 
tacle sirfeKme que Tarrivée âè Y^tiâéé sur les 
BàutenrsdeMohte:£emofoî de là se découvraient 
lés iïmrietises et fertiles plaines du Piémont. Le 
Pô, le Tanaro et une foule d'autres rivières 
(Serpentaient au loin; une ceintuife blanche de 
neige et de glace, d'une prodigieuse élévation j 
cernait à Fhorizon ce riche bas^n de la terre 
promise. Ces gigantesques barrières, qui parais- 
^nt les limités d'uii autre îuonde, que la nature 
s''était plu à rendre si formidables, auxquelles 
Fart n'avait rien épargné, venaient de tomber 
comme par enchantement; «c Annibal a forcé 
« les Alpes j dit le général français* en fixant 
tt ses regards sur ces motatagnes; nous, nous les 
rt aurons tournées. » Phrase heurteusé qui expri- 
mait en deux mots là peusée et le résultat de 
la icainpàgnç. L'^tméé passa le Tanaro. Pour la 
première fois nous noua trouvions absolument 
eh plaine, et la cavalerie ptit alors uous être de 
quelque secours. Lie général Steingel, qui là 



2hi MÉMORIAL 

commandait, passa la Cursaglia à Lezegao, et 
battit la plaine,. Le quartier-général fut porté 
au château de Lezegno, sur la droite de la Gur- 
sitglia, près de l'endroit où elle se jette dans (e 
Tanaro. 

VU. Comffflt de Saint^MicheU BataïUe de 
Mondoi^i^ 20 ^t 22 ai^ril. — Le général Serru- 
rier réunit ses forces à Saint-Michel. Le 20, il 
pass^ le pont de Saii^t-Michel en même-temps 
que Masséna passait le Tanaro pour attaquer les. 
Piémontais. Mais GoUi, jugeant le danger de 
sa position» abandonna le confluent des deux 
rivières, npuircha lui-même pour prendre posi-f 
tion à Mondovi. Il se trouva, par une circonsr 
tance fortuite, awec ses forces, précisément de- 
vant i$aint-Michel, comme le général Serrurier 
del)ouchait du pont. U fit halte ^ lui opposa 
des forces supérieures et le força de se replier. 
Serrurier se fut pourtant maintenu dans Saint- 
Michel , si un de ses régimens d'infanterie 
légère ne se fût livré au pillage. Le général 
français deT)Oucha, le 22 , parle pont de Torre, 
et se porta sur Mondovi. CoUi y avait déjà 
élevé quelques redoutes, et s'y trouvait en posir 
tionj sa droite à Notre-Pame de Deyico, et son 



• DE SAINTE-HELENE. ÙS^ 

centre à la Bicoque. Dans la journée même 
Serrurier enleva la redoute de la Bicoque, et 
décida de' la bataille, qui a pris le nom de 
Mondovi. Cette ville et tous ses magasins tom- 
bèrent au pouvoir du vainqueur. Le génëi^al 
Steingel, qui s'e'tait trop éloigne' en plaine avec 
un millier de chevaux, fut attaque par les Pie'- 
montaisy doubles en force. Il fit toutes les dis-* 
positions qu'on devait attendre d'un général 
consommé, et opérait sa retraite sur ses ren- 
forts, lorsque dans une charge il tomba blesse 
à mort d'un coup de pointe. Le général Murât, 
à la tête dé la cavalerie, repoussa les Piémon- 
tais , et les poursuivit à son tour pendant quel- 
ques heures. Le général Steingel, Alsacien ,^ 
était un excellent officier de hussards; il avait 
servi sous Dumoùrrier aux campagnes du Nord, 
était adroit, intelligent?, alerte j il réunissait 
les qualités de la jeunesse à celles de l'âge 
avancé; c'était un vrai général d'avant-postes. 
Deux ou trois jours avant sa mort, il était entré 
le premier dans Lezegno. Le général français 
y arriva quelques heures après, et, quelque 
chose dont il eût besoin , tout était prêt« Les 
défilés ;i les gués avaient été reconnus; des 



2kK MEMORIAL 

guicl^s étaieul; a^um; le cure, le maihre de 
poste ayaienti été iiitc^roges;; des iu^elUgeiices 
âstieat déjà Uées aTQç les b^tsm^s; des espions 
étaient' ^toyés dan^ plusieurs dii^'eçtions ; les 
lettres de la poste sai&ios ^ et celles (}ui pou^ 
vai^t donmef des renseig^em^nsi mUitaiires, 
traduites et analysées ^ toutes les mesures 
étaient pris^ pour for^pieir des in£(gasins de 
$ubsistanc^ pwr ïafiraiçtir la trpupç, Malheu- 
reusement Steingel avait la vue jbasse , défaut 
essentiel dans sa profession , qui lui devint 
funeste, et contribua à sa mort, Aprfes la ba- 
taille de Mondovi, le général en chef marcha 
sur Cherasque j Serrurier se porta sur Fo^apo, 
et Augereau sur Alba. 

: VIII. Pme <fc Cherjosquûy 25 aprU. -r- Ces 
trois colonnes entrèrent % la fois, le 2$ avril, 
dans Cherasque, Fogsapo et Alba- I^e quartier- 
général dç CoUi était à Fossano le jour même 
que SeiTurier Vm délogea. Çh^rasque^ à rem- 
boi^diure de la ^ura et du Tanaro, était forte, 
mais mal arsn^ et point approy^isionnée, parce 
cpi'eLk n'était pas frontière. Le généi:al français 
attaohaitune ^ande ini.poriauce,à sa possession. 
Il y trouva du canon^ et jBt trayajiller à force à 



DE SAÏNtE^HÉEÈNE. 2»tJ 

la mettre en état de défense. L^araiit «igàrde 
^assaja Sttti^, et se îpôrta au^elà'deda «pefite 
ville f de Bra. Cependant la fonction de Seyi^it- 
rier novLs ïtf^it permis de edmmtimqiiër 'm^c 
Nice par Ponte-Dinava j nous >^ti reçàmife ^des 
réttfof ts (l'artillerie , et -tout ee qne ^Uôn atait 
pu pre'parer. On avait pris, >dans tous 'les dif- 
férées céMbats, beâueoup d'ârtillerie^t'declie- 
Taux ; on en leva de tous cotes dans la'plainede 
Mondoti. Peu de *j(ftirs après T^ti^'é *à .Que- 
rasque, IWmee etit-60' lyôuclies â feu apptn^vi- 
sioniiees; la cavalerie fit dés remontes de cliC- 
va^ux.'Lès'scddats, «^lavaient éVé-ssnÈ distri- 
butions durant les 8 Ou 40 jours de celte cam- 
-^agne,'eômmëiicèpetkt"^ en î^evoïr-5de régu- 
lières. Lé pillage et le désordre, suite ordinaire 
db la rapidité des mouvemens, cessèrent; on 
rétablit la discipline, et chaque jour ^ràrmée 
changea de face au nrilieu' de Taboridance et 
des ressources qu'offrait ce beau pays; Les pertes 
se répatèrent. La rapidité ^des mouvemens , 
rimpétuosité des troupes, et snttotit' Fatt de 
les opposer' toujours à l'ennemi, au moins en 
nombre égal, et souvent en nombre supérieur, 
joint aux succès constans qu'on avait obtenus , 



2fl6 MÉMORIAL 

•aTaient épargne J)ien des hommes; d'ailleurs les 
•SDldats arrivaient par tous les déboucheV, de 
4otts les dépôts-, de tous les hôpitaux, au «eul 
bruit de la victoire et de l'abondance qui ré- 
gnait dans l'armée. On trouva en Piémont de tous 
leé vins : ceux du Montferat, ressemblaient aux 
V'ins de France. La misère avait été telle, jus(pie 
là, dans l'armée française^ qu'on oserait à peine 
la décrire. Les of&ciers, depuis plusieurs an- 
nées, ne recevaient que 8 francs par mois, -et 
rétat-major était entièrement à pied« Le ma- 
réchal Berthier a conservé dans ses papiers un. 
ordre du jOuï d'Albenga, qui accordait une 
gratification de trois louis à chaque général. 

IX. Armistice de Chérasque^ le 28 ap?i?« 
— L'armée n'était plus éloignée que de dix 
lieues de Turin. 

La cou;r de Sardaigne ne savait plus à quoi 
^é résoudre ; son armée était découragée et en 
partie détruite. L'armée autrichienne, réduite 
à plus de moitié, semblait n'avoir d'autre peu* 
sée que de couvrir Milan, Les esprits étaient 
fort agités dans tout le Piémont, et la Cour ne 
jouissait nullement de la coixfiance publique. 
Elle se niit à la discrétion du général français. 



DE SAÏNTE-HÉLÉNE. m 

et sollicita lin armistice ; cebii-ci. j accéda. 
Bien* des personnes eussent préféré cjue l'année 
eût nïarché et sç fut eijatparée de Tutin. Mais 
-Turin est une place forte; si Ton voulait e^ 
fermer lies portes, on ay^it besoin d'un train 
d'artillerie qu'on n'ayait pas pour les faire 
ouvrir. Le Roi avait encore .un. grand nombre dp 
forteresses^ et» ipalgré les victoires qu'on venait 
de remporter, le moindre échec, le plus lége^' 
caprice de la fortune pouvait tout renverser. 
Les deux années ennemies, malgré leurs nom,- 
breux reyei^x éts^ient encore égales à l'armée 
française :. elles avaient une artillerie consid<^- 
rabje, et surtout une cavalerie qui n'avait pas 
souffert. Dans l'armée^ française, malgré ses 
victoires, il y avait de l'étonnement : on de- 
meurait frappé de la grandeur de l'entreprise j 
Ton doutait de la possibilité du succès, quand 
on considérait la faiblesse des moyens. Le 
moindre événement douteux eût donc ren- 
contré beaucoup d'esprits disposas à l'exagé- 
ration. Des officiers, même des généraux, ne 
concevaient pas qu'on osât songer à la con- 
quête de l'Italie avec aiissi peu d'artillerie , 
sans prévue de cavalerie. e.t. avec \ujie armée 



2tt8 MÉMORIAL 

aussi faillie, qua les maladies et reloignement 
de la patrie allaient affaiblir chaque jour. On 
trouve des traces de ces sentimens de l'armée 
dans la proclamation suivante du gênerai en 
chef, qu'il adressa à ses soldats à Cherasque. 

<c Soldats ! vous avez en ^5 jours remporté 6 
ft victoires, pris 24 drapeaux , 55 pièces de 
« canons , plusieurs places fortes , et con- 
cc quis la partie la plus riche du Piémont. 
« Vous avez fait 45- imlle prisonniers, tué. bu 
« blessé plus de 40 mille hommes. » 

a Vous vous étiez jusqu'ici battus pour des 
« rochers stériles, illustrés par votre courage ^ 
« mais inutiles à la patrie. Vous égalez aiijour- 
« d'hui par vos services l'armée conquérante 
« de la Hollande et du Rhin. Dénués tle tout, 
« vous avez suppléé à tout. Vdus avez gagné 
ce des batailles sans canon, passé des rivières 
<c sans ponts, fait des marches forcées sans 
c< souliers, bivouaqué sans eau-de- vie, et sou- 
ce vent sans pain. Les phalanges républicaines , 
ce les soldats de la liberté étaient seuls capables 
«c de souffrir ce que vous avez souffert ! 
ic Grâces vous en soient rendues, soldats .. ! 
u La patrie reconnaissante vous devra en 



DE SAINTE-HÉLÈNE. 2A9 

ft partie Jia,;prQspëritçj et «i.t;„v2Ùî9igifeuç« ^e 

«^ pr^'sa^ent. un^ plus .^^e ^ejocor^^^ ^, .,, 

« quaiept , avec audace , ffiient çppUT^Pjtj^s^ 
ft deyaint TOUS. Ljes' hommes pervers qui ^ris^Woi^ 
« de votre misère^ se réjouissaient, dws leiç*s^ 
« pfn$ees, des triomphes de nos epuemis , scmt^ 
« confondus .et trfsmblans. Mais, sol4ats I il içl^ 
« faut pais vQjis.le 4issimiileF, voijs n'ave* RÎ W 
« fait puisqu'il voiis reste encore à . feirc. Pîi 
•f Turin , ni Milan ne sont à voi^s I Les ce9di:es 
« des vainqueurs de Tarquin, sont en<U)re four: 
« lées par les assassins de Çassevîlle. Vpu^ ^^tie^ 
« dénués- de tout au cptnuie&cqii^nt de la 
« câinpagne ; yons êtes aujourd'hui ; ahondam- 
« ment pourvus. Les magasins pris à yos ennc^;^ 
« mis sont nomhreiit, l'artillerie de siège et de 
•t campagne est arrivée. Soldats I La patrie 
« à droit d'attendre de to^j5;de grandes tho^es ! 
« Justifiérez*vous soii attende? Les plu$ grands 
ic obstacles sont franchis ^ans doute ^ mais tQus 
fc avez encore des combats à. Uirer, des villes 
« à prendre, des riviçrcs à passer. JSn çst^U 
2, '>I6 



250 ïifËMORUL 

« entre futna doM h t^ùurùge ifahuiBsH f 
« En est-tt pa pféfifnntÊîéM nftounmâr $ut 
^lefB stmahetiéê fJpÉàmn éi dèê A^f 
^ essuyer patlântment les infûn^i et ^ùâUt 
m Soldâteiçue esàtai^P Noiki, il n'en est pas 
A parmi lés raiiit^ueiirs dé Moiitenbtfé ^ dé 
à Siillésimo, de Dégo , de Moiidenri. Télste brâh 
* lent de porter an loin U gloire du j^pltf 
m bannis. ' Tbtïs reulënt hamitiér ces Rois 
« orgueilletcx: , qui client médita dé nous 
4t doiâkei^ des fers. Tofts tealent dteteir une 
é paix gtonettsé , et qui inàemskiBé fat patrie 
« des ^aei^ifices hnînènses qu'elles a M%s^ Amis! 
« je tous k prtiBlets cette c<ttiqiièie; fûaisil 
m est une condition qu^il feut ^è tous juriez 
ic de rempHr , e^eist de respecter les peuples que j 
<( TOUS dëlirtet. €'ëtt de réprimer les pilkges 
« horfiBleil auiiquëb ié portent dés s4ëlërats 
K suscités par vos ennemis. Sttnscela tDUS ne 
ft seriez point lès libénsLteurs des peuples, tons 
«e «n seriez les âéaut-. Vous ne seriez pas Tiisn^ 
«c nefur du p^fu^lé- français^ il tous désaraiie- 
« rait. Vos ti^toires^ t^re courage/TOSsuebès, 
« le sang de nos frir^ morts aux cwibats^ tout 
ir serait ^erdu, mène Thomtettr et la gloire. 



DE SAIIVl^^HfiLÈNE. m 

tt Qtta&t à mA et attt ^éoiiMtt ^ ùUt îfétfé 
m t&ÊâjMcBsïAivà tàà^ioiiB de cMiîÉttfkdei: à 
<t une aiinëe wiîs di^iplitie^ iéàas fi^ië< ifii né 
ff écoulait^» ée Ui tpjà la iiiTeé, Miii bk^éiû 
é de YanWtité nsAiètialé ; fiM de lé jiisiicé et p^ 
é la Icrii, fe teuMi foire ^ësj^eotèr à èé {iiettt 
ic iïèiii^re d'hdbilfied ëAÉS i^otfN^é^ M^ ècMir^ 
« lé» lois de l'iiftiàanitë et de l'kdnnettr, qu'ill 
« foulést $mx pieds, f e fte âottf&irâi pà8 qnè 
tt des brigaiide i^ouilletit i(M Imàet. Je ferai 
« ètésirter à k riguetcr le r^etnebt ^é fai 
^ &it mettre à. Tùtdre^ ' Le» pllkfds èerôiit 

# iffipitôykMeméût ftisiliéSf d$^|à plà&iéttrls Votit 
it âé/ J'aièii liett deremar(|«ié^eyèclpiâifitrr^te« 
V pï^eastihékt tfée lequel les hdsA ëoldat» dé ràr- 

# méè se sMft pbtléf» à Mre ÊS^Gûtélr lëë-èrd^ei. 
« Péttplf^ ^è i'Ittitie ! V^tmée Mn^ifsle vieàt 

« pdttt teâip^ tbf éhainei x lé penplé Mnçais 
« eisl l^toit^è'toci» les {leapies^ yéttèz aree dôi]^ 
ir ftdHeéâU^ëFvesit d'elle. Voâ propri^ës, v<^i% 

# i^ligioÀ et f M «Ketgfei fife^émt MÎpéétieK. Nods 
- e fer (»» k ^iKei'f é en exltiémi^ gdâëtetti , «1 «lo^s 

t< tl'en^ ttMââftis qtt'aAt tyràsiè (pii iFôiié a^séi^- 

£iei^ eoflféreMHs fiitfftîP lastii^Atiidii d'armej, 



252 MÉMORIAL. 

euientlieu aU/quartiei^-génëral, cliezJSalmatoris> 
alors BiaUre d'hôtel du Roi, et qui depuis a 
été préfet du palais de TEmpcreur. Le géné- 
ral piémontais , Latcrur, et lé colonel Lacoste , 
cliargéi; des pouvoirs du Roi, se rendirent à 
Gherasqué. Le comte de Latour , était un vieux 
3oldat , lieutenant-général au service de Sar- 
daigne ^ t^^cs-opposé à toutes les nouvelles idées, 
de . peu d'instruction et d'une capacité mé^ 
ddocre. Le colonel Lacoste, patif dé Savoie; 
était dans la force delT^g^^f il s'expnmait avec 
facilité, avait. beaucoup d'esprit, et se mon- 
trait s6u;s d€S i^apports avantageux. Les condi- 
tionis furent : que le Roi quitterait lai coalition 
.et enverrait un- plénipotentiaire à Paris, pour 
y traiter de la paix définitive ; que jusque là 
il y auiait armistice ; que jusqu'à la paix ou à 
;la rupture des négociations, Çeva, Coni, Tor- 
Jtonne oii àrson défaut Al€|xandrie seraient 
reposes sUrile-chiimp à rarmé^ frai^isis, ayec 
/toilte.ji^)^$l)i^ji§fif^t^ les magasins; qu'elle cob- 
:ti9iier:aitr4^:<>^tipçri1boi|t le terrain qui se trou- 
■vait. efti<^ jnqmçat 4apSi ^-pp^^^nj que 
les routes militaires dans toutes les directions 
p^XPiettraMiM; la libre communication de Tar- 



DE SAlNTE-ïiÉLÈNE. 558 

mée avec- la France , et de la France at^^c Tar- 
me'ej qiie Yalience serait immëdiatement e'va* 
çuee par les Napolitains, et remise hu général 
français, jusqu'à ce qu il eût effectué le passage 
du Pô- Enfin, que les milices du pays seraient 
licenciées^ et que les troupes régulières seraient 
disséminées dans les garnisons de manière à 
ne pouvoir donner aucun ombrage à Tarmée. 
française. Désormais, les Autrichiens isolés 
pouvaient être poursuivis jusque dans Tinté- 
rieur de la Lombardie. Toutes les troupes de 
l*armée des Alpes et du voisinage de Lyon, 
devenues disponibles , allaient rejoindre. Notre 
ligne de communication avec Paris , serait rac- 
courcie de moitié j enfin, on avait des points 
d'appui et de grands dépôts d'artillerie pour 
former des équipages de siège, et pour assiéger 
Turin même, si le directoire ne concluait pas* 
la paix. 

X. Le colonel^ aide-de^camp Murât tra¥erse 
le Tiémont^ et porte à Paris la noui^elle des viC' 
foires de V armée. — Le général Muiat, 4 •' aide- 
de-camp du général en chef , fut expédié pour 
Paris avec 24 drapeaux et la copie de Tarmis- 
tice. Napoléon avait pris cet officier au i3 v«n— 



?5» IMÉMORIAL 

d4piai|!«) il était alors chef d'escadron du 24** 
dB chasseurs. Il a éltf marié depuis à la sœur de 
VSwfiereiury est deyenu Maréchal d'Empire, 
Gr^ii^l -T Amiral , Graad *- Duc do Berg et Roi de 
î^djples» n » I3U uue grande part dans toutes lea 
QpérfttÎQiis ndliteires dn temps; il a toujours 
4ieployé un grand courage , et surtout une sin* 
gfx]ik^0 hardiesse dans les mouvemens de la ca- 
Talerie. La proidnce d'Alba, qne les Français 
tra:Yer$èvent, e'tait de tout le Piémont le pajs le 
plus opposé à l'autorité royale ^ celui qui con- 
tenait le plus de germes révolutionnaires 2 il y 
avait déjà édaf é des troubles : plus tard encore 
il en éclata de nouveaux. Si«» au lieu de négocier, 
N^pol^on eût voulu continuer la guerre avec le 
Roi de Sardaigne^ c'est là qu'il eût trouvé le 
plus de secours et le plus de dii$po^ition à Tin* 
SQrrection. Ainsi au bout de 45 jours , le pre^ 
mier point du plan de campagne était atteint; 
l^S plus grands ré^ltats obtenus; les forteresses 
piémentaises des Alpes étaient en notre pou -r 
voir; la coalition se trouvait affaiblie d^une 
pjiissfLUce qui avait 50 mille hommes su^ pied ^ 
et qui ^tait plus imposante encore par sa posi- 
tion. La lagiflature nationale avait décrété cinq 



DE Si[mTE-HïM«:; iB55 

4ok qm^ Vmmét d'Italie avait bien venté de 
la patrie^ dans les seaiiGçs de9 S^, 2^ 2Hf 2S et 
sa aivil. 

En conformité aa;t conditions de Taraiistice 
âe GIi6rifiq[ae, le ilol d# 3ai:daigne envoya i 
Paris le comte de Kevel poiit traiter dç la paix 
définitive. EUe j fat copcjtu^ et signée le 45 
mai. Par ee traité la place d'Alexandrie resta 
à depieuze anx aimées françaises. Sqize, L^bru* 
jaette , Exil , furent dém^i^. hw AXpe^ se trou* 
v^ent ouvertes, et le IVol demeura 4 U dispo- 
sitixm da la lUpubliqu^^ n'aj^nl plu$ d'autre 
point fortifié que Turin et le fort à^ Bard. 

N. B^ de P^<mfeur* Nous avertissons ici, une 
fois pmir toutes» qu'il se trouvera des différences 
inévitables entre les rapports officiels et lescba- 
pities. ÇUes sont fondées sur la précipitation 
des rapports y le désir du général eu cbef de dé- 
guiser alors ses pIws^ le besoiii de tromper 
l-«memi sur ses véritables lorqes , etc» , etc. Par 
exemple 9 il est dit ^ au rapport 9 que Beaulièu 
attaqua en personne Montenotte- On le crut 
alors ainsi. Plus loin il est dit que l'attaque sur 
Yoltri né fut faite que par 'lO mille Autri- 
chiens ; mais ils avaient en arrière deux colonnes 



266 MÉMOBLIAL . 

de même force, qui devaient donner le lendè'^ 
niain, BéanlieiiHdtyaiit jugë^ qu'il aurait à faire 
sur ce point à toute Tarmee française. L'on dit 
aussi que Montenbtte ne fiit attaquée que par 
45^iniUe hôihmes^ ^rce qiie 40 mille honunesda 
ce corps étaient demeures en arrière, et for- 
maient les comâiûnicatiolns ayec la droite à 
Cëva» Ce fût sur ces troupes qiie Massëna, dé«* 
bouchant au point du jour par Gadibonnei tira 
le premier edup de canon. 

S^il n'y ^t point question des projets da 
gënëral eu chef , ni de ses négociations avec 
Gènes f c'est qàe le rapport publié n'est qu'un 
extrait de la correspondance officielle }^ et que 
d^ailleurs, coàlâie nous l'avons déjà observé, il 
entrait dans lés vues du général en chef de dé- 
rober i l'ennelni là connaissance de se& plans et 
de sa manière de faire. 

En voilà assez pour expliquer désormais les 
différences qu'on pourra remarquer. Nous répé- 
tons que not3*e observation actuelle doit-être 
entendue une fois pour toutes. 



FRAGMENS DU CHAPITRE lïl. 



I. Raisons pour rester sur la ligne duTéébû: 
— L'armistice conclu , et les places (Je Côni, 
Tortone et Ceva en notre pouvoir, on se de- 
manda s'il e'tait convenable de passer lé Tesin. 
On cohcevait qne Tarmistice qui avait mis des 
places fortes en notre pouvoir, et sëparç Tar- 
mee piemontaise de Tarmëe autrichienne , était 
Utile. Mais on se demandait s'il ne serait pas 
désormais plus avantageux de profiter des. 
moyens acquis, pour révolutionner entièrement 
4e Piémont. et Gênes avant d'aller plus loiA. 
Le Directoire avait le droit de refuser les né- 
gociations proposées, et de déclarer sa volonté 
par uu ultimatum. Ne serait-il pas impolitique, ' 
disait-on, de s'éloigner de France, de passer lé 
Tésin sans être certain de ses derrières? Les' 
Rois de Sardaigne, qui nous ont été si utiles . 
tant qu'ils ont combattu pour nous, ont le plus 
contribué à nos revers dès qu'ils ont changé de 
politique. Aujourd'hui la disposition des es- 
prits ne saurait nous permettre la moindre illu- 
sion : les nobles et les prêtres dominent cette ^ 
Cour, et se trouvent, les ennemis irréconoilia-;.. 



bles de la République. Si l'on éprouvait une 
défaite en avançant , que n'anrait-on pas à re- 

im^ ê9 ]fm bwMi «t ^ kir T«i)«;Mn<e? 

Ç^JtMBf m^9 iwnis diQJ^t do99^ d« grw4e9 in» 
qs^tndffs, Lçi ^f^ktoft 4» jl'^Ugarchiey domipc 
twJQip^» ^% pu^UptoR i»(W>]>re«9 que pivfi9«^ 
<y tfW^W «ofi psHFtisaiMi, ils deme^repit ^^ps 
ili|^ptt,Q9 dfin 1^ déeisi^u» politiques. I4» 
^W^gpm 4ft Q^^ pmv<e9t Um dëclamort 
W* il W lïÇmç fPBt l«w pouy<4r. Les oU- 
garques gp^yeiiienl, ils çiMmtnandiçnt au^ teoo* 
^, Pt di4pp«««t 4« 8 i 4Q «lUlf paysans d» 
T^Ui^s 4e FQOtMiK-^oiM e| sutre% qu'ils appela 
leçl 4 |e|)r d^feoie d?^ 1^9 mi^nens de çrisç. 
l|D^,4^qt>^d94tr«^) # dpit'-pn s'arrêter? Dçit- 
.011 pajssDç le T#Pf VA4^t VOgjiq, le Mencio, 
rédige, la ^kM^, ta Piave, le Tagliaqiento, 
ppnr se porter çuf l'I^c^^p? ^st-il sage de l^ser 
^Brriçfo soi d|9 fi n<«i}>reuse8 populationf ^ 
n|f4 di^^pqsi^e^? J^ WoyW d'aile? vite ij'est-il 
psu; d'^Jl^ ^e^aienf ; ^ ^ f^re des app|ùs> de 
toW le» p?y5 9» Vp» passe, çn çtîii^ant le goB- 
v«]r9^9i«nl, çt «cqsd^t l'adn^niçfraJion ^ des 
P«iE(Pli«l dfl m^qies prinpipeis «^ 4fi p^es in- 
(44to i|«9 «W9? $»i l'gn «4 Partie 4i^iis le pays de 



DE SAINTE-HÉtÈNE. SSé 

Venise, n'obligera,- |;-ob pas çetiQ r^publiqu^i 
qui peut disposer de 50 mille hommes, àpseo^ 
^e payij: pour nos euneinl^? 

II, Hammt paur prends la Ugnc de iA* 
êigÇ* -^Oii répondait à cela ( Taraiee fr»içaisB 
doijt profiter ^ s^ ticVsm^. lioùs m der^ms 
npus'9rrill^r ^'à l4 meiUeuro llgM de défeast 
çqutro les armées c[ui ne tarderouli pas à ina]> 
ctier firâtre uoos ; cette ligne c'est TAdige. Elle 
couvre tontes les vallées du Po; elle intercepté 
la moyenne et la basse Italie j eUe couvre ie 
mocâs et le siège de Mantoue > et probablenieiil 
cette place sera prise avant qne la lutte puisse 
recommencer. En se partant sur T Adige ^n a 
le moyen de pourvoir à toutes les dépenses de 
l'armée, parce cp'on en fait partager le poids à 
une plus grande population; à celle du Piémont, 
4e la Lombardie et des Légaticms. On craint de 
t^oir Venise se déclarer contre noQs? Le meil- 
leuF moyen d'y remédier, c'est de porter, en 
peu de jours, la guerre au milieu ^de ses états : 
«sllç n^est point préparée à uqi pareil événe- 
ment ; elle n^a point eu le temps de fttire des 
levées et de prendre des résections; il faut 
t^mpêeker 1§ Sénat de délibé»*. Au fienque si 



m MÉMORIAL 

notts^ restons sûr le Tësin , les Autrichiens peu- 
vent les forcer de faire cause commune avéd 
eux, ou eux-mêmes y être pbrte's par un esprit 
de parti. Le roi de Sarddigne n'çst plus à crain- 
dre, ^es milices sont congédiées, les Anglais 
vont cesser leurs subsides; les affaires inté- 
rieures j sont dans le plus mauvais ëtat. Quel- 
que parti que prenne la Coul*, lesmecontens 
s'accroîtront : après la fièvre vient la faiblesse', 
42 à 45 mille hommes sont toutes les forces qui 
testent à ' cette puissance, dissémines dans un 
grand nombre de villes; ils suffiront à peine à 
maintenir la tranquillité intérieure. D'un autre 
côte', la haine de TAutriclie contre le roi de' 
Sardâigne ira toujours croissant; elle se plain- 
dra qu*à la première bataille perdue, elle a été 
abandonnée. Elle lui alléguera l'exemple de ses 
ancêtres , qui demeurèrent des alliés fidèles 
lors même que la France était maîtresse do 
Turin; tandis qu'ici, on a déserté ïa cause com- 
mune sans la perte même d'une forteresse. La 
Cour de Sardâigne a donc désormais beaucoup à 
redouter des Autrichiens. Les oligarques de 
Gênes ne sont pa^ à craindre : notre meilleure 
garantie contre eux, ce sont les prditsimC-/ 



DE SAPTE-HÉI.ÉNE: «6* 

inei^sês qu'ils r^ecueillent ,de leUr iteuttalit^. 
En propageant les principes de la liberté: ei» 
Piémont et à Gênes , en y allumant là guerres 
civile , c'est le peuple qu'on soulève contre les 
nobles et les prêtres; on devient responsabtet^ 
des excès qui accompagnent toujours une pa-^ 
reille lutte. Arrives au contraire sur l'Adige^ 
nous serons maîtres de tpus. les. États, de la 
maison. d'Autriche, en- Italie., et de ^ ceux du 
Pape en-deça.derAppeninî en position dépror^ 
clamer les principes.de la liberté et d'exciter- 
le patriotisme . italien contre la. domination 
étrangère j l'irritation du peuplede Bologne et 
de Ferrare contre le gouvernement du Pape» 
On n'aura pas besoin d'exciter la division dés 
diverses classes de citoyens : nobles, bourgeois^ 
paysans , tout sera appelé pour marcher- d'ac- 
cord pour, le rétablissement de; la. patrie Ita- 
lienne. Le mot/ J/a/ia/ //(z//a / .proclame de 
Milan à Bologne,^ produira un, effet .magic[ue. 
Proclamé surle Tésin, les Italiens, diraient i 
Pourquoi n'avancez-vous pas, 

III Topographie de Plialie.'^Jje^grmdes 
plaines de l'Italie, septentrionale, comprises 
entre les Alpes qui les séparent dç Jla France , 



S«8 SDÊMOKIAL 

de la Suisse et 4e r^Hemàgne^ eitre k$ Afe» 
nins qui ksiëptoiiil de Génsset de hi Toscane^ 
et entre TAdriati^ej^ eomposeél : Ja ràiUe dÀ 
Pô, le&Tall^ ^i se jetteht dans rAdfùrtiqtie 
mù nord dft Fo^ et lesyall^ ^qwk se fettent dass 
l'Adriatique an midi du Pô. Tontes; ces tadMâ 
pe soAt separa'es par aiscune colline } de ^rte 
qne tontes les ^ux pourraient se cemimmiqnegr 
faeileniient si c'était iléaessaîre. Elles forment 
une dés plaihee les plus fisifiles^ les pins gtm^ 
des, le!s pkis rîelies du mondej concerte àé 
Tilles opttlentés et d'une popiilation de 8 à 44 
miUionë d'indttidfts^. Cette immense .plaijte 
comprend le Piémont^ la Lombardie^ Pàhné) 
Plais»ieë) Mddè«e ^ fibloghoey Fërrare^ la Rtf^ 
inagne et les pà,ys vénitiens. 

lY . Fidlée ^uPo.-^he Pô pnend sk soiireea* 
motit Yiso^etre^tsucoessiVenieni sur sa gan^ 
ehe à Tnrw» la Dti&ré, ^xii descend du mata 
Genèrre; nti peu afn>^âessous à GMvasso^ la 
Dorëa-Baltea qiii Vient du grand Sain^Berâari]^ 
entre Casai etValem^, la Sésta ^ à Patié, leTéf^ 
qui descend 4u iîte Majenr et 4es hanièuf^ dvL 
Simplon; prèëde Bôi^ô-Forte, TOglio v&lu du 
]lac d'Ii^e; près de Gfoverhôlo;^ le Hikucio ^renn 



DE SÂé^f fe-HËLÈNE. èès 

du lae àé^tàk.liéPà feçoît I $k fife drdté 
ions les affloetis dé^ Âpenidiis i le Tàha:t6 j àù^^ 
dessous dé Valence et d*Aîèxaiidriéî la îSdfïvîa, 
âti-dés(^otisf de ïortone et de Caste! -lîc^ojïi 
Trébîà, au-dessus de iPIaisance; le ^^to, au- 
dessus de (Qasàl-majore; lé <j[):ôs(tôilô, ^rès dé 
Gnaâtàlla; la âecchia y prës de SaîtilrBétedettô j 
lePanaro et le Kétio, dats lei eùtifoiis del'er- 
tare; èaSii il îse jette daiis F Adriatique à trente 
iniiles^u^elà de Ferrarte j)âr plu*leïirs î>oaclies. 
Ce fleùVe «Ust iine espèce de thér pat- la giraudé 
^autite de migres quUl reçoit dans touteé Jéi 
directions. Il eât éleré aû-déssas du soi, et s^ 
fr6UVe encài^d pzv des digues , de sorte qiie ïéi 
plus belles contrées de Tltalie, cônrnie là Hol- 
lande, ée trouvent drfrobëes pair ârtifiee à Tiùta- 
fiibn des eaUx. tl y à peu bû point dé séltîdi'tudé 
â pf éudi'e sur ié cotcrs dés àfiàuens dé ïa rivé 
ga(uche, lanattire s'y exercé sans inconvétiiehs i 
ainsi la Doréa-Bâltea, le l^siu, l'Addâ, éntretit 
dans te I^ sans éàùsér d^eMbarras. Il n'en est 
pas ainsi dés ^tthehs de là livé droite : depuiiî 
le l^ànarb toutes lés tivières sont ^jetteâ à di^ 
gratfds dék>rdrés!, et donnent lieu à de grandes 
({ue^ionï hydtauliq[ues. Û faut chaque année 



26Jf MÉMORIAL 

hausser tés dignes^ parce que les pajs limitro- 
phes, surtout Parme, Modène, Bologne, Fer- 
rare, ëprdùyent de fortes inuondations. Ce sont 
ces perpe'tuelles difficultés de la nature qui out 
rendu les Italiens si habiles dans la science hy- 
draulique. Les ingénieurs de ce pays ont pou^é 
plus loin que partout ailleurs cette branche 
importante de nos connaissances.. 

Les affluens -des deux rives du Pô diffèrent* 
encore, en ce que tous ceux dp la rive gauche 
sont presque toujojurs navigables, et presque 
jamais guéables; tandis que ceux de la rive 
droite, ne sont jamais navigables, et se trouvent 
presque toujours guéables. Les uns sont des 
rivi^es, les autres ne sont que des torrens. 

N. B. Ici finit la partie de ce chapitre. Je 
regrette d'autant plus de ne l'avoir pas dans 
son entier, qu'il s'y trouve l'enume'ration me'- 
thodique de tous les moyens de défense de 
l'Italie contre l'Autriche. Morceau que l'Empe- 
reur lui-même n'hésitait pas à dire très-beau et * 
devoir demeurer classique pour le métier, tant * 
que la forme et les détails physiques de la* 
Péninsule, disait-il, ne seront point boule- 
versés.. Du reste on le trouvera infailliblement' 
dans l'ouvrage complet des campagnes d'Italie, 



(réT: i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 265 

Jeudi I Février. 

Éloge de Sainte-Hélène par TEmpereur. -—- Petites 
ressources de l'île. 

Là philosophie la plus heureuse et la plus 
sage est celle qui naus £âit voir parfois le côté 
le moins défarorahle des circonstances les plus 
fâcheuses : FEmpereur , en cet instant , sans 
doute dans ce sentiment , nous disait , en se pro- 
menant au fond du jardin , qu'après tout y exil 
pour exil, Sainte-Hélène était peut-être encore 
la meilleure place. Dans les latitudes élevées 
nous aurions eu beaucoup k souffrir des rigueurs 
du froid ; et nous aurions expiré misérablement 
sous Tardeur brûlante de toute autre île du tro- 
pique. « Le rocher de Sainte-Hélène ^conti- 
<c nuait-il, était stérile, sauvage sans doute; le 
« climat y était monotone , insâilubre ; mais 
« la température , il fallait en convenir , était 
(( agréable et douce. » 

La conversation Ta mené a me demander ce 
qui eût été préférable , de rAmérique ou de 
r Angleterre, dans le cas où nous eussions été 
libres de nos mouvemens. Je répondais que , si 
l'Empereur av^it voulu vivre en philosophe, en 
2. 47 



266 MÉMORIAL ( n^. ^M ) 

sage , dans le repos et loin désormais de Tagita- 
tion du monde , il aurait fallu choisir rAmé- 
rique ; mais pour peu qu*il eût conservé le sen- 
timent ou l'arrière pensée des affaires , il eût 
fallu p*éfëi*er l'Angleterre. E^ ne voulant pas 
rester en arrière sur la peiature âatteiise que 
TEmpereur venait de tracer de notre misérable 
rocher, j'oi^i même dire qu'il pourrait être telks 
chances qui fissent que Sainte-Hélène na se se- 
rait pas trouvée le pire ties asiles : nous y de- 
meurions k l'écart , quand la tempête rugissait 
pour les autres ; nous nous y trouvions hors 
de l'atmosphère des passions , circonstance &- 
voràble aux chances possibles d'un* meilleur 
avenir. G^était assurément un grand désir de 
voir en beau ; je reculais l'horizon de toute l'é- 
tendue de l'imagination. 

F41 attendant, pour se faire une ju6te idée de 
l'état de notre exil et de ses ressources , il nous 
a été dit , dans la journée , que nous devions 
mettre de Téconomie dans plusieurs de nos con- 
sommations f peut-être même nous attendre k 
en faire le sacrifice momentané : on nouB a 
dit que le café devenait extrêmement rare, et 
qu'il pourrait manquer bientôt j depuis loDgt- 



(Wt. »8«6 DE SAINTE-HïliÈNE. 267 

temps nous n^avonsplus de sucre blanc, il n^en 
r^te plus aujourd'hui cpie fort peu et très^nau- 
vais , destiné exclusivement pour la personne 
d^ l'Empereur , et nous sommes menacés de le 
voir bientôt finir ; il en est de même de plusieurs 
autres productions essentielles. JMotre île est 
un vuissisau qui tient la mer, il manque bientôt, 
si la traversée se prolonge, ou si on le surcharge 
de bpuches outre mesure. Nous avons suffi pour 
a^Eitmer Sainte**Hélène , d'autant plus que les 
bâtimens de commerce ne peuvent désormais 
en approcher: on dirait que ce lieu est devenu 
pour eux un écueil maudit et redouté,. si Ton ne 
savait que la croisière anglaise donne ses soins 
k les tenir éloignés. Mais ce qui , dans les priva- 
tions dont nous sommes menacés , nous a sur- 
pris davantage , et nous affecterait le plus , c'est 
le manque de papier : on nous a dit que depuis 
trois mois que nous étions ici , nous avions 
épuisé les magasins de la colonie j ce qui prou- 
verait qu'ils sont d'ordinaire légèrement fournis, 
ou bien que nous en faispns une furieuse con- 
sommation : notre seule réunion a Longwood en 
emploierait donc , k elle seule , six ou huit fois 
plus que tout le reste de la colonie ensemble. 



268 MEMORIAL (FéT,,8i«) 

Qu'on joigne k ces détails matëriels nos prWa- 
tions physiques et morales , qu'on se dise que 
nous ne jouissons pas même des ressources de 
Pile y dont Tarbitraire et le caprice nous privent 
en partie : on nous y refuse Therbe et le feuil- 
lage, qui se trouvent dans d'autres sites éloignés 
de Longwood. L'amiral avait promis k l'Empe- 
reur qu'il pourrait circuler par toute Tilej parce 
qu'il pourvoirait k une surveillance que le captif 
soupçonnerait k peine. On a vu qu'k la seconde 
épreuve, l'amiral avait rompu cette espèce d'en- 
gagement : un officier , par ses ordres , a pré- 
tendu se mêler avec nous ; l'Empereur a re- 
noncé dès-lors k toute excursion ; et nous de- 
meurons séquestrés réellement du commerce 
des hommes. 

Notre vie animale est des plus misérables , 
soît imposibilité d'être mieux , soit mauvaise 
administration a cet égard, toutefois est-il cer- 
tain qu'k peine est-il rien de mangeable : le 
vin est des plus mauvais ; on ne saurait em- 
ployer l'huile ; je viens de dire que le café , le 
sucre manquent, et que nous affamons l'île. On 
sait bien qu'on peut se passer de tout, qu'on 
pourrait ne pas mourir k beaucoup moins; mais 



(PéT. ,8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 269 

quand on prétend nous traiter avec magnifi- 
cence, et nous persuader que nous sommes très- 
lien , on nous amène k nous récrier que nous 
sommes très -mal, et manquons de tout; et si 
Ton s^avisait de supposer , sur notre silence , que 
nous sommes heureux , qu^on apprenne du moins 
que la seule force de notre moral peut nous 
faire résister k des maux que les expressions ne 
sauraient rendre. 

Vendredi 2. 

Première saignée de mon fils. — L'Empereur me donne 
un cheval. 

Mon fils 9 depuis long-temps, souffrait de la 
poitrine , 11 avait de fortes palpitations -, j*ai 
réuni trois chirurgiens : ils Tout condamné k la 
saignée. Cest du reste en ce moment, chez les 
Anglais , le remède en faveur , la panacée uni- 
verselle ; ils remploient pour tout et pour rien. 
Us rient de notre étonnement , nous, pour qui 
ce système était nouveau. 

Yers le milieu du jour nous avons fait un 
tour en calèche. Au retour de la promenade , 
TEmper^ur s^est fait amener un cheval qu'on 



27a MEMORIAL (f^^. 1816) 

venait d'acheter j il était fort beau et d'une 
jolie tournure j il Ta fait essayer , Ta trouvé fort 
bien, et me Ta donné k Pinstant même , avec 
une bonté toute particulière. Je n'ai pu en faire 
usage , il s'est trouvé vicieux et il a passé alors 
au général jÇrourgaud, meilleur écuyer que moi. 

Samedi 3 au Mardi 6. 

Progrès de l'Empereur dans l'anglais. 

Le 3 a été affreux , la pluie constante ; im- 
possible de sortir : le mauvais temps a duré 
plusieurs jours de la sorte j jamais je n'eus soup- 
çonné que nous pouvions être aussi long-temps 
sans sortir ,dje chez nous. L'humidité nous enve- 
loppe de toutes parts, lapljiîé gagne au travers 
de notre toiture. Cependant nos heures intérieu- 
res se ressentaient et ce mauvais temps du de- 
hors. J'en étais triste apparemment. L'Empereur 
n'était pas bien; je n'étais pas mieux. «Qu^aveT:- 
« vous ? me disait-il un de ces matins ; depuis 
(c quelques jours vous changea: Serait-ce le 
(c moral? vous feriez -vous des Ifragonts k la 
(( manière de M«» de Sévignë ?— Je répondais : 
<( Sire , c'est ïe physique , l'état de mes yeiit 



{f^v.i8k6) de sainte-Hélène. sti 

a m^attriste k mort ; car ^ pour le moral , je 
(( sais le tenir eu bride ; au besoin j'aursûs le 
c( bridon , et Votre Majesté mV donné des épe- 
(c rons qui seraient Une dernière et victorieuse 
(( ressource. ;> 

Cepeadant l'Empereur travaillait S, k, jusqu'à 
5 heures de temps à Tatiglais^les p ogres devej- 
naient réellement trèâ-^ands ^ il eu était frappé 
Iui-m<éme^ et s'en réjouissait eu enCant. Il disait 
un de ;ces jours à table , et il répète souvent.^ 
qu'il ïne doit cette conquête, et qu'elle est bien 
grande. Je n'y aurai paurtant eu d'autre mé- 
rite que celui que j'ai employé pour les au<tr€;s 
travaux de l'Empereur : d^avoir osé en. donner 
l'idée , d'y être revenu sans cesse ; ot , une fois 
entamée , d'avoir mis dans l'exécution , qui dé- 
pendait de moi, une promptitude et une régu- 
larité journalières qui faisaient tout son encou- 
ragement« S'il arrivait qu'on ne fût pas prêt 
quand il nous demandait , s'il fallait renvoyer 
au lendemain, le dégoût le saii^ssait afus^itôt, 
et le travail en demeurait Ik, jusqu'à <:e que 
quelque chose vînt le remonter: <( J'ai beséiïi 
(( d'être poussé, me disait-il confidentiellenient 
« dans une de ces interruptions passagères , le 



An MÉMORIAL (Fév.tA,6) 

(( plaisir d^avancér peut seul me soutenir ; car, 
(( mon cher , nous pbuyoûs en convenir entre 
(( nous , rien de tout ceci n'est amusant , il n'y 
(( a pas le mot pour rire dans toute notre exis- 
(( tence. ;> 

Avant dîner > TEmpereur faisait toujours plu- 
sieurs parties d'ëcbec ; à nos après-dinées nous 
reprîmes lereversi, cpii avait été long-temps 
abandonne. Comme on ne se payait pas jadis très- 
re'gulièrement , on convint désormais d'en faire 
une masse commune. On discuta sur sa destina^ 
tion future; l'Empereur demanda les avis , quel- 
qu'un proposa d'en délivrer la plus jolie esclave 
de l'île : cette opinion enleva tous les suffrages^ 
l'on se mit au jeu avec ardeur, et la première 
soirée produisit àeux nàpolépns et deiini. 

Mercredi 7. — - Jeudi 8. 

L'Empereur apprend la mort de Murât. 

La frégate la Thébaine çst arrivée du Cap, et 
nous a sipporté quelques journaux : jç les trsi- 
duisais à l'Empereur, nqus promenant dans le 
jardin. Un de ces papiers renfermait une grande 
catastrophe. Jq lus, que Murât , ayant débarque 



{Fét.tM) DE SAINTE-HELENE. 278 

avec ^€lq[ues hommes en Calabre y y avait été 
saisi et fusillé. A ces paroles inattendues y TEm- 
p^reur m'interrompant du bras , s^est écrié : 
i( Les Calabrais ont été plus humains , pliis gé- 
u néreuK , <£ue ceux qui m^ont envoyé ici ! » Ce 
fut tout.. Après quelques momens de silence y 
compie il ne disait plus rien y je continuai. 

Murât, sans vrai jugement, sans vues solides, 
sans caractère proportionné à ces circonsjtancesy 
venait de périr dans une tentative évidemment 
désespérée. Il n^st pas impossible que le retour 
de TEmpereur de Tîle d'Elbe ne lui eut tourné 
la tête, et qu'il n'espérât peut-être en renou- 
veler le prodige pour son propre compte. Ainsi 
périt misérablement celui qui avait été une des 
causes si actives de nos malheurs ! En 484 M-, 
son courage, son audace, pouvaient nous tirer de 
Tabîme ^ sa trahison nous y précipita : il neutra- 
lisa le Vice-Roi sur le Pô , il l'y combattit ; 
lorsque, réunis ensemble , ils eussent pu forcer 
les gorges du Tyrol, descendre en Allemagne et 
venir sur Bâle et les rives du Rhin , détruire , 
saisir les derrières des alliés et leur couper 
toute retraite de France. 

L'Empereuy,arîle d'Elbe, dédaigna toute 



Xï» MEMCmiAL (P4f.i8.6) 

éommunicatioa avec le Roi ^e Nazies; mais 
partant pour la France , il lui écrivit , qu^al- 
laât reprendre possesssion de son trône , il se 
plaisait à lui déclarer qu'il n'était plus àe 
passé entre eux; qu'il lui pardonnait sa con- 
duite dernière , lui rendait sa biienveillance , 
lui envQyait quelqu'un pour lui signer la gas 
rantie de ses États y et lui recommandait , sur 
tout'e t;hose, de se maintenir en bonne int-el- 
ligence avec les Autrichiens, «t de se con- 
tenter de les contenir , dans le cas on ik vou- 
draient marcher sur la France. Mutât, en ce 
moment, tout au sentiment de sa première 
jeunesse, ne vtmlut ni garantie ni signature: 
la parole de l'Empereur, son amitié, lui suffl- 
sarient , s'écria-tàl ; il prouverait qu'il avait été 
plus malheureux que coupable. Son dévoue!? 
ttrent, son ardeur, allaient, disait-il, lui obtenir 
l'ouWi du passé. 

<(Mais il était dans la destinée de Murât, 
ic disait l'Empereur , de nous faire du mal. 
u II nous avait perdus en nous abandonnant 
(( et nous perdit en prenant trop chaude- 
ce ment notre parti. Il ne garda plus aucune 
((mesure, il attaqua lui-même les Autri- 



7 



<wr.i8.€) DE SAINTE-HÉLÈNE. 2YS: 

<c chiens ^^SLûs plan raisotitmble , sàûs moyen» 
« suffisans; il sûccamba sans coup fërir. n 

Les Autricttiieûs^ dëlivitfs de cet obstaek, 
s'en servirent comme de raison , ou comme 
de prétexte, ponr en at^rer des tues ambi- 
tieuses de Napoléon reparaissant stfr k scètie. 
C'est ce cju'ils lui objectèrent consljtmiiiént 
toutes les fois qu'il leur ;^ot^e!sta de sa mo- 
dération. 

L'Empereur , rfrant là circonAance malheu-^ 
reuse des hostilités de Murât , avait déjà 
noué quelques négociations aVec l'Autriche. 
D'autres états inférieurs, qiie je croiîï itnltile 
de nommer , lui avaient fait dire qu'il pou- 
vait compter sur leur neutralité. Nul doute 
que la chute du Roi de Naples n'ait donné 
une autre tournure aux affaires. 

On a essayé de faire passer Napoléon pour 
un homme terrible, implacable; le vrai^ c'est 
qu'il était étranger k toute vengeance, et. ne 
savait pas conserver de rancune, quelque mal 
qu'on lui eût fait. Son courroux d'ordinaire 
s^exhalait par des sorties violentes, et c'était 
Ik tout. Ceux qui le connaissaient le savaient 
bien. Murât l'avait outrageusement trahi; on 



S76 MÉMORIAL (Pér.tSiG) 

vient de lire qu'il Pavait perdu deux fois, et 
cependant c'est à Toulon que Murât accourt 
chercher, un asile. « Je Teusse amené îi Wa- 
<( terloo, nous disait Napoléon; mais l'armée 
a Française était tellement patriotique , si 
(( morale , qu'il est douteux qu'elle eût voulu 
« supporter le dégoût et l'horreur qu'avait 
u inspirés celui qu'elle disait avoir trahi, perdu 
c; la France. Je ne me crus pas assez puis- 
ce sant pour l'y maintenir, et pourtant û nous 
a eût valu peut-être la victoire; car que 
« nous £sdlut-il dans certains momens de la 
<c journée ? Enfoncer trois ou quatre carrés 
a Anglais ; or Murât était admirable pour une 
« telle besogne ; il était précisément l'hom- 
<( me de la chose : jamais à la t$te d'uife ca- 
« Valérie on ne vit quelqu'un de plus déter^ 
(i miné, de plus brave ^ d'aussi brillant. » 

ce Quant au parallèle des circonstances de 
Napoléon et de Murât, celui de leur dél^ar- 
quement respectif en France et sur le terri- 
toire dç Naples , disait l'Empereur , il n'en 
saurait exister aucun. Murât . n'avait d'au^ 
tre bon argument dans. sa cause que le suc-* 
cçs, et il était purement chimérique au mo-* 



(Fév i8i6) DE SAINtE-HÉLÈNE. 217 

ment et do la manière dont il Ta entrepris; 
rïapoléon était Télu d'un peuple, il était le 
légitime dans leurs doctrines nouvelles; mais 
Murât n'était point Napolitain ; les Napoli- 
tains n'avaient jamais élu Murât: était^il à 
croire qu'il pat exciter pai^mi eux un bien 
▼if intérêt; aussi sa proclamation est-elle tout- 
k-fait Csiusse et vide de choses, Ferdinand 
de Naples devait et pouvait ne le présenter 
que comme un fauteur d'insurrection : c'est 
ce qu'il fit, et le traita en conséquence. » 

u Quelle différence avec moi, continuait Na* 
H poléon; avant mon arrivée, toute la France 
a était déjà pleine d'un même sentiment. Je 
« débarque , et ma proclamation n'est pleine 
a que de ce même sentiment : chacun y lit 
<c ce qu'il a dans le cœur. La France était 
« mécontente , j'étais sa ressource ; les maux 
« et le remède furent aussitôt en hfirmonie : 
(c voilà toute la clef de ce mouvement élec- 
i( trique , sans exemple dans l'histoire. Il prit 
(( sa source uniquement dans la nature des 
« choses. U n'y eut point de conspiration, et 
(( l'élan fut général. Pas une parole ne fut 
(c portée, et tout le monde s'entendit. Les 



^2T« ]M0É]Sjl*>ftIAli CF^^.ifafr) 

M popiiktioiis eaiâères aé prëcipitâieiit sur le 
Kn passage ^u lîb^ratettr. Le pcemiieir latail- 
(c iou ifue f'^fileyai de ua personne , me va- 
a If^ aussatdt la totalité de Tannée. Je me 
x( timumi pcattjé jusqu'à Paris; le gouveriie- 
i< méat existant , tons ses agens disparurent 
ft ;sans efforts^ cioauiie les nuia^s se dissipent 
.((à la vue du soleil. Et encore eussé-je suc- 
5(( cosnbé, terminait l^mperènr , encore fusse- 
(r je tombé dans les mains de mes ennemis ^ 
^ yù n'dtais pas purement un chef d'insurrec- 
xctiibn; j'étais un souverain reconnu de toute 
Ai rEusope ) j'avais vomi titre , ma ixannière y 
<l mes troupes ; )e venais faire la guerre à mva 
•« ennem^i» » 

Vendredi 9. 

Porlier , Ferdinand. — ^Tableaux de Tatlas, 
Dans des ga^j^ettes cjue je traduisais à l'Empe* 
reur j'ai trouvé l'histoire, de Porlier ; c'était 
,un des chefs les plus remarq[uables des fa- 
meuses Guerrilas. Il venait d'essayer d'en 
appeler k la nation , contre la tyraginie deFer- 
djinai^d; «lais il avait échoué, avait été pris 
et. pçj^u. 



(Wr.,8i6) DE SAINTE^HELENE. 279 

L^Empereua: a dit : u Je a« suis pas du tout 
(( surpris de cette, tentative en Espace ; à 
(( mou retour de TUe d'Elbe ceux des E^a- 
(( jgaoh qui Vêtaient montrés les plus acharnés 
(( contre mou inrasion, qui avaient acquis le 
(t. 'plus de renowniée dans la rési^stance, s'âdresH 
(( sèireut imutédiatement k moi : ils m'avaient 
<( combatto, disaieut^ik^ comme leur tyran; ils 
f( venaient m'implorer comme un libérateur. 
(c Us ne me demandaient qu'une légère som- 
H me^ disaient^ls, pour s^affrancfair eux*-mémes^ 
(c et produire da»s la péninsule une , réVoh^- 
(i ticm semblable k. la mienne. Si j'eusse vain* 
(( eu k Waterloo , f allais les aecourar. Cette 
(( circonstance m'explique la tentative d'au- 
(( jourd'hui. Nul doute qu'elle ne se renouvelle 
a encore. Ferdinand, dans sa foreur, a beau 
« vouloir serrer avec rage son sceptre , un 
(( de ces beaux matins , il lui glissera de la 
« main comme une anguille. » 

Les gazettes finies , l'Empereur, dans son oi- 
siveté , feuilletant mon atlas , j'ai eu la grande 
satisfaction * de le voir enfin s'arrêter sur les 
tableaux généalogiques ; ce que je désirais 
depuis bien long4ems , car il les passait tour 



280 MÉMORIAL ( Fér.iM) 

jours : j'ai analysé devant lui ^ sur le tableau 
de TAngleterre, la fameuse guerre de la rose 
rouge et de la rose blanche , inintelligible pour 
le grand nombre de lecteurs sans le secours 
de pareils tableaux. Il a été frappé de leur 
utilité, et s'est mis alors k en parcourir un 
grand nombre d'autres; il observait, k celui de 
Russie y qu'il serait bien difficile , sans son se- 
cours, de suivre l'ordre irrégulier de succes- 
sion des derniers souverains ; et il a été fort sur- 
pris, k celui de France , de la démonstration sin- 
gulière, qu'en dépit de sept ou huit applications 
de la loi italique , Louis XYI eût encore régné 
comme si cette loi salique n'eût point existé. 
L'Empereur s'arrêtait beaucoup sur l'encar 
drement rigoureux et complet de ces tableaux; 
il ne revenait pas de la quantité de points de 
ralliemens qui s'y trouvaient indiqués en un 
si petit espace : l'ordre numérique du souve^ 
rain, son degré de génération, l'ensemble de 
toute sa parenté, etc., etc., et il me répétait 
ce qu'il m'avait déjà dit ou k-peu-près, que s'il 
les eût bien connus , il m'eût fait venir pour 
en obtenir un format plus commode , moins 
coûteux , et en faire la pâture^ des lycées* 



(B4^.»aiG DE SAIWÏE-ÎHÉLÈNE. fSt 

' 'Hajoatait qu'ii eût V^oulu'\roiiT toutes lie^ 
Ufitoice^ ré«si^xiiâ«es a^jQC de tels'dKKXtmetis 
i l'apj^i^'pmir leur iiitelligence. Je lui disant 
qMiji^atirais'^ii la même idtîc, qu'elle avait dséjt 
été exécutée sur ri4stoirc< d'Angleterre, par 
fiume'y et que ) sans nos derniei^s ^éiiemens / 
tUeiraUaâtVAtoDe sur Hiifitoiire d'^Aileiiiagfte' de 
££ejSSBld^'9«Mte^lede Franco de Haixiaut, etsur 
^mf Ustnireilcs. tcois couronnes du Nord , etc. 
' t Sasodei quktre heures j'ai {n^ésenté àfl'Eni^ 
^erkmvjlricaintitiBe de. la. iEliébmie:, qUiif^p- 
tait le lendemain pour rEutope;^ et le coio»- 
nel Macoy , du régiment de Ceylan. Ce brave 
soldat semblait* W monuJiient 'mutilé: il avait 
une jaml>e , de moins , un CQup. dc: sabre lui 
traversait le front , d'autres cicatrices cou- 
vrafeti't ion Viiiâge. Il était tombé sur lé' cliatnp 
d^è *Bà{èftllé en Galabre ,' et demeure ptisoiiiiiet 
du' gëriA-aJ Pàrtlionàùx. L^Empereûr hii fit iiii 
accîieiï toùt'particuKer-'dn pouvait* voit qu'il 
y avait sympathie réciproque; Le^tdlonèl Ma- 
tioy àtait été toajor du réginlcnt torse que 
^ eémmaftflait & Nouveau gouverneur que nou^ 
'atfend<6hsi 'LeCcoïoriel Macôy disiaît à quel- 
"^'Ûrf,* qtini ^ tifitt^aîV ùhi Ifoiïiiiie^ tef que l'Éni- 
2. 18 



ptreur liba mal HnàPé ici, «t qu*il inppouit 
an ^àMf#»l Ikbive trofi è'â^alm») pwu» it 
pu ^nsèr <pt% saiBwle afcotptatimi du ^fiitieis- 
Miieiit de Tilev aimonçail qoHl y Tkaiidffflît 
asbélioieviiuitTé tenrditioii. 

L'finfMteur aat aftsuifte montiS à phbiral ^ aoa& 
^H^oM ^*MKxalé notaro vaUërflBceûi«IUittJb^iet>kt 
fidiSBieis tcÉJtrf s: que TetsJbes;^lie«Be3lII«9Sllih 
peareur a'contmué de se piroitiettéradaiilt lé )Mn- 
4àtk y la t»Mf»àiituiire était dea (div daiicsi ^ le 
^dairide Iwia chatmânl; le ibeaitteÂp» était 

Samedi lo^t \ 

' ' JSar l*Êgyl^te. — Aticièn pcôjè't sutle Aïl. 

,^ Pésormais TEmpereur ^ allait .cp^^l^aïUSfeat 
àms sou aojglafs.; et, k Taîde Su dictipauifire, 
eùt^pu^ k toute rigueur ;^ se safaer de noi,. Ses 
IK^^B d^idé^ le rav^iei^t^ La Içgotf^ ^est/ 
jpa^Ksée aujourd'hui k iû^, d^f/fil'SMjclopédie 
Itritapiii^e^ rarticle du I(M,.dq^t ^ preofut 
ocçfsiqpuellcnueçLt ^el^i^e^ ^0^91,99^^,^ 
dictée^ au |[f|in4 wrécl^al^rWA'/ eft XfQimi mie 



( m: «eii ) DE SAmi%-HÉLÈNE. I8S 

reur, qui Payait j|i6É{)i^41iLf i^tf^ardëe comme 
absurde. Le grand Albuquerque proposait au 
roi de Portugal de détourner le Nil avant son 
entrée dans la vallée d^Egypte , et de le rcje-- 
ter daàttS îa met rouge , ce qui leût tendu PE- 
gypte tin désert impraticable , et consacré le 
Cap de Ôôttiie-'Êspërânce pour là route unique 
du' grtiid éommeiree ^es Indiis. Bruc« ne «roit 
/pai^t^tVe gigantesque idée enrtièrement inipos^ 
MWè^ elle frappait sifigùlièreiiient PEmpereur. 
Sbir îés trnq Petite* î'Emp^ereur est monté 
en calèche , la promenade a été eltrftttement 
agréaWfe ; la précaution devoir ïait abattre 
(jtielcjti^éS âiîïrëîs a triplé^ l'espace primitif , en 
ttëitt plusieurs cî'tcuits naturels. Au retour 
on à^tofité de lar bèhé sdirée pont se promener 
long-tefnipis dkiïs lie' jkrrfift ; la conveisation a 
iiê des ^^ ïnféréssatités , les sujets lètâiçnt 
grainds'ët'ptiiîôiias f c'èûïi'^suv'îeâ diverses re- 
Hg?(ttis vVe^^^ijM les ivkif ^^à^^^^ ,^les àbèur- 
aït^s ,'ïfe^ ridlBiïéè/dbnV<)n les avki< entremê- 
lées ;f \th excès' qui les avaient dégradées : le$ 
objections qu'on leur avait opposées , èlc. , etc. i 
PEtnperéiir a ti*aité touis ces ol)jets avec sa supé- 
iiorîté ordinaire. 



286 'mémorial (jo^iSii) 

platt beaucoup; il Ta fait Tènit , Ps emkunMiii 
tendrement deux ou trais fois, et a votdu U 
prendre en voiture avec le petit Tristan de 
Montboloii. Durant la course, le Gnrand-^Maré- 
chal ^ qui venait de parcourir les papiers ^ 
tacéntait divers bons mots et caricatures qu'il 
j avait trouves ; il nous en citait une asse^ pi- 
quante : deui actions composaient le tableaa; 
Fune était Napoléon donnant k la princesse 
d'Hasfeld y pour la jeter au feu , la lettre dont 
la disparition sauvait son mari ^ au bas était; 
étûte tyrannisa d^un usurpateur. Le pendant 
était de toute autre nature. 

Gela nous a conduits k raconter k TEmpereur 
la foule de caricatures dont nou^ avions été 
inoiidés après la restauration j il en était betti* 
coup qui Pont ibrt amu^é; une surtout Ta fait 
3ourire : c^étàit un cihangement de dynastie. 

L'Empereur a observé que si les éariioatures 
vengeaient quelquefois le malheur ^ elles har- 
celaient sans cesse le pouvoir. Et coiùbien n'en 
a-t-on pas fait sur moi , disait-il ? Alors , i' 
nous en a demandé quelques-unes. Parmi toutes 
celles que nous avons citë^ , il a fort applaudi 
celle-ci , comtoe fort jolie et d'uû fort bon 



jt m. iM ) DE SJLI]!ÏTEr^B]^ÈNE^ Jm 

%#4t: c'était le vieux Oeoyge ill qui ; de se 
cète- Â^A&gletewe, feiail en ool^e^ ^ la tête 
A^ Ki^eleon , sur la rive oppëHée , une éttormé 
Wtterave en disant ; f^à te faire sttcte. 

Lundi 12. 

Longue course à pied de TEmpereur. 

, Ia t^mps $'^i»it yemi* w feéaii. V* w les qii«tn 
llWW* I TEn^erew §4 pf^qa^e^ai^ dans le )wrdi^ j 
1^ temp^jrikturt ixii% de^plusa^^^ableis ^ cb^cnm 
d« ppiis «e i^ori^t 9^1^ ce ^ue c'^it hm d<i 
noç. Wllc^ «oir^e^d'ËvrQpe^mottaVavionfteft-^ 
C^r$ ?ieii éf ffouvi^ de pareil depuis MtH asri^ 
ir^ i^^m VUcr. L'Empereur a &^ deâandel^ 
k^à^b^ 9 Qt} QQmoie pàrdivexsâciii ^ il a vquIh 
l%ifP4f X^ «0$ arl>re9 k goaime pqtur all^ pai k 
cbevitn qui conduit chea le Graiid^Mt^éckal ^ 
ptendr^ li route fui eontouTiie lebassitLJiipë*^, 
rietfr de nôtre vallfe jÈkvcmle, et ga^aw^ « 
c*étkit possible, le site , appartenant à niae de^ 
no^lle Mamn ^ ^i est sur le i^tteik eppesë 
w Ciee dt liQngwQôd. Arriva che» M»« . Ber# 
tr4qd^rEmp^i^u,X V*fait mt^nter dtoi» ^ eaW- 
c)d^ 41^ $e tf ouvsiit déji;M"**,d# Mointhelon <3^t 



3S8 ; MÉMORIAL ^ ^ (B<t.i«g) 

moi.i^le reste vivait à phey^!.; nOu^ ^fioim $0»^ 
rjéu^i^. A quelques p^Srdej cK«^. M"*^ Bçrjtraft4, 
au posfe militaire même qui s^y trouve ét^l^, 
le terrain était fort . a .piç et Xtts^'méffà i l^ 
chevaux se sont refusés, il a fallu descendre ; 
la baiTière s'est trouvée jiipéine suffisante pour 
la largeur de la voiture ;. mais les soldats an- 
glais sont accourus , et dé tout cœur Tont^ en un 
inâtaQt, fait franchir a-force de bras. Cependant 
un« foi^ dan^ le âôùV'eau. bassin , la prômeûàde 
à pied ' était si agréable que TEûapelPeur a vbû- 
kt la 2 €ohtimier. Au bout de quelque temps, 
côtnme'leîoiur baissait, il a voulu que la calè- 
che fut seule lEieconffaîtte le chemin jûsqu'^ la 
pôrter:de M'^ Misôn, tandis que-ne^ continue^ 
fibtis à marcher. La soirée était réellement dés 
plus aigréabli&s>la nuit était venue; mais il fai- 
sait le plus beau clair de lUne possible. Nôtre 
prqmenade. po^uvait réveilles? le souvenir de 
«elles^ aiiipurnle nos cliâteaux en Eul-ope /dans 
les belles soif ées d'été. - ^ ' 

La «alèche. revenue^ TEmp^reur n'a poitif 
voulu monter encore ; il ^Pa envoyée attendre 
chez M^* Bertrand y et^qéand ii'y.a été rendu^ 
il a voulu continuer' encore à pieâ'}Usqu*k Long- 



1 8if .. xm ) DE SAIIÎTfi^HÉtÈNE. 389 

w^ai^ioàiil .eM amvi$ trègf^fàlS^ué .:.il aurait 
iMrçM fatès d^,;«i:ç milles:, Gei.<|ùi;m beaun 
cottp pjEHlr.l«i,qiii.n'a jamilisriiiprcké aaucuÎM? 
éffi^OM de at vi«. . \ ,.< ' 1 ' , i . ; 

Mardii ï3 au Yendredî i6. . 

Mauvaise température de' Stc-Héîfené.- — Observation 
' iinportahtês^rl'^pritdl^èe Journal.'^ .^ 

. J^ai ,dëjk dit f{n*i\ n'y a.yait ppint de sa^isons 
à Saiate-I}élèpLÇ ^ ce sont s^ujkment des veiues^ 
4e bo^ et.de mauvais temps , fort: irrégulièresf. 
lift, plu <!onstanHa(ient,. nous n'ayons pu sortir 
à peine que quelques instan.s. Il me serait djiffir^ 
cile d'employer quatre mots à exprimer, durant 
ces, quatre jpur;s ^ aucune déviatioii quelconque, 
de nqt:çp Tiç.,9,)çcou,tupié^. Et ici d'ailleurs je saisis 
roccasion de prévenir , une fois pour ^toutes ,. 
que s'il se rencontre de temps à autre, dans le 
cours de mon Journal, plusieurs jours réunis 
sous un même article , c'est que j'ai élagué une 
partie dé ce que chacun d'eux me présentait ; 
ce k4|iioi j'ai .été conduit , comme on le^ deTÎnera , 
du reste, par divers mot i& : parfais les obîieis. 
m'oiit paru trop puérikj patfiois, am contraire , 



MO MÉMOHtÀL ( i^; m ) 

îiii nfont semMé trop gvaTes et denuttdfttt M 
temps l^lus éteigne ; ou bien e&eore, iif piëMi- 
taient q[ue 4les personnalités , et il est^deti^ Kienr 
caractère de les écarter soignettsement; «pies), 
malgré cela, on eç trouve cpiolc^e^ unes^ c^est 
que j'y* aurai été forcément conduit par Tob- 
î^t essentiel de mes xéciu ; lair^ connaître U 
caractère de r£mpei>ettr , et 9iêm« al^fNLi-je pu 
me dire encore pour ma satisfaction intérieure^ 
que ces personnalités ne concernent guère q^e 
des caractères publics j et ne mentionnent que 
des choses déjîi connues de beaucoup de monde. 
Du reste , je ne me suis nullement dissimulé 
que la tache que j^ai entreprise pouvait me créer 
de grands inconvéniens ; mais je me suis cru 
un devoir sacré, et je m'efforce de le remplir 
du iEnieux qu'il m^est possible : advienne que 
pourra f 

Samedi 17* 

PoIiti<;iue de l*£mpe(çar sur leii affaires de France. 

A sia beurei; du matin PEmperèur ost^menté 
a cii^éval : aous^vons fait le tour du paTc^ en 
commençait danff la dîrtctioi| 4e no*fé vallée, 



/ 
i 9i$. iM } DE SAlM!&Hâli;NË. jttt 

^Cr WQflBftrgBgnar: k ckcbnéa ipûitonipbût du 
«■oyxlMiiLaGrAad-Mftrédidi. Defmn:! lapoite 
4li!€eliUHdii,:«*£st afrèté et mis en ligna, pour 
oaaalaiai^K pMscar ^ un ^osde 4fiO à 200 milles 
kte du Nortbni&Berlaiid ^ qoi ektque )oiiv poi:- 
tént deâ planches ou des pierrerpour leserrice 
de Longwood oa du qiQq>; rEvipereur a parlé 
aui officiers, et wiivi svec plai&îr k nos auetens 
compagiioiis ; ils avaient Tair arari de le ^oit. 

J'ai d^ dit que , de temps k autre , noua re« 
eerions des papiers d'Europe qui nous occu^^ 
pent diversement, et amènent tcrujoufB, k la 
fin, quelques tableaux vifs et animés de la part 
de rimpereuT. ' Il trouvait au)ourd-btti qu*^en 
résumé, la France ne s'était point améliorée. 
« Les Bottrl>on9, répétait-il, n^avaient eu, cette 
a fois, d'autre parti que celui de la sévé- 
« rite. Quatre moiis étaient déjà écoulés, le« 
it alMés allaient repartir, on n*avart pris enc6re 
¥ que des demi^mesures ; l'aftaire demeurait mal 
n embarquée. Un gouvernement, disait-il, ûé 
w peut vivre que de son principe j il est évi- 
i< d^nt que celuMi est le retour «ux vieilles 
(( maximes ; il felkit le faire frenti^liem^nt. 
« Les chambres surtout ^ dans cette circoÀs- 



2a? MÉMORIAL . ( p««. >St6 ) 

a tance, strimt fatelesj -elles inspiitwoift ah 
(( roi une fausse confiance/ et n-aurout aueim 
<c poids s}ir la nation. Bi^itàtleroiji^aur&plui' 
« aucun moyen de Gommunicattoa a^iec^éllBS^ 
« ce ne serajplus la même religion ni. le ^méiaie 
(c langage; il ne sera personne <^i ait le'dtoit 
« de détromper le peuple sur lés sjbsurdités 
ce ({u'il plaira au premier venu de .lui dânter^, 
« lorscpi'dn voudra lui faire croire qu*on reut 
u empoisGomer les sources , faire, sauter le ter- 
« ritoire, etc., etc.... » L'Empœreur con- 
cluait, qu^il y aura quelques, exécutions juridi- 
ques, et Un extrême désir de réaction^; qu^elle 
sera assez forte pour irriter, pas.assex pour sou- 
mettrid, etc^, etc. . ... i ,..-.••. . 
:, Quant a l'Europe , elle semblait a rEmpe- 
reur aussi jsnfl^mmée qu'elle Pavait jamais été. 
Elle avait anéanti ;la France; mais la résurr^c- 
tioû de celle-ci pouvait venir un jour de rex- 
plo^ion des peuplés , que la politique des sou- 
verains du reste était plus» propre à aliëaer ; 
elle. pouvait venir ieneore de la quei.'elle pro- 
chaine des puissances entre elles ; ce. qui ^ très- 
probablement , finirait^ par àv.àir lieu. 

Quant k notre afiairepersomielle; elle ne 



( Féf. i(ue ) DE SiJT?ïTR.HÉLÈNE. 29S 

poujfait .s'améËorer qu€ par rent?eii(ise dte 
ri^iglète'nie.v elceLLe*ci ne pouvait nous àéxe- 
mr h^qiàble qiie pu quelqu'intârét politique , 
qu4Ac[ue;oliat)geiaeat de ministire ou dfs souvé- 
r«^; pu..]p^eja ^beoise par lé sentiment de la 
gloire nationale , excité par le torrent de Topî^ 
aiiop. Pour Jb« int^ér^ts politiques, il était des 
^Qiftbîtiai^ons qui pouvaient les amener ; le chan- 
goiQ^^^^t des peraean^fl , il était dans les accideoSs 
àik tejupat^en&i y po^j^r le ^sentiment de la gloire 
u^\i^mdeJ :si facile à comprendre^ le ministère 
actuel l'avait méconnu, un autre pouvait ne pas 
y étrje in^nsible. ' ; 

pimanche i8. , 

Peinture an bonheur domestique par ITEmpereur. — 
' ' Deux Demoiselles de l'île. 

l^'Ëpip^eur m'a fait appeler, sur les dix 
Mi^es,, il veiiait de, rentrer. On ; m^Bivait dit 
qur'i][;^V4it été a la chasse; il m'apprit que non, 
qu^'il avait été k cheval vers les. six heures ; mais 
qu'4 n'avait pas voulu qu'on tiroublàt le som- 
ft^Uidci SonJBûfc^U^nce. Kou§ ayons travaillé à 
Vhnglais; le déjfiuiner. estyeiMib;! jl 4i^it détei)^ 



2ffî( MEMŒIâL (Mk>. kiis;) 

t%bk,jflJx1ritpum'fippéqher4«lelftiob99TTer. il 

élapt Tinq ^il fiUioit 4i?oir fftit|k poiir piMiviiiU- 

fUsqÉie wa^umt he\nt^ «pie 1« dliaieur n <OMii-- 
«vnâë le repos. 

fi€siBÉ»iraéaieMn*éUUplu6pbili)i;dfltiq« 
n'avons pu nous empêcher d-e «imrîr« îi tiA M- 
bleau si paisiblç^ ce q\i\ l'a fait pincer les oreilles 
de Tttn de noifS. *(( ôti feste , à-1ril continué ^ ce 
« bonheur jïjc peut gijère aujourd'hui se pooniii- 
<i tre en Fran<;)i( quorpai: tuaditiw ; la révolu- 
ce tion a tout bouleversé ; elle a privé lés an-» 
Ai icm9Sy(^ k» «KW^vei^mi ^nt ènieère neufe k 
i«; cèt$è^Mid6iihce; m <{u« ^e ^ti^ii^ fte pfelttiii^ 
« ll'i«îitfe 5p|»*; 1) Et il i^lscmit àhi#5^i'èU^ 
^^pmé d« ^ diartibre nafàlë, àvk ^iê^û ffaTûti 
-ifmv {)ai^eèiivtt ê^fM sétt ehfanôe * ^ i/Àvoit« pifs 
4'iiiâl4i:if%km pMlejpiiëlfc , 4(^%tt%n4v**i^>p«rtk 4e 
-|ttrk. Qu'fel4|u?iltt a^etftâit -^e percbre b dé- 



( ly». ,m ) DE SAIM££4IÉLÈNË. fidS 

I|i«mr4 ^H*tii^ s!4taUiefféée^ afrès le naufrage 4 la 
vm^ofkiîffBÎ'xm'fiÊtkitï ptttagtfe aToer^sa* Csmiiio ) 
oeUe c^ii r<^/^;i;ait d^o^f 1^ jour a $m eoltus ^ 
c;*4tait. <eafior4 perdare sa secoade pairie. Que de 
QM^pde 'ca ël4^ Ik ! !. .efc qu^le ë{M»que aveit ét^ 

Nous sommes montés en calèche et avons fait 
notre promenade» IU[:tofiiMiiée* Pendant le dîner 
on a parlé de deux demoiselles de File , dont 
Punè^îsst grande, fort belle, et très-agaçante j 
PMÎrtte y lyeiîutoup iïrdins^ol^ , mais dtuce dan* 
séë HMàiit^; A\Mé grâce et dpdtfe tetme pàr- 
fiilei. TèUi^ les' tVi^ se partageai étit^ VËmpé- 
rWff , ^i txt ^onnéissaTt tjne li pmnïèpe , tenait 
&l^iii«Wt p<yilt^le. Quéhtti'nnaî)îrii^ la liberté 
d«<1lii dWt /que^é^l voyait H seconde , elle né 
lui ferait pas changer 4*ôpimon. Cela ne Itii a 
pi&'4»lft, UàyèHilè'^ <Ms quelqù^un exprimât 
|»ni>propliie ^lm% : cé^ni^ica répmîdti qu^ tétaii 
dmrhtissàtotif^ ponir 1h 4^ott4e; ite qui a paru 
eMilii4ietbiriô ; î'Ertiperetti^ a Tôûïu Texplifea- 
«kn^ « Cests, k répondu t;^ quelqu'un , que^ 
apc «1 fe vîôfttlâfïSîadMftei' une esclave , je me Ôxe- 
4r irais «ur la pî^èttière^ mais que si \e trouvai^ 
a quelque bonheur k le dw^mr nrol -mftmé , fe 



ses MÉMORIAL : . ( »^i xM ) 

H', m'adresserais kk secondé. •'*- Cesf^ddBck 
i( dire,' a repris vivement i l'Empereur , <ple 
(( Tous^ me croycs de mauvais gôftt ou die man^ 
H vaisL lofl ? •i- Non , 'Si#è ; maisi fè soupçônûe 
u^i¥<yfcre ïpiaj^stë' des^ dispô^tioiiii différences' 
(( des miennes. » Il a ri et n'a pas conWisfdit. 

rv; ■ «' i ■';•:./: Lundi •rg,'^-'^'^^^:^''^ '-^^O' 

. . Auiourd'Ujiji , .^le ipf ^ ^an,ipat^, rE^t^eirem' 
est soyti ppur if^outerà çhev^^âl étMft k.pfB^i; 
six Ueuxes. J'étais tout {uré);, fj^vaiss dûp.&^ os- 
dre^u'on m'é^illâty il a été rSUrprifT de . me 
trouver pr^vepu ejl; de fue.voir.âi.dil^cfBA^ jD^s 
avons erré daj^s le IV^ix; k ^ave^J;^re. . N«msr spnï- 
pii^& rjjnU iiç vers les i^^uf )ieures;^ le.s^ilf0[>nt* 
men^t déjà k être très-cl^aud. ^ : -. ii- * : i i 
j L'Emperenr,: çua^ le^ qffiAtfttik^u^'ûi , A^Dwlif 
f^^ajpi, spu; anglais j ^pi^is. ilriir'éttfitîjpipj-Wiea; 
|.out ^ans^a. jourjotée lui ^afvaitt.paru ittaiif^iS) 
djisafJt-il t }j^p^ >Jiç. W. avait réussir Laiprivne^ 
nade du jardin ne Ta point reqLis;:il n'était.pas 
biçn k.^îner^ il n> pu faire ^s^parti^s 4'^hccs 
accoutumées; 5 il, s'est retiré soujBTmt-^ att$aUôt 
après^ la pr;çmjiè^.ç. partie; ;; • ' .îpl,-) 



( f4r. .816 y DE SAm^-H^LÈNË. ^m 

Mardi 5io. 

Travaux de i*Empcreiir ^ J'île d'Elbe. — Prëdilectioù ^ 
àùs fiârbaresijuefi» pour i^Ëmpereur. 

Le temps aiétë ^If êsnenieiit mituvai^ ; l%ift- 
pcpeux avoit létë ^stsaex sAal toitte la tMt; éxi 
matin il 'était beailcoap niewx ; il n'e^t pas 
sorti, desa charnière ai/iant cinq luem^eiâ. Yeis les 
six bepres , n^utf wons fs:e&té d*une éelaîrcie 
pour &ire le tour du piârc en <?alè€he. Les che-^ 
Taux y àoxLl on nous a gratifiés ^ i^ttntlrieiettx ,î}s 
se iveibuteat mi preûtier obstoblè et demettrent 
immobiles; ik se sont lamrétés |)iu«îèionrs fois; la 
pluie qu'il avait £ftit irindait leur tâche plus 
pénible : il a fallu . un inoiftetit tétinit tous les 
çfforts.pour n'être pas ébligé^de revenit & pied ^ 
le Grand Marédi^al et le géiiérél Gourgand çttii 
été obligés de mettre<pied à tette et de pottese# 
a la rpue. Ënfin^ ajpirés bien des peines ^ nous 
sommes,rentrés. l^a conversation, duramtt la pto^ 
menade, était i^rTile d'Elbe ; TEmpeteut par- 
lait des chemins q[U'{tl y. avait lait fiiire , deà 
maisons qu'il y aYait &it bâtir; les meillèlirs 
peintres d'Italie se disputaknt l'honneur d'y 
2 49 



298 MEMORIAL ( i^^. iSi» ) 

travailler, et sollicitaient comme uiie £aveur 
de pouvoir les embellir, etc.... 

Il disait que ses couleurs , que son pavillon 
était devenu le premier de la Me'diterranée. Il 
était saciré , observait - il , pour les barbares- 
ques, qui d'ordinaire faisaient des présens aux 
capitaines , leur ajoutant qu'ils acquittaient la 
dette de Moscqw^/Lc Grand-Maréchal nous di- 
sait que quelques bàtimens réunis, de cette 
nation , étant venus mouiller a Tîle cPElbe , y 
avaient donné beaucoup d'inquiétude : on avait 
interrogé ces gens-lk sur leur intention , et fini 
par leur demander nettement s'ils avaient des 
vues hostiles^ ils avaient répondu : à Contre le 
« Grand Napoléon ? Ah! jamais.... nous ne fài- 
(( sons pas la guerre a Dieu ! n 

Quand le pavillon de l'rle d'Elbe entrait dans 
un des ports de la Méditerranée ,' Livourne 
excepté, il y était. reçu avec de vives acclama- 
tions; c'était la patrie qui semblait revenir. 
Quelques bàtimens français venus de la Breta-^ 
gne et de la Flandre , qui relâchèrent k Tilc 
d'Elbt , témoignèrent le même sentiment. 

<( Tout est gradation dans ce monde , conr- 
<( çluait l'Eippereur. L'île d'Elbe, trouvée si 



■ ^-"1 



( «♦. >8t6 y DE SAtNtE-HÉLÈNÈ. 290^ 

4r mais^aise il y a Un au , est nU \i»u ded^liceis 
« comparée )i Sftiate-Hélèiie. Quant à Sainte-» 
(t Hélène , elle peut défier tous les regrets h 
« venir. » 

Mercredi 2 1 au Vendredi ai* 

PiontiLOw^ki. ^- tiaricatiirè. 

ÙEmpéreûar à continué 4e se lerer de btxUné 
keurè et de se promener k cbeii:âl, bien ^e ^é 
fxi au pas ^ seulement dans le parc et au mi-2 
lieu des arbres k gommcf. Cependant ce légef 
exercice lui était bon , il le forçait de prendre 
Pair ; il revenait ayec meilleur igppéfit ^ et tra<> 
vaîllatt kvec plus de gaSté^ Il déjeunait 4ans le 
jardin , setts quelques arbxes^ qu^on aîràit entFe*-( 
lacés pont lui procurer un p^^d'otabragè. Un 
de çea matins, en ise metta.«it à table', il aper-^ 
çut au loin k polonais Pimthomky^ et le fit 
appeler pour qu'il déjeunât avec lui. Il s'amuse 
k le questionner quand il le trouve sous ses pas^ 

Piontk^ififsk^ , dont on Bie ç6nnatt p<s trop To- 
rigifie^. était venu a Tile d'Elbe et avait ôbttntr 
d'y servir comme soldat dans la garde ; au re-f 
tour de Tile d'Elbe , il avait été porté au grade 



de Uêùtaiiiâtit t k hèttfe ^l^rt^e Fans , H avait 
nça> periAtsmoA à€ suivre { A^ùàt k PUmouth 
iltt so]Bilire de oetX'que les ia^tnictioiis anglai- 
ses séparèrent de nous. Piontkowsky, avec plus 
de constate qu pluj^ d'adresse r que ses^ama- 
radéS-,l8iviLit*èi^Àiii de noué r^jôindfe'l lî'Ertipe- 
reur , du reste , ne Pavait jamais cpnnu , et lui 
parlait k Sainte-Hélène pour la première fois. 
• .AdiScste à^ nons'iie le connaissait davantage } 
^ 'Apg^! (linnat' surprix die nptee.peu d'em.*- 
pr«6setteBt ktsafi arrt'néè. Quclque^-i^ns^e ccau 
qin^ >tietiMsijifl9i)ai#nt <pa8 éciivalMt cpbé> noiii 
l^feiim^SMKt aataljrefiki;^ çei qui étaîf faux; luds 
cito ^t;Mslik^jpoiir qtœ.Ie&papiex&vûnbt^i^ 
]|[eiiiployâs8àif leui: git»e el'law;eBpi9tâcca]i<^ 
trader £<!fimpeK|irr«aMa>il'l)i|^iui^ino«»'l'aEV^^ 
chassé^ et' i*^''i»^ patte plit^ !S|in1 «dtanq eari'* 
eartupe ctîi,l)Ëbi|)erair le sairàasttit diauS'Sei^if*- 
féb9litoi^ fv^V'^MÛié deissûs^ pbuv leid^^o- 
ms^ eV cfe.^létait qu'à i*d!Îdèt dîum I4taà mis 
efrïnreinei»<defit^, que le €dli4uctQar> des frètes 
▼«Hafent k bôtft de M^krrikcke]? 4^ sott^'é^ule : 
TOiik •tegi gentillebés^ ' éléga^ves > dtoli -^9 > »oiu 



(F<r,i8>a) DE SAINTËrâSLENE. a04 

Samedi 24. 

Retpor de Ttte.d'Elb^ — Oérail»^ ^' ^ : 

• Après dîner, l'Empereur, prenarft lé catty 
disait que c*ëtait k-peù-prts Vers ce tç6ips.q<e , 
Vmmée darniète, il avait qittktélîfcdTElWé.îié 
€tM»dM*rëcliariui a dît qàt c'était le^6^Fë^ 
Ttkr, « ûfa dimancte :•« H tfeUé* Biiieî)gttes, 
K Site , (jtie vous jfctèz fait ëvàticèf* la messe , 
<* pouT aydir plus die temps îi dicter des ordres. )> 

L*apïè».ïAidi lùèîàe) ils ë*àient^2trtls; le ïén- 
(de^aiÉÉ miatiDh, ils ëtiiénli entàre en* Vue j iui* 
les'ilîiÈ keui'esf, k là grande toiîété de cettx ^ui 
^•iHt^réssai^iif à îeùV sùciiès. .''■'' *^ i 

t'Ji^mpereur; s'àïnaBidonnant k la cùnvéri^atfion , 
a causé phrs d^ùiie heure cfes détails tfe cet! éve- 
ikement unique dans^ lliistfoire par fa ïîafdîesse 
de Piratreprise et les mei^eiiles de f exécution. 
Je* renvoie plus loin son récit. ' ' r; 

Pîxxi^Ghe 26 au Mapdi 28> ^ 

Campagnes d'Halte cl d'Egypte. — O^jimoV de fBm^ô^' 
. re^r 9Df Qpa |;p3aaâ8rpoètèsi.--^Trqgéiietisié4en)eaii^> 
Hector. — Le^ États de Blois.— Talma^ 

Jja- plupart àe noi^ jburH^és se ressemblaient' 



m MÉMORIAL ( wv. .8f6 ) 

l>eaii|cottp ; «i elles ooijs semUaieat longues e^ 
diétaili elles se perdaient rapidement dans Iç 
lp^ssé: elles étaient saûs caractère, sans couleur, 
p% ne npii^ laissaient qup des souvenirs e^acës. 
UangUjj^ allait de ij^ieu^ en inieux. U£mpe-: 
reur pqnyçnait avoir ^u un montent 4^ dégoût; 
il fVi^tt un instant, me disait r il , vu passer 
sa furia francese ; mais jç Tavai^ r^nimé^ di-: 
sait-il) par une méthode qu^il trouvait shife ^ 
infaillible y ][a qieilleure dç toutes les méthodes; 
celle de Ifre ef d'analyspr jine seule page et de 
la recompencpr ju^pi'a ce qu^eUe fût sue im-: 
perturbablepient : les règles grammjitiçaless'ex- 
plicpient chemin fa^^mtf ]pe ta soi^te , il n*y a 
pas un mqment de ptsrdu pour Tétude et la mé- 
moire. Le^ progrès ^eni}]lent lents d^abord, oii^ 
croit ayanpei! peu^ msfis ^ifand pn arrive k.la 
cinquantième page , qn es^ tout étonné de savoir 
la langue. Nous avions donc ajouté une page de 
Télémaque au reste de notre leçon, et nous 
nous en trouvions très-bien. Du reste TEmpe-? 
r^ur, fu Qp moment, }:{ien qu'il n^ei^t encore 
que vingt pu vingt-cinq leçons complètes, par- 
icourait tous les livres, aurait {ait entendre , 
P^LT jçcriç , ce ^Qjxt il eût eu b^spin. Il ne comT 



( F^f. ,«i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 305 

prenait pas tout, il est vrai; mais on n'aurait 
pu désormais lui rien cacher , disait-il , et c'était 
immense, c'était une conquête achevée, 

La campagne d'Egypte était complétée 
avec Bertrand , autant que le manque de maté- 
riaux pouvait le permettre. L'Empereur enta- 
mait, avec l'un de ces messieurs, une nouvelle 
époque bien précieuse , celle du départ de Fon3 
tainebleau , jusqu'au retour k Paris , et sa se- 
conde abdication. Il ne possédait aucune pièce 
sur ces évènemens si rapides ; mais c'est cette 
rapidité même qui me faisait le supplier d'em- 
ployer sa mémoire a consacrer des circonstances 
que les évènemens ou l'esprit de parti pourrait 
afiaiblir ou dénaturer. 

L'Empereur revoyait aussi fort souvent avec 
moi Jies divers chapitres de la campagne d'Italie ; 
!e moment qui précédait le dîner était consacré 
d'ordinaire a cette révision. Il m'avait chargé 
de couper chaque chapitre d'une manière ré- 
gulière , uniforme ; d'en indiquer les paragra- 
graphes convenables; d'en noter et recueillir 
les pièces justificatives , etc. , etc. C'est ce qu'il 
appelait la triture ou la charlatanneric de l'é- 
4iteur* (( Et cela vous regarde , me disait-il un 



<( jour , avec une grâc^ eX une bonU q^î^nie pëf 
/( nétuient; e^est désormais vxitre h}m : la^cappr 
«< pagne dltalie, portera VAtr^iUom^ et ]i9^ G«Pr 
« ]gagne d*Eggi;pte celui de Bei:txand. Je veux 
(( (yi*eUe fasse tp^t-^-la-foisla fortune de votre 
a poche et celle de votre mémoire; v^us ^ur«z 
i( toujours bien là iOO mille fi^ancs^ et votrç 
« nom durera a^tanjk quç Ije soavenii; de mes 
<( batailles , çtc* , etCi. )). 

Quant \ nos ^prèsrdîué^s, le re^ersi éti^t 
tombé a plat v^ne secondfs fi^^u^^ reprise nV 
vaitpu 4uKei:>.dès Ifi deuxième, ou troisième 
tour^.les^ carte» étaiexit ^bandannées pouf h 
conversation. Nous avions repris les l^eçtui^fii; 
nos romans étaient épuisés, Les^ pièces die tbéàr 
tre aous occiipaieut désormais , les tragédies 
surtouJt; rEmpereuç ' Let&. aime pjiftjlculièr^- 
ment et se plaît V le& analyser :, il y porte 
une lp^<|iie singulière et beaucoup dis gçût, 
Il si^it m^e, fpule de vers dp;it il se soi^went 
dp r4g.e de di^^-buit ans , époqjue , dit-il, ou. il 
sayait beaucoup plus qu'aii»jqiird'bui. t'î^' 
peteur est ravi de Racine , il y ti^juve de 
vraies délices^ il admire épiinemmentCopueilk» 
et fait fof:t peu de cas d^ Yoltft^c,, plein j 



-1 



<F4çt8i6) DE SAINTEwH£l.ÈNE. 303 

di^til y 4e boursouffluré^ de cliaquw*.;. tou*- 
jcuijcs fau^, ne coiuiaisjsaii;b.ni les^ hosnQicç u% les 
choses ,,m.ia Yé];itë , ui la. g]:!andauj; def^ip^ssîoiiS'. 
L'Empereur , a \m de ses* coiichess. a. Sftint^ 
Cloud , analysait la pièce qui. venait de. se jouer; 
c'éuit Hector , par IJuce deLanQivcA: cette 
pièce lui plaisait beaucotup^, ellot avait, de k 
chaleur ,, de Télau ;il Tappeliait U0e pièce do 
quartien générale assurant, cpi'OQ irait mieux 
k Ke»uemi iiprès LVoir oi^iteQdujQ ; qu'il eu 
faudrait, beaucoup dans cet, espriit ,. etc. , etq. 
D.e la passanir aux drames,, qu'il appelait 
les tragédies des femmes de cbambre > il les 
disait cs^pables de supportes aiu plus> le^ pre-^ 
mière représentatioa : ils allaient ensiui^e tçur 
jour^ en perdant. Une bonne txs^édie , au 
contraijje , gagnait chaque jour davantage. La 
haute, tragédie , continuait-il; y^ était Tëcple 
des grajttds hommes ; c'était le devoir dRs sour 
veraius de rèncouragier et de la répandre;^ et 
il n'était pas. nécessaire , prétendait-il,, d'être 
poète pour la [i^er, iLsiuifisait de connaître 
les hommes et les chosies , d'avoir, de réléyar 
tion et d'êtjre homme d!état.j et s,'aui)Q(^t par 
degré: a La traj^die , disaitril ayei: chaleur, 



30e mémorial; (PéwiSieî 

K écliauife rame, élève le cceur, peut et doit 
K créer des héros. Sous ce rapport, peut- 
éc être , la France doit a Corneille une partie 
« de ses belles actions; aussi, Messieurs y s'il 
i< vivait j je le ferais Prince. i^ 

Une autre fois, pareillement a son coucfher, 
il analysait et condamnait les Etats de Blois, 
ijtt'on venait de jouer sur le théâtre de la cour 
pour la première fois; et apercevant parmi 
nous Tarchi-tréSorier Lebrun, littérateur fort 
distingué, il lui demanda son opinion: celui-ci, 
«ans doute dans l'intérêt de Tauteur, se con- 
tenta de répondre que le sujet était mauvais. 
« Mais ce serait la première faute de M' Ré- 
H nouard, répliqua l'Empereur, il l'a choisi lui- 
H même, personne ne le lui a imposé ; ct.puis, 
« il n'est pas de sujet si mauvais dont le grand 
H talent ne sache tirer quelque parti ; et Cor- 
« neille serait encore sans doute Corneille , 
« même dans celui-ci. Quant a M. Rénouard , il 
(c a manqué tout à fait son affaire ; il ne montre 
H ici d'autre talent que celui de la versification, 
tt tout le reste est mauvais , très-mauvais : s'a 
u conception, ses détails, son résultat, sont man- 
^ qués ; il viole la vérité de l'histoire y ses caraçt 



m •• , '•«■ n h iiÉ— ' r — ~ 



< FéT. tM ) DE SAINTE-HÉLÈNE. 307 

<f tcres sont faux, sa politique est dangereuse , 
Ai et peut être nuisible. Cette circonstance me 
<( confirpie , ce que du reste chacun sait très- 
« bien , qu'il est une énorme différence entre 
<( la lecture et la représentation d'une pièce *î 
« j'avais crud'ajjordque celle-ci pouvait passer; 
(c ce n^est que ce ^soir que- j'en ai vu les incon -^ 
(f veijtieus :' les éloges prodigués aux Bourbons 
m sont les moindres; les diatribes contre les 
xc révolutionnaires sont bien pires encore. M. 
ii Rénouard à été faire du chef dès Seize, le 
<( capucin Chabot dé la convention. 11 y a dans 
« sa pièce pour tous les partis , pour toutes les 
u pi^ssions; si je }a laissais donner djans Paris , 
« on pourrait venir m'apprendre que cinquante 
1A personnes se sont égorgées dans le parterre. 
« De plus l'auteur a fait de Henri IV un vrai 
« Phiiinte, et du duc de Guise un Figaro , ce 
« qui est trop choquant en histoire. Le duc de 
<r Guise était un des plus grands personnages 
<( de son temps , avec des qualitfés et des talens 
(( isupérieurs , et auquel il ne manqua que d'oser , 
<( pour commencer , dès lors , la %* dynastie/^ 
« de plus c'est un parent de l'Impératrice *, un 
H priace de la maison d'Autriche avec oui noi^si 



30& MEMORIAL c ^^v. 1816 ) 

(< sommes en apoiitié , dont rAmbassadeur était 
« présent ce soir k la .représentation. L^^uteur 
« a plus d*une fois étrangement méconnu^ toutes 
<( les convenances. )> Et TEmpereur disait ^«i- 
suitc se rat&rmir plus (pie jamais dan^ la dé- 
t^ermination, qu'il avait prise, de ne pas laisser 
jouer une tragédie nouvelle sur le théâtre pu- 
blic y avant qu'elle n'eût été mise \ Tépreuye 
sur le théâtre de la cour. Il fit donc interdire la 
représentation des Etats de Blois. Mais ce qui 
est bien digne de remarque, c'est que. sous leSLoi, 
cette pièce a reparu solennellement avec toute 
la faveur que devait lui donner la proscription 
de l'Empereur, et qu'elle est tombée néanmoins^ 
tant avait été juste le jugement que Napoléon 
en avait porté. 

Talma,fle célèbre tragique, parvenait très- 
souvent jusqu'à l'Empereur , qui faisait grand 
cajs de soa talent et le récompensait magnifique-- 
ment. Quand le l" <^onsul devint Empereur ^ 
les bruits de Paris fur<ent qu'il faisait venir 
Talma pour prendre des leçons d'attitude et de 
costuma., I^j'Ëm^ereur, qui n'ignorait jama^ri^n 
de ce.qul se disait comice lut^ en plaisantait ua 
jour Talma:. celui^Len^demcrurait déconcerté , 



(FëT.i8i€) DE SÀINtÉ-HÉLENE. ^09 

confondtf. « Votis avez tort , lui di^it l*Emp«-. 
« reut, je û^Àtitats sans doute eu riéftde mieux 
(( k &ite^ si tôatefoîàyen avais eu le tëtiitis. » 
Et alors c'étart lui qui donnait k Talma ées 
leçons sur soti art : <( Racine , lui disait*-il, a 
<( mal'^k propos chargea Oreste en niaiseries , ^t 
c( vous le chargez encore davantage j dans la 
« Mort de ï^otopée , vous ne jouez pas César tu 
« gramd homme ; dans Britannicus, vous ne joii^z 
c( pas Néron en tyran , etc. , etc. , » et tout le 
monde sait que ce grand acteur a fait en effet 
depuis de grandes corrections dans iç^s rôles 
fâmetfî. 

Jeudi 29. 

Les faisasM d'affaires dans U réVÔIuiîoD, ^-«^ Cvédti 4^ 
rEijtipçreur à son retoiu:» — Sa réputation dans les bu- 
reaux conime vérificateur. — -< Ministres des financée , 
' du tf'ésor. ^ Cadastre. ' 

A six heuries^ après le travail , l'Empereur a 

. ëté se .promemc^r xlans le jardin ;. nous sommes 

^isuite montés en. calèche : il faisait tout a fait 

n^)t y et pleuvait fort <|uand nous spmmes 

r^atrës. .• • 

Après le dîner , et pendant le café ^.que nous 



340 MÉMORIAL {tir.in^f 

avons pris à tabla dans la salle a itAiiger , la con- 
versation est tombée sur ce qu*on appelle à PaTÎ^ 
les gens (Taffaireê^ les grandeêfoHuneê sccpii- 
stt dans la révolution. Il n'était pas une de ces 
personnes ddnt l'Empereur ne connût \é nom , 
la famille , les affaires et )e degré de Aioralité. 

A peine P' Consul , il se trouva aux prises y 
dit-il, avec la célèbre madame Jléfiamiér: son 
père avait été placé dans les postes. Napoléon 
en entrant au Gouvernement avait été obligé de 
signer de confiance une foule de listes.; mais il 
€Ut bientôt établi une grande surveillance dans 
toutes les parties. Il trouva qu'une correspon- 
dance avec les CbouaaiS se faisait sous le cou-» 
vert de M. Bernard, père de M"^* Kécamîer ; il 
fut àuâsitôt destitué, et courait risque d'êtne 
jugé , et mis à mort. Sa fille accourût auprès du 
1*' Consul ; et, sur ses sollicitations ^ Je P' Consul 
SF«^lut bien faire grâce du procès j mais il fut 
inébranlable sur le reste , et M*« ftécamier , ka- 
bituée a tout demander et a tout obtenir , ne 
prétendait rien moins que la réintégration de 
son père : telles étaient les mœurs du temps. 
Cette sévérité de la part du P* Consul filt 
jeter les hauts cris, on n'y était pas âccoututné ; 



( Fér. ,8i6 ) DE SAINTErHELÈNE. 341 * 

M"® Récamiér et son parti , qui était fort iu>m- 
breux , ne lui pardonnèrent jamais.. 

Les fournisseurs et les faiseurs d^afiaires 
étaient ceux surtout iq[ui tenaient le plus au 
cœur du nouveau magistrat suprême y qui appe- 
lait cette classe le fléau, la lèpre d'une nation. 
L'Empereur nous observait alors que la France 
entière n'aurait pas suffi a ceux de Paris ; qu'à 
son arrivée a la tête de$ affaires, ils composaient 
une véritaMe puissance, et quHls étaient des plus 
dangereux pour l'état, dont ils obstruaient et cor- 
rompaient les ressorts par leurs intrigues , celles 
de leurs agens et de leur nombreuse clientelle. 
Au vrai , ils ne pouvaient, disait-il, jamais pré- 
seater que des sources empoisonnées et rui- 
neuses, a la façon des juifs et des usuriers. Us - 
avaient déconsidéré le Directoire , et ilspréten- 
daient bien diriger aussi le Consulat: on peut 
dire qu'ils composaient ajiors la tête de la so- 
ciété, qu'ils y tenaient lé premier rang. 

(c Un des plus grands pas rétrogrades , disait 
« l'Empereur , que je fis faire k la société , vers 
<c son état et ses mœurs passées, fut de faire 
« rentrer tout ce faux lustre dans la foule ; ja- 
« mais je n'en voulus élever aucun aux liôn- 



848 MCëMOHI AL X vér. iBiG ) 

i< meurs : de toutes ks 'aristocraties celle 4a 
(( me semblait la p-irie. » 

li*]^pereur rend k Lebran la justice de Ta- 
voir affermi spécialement dans ce principe. (cGè 
« parti m^en a toujéurs voulu depuis , disait 
(( l'Empereur ; mais ce qu^il m*a bien moins 
f( pardonné «noore , c'^est rinquisttion sëvère 
4< que je fadsais eccercer dans leurs comptes vis- 
« k-vis du Gouvernement. » 

UEmpereuir disait avoir fait k ce sujet un 
usage admirable de son conseil d'État: il nom- 
mait une commission de quatre ou chiq de ses 
membres, gens intègres et capables ; ils lui fai- 
saient leur n8[pport., et s'il y avait lieu a pour- 
suites^ il y apposait aa bas: Renvoyé au Grand 
J^ge pour faire eoaécaUr les lois. Arrivés k ce 
ppint, les impliqués venaient d^ordinaiiE^e kcom* 
position ; ils rengorgeaient un , deiix , trois j 
quatre millions , pluti6t que de se laisser pour- 
suivre. L'Empereur savait bien que to^s ces 
faits étaient faussement représentés dans les 
cercles de la capitale , (qu'ils l,ui créaient une 
foule d'ennemis , lui .attiraient le? xqproches 
d'arbitraire et de tyrannie ; mais. il acquittais 
un grand devoir vis-a-vis de la société en masse , 



( Fér. 1816 ) DE SAINTE-HÉLÈNE. 3>i8 

elle devait lui tenir compte de pareilles mesures 
vis-k-vis ces sangsues publiques. 

(( Les hommes sont toujours les mêmes , di- 
« sait l'Empereur : depuis Pharamond, les trai- 
(( tans se sont toujours conduits ainsi, et on en 
(( a toujo'urs agi de même à leur égard ; mais a 
(( aucune époque de la monarchie ils n'ont été 
<( attaqués avec des formes aussi légales , ni 
(( abordés avec autant d'énergie et de franchise 
(( que par moi. L'opinion des gens d'affaires 
(( eux-mêmes était bien différente de celle des 
<( salons: ceux qui avaient de la moralité et de 
<( la droiture trouvaient même une nouvelle 
<f garantie dans cette extrême sévérité , et il 
« s'en est vu une preuve bien remarquable au 
« retour de l'île d'Elbe : des maisons de Londres , 
<( d'Amsterdam , m'ont ouvert secrètement un 
« crédit de 8Q à 400 millions , au simple taux 
« de 7 k 8 pour cent. L'argent qu'elles dépo- 
« saient au trésor k Paris , net de tout , leur 
« était payé par des rentes sur le grand livre 
(( a 50 ; elles étaient alors pour le public a 56 
(( ou 57. » 

Cette ressource, si utile pour les affaires, dans 
la crise où l'on se trouvait , et si satisfaisante', si 
2. 20 



3ih MÉMORIAL (Pi^..g,«) 

flatteuse pour celui qui en ëtait l'objet, prouve 
l'opinion véritable que Ton avait en Europe sur 
TEmpereur , et la confiance qu'il insj>irait dans 
les aflTaires. Cette négociation , inconnue dans 
le temps , explique , ce qu'on ne comprit pas 
alors à Paris , les moyens financiers que l'Em- 
pereur se trouva posséder toui-Woup k son re- 
tour. 

L'Empereur jouissait , disait-il , d'une répu- 
tation singulière parmi tous les bureaucrates 
et les faiseurs de chiffres ; c'est qu'il s*y enten- 
dait réellement beaucoup lui-»même. a Ce qui 
<( commença ma réputation , fut que vérifiant 
« la balance d'une année lors du consulat, je rc- 
<(f levai une erreur de deux millions au désavan- 
(( tage de la république. M. Dufresne, alors chef 
(( de la trésorerie, parfaitement honnête du reste, 
« n'en voulait d'abord rien croire j pourtant c'ë- 
<( tait une affaire de chiffres , il fallut bien en 
<( convenir. On fut plusieurs nK)isk k trésorerie 
<( à pouvoir découvrir Terreur ; elle se trouva 
« enfin dansun compte du fournisseur Séguin , 
(( qui en convint aussitôt, sur la présentatioades 
« pièces, et restitua, disant qu'il s'était trompé. » 

Une autre fois l'Empereur , visitant la solde 



(P^T. »i,6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 345 

de la garnison de Paris ^ marqua un article de 
€0 et queiqaes mille francs affectés k un dëta^ 
chemeivt qu'il assura n'avoir jamais été dans la 
capitale. Le ministre nota cet objet, comme pat 
complaisance , intérieurement convaincu que 
TEmpereur se trompait ; c'était pourtant vrai , et 
la somme dut être rétaUie. 

L'Empereur regardait comme de la plus haute 
importance la séparation du ministère des fi- 
nances d'avec celui du trésor : elle amenait la 
distinction des Ql>jets, et créait un contrôle mu- 
tuel. Le mitii$^ti:e du trésor était y sous un chef 
tel que lui , l'homme le plus important de rËm" 
pire y disait^l ; non pas comme ministre du tré* 
sor , mais comme contrôleur -général : toutes les 
ordonnances de TEmpire lui passaient sous les 
yeux y il pouvait donc découvrir les vols et les 
abus de quelque part qu'ils vinssent , et les faire 
connaître en secret au souverain; ce qui arrivait 
en <iffet journellement. 

La spécialité était un autre point sur lequel 
il s'arrêtait avec complaisance^ comme ayant été 
un des ressorts les^plus heureux de son admi-* 
nistration. 

Parlant du eadMtreyttl qu'il l'avait arrêté, 



3>|6 MÉMORIAL <Mars,8i6) 

il disait qu'il çût pu être considéré à lui seul 
comme la véritable constitution de TEmpire ; 
c'est-a-dire , la véritable garantie des propriétés, 
et la sûre indépendance de chacun ; car une fois 
établi , et la législature ayant fixé Timpàt , cha- 
cun faisait aussitôt son prppre compte , et n'ar 
vait plus a craindre l'arbitraire de l'autorité ou 
des répartiteurs , qui est le point le plus sensible 
et le moyen le plus sur pour forcer a ia soumis- 
sion. L'Empereur , durant cette conversation , 
a donné son opinion sur les talens et le carac- 
tère de MM. Gaudiriy Mollieh , Louis , ainsi 
que de la plupart de ses autres ministres etcon- 
5eill|irs d'Etat , et a terminé le sujet eu: con- 
cluant qu'il était venu à bout de créer une âd- 
ministi*ation la plus pure et la plus énergi- 
que sans doute de l'Europe ; et. qu'il en possé- 
daittelUment les détails lui-même , qu'il pensait 
qu'sLvec les moniteurs seuls , il. serait en. état de 
tracer d'ici l'histoire de. toute l'administration 
financière de l'Empire durant son règne. 

Vendredi i^'' Mars. 

jAn^Gurd'hui sont arrivés dés bâtimens venant 



(Matti8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. SiT 

du Gap : . Tun d'eux Àtait k Weilesley , de 7J^ 
canons, qui portait dans .sa cale un autre vais - 
seana démonté. Us ayaient été constjntits tous les 
deux da^ns Tlnde , enboîs de teck , à trois quarts 
meilleur marché qu'en Angleterre. Ce bois est 
excellent y et le yai^tieiCu.de nature a durer beau- 
coup plus long-temps que "ceux d'Emope; mais 
jusqu'ici on se plaint qu'ils marchent moins-bien ; 
toutefois c'est une révolution probable qui se 
prépare dans les matériaux et là construction de 
la marine anglaise, . . . . . * 

Samedi 2, 

La flotte de la Chine est aîrrivée ce matin j 
plusieurs Vaisseaux sont entrés successivement 
dans la journée , et beaucoup d'autres sont de- 
meurés en vue : c'est la joie , la fête, la' moisson 
de l'île. L'argent que laissent les passagers pen- 
dant leur courte relâche fait une grande partie 
des revenus des habitans. . 

A cinqheures, l'Empereur est sorti dans le jar- 
din, et est descendu k pied jusqu'à l'ouverture 
d^une goi'gc d'où l'on découvrait plusieurs vais- 
seaux faisant roftte a toutes voiles pour le mouiK 
kge. Le dernier bâtiment, venu du Cap, avait 



348 . MÉMORIAL (îi«r.,Si6) 

apporté un phaëton pour PEmpereuT ; il a voulu 
ressayer ce soir, il y est monté avec le Grand 
Maréchal / et a fiait un tour dans le parc; il a 
trouvé cette espèce de voiture inutile ici et ri- 
dicule j^ouf lui. Le .soir, après dîner, TEmpe- 
reur se sentait fatigué , il se plaignait depuis 
plusieurs jours; il s*est retiré de fort bonne 
heure. 

Dimanche 3. . 

Sur ^invasion en Angleterre. — Détails. 

L*Empereur m'a fait Venir sur les deux heu- 
res; il se faisait la barbe. Il m'a dit que je 
voyais en lui un homme mort, bon à enterrer; 
que je devais en savoir quelque chose, qu*il 
avait dû m'éveiller souvent dans la nuit. Effec- 
tivement je Pavais entendu constamment tousser 
et éterntrcr ; il avait un rhume de cerveau des 
plus violens, il l'avait pris hier soir, en de- 
meurant trop tard k Thumidité ; il se promet- 
tait bien, à Pavenir, d'être toujours rentré à 
six heures. La toilette faite, il s'est mis k tra- 
vailler un moment a l'anglais; cela n'a pas été 
long, il était réellement accablé, tant il avait la 



1 11^ »ais ) DE SAINTE-HÉLENE. M9 

tête prise. Il m^a dit de m'asseoir a cote 4e lui, 
et m'a fait, bayarder plus de deux heures sur 
Londres, durant mon émigration. Un moment 
il a dit ; a Ont-ils eu bien peur de mon in- 
« vasion en Angleterre ? Quelle fut alors Topi- 
« nion générale à ce sujet. — Sire, ai*J6 répondu, 
(c je ne saurais vous le dire, j'étais déjk repassé 
(c en France. Mais dans les salons de Paris , 
« nous en faisions des gorges chaudes, et les 
u Anglais qui s'y trouvaient , faisaient comme 
(C nous : nous racontions que jusqu'à BruAet 
« même s*en moquait, et que vousTaviex fiiit 
<c mettre en prison , pour avoir eu l'insolence de 
« plaisanter dans ses rôles, avec des coquilles 
<( de noix surnageant dans une. cuvette , ce qu'il 
f( appelait travailler aussi a sa petite flo tille. 
<( -*- Eh bien, a repris TËmpereur, vous avez 
(( pu en rire à Paris, mais Pitt n'en riait pas dans 
« Londres; il eut bientôt mesuré toute l'éten- 
(( due du danger , aussi me jeta4-il une coali- 
« tion sur le dos au moment où je levais le bras 
(( pour frapper. Jamais Tolygarchie anglaise 
« ne courut de plus grand péril. 

« Je m'étais ménagé la possibilité du débav- 
« quement; je possédais la meilleure armée qui 



320 MÉMORIAL , (Mm 1816) 

(( fut jamais , celle d'Austerlitz , c'est tout dire. 
« Quatre jours m'eussent suffi pour me trouver 
K dans Londres; je n'y serais point entré en con- 
(( quérant , mais en libérateur : j'aurais renou- 
(( vêlé Guillaume III , mais avec plus de généro- 
(( site et de désintéressement. La discipline de 
(( mon armée eût été parfaite, elle se fut conduite 
(( dans Londres, comme si elle eût été encore 
(( dans Paris; point de sacrifices, pas même 
« de contributions exigées des Anglais; nous 
(( ne leur eussions pas présenté des vainqueurs, 
(( maîsdea frères qui venaient les réùdte à la 
« liberté, k leurs droits. Je leur eusse dit de 
« s'assemUer, de travailler eux-^memes à leur 
(c. régénération^ qu*ils étaient nos aînés en fait 
(( d^e législation ||pUtique ; que nous ne voulions 
« y êtrç pour rien , autrement que pour jouir 
(( de leur bonheur et de leur prospérité, et 
« j'eusse été strictement de bonne foi. Aussi, 
<( quelques mois ne se seraient pas écoulés, que 
<( ces deux natipns, si violemment ennemies ,* 
« n'eussent plus composé que des peuples iden- 
« tifiés désormais par leurs principes, leurs maxi« 
« mes, leurs intérêts; et je serais parti de là pour 
(( opérçy,du Midi au NqrdjSous les couleurs repu- 



-Ji' •" * 



(Mar, i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. , 321 

(( blicaines (j'étais encore alors premier Consul), 
« la régénération européenne , que plus tard j*ai 
« été sur" le {)oint d'opérer du Nord au Midi , 
« sous les /ormes monarchiques. Et ces deux 
(( systèmes pouvaient être également bons ; 
(( puisquUls tendaient tous les deux au même 
(( but , et se sueraient tous deux opérés avec fer- 
(( meté, modération et bonne foi, Que^de maux 
(r qui nous sont connus ; que de maux, que nous 
(( ne connaissons. pas encore, eussent été épar- 
« gués a cette pauvre Europe î Jamais projet , 
(( plus large dans les intérêts de la civilisation, 
« ne fut conçu avec des intentions plus gêné- 
(( reuses, et n'approcha davantage de son exé- 
(( cution. Et, chose bien remarqpiable, les obs- 
« tacles qui m'ont fait échouer ne sont point 
(( venus des hommes,- ils sont tous venus des 
« élémens : dans le Midi, la mer m'a perdu; 
« rincendie de Moscow, les glaces de l'hiver, 
tt m'ontperdudansle Nord; ainsi, Teau, l'air 
« et le feu, toute la nature, et rien que la na- 
(( ture; voilk quels ont été les ennemis d'une 
<( régénération universelle, commandée par la 

« nature même ! Les problêmes de la pro- 

« vidence sont insolubles !!!.... 



^» MEMORIAL (ifort.si^) 

Api:è5 quelques in&taas de silence , l'Empe- 
reur en est revenu t développer son invasion : 
(( On croyait, a-t-il dit, que mon inri'.sion n*é- 
(( tait qu'une vaine menace ; parge qu'on ne 
(( voyait aucun moyen raisonnable de la tenter; 
(( mais je m'y étais pris de loin, j'opérais sans 
(( être aperçu ; j'avais dispersé tous nos vais- 
(( seaux : les anglais étaient obligés de courir 
« après sur les divers points du globe; les 
» nôtres pourtant n'avaient d'autre but que 
(c de revenir, k l'improviste, et tout k la fois , 
<( se réunir en masse sur nos côtes»- Je devais 
(( avoir 70 ou 80 vaisseaux français ou espa- 
ce gnols dans la Manche : j'avais calculé que j'en 
(c demeurerais maître pendant deux mois ; j'avais 
« 3 ou M* mille petits bàtimens qui n'attendaient 
(( que le signal ; mes cent mille hommes faisaient 
(C chaque jour la manœuvre de l'embarquement 
(( et du débarquement, comme tout autre temps 
u de leur exercice : ils étaient pleins d'ardeur et 
« de bonne volonté; ^entreprise était très-popu* 
(( laire parmi les Français, et nous étions appe- 
<( lés par les vœux d'une grande partie àes 
i( Anglais. Mon débarquement opéré, je ne 
« devais calculer que sur une seule bataille 



(M«.i8ifr>DE SAINTEr-HÉUENE. »2S 

a rangée; Tissue n'eir pouvait être douteuse) 
(( et la victoire nous plaçait dans Londres*; car 
(( le local du pays n'admettait point de guerre 
« de chicane ; ma conduite morale eût fait le 
« reste. Le peuple anglais gémissait sous le 
« joug de Tolygarchie ; dès qu'il eût vu son or- 
(( gueil ménagé, il eût été tout aussitôt k nous ; 
(Y nous n'eussions plus été pour lui que des 
« alliés venus pour le délivrer. Nous nous pré- 
ce sentions . avec les mots magiques de liberté 
(( et d^égalité , etc. » 

Et après être revenu encore à une foule de 
petits détails d'exécution tous admirables , et 
fait remarquer à combien peu il avait tenu que 
le tout ne s'exécutât, il s'est interrompu assez 
brusquement, disant : « Mais sortons, allons 
« faire un tour. » 

Et nous avons été promener dans le jardin. 
Le temps , qui avait été pluvieux depuis trois 
jours, s'était remis tout-k-fait au beau. Cepen- 
dant l'Empereur, se rappelant sa résolution 
d'être rentré à six heures, a demandé tout de 
suite la calèche, pour être revenu de bonne 
heure. Mon fils a suivi k cheval , c'était la pre- 
mière fois qu'il jouissait d'une telle faveur ; il 



32* M!ÉM0R1AL ' (Mar. 18.6) 

s^est fort bien acquitté de son dëlnit; TEmpe- 
reur Ten a complimenté. 

L'Empereur, continuant d'être souffrant , 
s'est retiré encore de fort bonne heure. 

Lundi 4- 

Flotte de la CKine. 

Aujourd'hui, l'Empereur a reçu quelques 
capitaines de la flotte de la Chine ; il a causé fort 
I long-tempjs avec eux sur la nature de leur com- 
merce, la facilité de leurs relations avec les 
Chinois, les mœurs de ceux-ci,, etc. , etc.. Ces 
bâtimens de la Chine sont de 4)^ ou 1500 ton- 
neaux, a-peu-pr.ès égaux aux vaisseaux de 6h; 
ils tirent 22 ou 23 pieds; ils sont chargés, pres- 
que en totalité, de théj l'un d'eux en avait près 
de 4500 tonneaux à bord. Les six bâtimens qui 
sont entrés hier sont estimés environ 6o mil- 
lions, et comme ils seront frappés en arrivant 
d'un droit de 100 pour 100, ils jetteront dans 
la circulation de l'Eurppe une valeur de 120 
millions. 

Les Européens ont très-peu de liberté à Can- 
ton : ils ne peuvent guère circuler que dans les 



(M«r»i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 325 

faubouirgs; ils sont traités avec le plus grand 
mépris par les Chinois , ^ui exercent sur eux 
une grande supériorité et beaucoup d'arbitraire. 
Ceux-ci sont très-intelligens et fort perspicaces, 
industipieux , alertes, voleurs et de mauvaise 
foi, Toutes les affaires se ^aitent en langues 
européenui^s , qu'ils parlent avec facilité. 

L'arrivée des flottes ici fait le bonheur de 
Pile et celui des passagers ; les habitans ven- 
dent leurs denrées, et achettent leurs provi- 
sions ; les passagers respirent Tair de terre , et 
se rafraîchissent. Ce mouvement dure ordinai- 
ren^ent quinze jours ou trois semaines; mais, 
dans cette circonstance, TAmiral, au grand cha- 
grin de tous , a réduit la relâche à deux jours 
seulement pour les deux premiers bàtimens ve- 
nus, obligeant le reste k demeurer sous voiles 
au-dehors pour n'entrei^ successivement de la 
sorte que deux a deux. Il faut qu'il ait reçu des 
ordres bien sévères ou qu'il conçoive de vives 
inquiétudes , dont nous ne nous doutons pas. 

L'Empereur a promené pendant quelque temps 
dans le jardin, avant de monter en calèche. 
Au travers des arbres, dans le voisinage , on 
voyait roder plusieurs des officiers nouvellement 



iS6 MÉMOaiÀL (Mm 1616) 

Tcsuf ) sp^i chef ehaid&t^ apercevoir PEmpe- 
reur^ils y jLttackai^nt un prix iàfimi^ 

Mardi 5. 

Cour de IXmpef enr j étiquette , etc. — anecdote 4e Ta- 
rare. <— Grands officiers. — Chambellans. — — Splen- 
deur sans égsde de la cour des Tuileries. — Belle 
admioistratioa du palais. >-— Intenti<m de rEmperenr 
à ses levers. — Grand couvert. — • De la cour et de la 
ville. 

Aujourd'hui, la conversation de TEmpereur 
est tombée sur sa cour et sur son étiquette : il sY 
est arrêté fort long-temps. Yoici ce que j'en ai 
recueilli : 

Au moment de la Révolution, disait-il, la 
cour d'Espagne, celle de Naples, reposaient 
encore sur l'importance et la grandeur de 
Louis XIV, mêlées k la boursouflure et k l'exa- 
gérâtion des Castillans et des Maures; elles 
étaient tristes et ridicules. Celle de Pétersbourg 
avait pris la couleur et les formes des salons ; 
k Tienne, elle était devenue bourgeoise; et il 
ne restait pas de vestiges du bel esprit,' des grâ- 
ces et du bon goût de celle de Versailles. 

Napoléon, arrivant k la souveraine puis- 
sance, trouva donc, ainsi qu'on le dit vulgaire* 



J 



( Mar. 18.6 ) DE SAINTE-HÉLÈNE. 327 

ment , terre ra^e et maison nette , et put com- 
poser une cour tout-à-fiait à son gré. 11 tediex- 
cha , dit-il , un milieu raisonnable , voulant ac- 
corder la dignité du trône avec nos mœurs nou- 
velles , et surtout faire servir cette création k 
Taméliorationiles manières des grands, et k l'in- 
dustrie du peuple. Certes, ce n'était pas une* 
petite affaire que de relever un trône sur le ter- 
rain même oit Ton avait juridiquement exécuté le 
monarque régnant, et où chaque année Ton avait 
juré constitutionnellement la haine des rob ! Ce 
n'était pas une petite affaire que de rétablir les 
dignités, les titres, les décorations, au milieu 
d'un peuple qui combattait et triomphait , de- 
puis quinze ans , pour les proscrire l Toutefois 
Napoléon, qui semblait toujours faire ce qu'il 
voulait, disait- il, parce qu'il avait l'art de vou- 
loir juste et k propos, enleva de haute lutte 
ces difficultés. On le fit Empereur , il créa des 
grands et se composa une cour. Bientôt la vic- 
toire sembla prendre le soin elle-même d'affer- 
mir et d'illustrer subitement ce nouvel ordre 
de choses. Toute l'Europe le reconnut , et.il fut 
même un moment où l'on eût dit que toutes les 
cours du continent étaient accourues k Paris 



328 MÉMORIAL (Mârs,8i6) 

pour composer celle des Tuileries , qui devint 
la pLas brillante et la plus nombreuse que Ton 
eût jamais vue. Elle eut des cercles, des bal- 
lets , des spectacles ; on y étala une magnificence 
et une grandeur extraordinaires. La seule per- 
sonne du souverain conserva toujours une ex- 
> trême simplicité , qui servait même à le faire 
reconnaître. C'est que ce luxe , ce faste , qu'il 
encourageait autour de lui, étaient dans ses 
combinaisons, disait-il , non dans ses go.ùts. Ce 
luxe, ce faste étaient calculés pour exciter et 
payer nos manufactures et notre industrie natio* 
nale. Les cérémonies et les fêtes du mariage de 
rimpératrice , et celles du baptême du Roi de 
Rome, ont laissé bien loin derrière tout ce qui 
les a devancées , et ne se renouvelleront pro- 
bablement jamais. 

L'Empereur prit a tâche de rétablir, au de- 
hors, tout ce qui pouvait le mettre en harmonie 
avec les autres cours de l'Europe ; mais, au de- 
dans, il eut le soin constant d'ajuster les formes 
anciennes avec nos nouvelles mœurs. 

Ainsi, il rétablit les levers et les couchers de 
nos rois; mais, au lieu qu'ils.étaient réels alors y 
ils ne furent plus que nominaux. Au lieu de 



(Mr. im ) DE SAINTE-HÉLÈNE. 329 

présenter les plus petits détails d^une vraie toi- 
lette et les saletés qui pourraient eu être la 
suite; ces instans/sous TEmpereur, n^étaient 
réellement consacrés qu*k recevoir le matin , ou 
congédier le soir ceux de samaison qui avaient 
des ordres directs à prendre de lui , et dont la 
prérogative était de pouvoir lui faire leur cour 
à ces heures privilégiées. 

Ainsi y TEmpereur rétablit des présentations 
spéciales auprès de sa personne , des admissions 
a sa cour ; mais au lieu de ne se décider que sur 
la naissance , ce ne fui plus , et toujours, que 
sur la base combinée de la fortune, de Pinfluence 
et des services. 

Ainsi TEmpereur cr^a des titres , dont la qua- 
lification donnait la main à Timcienne féodalité ; 
naais sans valeur réelle , et d'un but purement 
national ; sans prérogatives, sans privilèges, ils 
allaient atteindre toutes les naissances, tous les 
services, toutes les professions. Il les disait un 
rapprochement utile avec les mœurs de la vieille 
Europe aii-dehors , et un hochet innocent pour 
bien des vanités du dedans, (c Car, observait-il, 
ce combien d'hommes supérieurs sont enfouis plus 
« d'une fois dans la journée! .)> . 

2 2>| 



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380 MÉMORIAL (m.™ iM) 

Ainsi TEmpereur fit reparaître des décora- 
tions, et distrilma des croix et des cordons ; mais, 
au lieu de ne les répandre que sur des classes 
spéciales et exclusives , il les étendit k toute la 
société y a tous les genres de services , k tous les 
genres de talens; et, par un privilège exclusif 
peut^tre, en la personne de Napoléon , plus il 
en accorda, plus ils acquirent de prix. Il es- 
time à 25 mille peut*^tre le nombre des décon- 
, tions de la Légion d^honneur qu^il a distribuées; 
et le désir de les obtenir, disait-il, allait tou- 
jours croissant : c'était devenu une espèce de 
fureur* Après la campagne de Wagram, il l'a- 
dressa k Tarchiduc Charles ; et, par uii raffine- 
ment de galanterie qui n'appartenait qu'k Na- 
poléon, ce fut la croix d'argent, précisément 
celle de simple soldat , qu'il lui envoya. 

C'était, disait l'Empereur , la pratique fidèle 
et volontaire àes maximes qu'on vient de voir 
qui faisait de lui le monarque vraiment natio- 
nal, et qui aurait rendu la quatrième dynastie, 
la dynastie vraiment constitutionnelle. « Awà^ 
<c observait-il souvent, le peuple du plus bas 
(c étage en avait-il l'instinct secret. » 

L'Empereur raconte qu'en revenant de son 



(M^ .$,6 ) DE SAIKTE-HÉLÈNE. 334 

couronnem^ot d*itaJiié , et dans les eiiviroos dé 
Lyon y la ]io|^latian accourtïnt sur les routes', 
il Ipi prit fantaisie de vionter seul et à pied k 
moQtagae de Tarare- Il avait défendu que pef^ 
somie ne le suivit; se mélanf àla foule, il ao- 
Costa UM bonne vieille à epiï il demanda ce que 
cela signifiait; elle lui répondit que c'était PEm- 
pereùf qui allait passer. Sur quoi, après quel- 
ques paroles àe politique , il lui dit : u Mais , la 
a bonne, autrefois vous aviez le tyran Capet , 
il k présent vous avez le tyran Napoléon y qtfe 
« diable àvez-vous gagné k tout cela ? » La*£brce 
de l'argiunent, disait Napoléon , déconcerta 
la vieille pour un moment. Mais cependant 
elle se tèmit et lui répondit : « ]|f!ais pardon- 
u nes-moi , Monsieur : après tout^, il y a une 
4c grande différence, iu>us avcms clioKsî celui- 
« ci, et nous avions Pautre par hasard.... Et la 
<c bonne vieille avait raison , ajoutait PEmpe- 
<c r Qur, et elle découvrait Ik plus df^nstinct et de 
c< bon sens que bien des gens d^une grande in* 
M struction ^et de beaucoup d'esprit. » 

ii^Empereur s'entoura de grands officiers de 
la ^couronne ; il se composa une nombreuse mai- 
son d^honnéur en chambellans , écuyers et au- 



332 MEMORIAL ( war. ,8.6 ) 

très ; il les prit y et parmi les personnes noxt- 
velles que la rëvolution avait élevées , et dans 
les familles anciennes qu^elle avait dépouillées. 
Les premiers se regardaient sur un terraia 
qu^ils avaient acquis ^ les autres sur un terrain 
qu'ils croyaient recouvrer. Pour TEmpereuT, 
il ne chérciiait dans ce mélange que Textinc- 
tion des haines et la fusion des partis. Toute- 
fois il était aisé, dit-il , d'apercevoir des 
mœurs et des manières bien différentes : les 
anciens mettaient bien plus d'empressement et 
de grâce dans leur service; une M'^^de Mont- 
morency se serait précipitée pour renouer les 
souliers de l'Impératrice ; une dame nouvelle y 
eût répugné j celle-ci eût craint d'être prise 
pour une femme de chambre; M"** de Mont- 
morency n'avait nullement cette crainte. Ces 
emplois d'honneur étaient pour la plupart sans 
émolument , ils portaient m^ême à de grandes 
dépenses ; mais ils mettaient chaque jour sons 
les yeux du maître ^ d'un maître tout-puis- 
sant , source des honneurs et des gracies ^ et qui 
avait dit hautement qu'il ne voulait pas qtt'un 
officier de sa maison s'adressât à d'autre. qi|!klui. 
Au moment du mariage de l'Impératrice, 



(Ma« igi6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 333 

FËnip<!ireur fit une recrue nombreuse de clîam*- 
bellans dans les premiers rangs de l^ancienne 
aristocratie; tout k la fois pour montrer à l'Eu- 
rope qu'il n'existait plus qu'un parti en Fran* 
ce, et pour entourer l'Impératrice de noms qui 
eussent pu lui ôtyc familiers peut-être. L'Em- 
pereur balança même a prendre dans cette classe 
la dame d'iumneurj la crainte que l'Impéra- 
trice 9 dtot il ne ctmnaissait pas le caractère , 
n'arrivât avec des préjugés de naissance qui en- 
fleraient trop l'ancien parti , lui fit faire un 
autre choix. 

Depuis cet instant jusqu'au moment de nos 
revers, les plus anciennes, les plus illustres 
&milles, sollicitaient avec ardeur d'entrer 
dans la maison de l'Empereur : et comment 
ne l'eussent -elles pas fait? l'Empereur gou- 
vernait le monde , il avait élevé la France et 
les. Français au-dessus des nations; la puis- 
sance , la gloire , la force , étaient son cortège ; 
on était heureux d'entrer dans l'atmosphère d'un 
t€l lustre; appartenir directement k sa per- 
sonne était, au dedans et au dehors, un titre 
à la considération , aux hommages , aux res- 
pects. • 



33» MéMORIÂL (UmtbiM) 

Lots de la restauration y un royaliste ^i 
s^ëtait ainsetyé pur efAeitrant lequel j'osais 
trouvé gr&ce^me disait le plue siérîeusémeiit du 
mondè^ car quelle difiiéi'eiiÈe dUdées n'amèfue 
point la différence de partis! qu'arec mon 
nom et la cânduite franche que j'ayaiB tetme, je 
ne devais pas désespiérer. de pèiiToijr Ute placer 
encore auprès du Roi , du . dans la ttaîâon de 
quelipie prince OM.pi^iiieesse. Quel fut le ren- 
versement de ses idéesiif^and jie lui répondis : 
(( Mon cliet, îé me le suis rendu impossible: 
{( j'ai servi le maître le plus puissa&ft de la 
(( terre ^ je ne saWai& désormais prendre rien 
(( de {Xlreililtiprèâl de qui que oe soit ici bas. 
« %ebé8^ que quand J»ou&dtlîoBs!p#iter au loin 
(f Im wàresA de L'Ëmpéréur, dans les cours 
(c étrangères^ ëà pOrtaiit sa couleur , nous tious 
Cl .considëriMs et dous étions considérés partout 
a à Tégàl des princes. Il noud a fait voir jusqu'à 
a s^t rois attendant da^ ses salràâï au milieu 
c( de nôila et^vec nous. Lors de sonniaria^e , 
(f quatre reines portaient le manteau de Tlmpé- 
« ratrioe , dont im âe nous pt>ttrtaiit ébait le che- 
(f valier.d*honiieyiretiinautre Pâouyer. Croyez 
a donc y mon cher , qu^une ambition généreuse 



(H^ iM ) DE SAINTE-HÉLÈNE. S35 

<ç se tFouTe rassasiée après de; telles grandeurs. » 

Du resfte, la magnificence et la splendeur ^ui 
composaient cette cour sans cxeij|iple y repo- 
saient sur un ordre et une régularité d^admi- 
nistration <{ui a fait Tétonnement et Tadmira- 
tion de ceux .<{ui sont venus en fouiller les dé- 
bris. L'Empereur en inspectait plusieurs fois 
I^ui-mépie les comptes dans Tannée. On a trouvé 
tous sesi qh&teaux réparés et embellis , ils ren- 
fermaiei^t prèi^ de quarante millions de mobilier 
et quatre millions de vaisselle. S'il eût joui de 
quelques années de paix , rimagination a de la 
peine k s'arréter^dit»il, sur ce qu'il aurait pu faire . 

L'Empereiir disait avoir eu une idée heureuse , 
4{4^il était bien fâché de n'avoir pas exécutée; 
c'éjtfiit d'avoir çh^gé quelques personne^ de 
"rechercher les pétitions les plus importantes: 
u Elles m'eussent indiqué chaque )our , di$ai$41, 
i( trois ou quatre particuliers des provinces 
H qui auraient été ^dmis à mon lever ^ et m'au- 
(c raient expliqué directement leur affaire ; je 
u r#}]isse discutée immédiatement avec eux , et 
« leur eusse rendu prompte justice. » 

J'observais à l'I^pereur que U commission 
qu'il avait créée fort anciennement^ sous le titre 



336 MÉMORIAL ( Ma« iSiG ) 

de Coinmission des pétitions , approchait infi- 
niment de Èon idée actuelle , et faisait en effet 
beaucoup de bien. J'en avais été président lors 
du retour de Tîle d'Elbe, et dans le premier 
mois j'avais déjk fait droit k plus de quatre mille 
pétitions. 

(c II est vrai, lui disais-je, que les cireon- 
(( stances d'abord , et l'habitude ensuite , n'a- 
(( vaient jamais permis k cet établissement de 
(( jt)uir de la plus précieuse prérogative dont 
(( il avait doté sa création ; celle qui aurait pjo- 
{( duit sans doute le plus d'efiet sur l'opiaicm, 
(c savoir : de lui présenter officiellement, ksa 
(( grande audience du dimanche , le résultat du 
<( travail de toute la semaine. » Mais la nature 
des choses, les constantes expéditions de l'Em- 
pereur, et surtout la jalousie des ministres, 
tout avait concouru k dépouiller cette com- 
mission de ce beau privilège, 

L'Empereur était fâché aussi, disait-il, de 
n'avoir point établi, par l'étiquette du palais, 
que toutes les personnes présentées , les femmes 
surtout, qui pourraient prétendre k obtenir de 
lui une audience, arriveraient de plein droit 
au salon de service. L'Empereur , le. traversant 



(W[*r.^.€) DE SAINTE-HÉLÈNE. 337 

plusieurs fois dans la journée, eût pu satisfaire 
en passant a quelques-unes de leurs demandes, 
et se fût épargné de la sorte le refus de ces au- 
diences ou la perte du temps quelles lui cau- 
saient. > 
L^Empereur avait balancé quelque temps, 
disait-il, a rétablir le grand couvert de nos 
rois, c'est-k-dire le dîner en public chaque di- 
manche, de toute la famille Impériale. Il nous 
a demandé notre avis; nous différions: les. uns 
l'approuvaient , présentaient ce spectacle de 
famille comme fort moral pour le public , et 
propre k produire le meilleur effet sur son 
esprit; c'était d'ailleurs , disaient-ils, un moyen 
pour chaque individu de voir son souverain: 
d'autres le combattaient , objectant qu'il y 
avait dans cette cérémonie quelque chose d'idole 
et de féodal,.de badauderie et de servilité qui 
n'était plus dans nos mœurs ni dans leur dignité 
moderne. On pouvait bien aller voir le souve^ 
rain k l'église ou au spectacle ; Ik, on concourait 
du moins k ses actes religieux ou l'on prenait 
part k ses plaisirs; mais, aller le voir manger, 
c'était se donner un ridicule mutuel : la sou<* 
vpraineté, devenue, ainsi que Pavait si hiep 



338 MÉMORIAL (ii«.tM> 

ditrËmper^W) une omgîstMtiirey ne devmit 
s^ettoatrer (pk'ea pleine actmtë; accordant des 
grâces > réparant d^ torts ^ expédiant des affiii-' 
reSy passant des revues, mais surtout dépouillée 
des infirmités ou des besoins derhomme,.etc.*. 
Son utilité, ses bien&its^ devaient être son nou- 
veau prestige; rappariticm du souverain devait 
être de tous les instanset inattendue, comme la 
Providence: telle était Técole nouvelle, telle 
avait été la nôtre. 

(( Eh bien , disait ^Empereur , il est peut^tre 
ft vrai q[ue les circonstances du temps auraient 
u dû borner cette cérémonie au prince impérial 
«et seulement au temps de sa jeunesse; car 
u c^était Tenfiint de toute la nation, il devait 
ir donc appartenir dès-lors k tous les sentimens, 
<r h. tous les yeux, n 

Au retour de Pîle d^Elbe, l'Empereur disait 
avoif en la pensée de dtner chaque dimanche 
dans la galerie de Diane , au milieu de quatre 
ou cinq cents ccmvives} ce qui eut été sans 
doute ^ disait4{, d'un immense effet sur le pn- 
biic, surtout au moment du Cbatnp de Mai^ 
lors àe la réunion des députés des départemens 
\ Paris ; mais la rapidité et Timportance des 



(MâH »i.f ) £>£ SAINTE-HÉLÈNE. Sà9 

BSbhiii Veû empéohèvéïit : il cànôgniffe aussi peut* 
4tre qu^onufl vît ^ dans cette mesure, ime teop 
grabde afiéet&tion de popularité , et que les 
ennemis du dehevs ne la tratnsfamasseiit en 
crainte de sa parti 

On est dans rhdbîtude, disidt TEmpereur , 
de êtter Tii^tteace du ton et des nutnières de 
la tour sur celles dTune nation : il était loin 
d^aroir obtenu aucune insultât k ce sujet; isais 
c^était le Ttce des circonstance et de plusietirs 
combinaisons inaperçues : il y anraift beaucoup 
réfléchi^ et il pensait qu'il Teût obtenu airec le 
teatps. 

(c La oour ^ cdutinuait-il , prise coUeethre» 
ce ment^ n*ei:erce point cette infinence ; ce n*est 
« que parce que ses élémens, ceux qui la ^^m* 
<r posent , Tont propager , chaoun danfc sa spbère 
H d'activité y ce qu*ils lont puisé k la source 
cr commune : le ton de k coût n'arrive donc k 
<f toute une nation qu'a» travers des «ociëtés 
u intermédiaires. Ôr^ nous ii^avîons pas de 45o« 
lir ciété»^ nous ne pouvions poiitt encore en 
« avoir. Les sociétés, ces réunions pleiûes de 
ce ckartnes, où Ton jouit si bien des avantages 
<r de la civilisation, disparaissent subitement 



SkO AIÉMORIÀL (^.r. 1816) 

« devant les révolutions^ et ne se rétablissent 
<( qu^avec lenteur après la tempête. Les bases 
ce indispensables de la société sont Toisiveté et 
c( le luxe; or nous étions encore tous dans Tagi- 
i( talion y et les grandes fortunes n*étaient pas 
a encore bien établies. Un grand nombre de 
<( spectacles , une foule d*établissemens publics , 
<f présentaient d^ailleurs des plaisirs plus fa- 
« ciles, moins génans, plus vifs. La génération 
tt des femmes du jour était jeune , elles aimaient 
« mieux courir et se montrer en public que 
a de demeurer chez elles et de se composer un 
c( cercle rétréci. Mais elles auraient vieilli ^ 
<( disait-il^ et avec un peu de temps et de repos 
a toutes les choses eussent repris leur allure 
(( naturelle. Et puis encore , observaitrii, ce se- 
« raitpeutrétre «ne erreur que de juger d^uue 
a cour moderne par le souvenir des cours an- 
H ciennes : les cours anciennes étaient vérita- 
« blement la puissance; on disait la cour et la 
a ville. Aujourd'hui , si Pon voulait parler juste^. 
a on était obligé de dire la ville et la cour. Les 
« seigneurs féodaux , depuis qu'ilsavaient perdu 
« leur pouvoir , cherchaient en dédommage- 
ai ment leurs jouissances. Les souverains, eux- 



( Mars .816) DE SAINTE-HÉLÈNE. Ski 

« mêmes, semblaient désormais soumis à cette 
« loi: le trône, avec nos idées libérales , cessait 
u insensiblement d^étre une seigneurie et de< 
« menait purement une magistrature ; le prince , 
<( n'ayant plus qu'une représentation morale 
c< toujours triste et ennuyeuse k la longue ^ 
<c devait chercher k s'y dérober pour venir , en 
<< simple citoyen , prendre sa part des charmes 
<( de la: société. » 

. Parmi une grande quantité de mesures nou- 
velles projetées par l'Empereur pour un avenir 
plus tranquille, son idée favorite avait été la 
paix obtenue et le repos conquis, de ne plus 
vivre que pour les épurations administratives 
et les améliorations locales; de se voir en tour- 
nées perpétuelles dans les départemens : il eût 
visité et non parcouru , campé et nop voyagé ; 
il eût fait usage de ses propres chevaux , se fût 
entouré de l'Impératrice, du Rx>i de Rome, de 
toute sa cour. Toutefois il eût voulu que ce 
grand attirail n'eût été onéreux à personne; 
mais plutôt un bienfait pour tous : une tenture 
dés Gobelins et tous les accessoires , traînés k sa 
suite, eussent meublé , décoré ses stations. Les 
- autres personnes de la^ cour, disait- il, eussent 



Ui MÉMORIAL (ii«.,ai€} 

éW logées à la otm» diex les bourgeois, qui 
«itffteat reg«r4é Uwt$ kètiï$ oomme un bienfait 
piu^ %\Cuu £irde«uL^ f$Ke qjaCih éus&eut tou- 
jaur$ éU pour «i«x la eier^titade àe qu^lqu^aran- 
toge i9u 4e quelques fareurs. (c C*est-lk, a>ii- 
« tiMKtil^l ^ (pe l^eusse pu, éààs chaque lieu , 
M prévenir les ftMàfiB » càâtieirlesdilapidateurs ; 
M ^ordonner 4es édifiées, des ponts, des €lie- 
(c mias; dessécher des marais, fertiliser des 
a terres, etc.... Si le Ciel alors, continuait-il, 
«<f m^^Àt aoceardé quelques années, assutrémeat 
M f aurais fait de Paris la capitale de runiTers , 
<c .et de toute la France un véritable roman. » 
U ^pétait souvent ces dernière paroles : (|ae 
de gens rauronJt dit dé)k , ou le r^éteront 
av;ec lui ! 

Mardi 6. 

4evL dTéohecs vena de la Chine. — Présentation des capi- 
^iniiies de;Ia flotte de la Ghitte. 

L'Empereur est monté à^cheyal à Sept heures ; 
il jn'a dit d^appeler mon fils pour nous açcopA- 
pî^gner , c*était une grande feveur. JChirant notre 
promenade l'Einpereur e$t descendu cioq.ou six 



(Mar*i8i«) DE SAINTE-HÉLÈNE. 3HB 

fob pour regarder 9 à Taide d'iuie lunette, des 
Taisseaux qui étaioit en vue; il eit a recoanii 
UQ pour èlare fialhndais^ les trais couleurs sottt 
teuiours pour nous un objet de sentiment et de 
vive émotîoo. Dans une de ces stations, le 
cheval le plus fringant de la bande s^estéchafpé, 
il a £allii le poursuivre longtemps ; mon fils a 
gagné ses éperons, il Ta ramené triomphant, 
et TEmpèreur a observé que dans un tournois 
ce serait une victoire. 

Au retour, TEmperettr a<lé)eiiné k Tombre; 
il nous a retenus tous. 

Avant et sqprès le déjeûner TËmpereur a causé 
avec moi seul , à l'écart , d'objets sérieux et que 
je ne pnis confier au papier. 

La chaleur était devenue forte , il s*est retiré. 

« 

Il était quatre heures et demie quand il m!a 
fait rappeler : sa toilette se finissait. Le doc- 
teur lui a apporté un jeu d'échecs , qu'il avait 
été acheter k bord des bâtimens dûnois; l!Ëm- 
pereur en avait désiré un. Celui-ci avait été 
payé 30 napoléons. Il était l'objet de l'admi- 
ration du bon docteur , et pourtant rien ne 
semblait {4us ridicule k l'Empereur : toutes les 
pièces , au lieu de ressembler aux nètres , étaient 



3*» MÉMORIAL (Ma«igi6) 

de grosses et lourdes images de leurs noms; 
ainsi, un Cavalier y était armé de toutes piè- 
ces^ et la Tour reposait sur un énorme éléphant , 
etc. L*£mpereur n*a pu s'en servir , disant plai- 
samment qu'il lui faudrait une grue pour faire 
mouvoir chaque pièce. 

Cependant autour du jardin rôdaient encore 
beaucoup d'officiers ou des employés des bati- 
mens de la Chine. Leur curiosité , quelques heu- 
res auparavant, les avait portés k pénétrer chez 
nous; nous avions été littéralement envahis dans 
nos chambres. L'un disait que l'orgueil de sa 
vie serait d'avoir vu Napoléon; Pautre, qu'il 
n'oserait pas se présenter devant sa femme en 
Angleterre , s'il ne pouvait lui dire qu'il avait 
été assez heureux pour apercevoir ses traits; 
l'autre , qu'il abandonnerait tous les bénéfices 
de son voyage pour un seul coup d'oeil , etc. 

L'Empereur les a fait approcher; il serait 
difficile dB rendre leur satisfaction et leur joie: 
ils n'avaient pas osé autant prétendre ni espérer. 
L'Empereur leur a fait, suivant son usage, de 
nombreuses questions sur la Chine , son com- 
. merce, ses habitans ; leurs rapports, leurs mœtlrs, 
les missionnaires ,etc. Il les | gardés plus d'un^ 



( M«. ,s,6 ) DE SAINTE-HÉLÈNE. SftS 

demi-heure avant de les congédier. A leur 
départ nous lui. peignions renthousiasme dont 
ces officiers nous avaient rendus les témoins, 
nous lui racontions tout ce qu'ils avaient laissé 
échapper k son sujet. « Je le crois bien, dit- 
ce il ; vous ne vous apercevez pas qu'ils sont 
<c des nôtres. Tout ce que vous avez vu Ik est 
« du tiers état d'Angleterre , les ennemis na^ 
« turels y sans qu'ils s'en rendent peut-être 
(( compte k eux mêmes, de leur vieille et in-* 
« solente aristocratie. » 

Au dîner l'Empereur a peu mangé , il n'était 
pas bien : après le café il a essayé une partie 
d'échecs ; mais il était trop assoupi , et s'est 
retiré presque aussitôt. / 

Jeudi 7- 

Mystification* 
L'Empereur est monté de fort bonne heure 
a cheval ; il m'a dit de nouveau d'appeler mon 
fils pour raccompagner. L'Empereur, la veille ^ 
en le voyant k cheval, m'avait demandé si je 
ne lui faisais pas apprendre k panser son cheval , 
que rien, n'était plus utile dans la vie , .qu'il 

l'avait particulièrement ordonné dans l'école 
2 22 



ne MEMORIAL . (ite. ,gt6) 

militaire de Saint-Germain. J'étais fâché qu^une 
pai^eille idée m*eût échappé , )e la saisis avec 
ardeur et mon fils encore davantage. U montait 
dans ce moment un cheval aucpietpcrsonne n'a- 
vait touché que lui. L'Empereur ^ k qui je le dis, 
en parut satisfait y et daigna lui faire subir une 
espèce«de petit examen. Notre course a duré 
près de deux heures et demie , errant constam- 
ment autour de Longwood. 

Au retour, TEmpereur a déjeuné dans le jar- 
din, et nous a tous retenus. 

Un instant avant de dîner, je me suis rendu , 
comme de coutume , au salon j l'Empereur y 
jouait une partie d'échecs avec le Grand Maré- 
chal. Le vàlct de chambre de service à la porte 
du salon est venu me porter une lettre., il y 
avait dessus : très - pressé. Par respect pour 
l'Empereur je me cachais pour essayer de la 
lire ; elle était en anglais : on y disait que j'avais 
fait un très-bel ojivrage ; qu'il n'était pourtant 
pas exempt de fautes; que si je voulais les cor- 
riger dans une nouvelle édition , nul doute que 
l'ouvrage n'en valût beaucoup mieux ; et sur ce , 
l'on priait Dieu qu'il m'eût en sa digne et sainte 
garde. Une pareille lettre excitait ma surprise, 



( Met. ,8.6) DE SAINÏE-HÉLÈNE. 3^7 

un peu ma colère , le rouge m*en était monté au 
visage ; c^était au point que je ne m^étais pas 
donné le temps â*en considérer Técriture. En la 
reparcourant j'ai reconnu la^main, malgré la 
beauté inusuelle de récriture , et je n^ai pu 
m^empécher d'en rire beaucoup a part. Mais 
l'Empereur , qui me voyait par côté , m'a de- 
mandé. de qui était la lettre qu'on m'avait re- 
mise. J'ai répondu que c'était un écrit qui m'a- 
vait imprimé un premier sentiment bien diffé- 
rent de celui qu'il me laisserait. Je le disais si 
naturellement y la mystification avait été si com- 
plète, qu'il se mit a rire aux larmes* La lettre 
était de lui , l'écolier avait voulu se moquer de 
son maître, et.^'essayer k ses dépens. Je garde 
soigneusement cette lettre ; la gaîté , le style 
et la circonstance me la rendent plus précieuse 
qu'aucun des brevets que l'Empereur eut pu 
me donner au temps de sa puissance. 

Vendredi 8. 

L'Empereur en état d'employer son anglais. — Sur la 
médecine. — Corvisarl. — Définition. — Sur la peste 
— Médecine de Babylone. 

L'Empereur n'avait pas dormi de la nuit : 



SM MEMORIAL ( Mm ,8.6 ) 

dans son insomnie il s*ëtait amusé k m^ëcrire une 
nomvelk lettre en anglais'; il mei^a envoyée ca*- 
chetée : j^en ai ^^orrigé les &utes , et lui ai ré* 
pondu, en anglais aussi, parle retour du cour^ 
rier; il m*a fort bien compris; ce qui Ta con- 
vaincu de ses progrès, et lui a prouvé qu'il pour- 
rait désormais, à toute rigueur, correspmidre 
dans sa nouvelle langue. 

Depuis près de quinze jours le général Gour- 
gaud était malade, son incomipodité avait tourné 
en dysenterie très-maligne qui donnait des in- 
quiétudes. L'amiral venait de lui envoyer le mé- 
decin du Northumberland (le docteur Warden); 
l'Empereur le fit retenir k dîner. Durant tout 
le repas, et long-temps après, la conversation 
fut exclusive sur la médecine, tantôt gaie, tan- 
tôt sérieuse et profonde. L'Empereur était en 
bonne humeur , un mot n'attendait pas l'autre j 
il accablait le docteur de questions, d'argu- 
meDS spirituels et subtils qui l'embarrassaient 
fort : celui-ci n'y voyait que du feuj si bien 
qu'après le dîner, il me prit k part pour me de- 
mander comment il se faisait que TEmpereur 
fut si fort sur ces matières; il ne doutait pas 
qu'elles ne fussent l'objet de ses conversations 






( ifàrt ,8i6 ) DÉ SAINTE-HÉLÈNE. 3»9 

familières, u Pas plus que tout autre chose , 
<< lui disais-] e avec vérité; mais c'est qu^il est 
<c peu de sujets qui Soient étrangers à TEmpe- 
ce reur, et qu%l les traite tous d'une manière 
« neuve et piquante. » 

L*£mpereur ne croit point à la médecine ni 
a ses remèdes, dont il ne fait aucun usage. « Doc- 
d teur , disait-il , notre corps e$t une machina a 
« vivre, il est organisé pour cela, c'est sa na- 
u ture; laissez-y la vie k son aise, qu'elle s'y 
a défende elle-même, elle fera plus que si vous 
<c la paralysies^ en l'encoml^ant de remèdes, 
ce TSotve corp3 est comme un« montre parfaite 
M qui doit aller \m certain temps j l'horloger 
<e n'a pas la faculté de l'ouvrir, il ne peut la 
H manitsr qu'à tâtons et les yeux bandés. Pour 
u un qui , à foyce de la tourmenter, k l'aide 
<c d'instrument biscornifô , vient à bout de^ lui 
ce faire du bien , combif ^ d'ignorans la détrui- 
« sent^ etc.... >i^ 

L'Empereur ne reconnaissait donc d'utilité 
à la médecine que dans certains cas assez rares, 
dans des maladies connues, consacrées parle 
temps et l'expérience; et il comparait alors l'art 
du médecin a celui de l'ingénieur dans les sièges 



350 MÉMORIAL ( Mars 1816 ) 

réguliers où les maximes de Yauhan , les règles 
de l'expérience, ont soumis tous les hasards a 
des lois connues. Aussi, d'après ces principes , 
l'Empereur avait-il conçu Tidée d'une loi qui 
n'eût permis à la masse des médecins en France 
que l'usage des remèdes innocens, et qui leur 
eût interdit celui des remèdes héroïques, c'est- 
k-dire qui peuvent donner la mort, à moins 
qu'ils ne fissent trois ou quatre mille francs au 
moins de leur état; ce qui supposait déjà, di- 
sait-il, de l'éducation, des connaissances et un 
certain crédit public. « Cette mesure , disait- 
>t il , était certainement juste et bienfaisante ; 
u toutefois elle était encore , dans mes cir- 
<( constances, hors de saison; les lumières n'ë- 
c( taient pas encore assez généralement répan- 
(( dues : nul doute que la masse du peuple n'eût 
« vu qu'un acte de tyrannie dans la loi q^ui 
« pourtant le dérobait à ses bourreaux. » 

L'Empereur avait souvent entrepris sur la 
médecine le célèbre Corvisart, son médecin. 
Celui-ci, a part l'honneur de 'son corps et de 
ses collègues, lui confessait avoir k peu près les 
mêmes opinions , et les -mettait même en pra- 
tique. Il était trèsrennemi des remèdes, les^ 



( M« 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 854 

employait fort peu : l'Impératrice Marie-Louise 
souffrant beaucoup dans sa grossesse , et le tour- 
mentant pour être soulagée , il lui donnait ma- 
licieusement des pilules de mie de pain, qui ne 
laissaient pas que de lui faire beaucoup de bien, 
disait-elle. 

L'Empereur disait qu'il avait amené Cor- 
visart à avouer que la médecine était une res- 
source privilégiée ; qu'elle pouvait faire du 
bien aux riches, mai& qu'elle était le fléau des 
pauvres. « Mais ne croyez-vous pas, disait 
« l'Empereur , que , vu l'inci^ertitude de la mé- 
c< decine en elle-même et l'ignorance des mams 
u qui l'emploient, ses résultats, pris en masse, 
« sont plus funestes aux peuples qu'utiles? » 
Corvisart en convenait franchement, a Mais 
a vous-même n'avez-vous jamais tué personne ? 
(c disait l'Empereur j c'est-a-dire , n'est-il pas 
i< des malades qui sont morts évidemment de 
« vos remèdes ? — Sans doute , répondait Cor- 
(( visar ; mais je ne dois pas l'avoir plus sur la 
(( conscience que. Votre Majesté, qui aurait fait 
(( périr des cavaliers, non parce qu'elle aurait 
« ordonné une mauvaise manœuvre j mais parce 



«58 lilÉMORIAL (Ma^ciSift) 
i( qu'il s'est trouvé sur leur route ua fossé , 
a un ptécipice cju'elle n'avait pu voir, etq 

De là l'Empereur est passé a des problêmes 
jet des définitions qu'il proposait au docteur. 
u Qu'est-ce que la vie, lui disait«il? Quand et 
« comment la recevons-nous? tout cela est-il 
K( autre chose encore que mystère? » 

Puis il définissait la folie innocente , une 
lacune ou divagation de jugement entre des 
idées justes et leur application : un fou mange 
des raisins dans une vigne qui n'est pas la 
sienne, et répond aux reproches du proprié- 
taire : (( Nous sommes deux ici , le soleil nous 
c< voit , donc j'ai le droit de manger des rai- 
ce sins. » Le fou teri'ible était celui chez qui 
cette lacune ou divagation de jugement s'exer- 
çait entre des idées et des actes : c'était celui 
qui coupait la tête d'un homme endormi , et se 
cachait derrière une haie pour jouir de l'em- 
barras du corps mort , lorsqu*il viendrait à se 
réveiller. 

L'Empereur demandait encore au docteur 
quelle était là différence entre le sommeil et 
la mort , et il y répondait lui-même en disant 
!Jjue le sommeil était la suspension momentanée 



( Mar. im) DE SAINTE^HÉLÈNE. 853 

des facultés sur lesquelles notre volonté exerce 
son pouvoir ; et la mort , la suspension durable , 
non seulement de ces mêmes facultés, mais 
encore de celles sur lesquelles notre volonté 
est sans pouvoir. 

De la, la conversation est tombée sur la 
peste. L'Empereur soutenait qu'elle se prenait 
par Taspiration aussi bien que par le contact • 
il disait que son plus grand danger et sa plus 
grande propagation était dans la crainte ; son 
siège principal, dans l'imagination : en Egypte, 
tous ceux dont elle était frappée périssaient. 
La défense, le remède le plus sage, était le cou- 
rage moral. Il avait impunément touclié , di- 
sait-il^, d^s pestiférés 4 Jaffa> et sauvé beaucoup 
de monde en trompant les soldats pendant plus 
de deux mois sur la nature du mal : ce n'était 
pas la peste , leur avaitH)n dit , mais une fièvre 
a bubons. De plus il avait observé que le meil- 
leur ^moyen d'en préserver Tarmée avait été de 
la mettre en marche , et de lui donner beaucoup 
de mouvement : la distraction et la fatigue 
s'étaient trouvées les plus sûres garanties, 
ctc,^ 

* On treuve dans les Mémoires de M. Larrey , comme 



^35» MÉMORIAL (MmiSiG) 

L'Empereur disait encore au docteur : « Si 
<( Hippocrate entrait tout-k-coup dans votre 
(( hôpital 9 ne serait-il pas bien étonné? adopte- 
(( rait-il vos maximes et vos mesures ? ne vous 
(( réprouverait-il pas ? Vous-même entendriez- 
« vous son langage? vous comprendriez-vous 
(c l'un et l'autre? » Et il terminait enfin par 
vanter gaiement la médecine de Babylone , où 
l'on exposait les malades k la porte , et où le^ 
parens, assis auprès d'eux, arrêtaient les passaas 
pour leur demander s'ils avaient jamais eu pa- 
reille chose, et ce qui les avait guéris. On avait 
du moins la certitude , disait^l , d'éviter ceux 
que les remèdes avaient tués. 

phéaomène, ou du moins comme chose très-remarquable, 
que la force des circonstances , dans la retraite de Saint- 
Jean-d'Àcre, ayant fait réduire la nourriture des malades 
à quelques simples galettes de biscuit , et leur pansement 
à de Teau saumâtfe , ces malades ont traversé 60 lieues 
de désert sans accidens, et avec de tels avantages, que la 
plupart se sont trouvés guéris lorsqu'ils ont revu l'Egyp- 
te. 11 attribue cette espèce de prodige à l'exercice direct 
ou indirect, aux chaleurs sèches du désert, et surtout à 
la joie de retrouver un pays qui était devenu pour les sol* 
dats une espèce de nouvelle patrie. 



{Mar.i8i6) DE SAINTE-HFXENE. 355 

Samedi 9. 

J'étais k déjeûner avec l'Empereur , après 
la leçon d'anglais , lorsqu'on m'a apporté une 
lettre de mafemme, qui m'a rempli de joie et 
de reconnaissance. Elle me mandait que la 
crainte ni la fatigue ni la distance ne sauraient 
l'empêcher de venir me rejoindre , qu'elle n'au- 
rait de bonheur qu'auprès de moi, qu'elle n'at- 
tendait que la saison. Dévouement admirable! 
bien supérieur a tout le nôtre ici, en ce qu'il 
s'exécute, aujourd'hui, de ja part , en toute con- 
naissance de cause. Je ne pense pas qu'on puisse 
ayoir la barbarie de la refuser en Angleterre : 
quesollicite-t-elle? des grâces, une faveur? Non, 
elï^ demande de partager un exil , d'aller, sur 
un roc abandonné, remplir un devoir, et témoi- 
gner sa tendresse (*). Cette lettre était venue 

(*) Que j'étais loin de juger du cœur et de l'âme de 
ceux qui nous retenaient ! MP^^ de Lascases s'est vue cons- 
tamment repoussée, soit par divers prétextes ou même 
par le silence. Enfin, et comme pour se débarrasser de 
8on importunité, lord Bathurst lui a fait écrire au com- 
mencement de 1817 : qu'on pourra lui pjermettre^ de se 
rendre au Cap de Bonne Espérance (5oo lieues plus loin 
<jue Sainte-Hélène), d'où « si le gouverneur de Sainte^ 



356 MEMORIAL ( Mar. iSifi > 

par la frégate TOwen-Glendower , qui arrivait 
du Cap, et qui nous a apporté en même temps les 
journaux d'Europe jusqu'au A décembre. 

Dimanche lo au Mardi 12. 

Procès de Ney. — Voiture perdue à Waterloo. — 
Entrevue de Dresde. -^ Sur l'humeur des femmes. — ' 
Princesse Pauline. — Beau mouvement de l'Empereur. 

Le temps était tourné à ces mauvaises pluies 
battantes qui nous permettaient à peine le jar- 
din; heureusement nous avions des journaux 
pour nous occuper 4r Pour cette fois, j*eus la 
satisfaction de voir l'Empereur les parcourir 
sans le secours de personne. 

Dans ces papiers se trouvaient beaucoup de 
détails sur le procès du maréchal Ney, qui se 
traitait en cet instant. A ce sujet, TEnipereur 
disait que Thorizon était bien sombre j que ce 
malheureux Maréchal était certainement en 
grand péril; que néanmoins il ne fallait pas dé- 

a Hélène (sir Hudson-Lo.we)n'y trouve aucune objection, 
« elle pourra se rendre auprès de son époux. » 

J'abandonne , sans commentaire , cette espèce de mau- 
vaise plaisanterie; à quiconque se sent un cœur d'homme. 



(Marsi8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 357 

sespërer encore, «c Le Roi se croit sans doute bien 
« sûr de ses pairs, disait-il; ceux-ci sont sùre- 
« ment bien montes, bien re'solus , bien achar- 
« ne's ; eh bien , le plus léger incident , un vent 
« nouveau , que sais-je j et alors , en dépit de 
« tous les efforts du Roi, et de ce qu'ils croient 
ce être l'intérêt de leur cause, il peut prendre 
c( tout à coup fantaisie à la Chambre des Pairs 
« de ne pas condamner, et Ney se trouver 
« sauve', » 

Cela a conduit l'Empereur à s'étendre sur 
notre esprit léger, fugitif, changeant. « Tous 
« les Français, a-t-il dit, sont frondeurs, tur- 
« bulens; mais non conspirateurs, encore moins 
« conjure's. Leur légèreté' est tellement de 
« nature , leurs variations si subites , qu'on ne 
« pourrait dire qu'elles les déshonorent : ce 
c< sont de vraies girouettes au grë des vents; 
c( mais ce vice, chez eux , est sans calcul ; et 
ce voilà leur meilleure excuse. Du reste , qu'il 
«c smt bien entendu que nous ne parlons ici 
(c que de la masse, de celle qui compose l'opi- 
c< nion; car les exemples individuels, au cour- 
c< traire, ont fourmillé dans nos derniers temps, 



858 MÉMORIAL (Mwsijke) 

ce et trouvent certaines classes d'une abjection 
« de'goù tante. » 

C'était cette connaissance du caractère natio- 
nal, continuait l'Empereur, qui l'avait tou- 
jours empêche' d'avoir fait usage de la Haute- 
Cour. Elle e'tait dans notre constitution, le 
Conseil d'Etat en avait même arrête l'organisa- 
tion j mais l'Empereur avait senti tout le danger 
de l'éclat et de l'agitation que répandent tou- 
jours de pareils spectacles. « Une telle pro- 
cédure, disait- il, était un véritable appel 
au public, et devenait toujours un grand 
échec k l'autorité, si l'accusé l'emportait. 
Un ministère, en Angleterre, pouvait bien 
supporter sans inconvénient les effets de cet 
appel perdu j mais un souverain, tel que je 
Tétais, et dans les circonstances où je me 
trouvais , ne l'aurait pas pu sans le plus grand 
danger pour la chose publique; aussi, pré- 
férais-je m'en tenir constamment aux tribu- 
naux ordinaires. La malveillance trouva sou- 
vent à y redire, et pourtant, de tous ceux 
et qu'il lui plut d'appeler alors défe victimes, quel 
« est celui, je vous prie, qui ait survécu popu- 
« laire à nos dernières épreuves? Elles ont pris 



(Mtr. 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 359 

« soin de me justifier, tous demeurent flétris^ 
« dans l'opinion nationale. » 

L'Empereur avait rëservé^pour lire avecmoi, 
un article du journal, relatif à la voiture qu'il 
a perdue à Waterloo} la grande quantité d'ex- 
pressions techniques le lui avait rendu trop 
difficile. Le journaliste donnait un de'tail très- 
ci rconstancie' de cette voiture, et faisait un 
inventaire très-minutieux de tout ce qtii s'y 
trouvait} il y joignait parfois les réflexions les 
plus triviales : en mentionnant une ^tite boite 
de liqueur, il observait que l'Empereur ne s'ou- 
bliait pas et ne se laissait manquer de rien ; en 
citant certains objets recherchés de son néces- 
saire, il ajoutait qu'on pouvait voir qu'il faisait 
sa toilette comme il faut ( l'expression était 
en français ). Ce dernier mot a produit dans 
l'Empereur une sensation que n'eût pas excité 
sans doute un sujet plus important. « Mais, 
« me dit - il avec une espèce de dégoût mêlé de 
« douleur, ce peuple d'Angleterre me croit 
« donc un animal sauvage ; l'a-t-on amené véri- 
« tablement jusque-là? ou son prince de Galles, 
« espèce de bœuf Apis, m'assure-t-on , ne fait- 



/ 



360 MEMORIAL < Mats iBis) 

€c il pas sa toilette comme chacun de ceux qui, 
« parmi nous, a quelque e'ducation?,.. » 

Il est certain que j'aurais e'te'fort embarrassé 
de lui expliquer ce qu'avait voulu dire le jour- 
naliste. Du reste, il est connu que l'Empereur 
est la personne du monde qui mettait le moins 
de prix à ses aises, et s'en occupait le moins; 
mais aussi, et il se plaît à le confesser, il n'en 
fut jamais pour qui le dévouement et les soins 
des serviteurs en réunît davantage. Comme il 
mangeait à des heures très-irrégulières , on trou- 
vait le secret , dans ses courses et ses voyages , 
d'avoir son dîner , fort ressemblant à celui des 
Tuileries, toujours prêt à deux pas de lui. Il 
n'avait qu'à parler , et il se trouvait servi : 
c'était magique, disait-il lui-même. Durant 
quinze ans il a bu constamment un même vin 
de Bourgogne ( Chambertin ) , qu'il aimait et 
qu'on crgyait lui être salutaire; ce vin se re- 
trouvait pour lui dans toute l'Allemagne, au 
fond de l'Espagne , partout , jusqu'à Mos- 
cow, etc., etc., etc.; et il est vrai de dire que 
les arts , le luxe, le raffinement de l'élégance et 
du bon goût se disputaient , comme à son insu » 
autour de lui , pour lui ménager quelques jouis»- 



{Maw «8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE, 364 

sances. Le journaliste anglais décrivait donc 
tme infinité d'objets qui e'taient dans la voi- 
ture sans doute, mais dont l'Empereur n'avait 
pas la moindre connaissance, bien qu'il ne 
s'en étonnaflrtiullement , disait-il. 
. Le mauvais temps , qui continuait de com* 
mander notre réclusion, n'a pas influé sur l'hu-j 
meur de l'Empereur , qui , précisément ces 
jours-ci, a montré plus d'abandon, a été plus 
causeur que de coutume. Il a parlé longuement, 
et dans les plus grands détails de la fameuse 
entrevue de Dresde. Voici ce que j'en extrais i^ 
Cette entrevue a été l'époque de la plus 
haute puissance de Napoléon j il y a paru fe 
Moi des Rois; il en était à être obligé de té- 
moigner qu'il fallait qu'on s'occupât de l'Em*- 
pereur d'Autriche , son beau-père. Ce souve- 
rain , non plus que le Roi de Prusse, n'avaient 
pas de Maison à leur suite; Alexandre iL'en 
avait pas eu d'avantage à Tilsit ou à Erfurt. 
Là, comme à Dresde , on mangeait chez Napo-. 
léon. Ces Cours, disait l'Empereur, étaient mes- 
quines et bourgeoises : c'était lui qui en fixait 
l'étiquette et y donnait le ton; il faisait passer 
François devant lui, et celui-ci en était dans le 
2, 23 



i 



362 MEMORIAL (Mars 1816) 

ravissement. Le- luxe de Napoléon et sa magni- 
ficence durent le faire paraître un Roi d'Asie : 
là, comme à Tilsit, il gorgea de diamans tous 
ceux qui rapprochèrent. Nous lui apprîmes 
qu'à Dresde il n'avait pas eu un soldat français 
autour de lui, et que sa Cour parfois n'avait pas 
été sans inquie'tude sur, sa personne. Il avait de 
la peine à nous croire; mais nous l'assurions 
que c'e'tait un fait; qu'il n'avait eu d'autre 
garde que les gardes-du -corps saxons, w C'est 
t^ e'gal , nous disait-il , alors j'étais là dans une 
ce si bonne fanaille, avec de si braves gens, que 
« j'e'tais sans risque; tous m'y aimaient ; et à 
« l'heure qu'il est je suis sûr que le bon Roi de 
« Saxe dît chaque jour un pater et un at^e pour 
« moi. J'ai perdu, ajoutait-il, les destinées de 
« cette pauvre bonne princesse Auguste, et j'ai 
« eu bien tort. Revenant de Tilsit, je reçus à 
u Marienverder, un chambellan du Roi de Saxe 
« qui me remit une lettre de son maître ; il m'ë- 
cc crivait : J-e viens de recevoir une lettre ^de 
« l'Empereur d'Autriche qui me demande 
ce ina fîUé en mariage ^ je vous envoie cette 
M lettre pour que vous me disiez la réponse que 
M je dois faire? » Je serai sous peu de jours à 



\ 



(Hars ia,ç) DE SAINTE-HÉLÈNE: 3^3 

.Dresde^fut la rëpocisÊ de l'Eaipêreur; et à son 
arriree il cosdaniim ce mariage et >l^t!iixi{)éc}ia; 
« J'ai eu grand tdrt^ répâiâtHii^ je xi?aigaais 
M que l'Empereur François ne m'cnlèTât le Roi 
•ce de Saxe j mais aiU contraire ^ c'jést la princesse 
ce Auguste qui m'eût amené rEmpèceur Fran^ 
,« çois y et je ne serais pas dci. )» ; 

Napoléon à Dresde tra^eaiHait beaucoup^ et 
Marie*Lotiise , jalouse die iprofiter^di^ plus pelits 
loisirs de son époux, sortait à peine pour jfe pas 
les perdre. L'Empereur François, qiiî^e faisait 
rien et s'ennuyait tout le jour à courir la ^^le, 
ne comprenait rien à cette reelusiou dû ménage; 
il s'imaginait que c'était |iK)ur ie domier de 
la tenue et de Timportaime.iL'Impératrice d' Au*- 
triche chercliait beaucoup à faire coiirrir Marier- 
Louise : elle lui peignait ilcm «cssiduitéccomme 
ridicule. Elle eût yolcmtiers pris des tons de 
belle -mère avec Marié-Louiisé, qui n'était pas 
disposée à le«oufîrir j leur âge étant à peu près 
le même, ^le Tenait sotn^nt le matin à la toi^ 
lette de Marle^Leéise fiiri$t63^ dan^» soii luxe et 
sa magnificence i elle n'en sortait jamais les 
mains vides. <t Le règne de Marie-Louise a -été 
« fort court, disait l'Empereur j riiais elle a dâ 



f 



^36» ^ MÉMORIAL (Man 1816) 

fc bien en jouir; elle avait la terre à ses pieds. » 
L'un de nous s'est permis de demander si Tïm- 
peratrice d' Autriche n*etàitpas l'ennemie jurée 
de Marié-Louise, ce Pas autrement, disait l'Em- 
tc pereur, qu'une bonne petite haine de Cour: 
« de la détestation dans le coeur; mais gazée 
<c sous des lettres journalières de quatre pages, 
« pleines de tendresse et de cajoleries. » 

L'Impératrice d'Autriche soignait extrême- 
ment Napoléon, avait pour lui une coquetterie 
toute particulière tant qu'il était présent; mais 
sitôt qu'il avait le dos tourné elle ne s'occupait 
plus qu'à en détacher Màrie-Louise, par les 
insinuations les plus méchantes et les plus mali- 
cieuses ; elle était choquée de ne pas réussir à 
prendre quelqu'empire sur lui. « D'ailleurs elle 
ce a de l'adresse et de l'esprit, disait l'Em- 
<c pereur , et assez pour embarrasser son mari, 
« qui avait acquis la certitude qu'elle en faisait 
« peu de cas. Sa figure était agréable, piquante, 
« avait quelque chose de tout particulier; 
« c'était une folie petite religieuse. » 

« Quant à l'Empereur François, on connaît sa 
« del)onnaireté, qui le rend toujours dupe des 
tt intrigans» Son fils lui ressemblera, » 



\ 

(MaraiSiS) DE SAINTE-HÉLÊNE. 365 

« Le Roi de Prusse, comme caractère prive', 
« est un loyal, bon et honnête homme j mais 
« dans sa capacité politique, c*est un homme 
« naturellement plié à la nécessité : avec lui on 
flc est le maître tant qu^on a la force et que 
«r la main est levée. 

« Pour TEmpereur de Russie , c'est un homme 
« in&iiment supérieur à tout cela : il a de 
«Tesprit, de la grâce, de l'instruction; est 
(c facilement séduisant; mais on doit s'en dé- 
« fier : il est sans franchise; c'est un vrai Grec du 
« Bas^Empire. Toutefois n'est-il pas sans idéo- 
€c logie réelle ou jouée ; ce ne serait du reste, 
« après tout^ que des teintes de son éducation 
n et de son précepteur. Croira- t-on jamais; 
« disait l'Empereur, ce que j'ai eu à del)attre 
« avec lui. Il me soutenait que l'hérédité était 
« un abus dans la souveraineté, et j'ai dû passer 
« plus d'une heure et user toute mon éloquence 
« et ma logique à lui prouver que cette hé- 
« rédite était le repos et le bonheur des peu- 
« pies. Peut-être aussi me mystifiait-il; car il 

« est fin, faux, adroit, ; il peut aller 

ff loin. Si je meurs ici, ce sera mon véritable 

« héritier en Europe. Moi seul pouvais l'arrêter 

2. * 



366 MÉMORIAL (Mar«»Bi5) 

« avec son déluge de Tartares. La crise est 
p grande et permanente pour le continent enro- 
be pe'en, surtout- pour Constantinople : il Ta fort 
« de'siree de moi^ j'ai e'te' fort cajqle' à ce sujets 
« mais }'ai constamment fait la sourde oreille. 
« Cet empire, quelque delahre' qu'il parut, 
« devait demeurer notre point de séparation à 
« tous deux : c'e'tait le marais qui empêchait 
« de tourner ma droite. Pour la Grèce , c'est au- 
<c tre chose ! >» Et après s'être arrête sur ce pays, 
il a repris: « La Grèce attend un libe'rateur!.*. 
« Ce serait une telle couronne de gloire !... Il 
it inscrira son nom à jamais avec ceux d'Ho- 
K mère, Platon et Epaminondas !.... Je n'en ai 
« peut-être pas e'te' loin !•.,.. Quand, dans ma 
« campagne d'Italie, j'arrivai sur les bords de 
«f l'Adriatique, j'écrivis au Directoire que j'a- 
ce vais sous ine& yeux le royaume d'Alexandre ! . . . 
e<. Plus tard je liai des relations avec Aly-Pa- 
« cha j et quand on nous a saisi Corfou,on aura 
« dû y trouver des munitionà et un équipe- 
« ment complet pour une arme'e de 110 à 50 
te mille hommes. J'avais fait lever les cartes 
« de la Macédoine^ de la Servie, de TAbanie, 
« etc. , etc. 



(Mars 1816) DE SAINTEHÉLÈNE. 807 

« La Grèce, le Pëlopfeèse du moins, doit 
« être le lot de la puissance europe'enne cjui 
ce possédera rCgypte; Ce devait être fenôtrc.-.,. 
<( Et puis, au nord , un royaume indépetud^t 7 
« Constantinople avec ses provinces, pour servir 
« comme de barrage à la puissance russe : ainsi 
ce qu'on a prétendu le faire à T^ard de k 
« France , cm créant le royaume de la Bel- 
« gique, » ; 

Dans une autre de ces soirées, TEmpeiteur 
déclamait contre l'humeur des femmes : Car 
Tien , disait-il, n'aïinojiçait plus chez, elles . le 
rang, la bonne édncation, le bon ton, comme 
réalité de leur caractère et k constant désir 
de plaire. ï\ ajoutait qu'elles étaient tenues à se 
montrer toujours maîtresses d'elles-mêmes , à 
être toujours en §cène. Ses deux, femmes, obser- 
vait-il, avaietit toujours été ainsi; elles étaient 
assurément bien différentes dans leurs qualités 
et leurs dispositions; toutefois elles s'étaient 
ressemblées tout à fait sur ce point. Jamais il 
' a'avait été témoin de la mauvaise humeur de 
l'une ou de l'autre ; toutes deux avaient été 
constammeml; occupées à lui plaire, etc.. . 
Quelqu'un a osé lui observer pourtant que 



368 MEMORIAL (Mtrs idt6) 

Marie-Louise B^é^St^Biitée que tontes les f(Hs 
qpi'elle voulait quelque chose , si difficile que ce 
fût, elle n'avait qu'àpleurer. L'£jnpereur en a ri^ 
c'était pour lui, disait^il, unedécouverte.Il aurait 
pu le^soupçonner de Joséphine; mais il ne le 
savait pas de Marie-Louise* Et puis^s'adressai^t 
à mesdames Bertrand et Montholon : « Vous 
« voilà bien, Mesdames, leur dit*-il, sur cer- 
m taines choses, vous êtes toutes les mêmes. 9 

n a continue long-temps sur les deux Impé- 
ratrices, et a répëte, suivant sa coutume, que 
Tune était l'innocence et l'autre les grâces. Il 
est passé de là à ses sœurs, et surtout s'est ar- 
rêté long-temps sur les attraits de hiprÙK^sso 
Pauline. Il a été convenu que c'était, sans 
:eontredit, la plus jolie femme de Paris. L'Ena- 
pereur disait que les artistes s'accordaient à en 
faire une véritable Vénus de Médicis j et conmae 
on achevait de détailler ses attraits avec beau- 
coup d'élégance et de grâces, il a demandé toals- 
àrcoup si une princesse du jour ; 

On s'est pernûs de plaisanter sur l'empire 
xjVLé la princesse Pauline avait pris à l'île d'Elbe 
sur le général Drouot> dont elle accueillait la; 
cour assidue, en dépit de la différence de ses 



(Mars iik6) DE SAINTE^lEIÉLÈNE. 369 

années et de la seVëritë de^Bon visage. La prin- 
cesse, disait-^on, lui avait arraché le secret du 
départ huit jours d'avance, U avait renouvelé 
la faute de Turenne; et à cela l'Empereur di- 
sait : « Voilà bien les femmes et leur pouvoir 
« dangereux I ^ Sur quoi madame Bertrand 
s'est récriée que le Grand*Maréchal n'en avait 
sàreiffient pas fait a\^tant. « Madame , lui a repli- 
te que vivement l'Empereur i avec un sourire,* 
m il n'était que votre mari. » Quelqu'un ayant 
dit ensuite que la princesse Pauline, étant à 
Nice, avait organisé un fourgon en posté qui 
arrivait cha<pié jour de Paris chargé dé modes 
et d'ajustemens. L'Empereur disait : « Si je 
« l'avais su , cela n'eût pas continué long-temps, 
«i elle eût été grondée d'importance. Mais voila 
« ce qui arrive, quand on est Empereur ôH ne^ 
« sait jamais ces choscs4à. » - ': 

A la suite de ces conversations, l'E*» -lereu» 
demanda quelle était la date du mois, c'était 
le ^4 mars. « Eh bien, dit-il^ il y ^ wn ah au- 
« jourd'hui> c'était un bdatu jourj j'étais à 
« Lyon, je passais des revues, j'avais le maire à 
•c dîner, qui, par paranthèse j s'est vanté depuis 
tique c'était le plus mauvais dînef qU'il eût 



370 MEMORIAL ( Vmtz is^ ) 

K fait de sa vie. « L'Empereur s'est aaimë, il 
marchait à grande pas* m J'ç'tais redevenu une 
le grande puissance ! cojatinua-t-il ; ^ et il a 
laissé ec.h^pper im aoùpir qu'il a relevé aussitôt 
par ces parole; , émi il serait difficile de tracer 
FaccçBt et la cbaleur : « J'avais fondé le plus 
n bel ^il^pire de la terre i et je lui étais si 
« néfse^^aire, fu'QU dépit de toutes les seteous- 
« ses d^rfLJbèir^y içi^ sur mm rocher, je semble 
« di^poeurer encore, comme le maitre de' la 
« France, Vfljyez ce qui s'y passe , lisez les 
f |oHr9^u:3|, VQUsl/^ trouverez a chaque ligne. 
* Qu'pn m'y Ijùsse pénétrer, on veria ce qu'elle 
,4c e$t et qe que je puis! » Et alors que d'idées v 
quq é^ projets il a développés pour la gloire et 
le b^il&eur.de la patrie! Il a p^rlé long-temps 
%TiPç tant 4'intérét et un tel abandon ^^ cpift nous 
pouvions oublier les heures, les lieux et les 
ttmp&».En voim quelque chose ; 
j./H'QiVeHe £it9li|;é» disait-il, queil'onne s'en 
«r^ît paa lenu. a. mon retwr de l'ile d'Elbe ! 
é <pifi. chacun n'ait pas vu que j!étais le plus 
ijniopre .et le plps inéeessaire à l'équilibre et 
« au repos européens! Mais les 3Poi& et les peu* 
« pies m'ont craint | ils ont eu tort, et peuvent 



(Mmtaie) DE SAINT&-HELÈNE. »71 

«; ie payer chèrement. Je reyenais un Komme 
If AOiirew j il A'ont pu \é^ oroir^ j Us n'oat pu 
«imaginer qu'un homme e^ut Tapote ^se^ forte 
« pour changer son c{tr9i;Jtèire> c»u $e.p]ti^r à des 
fc circQ^staiiçes obligées. J'Agis pourtapt fai4; 
«:m^s preuTe&. et dt^wé quelques ga^s; de cç 
tt gc^ûi^y Qui uç sait que |e »q §ui# pas pu 
« JMWtiue à, deœîr^i^ujfjS? J'srttrâk ëjtéftwcher 
« sBfent le i^onuque dé la^ cQv^tituÛQii ?t'de la 
«r pab:,^ comme j'avah elé celui de la difit^tiire 
« et des grandes eiatffepfiStes. 

m E% raisonnons nu peu sur cesiQnsûfitc^^es 
« rois et des peuples k mm jégayd; Quelles 
c« |K)UTOient<étreiles oraiutes de» roi<i? Reâwr 
•c taient^ls toujditcs :au0a ambition; , iue9 cqut* 
flc quites^ ma monarchie uniTeorseUe? Maïs ma 
fc piû^sance .et' ]fties forces n'étsàeni plt^ les 
K côèmes^ et puas Je n'àTais TaLùcu.etieoiiquis 
f< que dans, ma propre ddfense i c'iéstjuae yeritdi 
« que le .temps, jdévsdappjeriaidbaqùfi-f^ id'a»* 
9- Taulage. L'Europe * uè; - cessa .^^sofais idê faire 
ft i« guerre À laF^ance^ à sed'priuQipesy.àfUiai ^ 
«.et il «M>us faUni^.àhâlIrej^ âoiu; »poliie< d'étape 
<c abattus». La coalition «îsta touJQitrs publique 
« 'OU secrette, avoio^e ou dmeniiefjeile fut tou^ 



372 MÉMORIAL (H«fitat6) 

« jours en peraùmence; c'était aux alliés seak 
ir à nous donimer la paix} pour nous, nous 
ft étions fatigués :le5 français s'effrayaient de 
fc conquérir de nouveau. Moi-même, mè croit^ 
ce on insensible aux charmes du repos et de la 
« sécurité, quand la gloire et l'honneur ne le 
« veulent pasautrement? Avec nos deux Cham- 
tc bres, on m'eût refusé désormais de passer 
« le Rhin; et pourq[uoi l'eussé-je voulu? Pour 
« ma monarchie universelle? Mais je n'ai ja«- 
«( mais fait preuve entière de démence; or, ce 
« qui la caractérise surtout , c'est la dispropor- 
« tion entre les vues et les mojens. Si j'ai été 
« sur le point d'accomplir cette monarchie 
« universelle, c'est sans calcul, et parce qu'on 
«c m'y a amené pas à pas. Les derniers efforts 
« pour y parvenir, semblaient coûter i peine: 
« était-il si .déraisonnable de les tenter? ]l9bis 
fc au retour dé File d'Elbe, une pareille idée, 
te une pensée aussi folle, un résultat aussi im«* 
te. possible, pouvaient-^ils entrer dans la tète du 
<c moins sage des Ubmmes? Les souverain n'a* 
^ vaiant doue rien à craindre de mes armes. » 

ft Redoutaient^ ils que je les inondasse de 
ce principes aii»chique5? Mais ils connaissent 



{ Mât. i8i6 ) DE SAINTE-HELÉNE. 378 

ic par expérience mes doctrines sur ce point. 
K Ils m'ont TU tous occuper leur territoire j 
fc combien n'ai-je pas été poussé à révolution^ 
ccner leurs pays, municipaliser leurs villes ^ 
a soulever leurs sujets. Bien qu'on m'ait salué,, 
ce en leur nom, de moderne AttUa^ de Robes^ 
« pierre à chei^al^ tous savent mieux dans le 
« fond de leur cœur...*é qu'ils y descendent! Si 
« je l'avais été je régnerais encore peut-êtrej 
« mais eux , bien sûrement et depuis long* 
ce temps , ils ne ruineraient plus. Dans la 
«c grande cause dont je me voyais le chef et 
« l'arbitre ^ deux systèmes se présentaient à 
«c suivre : de faire entendre raison aux rois par 
(c les peuples, ou de conduire à bon port les 
cr peuples par les rois j mais on sait s'il est facile 
ir d'arrêter les peuples quand une fois ils sont 
IC lancés : il était plus naturel de compter un 
ce peu sur la sagesse et l'intelligence des rois; 
ce j'ai dû supposer toujours assez d'esprit pour 
Ci de si clairs intérêts ; je me suis trompé : ils 
ex n'ont tenu compte de rien, et, dans leur aveu* 
ic gle passion y ils ont déchaîné contre moi ce 
« que j'avais retenu contre eux. Ils verront!!! 
« Enfin , les souverains se trouvaient-^ils offus^: 



Zn MÉMORIAL (Mars 1816) 

«c qiiés de voir un simple soldat paryenir à une 
« courotme? Redoutaient -ils rèxemple? Maïs 
^c les solennités, mais les cirôon tances qui ont 
« accompagne' mon élévation, mon empresse- 
« ment à m' associer à leurs mœurâ , *à m'iden- 
« tifier à 4eur existence , à m'allief à leur sang 
« et à leur politique-, fètinalt »àse» ia^pdîté aux 
<c nouveaux concHrri^Bfs* Bien phis, û Ton eût 
« dû avoir le speètacle d'une légitimité inter- 
cc rompue, je maintiens qu'il leur était bien plus 
ce avantageu^x que ce fût par moi , sorti des 
ce rangs, que par un prince meiAbre dé leur fa- 
ce mille; car des milliers de siècles s'écouleront 
ce avant tjue les^ circonstantes acdunîulées snx 
ic ma tête aillent en puiser un autre dans la 
« foule, pouT reprodttire le même spectacle ; 
ce tandis qu'il n*est pas de souverains qui n'aient, 
ce à quelque pas de lui, dans son palais, des 
ce cousins , des neveux , des frètes , "quelques 
ce parens propres à i&itei* facilement celui qui 
ce une fois les aurait remplacés. » 

cf D'niie autre part, de quoi pouvaient s'ef- 
ce fi-ayer les peuples? Que je vinsse les ravage^, 
« leur imposer ^es cliaînes? Mais je revenais le 
ce Messie de la paix et de leurs droits : cette 



(Mars i8i6) DE SAINTE -HÉLÈNE. 875 

« doctrine nouvelle faisait ma force ; la violer 
« c'était me perdre. Cependant les Français 
« même m'ont redoute'; ils ont eu rinsanite' de 
«c discuter quaûd il n'y avait qu'à combattre, 
ce de se diviser quand il fallait à tout prix se 
« reunir. Et ne valait-il pas iotfieux encore cou- 
cc rir les dangers de m'avoir poufr maître que 
« de s'exposer à subir le joug de l'ëtranger. 
« N'était-il pas plus aise de Se défaire d'un des- 
« pote, d'un tyran, que de secouer les [cbaînes 
ce de toutes les nations réunies? 3E)t J)uis d'où 
ce leur venait cette défiance sur toa personne? 
ce parce qu'ils m'avaieint déjà vu concentrer en 
f< moi tous les efforts, et les dmger d'une main 
« vigoureuse. Mails n'apprennent -ils pas au- 
« jourd'hui à leurs dépens combien c'était 
<« nécessaire. Eh! bien, le péril fut toujours le 
« même, la lutte terrible et la crise imminente. 
« Dans cet état de choses la dictature n'était- 
« elle pas nécciBsaire, indisj)6n5able? Le salut 
ce de la patrie me commandait même* de la de- 
ce clarer ouvertement au retour de Leipsick. 
<c J'^us dû le faire encore au retour de l'île 
f« d'Elbe. Je manquai de caractère , ou plutôt 
« de confiance dans les Français, parce que plu- 



376 MÉMORIAL, CMar« ^8t6> 

ce sieurs n'en avaient plus en moi , et c'était me 

c( faire grande injure. Si les esprits étioits et 

« vulgaires ne voyaient dans tous mes efforts 

fc c[ue le soin de ma puissance j les esprits larges 

« n'auraient-ils pas du démontrer (jue, dans les 

(c circonstances où nous nous trouvions, ma 

« puissance et la patrie ne faisaient qu'un? 

« Fallait-il donc de si grands malheurs sans 

« remèdes pour pouvoir me faire comprendre ? 

<c L'histoire me rendra plus de justice, elle me 

« signalera, au contraire, comme l'homme des 

« abnégations et du désintéressement. De quel- 

« les se'ductions ne fus-je pas l'objet à l'armëe 

« d'Italie? L'Angleterre m'offrit d'être Roi de 

« France lors du traité d'Amiens. Je repoussai 

« la paix de Châtillon; je dédaignai toute stipu- 

tt lation personnelle à Waterloo : pourquoi? 

« C'est que rien de tout cela n'était la patrie , 

« et je n'avais d'autre ambition que la sienne , 

a celle de sa gloire, de son ascendant, de sa 

<c majesté. Et ausjsi voilà pourquoi, en .dépit de 

ce tant de n^alheurs, je demeure si populaire 

ce parmi les Français. C'est une espèce d'ins- 

ce tinct, d'arrière- justice de leur part. 

« Qui sut la terre eut plus de trésors à sa 



(WUni8i6) DE SAINTE-ïtELENE. 377 

m disposition? J'ai en plusieurs centaines de 
« millions dans mes caves; plusieurs autres 
« cçntaines composaient mon domaine de l'ex- 
«r traordinaire : tout cela était mon bien. Que 
^ût soi^t-ik devenus? Ilssespnt fondus dans les 
« besoins de la patrie; Qu'on me considère ici, 
«t je demeure njn sur mon roc! Ma fortune était 
« toute dan3 celle de.laTrancel Paps la situa- 
ir tion extraordinaire où le sort fXL*avait eleye ; 
« mes trésors étaientles siens; je m'étais iden- 
jK tifié sans i:ései;ve avec ses destinées, Qu^l 
« . autre calcul eût pu m'atÇeindre si haut? M'a-, 
e t-on jamais, vu m'oceuper de moi? Je ne mp 
€x suis jamais connu d'autres jouissances y d'ai^^ 
* très richesdes que celles du public. .C'est au 
« point que qu^ii4. Joséphine, ^:^vai| le goû^t 
' « de^ arts^ yendt à bout^ à la fkveur de mo^ 
« nopn, de s'emparer de quelc^ies cbefe - d!œu- 
« vie , bien qu'ils fussent. dans mon ^palais , 
« sous mes yeux., dans mon ni^nagçy Je m'en 
« trouvais comme blessé, je ;me, croyais volé : 
fc Ils n'étaient pas au Muséum. 

« Ah ! sans doute le peujple français a beau»* 
« coup fait poua: moi! plus qu'on ne fit jamai^ 
« pour un homme ! Mais aussi qui fit iamais 



378 MÉMORIAL (ibri i8i€^) 

u autant ponr hii ! qui jamais s'identifia de la 
« sorte ayee lui I 

« Mais revenons. Après tout encore , ({uelles 
<( pouvaient être ses craintes? Les Chambres et la 
m constitution nottfellën'étaient-elies pas dësor- 
M mais dérglairanilies suffisantes? Ces actes addi- 
« tionnels, contre lesquels on s'est tant elevë, 
« ne portaielit-i!jâ pas en cfux-mêmer tous lés 
fi correctifs , les remède^ aI>solus? Comment leà 
« eussë-je violes? JTe n'avsûs pas à moi seul dek 
« millions de hvis ^ jen'etais qu'un homme ; To- 
« pinron inf élevait de nouveau, Topiniôii pou- 
ic vait m'abattre de même; et, a côté dç ce pérU^ 
'm qu*av^is-*jeà^ gagner? 

« Mais autôiir de nous, je reviens a celle-là 
fr surtout, à l'Angleterre; Quelles pouvaient être 
k ses craintes, ses motifs, ses jalousies ? on se 
<c lé detaandé en viaîn. Avec notre constittttion 
« nouvelle, nos deux Chambres,- n'avions nous 
« pas désormais edibrassé sa rdiglbn? N'est-ce 
ce donc pas là un moyen sûr de noifô enti^ndre, 
•c de faire désormais cause commuiie?Lëà capri- 
« ces, les passions des gouvernans une fois en- 
ce chaînés, les intérêts des peuples marchent sans 
;« obstacles dans leur route naturelle. Qu'on 



(TrfarH 1816) DE ^AÏNTE^HÉLENE. à7Ô 

« l'egarde les négociàns des nations opposées : 
« ils continuent de s'entendre et de faire leurs 
« affaires, Hen qtié leurs goiivernemens' giler- 
« royent. Les d^ux peuples en étaient arrives là; 
fc Grâce à leurs parlemèns respectifs • cliacuu fût 
« devenu la garantie dé râutréj et saurà-t-oA 
« jàmaii» juiàqti'à quel point poiivait se porter 
^ rùnion des deux pfeuples, et celle dé leui*l5 
^ inte'rêts ; les combinaiàoîis nouvelles qu'il 
« ëtait possible de mettre en œuvre? Ce qu'il 
« y a de certain, c'est qu-avec re'iaWissement 
«de nos Chambreset de noire constitution , les 
«ministres d'Angletetrre ont tediu daiis( leuf 
« mains la gloire et la prospe'rité de leur patrie^' 
tt les destine'es et le bien-être du nionde. Si 
<c j'eus.se battu Tàrm^ê anglaise et gagne ma 
te dernière bataille , j'eusse cause' un grand et 
« heureux e'tonnement : le lendemain je pro- 
« posais la paix, et pour le coup c'eût été moi 
« qui aurais prckligué lès avantagés à pleine:^ 
<c mains. Au lieu de cela, jpéùt-êtrè les An- 
<i glais seront-ils réduits à pleurer un jour d'à- 
« voir vaincu à Waterloo !î! 

<^ Je le^ répète, les peuples et les rois ont 
te eu tort; j'avais retrenipé les trônes j j'avais 



380 MÉMORIAL (lUrs 18.6) 

te renwjçé la noblesse iuoffensiTe; elles trônes 
« et la noblesse peuvent sa trouver de noti- 
ce veau en periL J'avais consacre , fixe' les limi- 
« tes raisonnables des droits des peuples , et 
« les réclamations vagues, absolues^ et immor 
« derëes, peuvent renaître; » 

« Mon retour et mon maintien sur le trône., 
(c mon adoption franche > cette fois de la part des 
f( souverains, jugeaient définitivement la cause 
<c des rois et des peuples : tous les deux l'avaient 
« gagnée. Aujourd'hui on la remet en quesr 
« tion : tous deux peuvent la *]perdre. On pou- 
« vait avoir tout fini , on peut avoir tout à re- 
« prendre; on a pu se garantir un calme long et 
fc assuré; commencer à jouir; et au lieu de cela, 
« il peut suffire d'une étincelle pour ramener 
« une conflagration universelle î Pauvre et 
« triste humanité !» 

Attaché comme je le suis aux paroles et aux 
opinions que j'ai recueillies de Napoléon sur 
son roc, et bien que parfaitement convaincu , 
persuadé, de toute leur sincérité, je n'en éprouve 
pas moins une jouissance indicible toutes les 
fois qu'une contre-épreuve vient m'en démon- 
trer la vérité; et je dois dire que je goûte ce 



(Ikri »6i6) DE SAIÎfTE-HÉLÈNÊ. 38 >| 

bonheur toutes les fois que je lencôntre les 
occasions de ces contre^preuves. 

On vient de lire le morceau remarquable 
ci-dessus, dans lequel Kapoléon exprime ses 
îdëes^ ses intentions, ses sentimens. Quels prix 
ces paroles, recueillies à Sainte-He'lène , n'ac- 
quièrent-elles pas en les voyant reproduites en 
Europe j h 2 mille lieues, par uû e'crivain célè- 
bre, qui lui-même^ avec une nuance différente 
d^opinîon, et dans un tout autre temps, les reçut 
de la même bouche ! Quelle heureuse circons- 
tance pour l'histoire! Je ne puis m'empêcher, 
du reste, de produire ici ce morceau de M. Ben- 
jamin Constant, soit à cause du mérite intrin- 
sèque des paroles, qu'à cause du poids qu'elles 
acquièrent du publiciste distingue qui nous 
les donne, et enfin aussi par tout le plaisir que 
jVprouve à les voir coïncider si bien avec ce que 
f ai recueilli moi-même sur un autre hémisphère.^ 
Ce sont les mêmes intentions , le même fonds de 
pensée, les mêmes sentimens. 

« Je me rendis aux Tuileries , dît M. Ben- 
jamin Constant , dans son ëcrit , je trouvai 
Bonaparte Seul. Il commença le premier la con- 
versation : elle fut longue} je ii'm donnerai 



382 MÉMORIAL (Mm iBit) 

qu'une analyse j car je ne mo propose pas de 
mettre en scène un homme malheureux, le 
n'amuserai point mes lecteuirs au dépend de la 
puissance déchue; je ne livrerai point à la cu- 
riosité malveillante celui <pie )'ai servi par iin 
motif quelconque, et je ne transcrirai de ses 
discours que ce qui sera indispensahle; mais, 
dans ce que j'en tçanscrirai^ je rapporterai ses 
propres paroles. 

« Il n'essaya de mfe tromper ni sur ^es vues ; 
ni sur l'état des choses. Il i^e se présenta point 
comme corrigé par les leçons de l'adversité 5 
il ne voulut point se donner le mérite de rêve-? 
:air à la liberté par inclination; il examina froi-^ 
dément dans son intérêt y avec une impartialité 
txop voisine de l'indifférence, ce qui était pos4 
isible et ce qui était préférable. 
. K I4 .nation, w^e dit-il, ^'est repQS^'e dpuze 
«( ans de toute agitation politique ;• 4$t depuis 
tK une année elle se repose de la guerre : ce 
« double repos lui a rendu un besoin d'activité.^ 
« Elfe veut-, ou- croit vouloir une tribune et 
«. de? assej?iblées : ellçs ne les a pas toujours 
çfi^. voulues. £lle s'est jetée à me^ pieds^ quand 
« je Suis arrivé au gouvernement J vous devez; 



(Mâfi isi$} DE SAINTE-HÉLÈNE. SSS, 

« TOUS en souvenir , vous, qui essayâtes de ropi^> 
« nion. Où ^tait yotre appui » yotee force? Nulle» 
« psurt. J'ai pris moins d'autorité f^ufi Ton ne> 
m m'iii^vitait à en prendre..... Aujourd'hui tout 
« est change Un goi^vememràt :fai}>le , gou^^ 
m traire aux intârâts nationaux» a donné à i^$ 
« intérêts rhahitude d'être en défefise et da 
m chicaner Tautorité. Le gp^t des constitua 
« tioQS, des débats, des haranguf Pilerait reye^ 
« nir^v** Cependant ce n'est (j^ I^ minqirité 
m cpiiletçut, nejoœy tro»pe* pas, 1^ peuple^ 
« ou si vous raimesb o^ie^j:, la I9u)titu4e, PQ 
« veut que 'mot j V9n3 ne Taveai; ]^ tçe cette 
m multi^de se pressant sur mes pas, se p)réçi5; 
« pitaut du haut des mon^gaas , ^'app^la^tt 
« me cherchsinli, me saluant. ♦ Axaa rept^rée de 

*ith^deiM4 JB. Cl Bonaparte iHÂtluît^pa grand prit 
à jrwvcr.qj^e kjah r«lx>«r n'avait pas^^té un moiiTcmeRt 
militaire. îe snis itâché de n'ayoir pas avec moi six pages 
qu'il avait écrites ou dictées à ce sujet , et qu'il avait soi** 
gu^^^e]7ÇIi(t tïQrrîg^es> Jl jm^e les» Tejq»}t4arSode ia copi-» 
»u»içfttipa.a»e4«. rapporté ici, Çl Cirait çpe je répon* 
a^ à lord Ç^tçJrei^ , f\\ wait x 4^0» ^ne]haraiig»e 

i^uivlement, attribué tout soa ^cçès à Va^pïM* : - ; - , 
^e T,aiilwt.Tien, écrire avwt qw d'éfre -^^ 99^1 « 

9^it j^jun d^^te qae^ je ^endai^ à la Fjraoce » }e^ m» 



«SJt - MÉMORIAL (««. iM) 

•r Canpes id, je li'àipas conquis, fat adminis^ 
• triais. Je ne suis pas seulement, comme on Ta 
(c dit> ^Empereur des soldats > je suis celui des 
« j)aysans, desiplébeiens , de la France.... Aussi, 
« mdilgj^é tout le passé, tous Toyez le peuple 
« revenir à moi :' il y a sympathie entre nous^' 
« Ce n'est pas cdnime a^èc les priviligiés; la 
e 'nôbtesi^e m'a servi , elle s'est lancée en foule 
« dans mes anti^cliambres; il n'y a pas de places 
*« qu'elle n'ait acceptées /demandées , sollicitées. 
^i^^i eu des Montmorencîj des NoaÛles, des 
u Rohans^j dès Bèaut^eau , des Mortsemart. 
éc Mais il n'yià jamais' eu analogie. Le cheval 
» faisait des xoûtbettes» il était bien dressé; 
•f mais: je le sëhtaîs frémit. Avec le peuple; 
it c'fest atitre-cÉtose: la fibre populaire répond 
« à la mienne; je suis sorti des rangs du peuple, 
«ma VQJi3Lf4git.sur.luie Voye^i ce» constrits, ces 
«.fib'de paysans j je ne les flattais pas, je les 

tèfiisat'à ' ije^ travail ;iet, en i8i5, je confiai l'esquisse 
qne.NtipbMdii'th^arait remise à nn de mes amis qui par 
fît pcmr l'Angleterre j d'oti j'ai négligé jusqu'à prés«»i* 
de la fa ÎTHB'rfe venir. H y avait beaucoup de chaleur tfes 
«tj^èâsibo^ brzafrès^inàiaf fortes; une grande rj^i<}itë 
dé pensife) et qcielquési trait» d'ùùe véritable éM^eucew 



/ 
/ 



fMirà i8i6) DE silNTE-HÉLÊNE. 385 

« traitais durement r ils ne m'entouraient pas 
« moins, ils n'en criaient pas moins vive TUm^ 
^pereUrl C-est qu'entre eux et moi il y a même 
« nature; ilsine régardent comme leur soutien, 
«leur sauveur contre les nobles..... Je n'ai cpi'â 
% faire un signe, ou plutôt de'tourner les yen* ,' 
« les nobles seront massacres dans toutes tes 
« provinces. Ils ont si bien manœuvre depiiis 

«c six mois! Mais je ne veux pas être le 1*01 

«c à^vine jacquerie. S'il y a des[moyens de gouver- 
« ner par une constitution, àlaboimelicure.:..' 

* J'ai voulu l'empire du monde j et, pour me 
•t l'assurer , un pouvoir sans bornes m'était 
•c nécessaire, tour gouverner la France seule; 
m il se peut qu'une constitution vaille mi^ux....* 

* J*ai voulu l'empire du monde , et qui ne l'aii- 
« tait pas voulu à ma place? Le monde m'invi- 
A toit à le re'gir : souverains et sujets se pre- 
« cipitaieht à l'envi sous mon sceptre. J'ai 
« rarement trouvé de la résistance en France; 
« mais . j'en ai pourtant rencontré davantage 
« dans quelques Français ojbscurset désarmés; 
« que dans tous ces^rcns, si, fiêl*s aujourd'hui de 

^n'avoir plus un homtaè populaire pour égal..-; 
Voyez donc ce qui vous semble possible: 






386 MÉMORIAi; [Vbn aaby 

« Apportex-moi yjo$ id^es. Des ékctions lilifes?, 
fc des dli3CussIons public[ues? de3 mimstres resr 
« ponsables? la liherte? je veux tout cela...» 
« La liberté de la presse surtout : Tetouffer 
« est absurde : je suis couvaincu sur cet article.,: 
« Je suis rhomme du peuple^ si le peuple veut 
« rëellemeut la liberté; je la lui dois; j'ai ra- 
te connu sa souveraineté', il &ut que je prête 
« l'oreille à ses volontés , mèmi à sescaprices* 
« Je n'ai jamais voulu l'opprimer pour mou plai« 
•c sir. J'avais de grands desseins : le sort en a 
fc décidé, je ne suis plus un conquérant, je ne 
« puis pl4is l'être. Je sais ce qui est possible 
« et ce qîi,i ne l'est pas) je n'ai plus qu'une 
« mission : relever la France et lui donner un 
« gouy^Fuementquiluiconvienne...* Je ne bais 
fc point la liberté; je l'ai écartée Wrsqù'dle 
Kobstruai:t ma route.; juùïb je la comprends^ 

« j'ai été nourri dans ses pêfiAées Aussi Heu 

« l'ouvrage de quinze années est détruit; il ne 
« peut se recommenqer* Il faudrait vingtâus.et 
fc 2 miUi^usd'homÊeies à sacrifier.... I>'ailleurs^ 
; fç^je désire ^ paix , et je ne J'obtiendrai qu'à 
' ft force de vi<;toires. Je ne veux pas VQUsdoir 
ic ner de fausses espériinces : p laisse dire qu'il 



/ 



U| Hari i8ift) DE SAINTE-HELÈPŒ. 387 

ni K y a des négociations : il n^y en a point. Je 
» 4c prévois une lutte difficile , une lon^e guerre. 
.« Pour la sputeQir il faut que la nation m'ap- 
#c pnie y mais en re'coinpense elle exigera de la 
m lib6xte ;elle enatira.«..La situation .est neuve, 
« Je ne demande pa&mi^us:~que d'éîrre éclairé, 
ic Je vieillis; l'on n'est plus à W5 ans ce qu'on 
/c. était à 80. Le xepos d'un Hoi constitution- 
fc nel .peut me convenir. H conviendra plus 
f j^Ar^ment encore à mon fils. » 

( Minerve française , 94* Uv. , tome VIII, 1 1** ieUre 
sur k^ cèntjoursj par M. B. Goisfstant. } 

MevcTcôi i3. 

L'Empereur a fait dire au Grand-Maréchal 
d'écrire à l'Amiral pour savoir si une lettre que 
lui^rNaipoléon, écrirait au Prince Régent, lui 
serait env-pyée, yers.?t Jieures, le sous-gouver- 
neur Skelton et sa femme ont fait demander 
k présenter leur? hommages à l'Empereur. Il 
Jes a reçus, les a menés promener d^ins jle jar- 
din et. les a fait ensuite monter ^n calèche avec 
Jui. Le temps avait été. forj brumeux toute la 
journée. Dans une éçlaircie, nous avons vu tout â 



388 MËMORIAL (Mari a^ 

coup une corrette ou frégate fort près entrant 
à pleines voiles. ' 

Jeudi 14. — Vendredi i5. 

Injarei l'Emperear et au prkxce de Galles. — Exécutioi 
de Ney« -— Eyasion de Layalette. ^ 

Nous avons reçu la réponse de l'Amiral. Aprèâ 
avoir coipmencé, selon son protocole ordinaire, 
par dire qu'il ne connaissait personne du nom 
d'Empereur à Sainte-Hélène, il marq[uaît qu'U 
enverrait la lettre de l'Empereur au Prince Ré- 
gent, sans doute; mais qu'il s'en tiendrait à la 
lettre de ses instructions, qui portait de ne 
laisser partir aucun papier pour T Angleterre, 
ju'il n'eut été ouvert. 

Cette lettre y il faut l'avouer, nous jeta dans 
une grande surprise : la partie desinstructîons 
citées par l'Amiral avait deux objets, tous deux 
étiaiïgers à Tinterpre^tation que lui donnait 
cet officier. 

Le premier était, au cas que nous fissions 
des plaintes, pour que les autorités locales 
pussent y joindre leurs observations, et que le 
gouveriiement , èii Angleterre, pût nous rendre 
justice plus prcnnptement , sans être obligé de 



(Mâfi i8id) DE SAINTE-HÉLÈNE. 38g 

renvoj(er dans l'île pour demaijder des ren- 
seignemens ultérieurs. Cette précaution était 
donc tout i fait dans nos intérêts. Le second 
objet de cette mesure était pour que notre cor- 
respondance ne pût être nuisible aux intérêts 
du gouvernement ou de la politique d'Angle- 
terre, Mais nous écrivions au souverain, au 
chef^ à l'homme même de ces intérêts et, de 
ce gouvernement J et sî quelqu'un conspiraijE 
ici, ce n'était pas nous qui lui écrivionsjmais 
bien celui qui' interceptait notre lettre, ou pré* 
tendait en violer le secret. Qu'on établît au- 
près de nous de» geôliers avec tout leur atti- 
rail,. sans le trouver juste, cela nou§ paraissait, 
posaible I. Mais que ces geôliers fissent réagir 
leur fonction , jusque. sur leur souverain même ; 
c'est ce qui. nous semblait n'avoir pas de nom ! 
C'était entacher celui-ci tout à fait de l'idée de 
Roi fainéant , ou de Sultan renfermé dans le fond 
du sérail ! C'était une véritable monstruosité 
dans nos moeurs européennes î . 

Depuis long -temps, nous avions pett ou 
point de rapport avec l'Amiral. Quelqu'un 
p^nsa que la mauvaise humeur peut-être avait, 
dictp sa réponse j un autre voulut qxi'il crain- 



SgO MÉMORIAL (iKart i8i6> 

gnît que la lettre ne renfermât des plaiàtés con- 
tre lui. Mais Tamiral connaissait trop bîeii FEm^ 
pereur pour ne pas sàyoîr qu'il ne s'adresserait 
jamais à d'autre tribunal qu'à celui deS natiohs. 
Moi qui saTais quel eût e'te' le sujet dé la lettre , 
j'en ressentais une plus Vive indignation. L'u- 
nique intention de FEmpereur ayait e'te d^em- 
ployér cette voie, la seule qui sembla conve- 
nable à sa digiiite', pour ëcrire à sa femme ^ et 
se procurer dfes nouvelles de son fils. Toutefois 
le Grand-Marechal repondit à l'Amiral qu'il 
outrepassait ou interprêtait mat ses instructions; 
qu'on ne pouvait regarder sa détermination que 
comme une monstrueuse vexation de plusjque 
la condition întpose'e étàiMrop'aû-dessoué de ta 
dignité de l'Empereur, aussi -bien 'que dé cèîlë 
du prince flé Gàlk^ , pour qu'il coiàServât 
la pensée d'écrire. . . 

Là frégate qiii vendit d'arriver étaft ta Spéjr," 
portatit les Journaux de l'Eufope jusqu'au Si 
décembre} ils contenaient l' exécution de l'in- 
fortuné maréchal Néy et l'évasion dfe Layalette.' 

Ney , disait l'Empereur , aussi mal attaqué que 
mal défendu, avait été condamné par la chambre 
des Pairs , en dépit d une capitulation sacrée, Otf 



(Hm rti6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 39i 

Tavait laissa exécuter , c'ëtait une faute de plus- 
ob: en avaitfart dès cet instant un martyr. Qu'où 
n^eût point pardonne' LaBéloyère, parce qu'on 
n'eut vu dans la clëmencé qu'une prédilection 
en faveur de la vieille aristocratie, cela se con- 
cevait j mais lé pardon de Ney n^eut été' qu'une 
preuve de la force du gouvernement et de la 
modération diï prince. On dira péùt-etre qu'ail 
fallait utL exemple? Mais le maréchal le deve- 
nait bien plus sûrement par un pardon, après 
avoir été avili par un jugement j c^était pour 
lui tïnê vérifabie mort morale q^ui luiôtait toute 
influence } et eependant le coup de l'autorité 
était j^orté^ le souverain satisfait et l'exemple 
âccoiîipli. 

Le refus de démenée vis-à-vis Làpalette, et 
son évasion, étai^it de nouveaux griefs tout 
aussi impopulaires, disait l'Empereur. 

K Maisleç SÂlt»» de Piirfi, observait l'Empe- 
c( reur, montraient les mêmes passions que les 
«c clubs, là noblesse recommençait les jacobins, 
«c L'Europe du reste demeurait dans une com- 
« plète anarchie; on y suivait hautement Ip code 
fc de l'immoralité politique; tout ce qui tolmbait 
« sous la main des souverains devenait bon 



393 MÉMORIAL (Mat» 1816) 

«t pour chacun d'eux. Au moins, de mon temps ^ 
« 4tai3-je le point de mire de toutes les recri- 
« minations de ce genre. Les souverains alors 
a ne parlaient que principes et vertus j mais 
a au jourd'kui, continuait- il, qu'ils étaient vic- 
ie torieux.et.sans frein, ils pratiquaient sans pu- 
« deur tous les torts qu'ils reprochaient alors 
« eux-mêmes. Quelles ressources et quel espoir 
« laissaient-ils donc aux peuples et à la morale? 
•c Nos Françaises du moins, observait-il j illus- 
« traient . leurs sentimens : M*"* Labédqy.ère 
« avait failli expirer de douleur; ces journaux 
« nous apprenaient que M"* iVi^jjr . avait donne 
« le spectacle , du dévouement Iq plus ooura- 
tt geux et le plus acharne. M"** jMi^alettè ^^^làiX 
« devenir l'he'roïne de l'Europe, etc., etc. , 

• Samedi 16. 

\ Con^unisi^on pour le Prince Régent. 

L'Empereur avait quitte' l'Encyclope'die bri- 
tannique pour prendre ses leçons d'anglais dans 
les Aniiual Registers. Il y a. lu l'aventure 
d'un M. Spencer-Smith, arrête à Venise, con- 
damné à se rendre à Valenciennes , et qui 



iUmiiM) DE SAINTE-^HELÈPfE. 89â 

s'ëcfaappa dans sa route. Ce doit être une chose 
tr^simple , disait TEmpercur , dont le narrateur 
aura fait une grande histoire. Cette affaire lui 
^tait tout à fait inconnue : c'était un détail de' 
police d une importance trop infi^rieure , obser- 
yait-il, pour que cela eût pu remonter juscju'â 
lui. 

Vers les quatre heures on ar présenté à l'Em- 
pereur le capitaine de la Spej qui arrivait 
d'Europe , et le capitaine dû Ceylan qui partait 
pour TAngleterre. L'Empereur ëtait assez 
triste, il ni'était pas bien ; l'audience du premier 
a été fort courte; celle du second eût ëtë de 
m&ne s'il n'eût réveille' l'Empereur en deman- 
dant si nous avions des lettres i envoyer en 
Europe. L'Empereur alors nv'a fait lui demander 
s'il verrait le Prince Régent ; sur son affirma- 
tion, j'ai e'té chargé de lui traduire que l'Em- 
pereur avût voulu écrire au Prince Régent; 
mais que , sur Tobservalion inouie de l'Amiral , 
qu'il ouvrirait cette lettre, il s'en était abstenu 
comme d'une chose contraire à sa dignité et à 
celle du Prince Régent même. Qu'il avait bien 
entendu vanter les lois d^Angleterrej maïs qu'il 

n'en apercevait le bénéfice nulle partie qu'il ^1^ 
2. ^5 



39)^ MEMORIAL (MarsiSiS) 

lui restait plus qu'à attendre, qvik désire^ rni 
bourreau; que l'agonie qu'on lui faisait éprou- 
ver était inhumaine y barbare; qu'il eût été plus 
franc, plus énergique de lui donner la mort. 
L'Empereur m'a fait répéter au capitaine qu'il 
voulût bien se charger de ces mots , et l'a congé- 
dié; celui-ci était très-rouge et fort embarrassé. 

Dimanche 17. 

Esprit de l'île de France. 

Un colonel anglais, arrivé du Cap et venant 
de l'île de France , vint dans la matinée s'a- 
dresser à moi pour tâcher de pouvoir faire sa 
cour à l'Empereur. L'Amiral n'avait accordé à 
son vaisseau que deux ou trois heures dans la 
rade. Ayant obtenu que l'Empereur voulût bien 
le recevoir à quatre heures, il m'assura qu'il 
préférerait manquer son vaisseau plutôt que de 
perdre une telle occasion. L'Empereur n'était 
pas très -bien, il avait passé plusieurs heures 
dans son bain; à quatre heures il reçut le 
colonel. 

L'Empereur lui fit beaucoup de questions sur 
rile de France, cédée depuis peu aux Anglais: 



(Mars i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 395 

il paraiit que sa prospérité et son^ commerce 
souffrent du changement de domination. 

Au départ du colonel^ reste seul avec TËm- 
pereur.dans le jardin, je lui ai raconté que sa 
personne semblait être demeuréebien chère aux 
habitons de l'île de France j que le colonel m'a<- 
vart dit que le nom de Napoléon n*y était pro- 
nonce qu'avec attendrissement. Lorsqu'on y 
apprit sa sortie de France et sa venue à Ply- 
mouth, c'était précisément un grand jour de> 
fête dans la colonie; le spectacle devait être tout 
à fait remarquable; la nouvelle étant parvenue 
dans le jour, le soir il ne parut pas tin seul 
colon au théâtre , soit blanc ou de couleur : il 
n'jreut que des Anglais, qui en demeurèrent 
embarrassés et fort irrités^ L'Empereur m'écou- 
tait. ce C'est tout simple,* m'a-t-il dit, après 
ce quelques momens de silence : cela prouve que 
ce les habitans de File de France sont demeurés 
<c Français : je suis la patrie y ils l'aiment : on l'a 
« blessée en moi; ils s'en affligèiit. » J'ajoutai 
que le changemeût de, domination gênant leurs 
expressions, ils n'osaient pas porter publique- 
ment sa santé ^ mais qu'on n'y manquait pourtant 
jamais, disait le coloûol; on buvî\iti /w/ ce 



398 MÉMORIAL (Mart tSi6) 

mot hii cteiit consacre. Ces détails le touchaient, 
«t Pauvres Français ! a-t-il dît avec expression. 
« PâUvre peuple ! Pauvre nation ! Je méritais 
ce tout cela , je t'aimais ! Mais toi , tu ne meri- 
« tais pas , assurément , tous les maux ([ui pèsent 
« sur toi ! Ah ! qae tti méritais bien qu'on se 
« dévouât pour toiî Mais il faut en convenir, 
ce que d'iufamie, de lâcheté et de dégradation 
c< j'ai eu autour de moi ! » Et s'adressant à moi 
il ajouta : ^ Et je ùe parle pas ici d^ vos amis du 
« faubourg Sàiut-Gè^ttnaiu j car , pour eux, c'est 
et encore une autre question, » 

Il nous parvenait souveut des tfaits et des 
itaats qui, pareils à ceux dejl'île de France, 
étaient propres à remuer la fibre du cœur : l'île 
de r Ascension , dans notre voisinage , avait tou- 
jours été déserte et abandonnée; depuis que 
nous sommes ici , les Anglais ont cru devoir y 
faite un établissement. Le capitaine qui en a 
été prendre possession , nous dit, à son retour, 
qu'il avait été fort étonné en débàt-quant de 
trouver sut le tivagè : P^ù^e à jamais le grand 
Napoléon. 

Dans lès derniers journaux qui venaient de 
ïiou* arriver, parmi plusieurs traits ou jeui de 



<Mar. ,ai6) DE SAINTE-HÉLÈNE. ««T 

mots bienmliaxis , il se trouya^it , ^en plusieurs 
langues^ ^uiç Paris jje serait heuxeux que quand ^ 
jOM lui au3Ît vendu $aa Hélène : c'était quel- 
ques goûtes de miel dans notr^ cpup^ d'al>$intli6. 

Lundi i8. — Mardi 19. 

S«s inteiUioiis sur Eome» »- Horrible nourritorei. — ^ 
BritannicDS. 

^l'Empereur est monté k cheval siir les bttit 
libres.. Il y gyait bien li^-t^jpips qu'il s'en 
^taijt abstenu: le défaut d'espace à parcourir en 
est La cause. $a saute en soui^ra visiblement, et 
l'on doit s'e'tonuer que le npianque d'ej^ercice ne 
M^it pas plus nui^ble encx^re à >çeltii qui en 
j^rfinait jourXMelleinent de si yiolens. Au retour, 
l'EmperfSiur a dejeûnë dehors 3 il xiows a tous 
retenus* Après le déjeuner , 1^ conyers^Ltioi^ est 
tombée mr Mierçuhnum ef P^mpeïa, le phé- 
nomène et l'époque de leur destruction , le 
|;çmp$ et les hasarda de leur découverte mo- 
4erliLe> les nioau^ieus ^ les curiosités qu'ils 
90US ^mt^buruirs depuis. L'£jnpereur disait que 
M KoMie fM te^té^ soussadomination» «lie fut 
^orbe de s^ ruiner : il se proposait de la net- 
toyer de tous ses décçko^bres; de re&taufer tout 



N 



398 MÉMOKIàU (Muts.iffifî) 

ee qui eût été possible^ etc. Il ne doutait pas 
que le même esprit s'étendant dans le voisinage, 
il eût pu en- être en quelque sorte de même 
d'Herculanum et^de Pompeïa. 

Le déjeuner fini, TEmperexir a envoyé' mon 
fils chercher le volume de CreVier qui ren- 
ferme cet événement, et il' nous Ta lu, ainsi 
que la mort et le caractère de Pline. Il s'est 
retiré vers midi pour prendre du repos. Sur les 
six heures, nous avons fait, en calèche, notre 
course d'habitudev L'Empereur avait fait mon- 
ter avec lui M. et M»* Skelton, qui étaient 
venus lui faire visite. 

Au retour, TEmpereur, éhassé du jardin 
par rhumidité, a été voir le général Gourgaud, 
qui se rétablit rapidement. Après le dîner, en 
quittant la table et rentrant dans le salon, nous 
n'avons pu nous empêcher de revenir sur le 
repas que nous venions de faire; rien à la let- 
tre n'avait été mangeable : le pain mauvais, le 
vin impotable, la viande dégoûtante et mal- 
saine : on est obligé d'en renvoyer souyent j on 
tient, malgré les reprësentations, à nous la four- 
nir tuée , parce que c'est le moyen de nous faire 
passer les animaux morts. L'Empereur, choqué 



(MBfsm6) DE SAÏNTE-HELENE. 399 

de ce tableau, n'a pu s'empêcher Ae dire ayec 
chaleur : « Sans iioute il est bien des individus 
« dans une condition physique pire encore ; 
« mais cela ne nous ôte pas le droit de Juger 
a la nôtre, ni les traitemens infâmes dont on 
« nous entoure ! Les mauvais procédés du gou- 
tt vernement anglais ne se sont point bornés à 
(K nous envoyer ici, ils se sont étendus jusqu'au 

.« choix des individus auxquels on a remis nos 
« personnes et nos besoins ! Pour moi je souf- 
«( frirais moins, si j'étais sûr qu'un jour quel- 
ce qu'un le divulgât à l'univers, de manière à 
<c entacher d'infamie ceux qui en sont coupa- 
« blés! Mais parlons d'autre chose, a-t-il dit^ 
«c quel jour est aujourd'hui? — Quelqu'un a 

- « dit : le 49 mars. — Quoi, s'est-il écrié, la 
M veille du 20 mars ! Et après quelques secon- 
« des : Mais parlons encore d'autre chose. » Il 
a envoyé chercher un volume de Racine : il a 
d^abord commencé la comédie des Plaideurs; 
mais après une ou deux scènes , il nous a lu Bri- 
tamiicus. La lecture finie et le juste tribut d'ad- 
miration payé, il a dit qu'on reprochait ici à 
Racine un dénouement trop prwnpt; qu'on ne 
pressentait pas d'assez loin rempuisonnement de 



koe UÉMORIAL ( Va» iM ) 

BritaBnicttS. Il a fort loue la vëjritB du caractère 
de Narcisse , obseirvant que c'était toujours en 
blessant ramouir propore des princes qu'on in- 
fluait lé plus sur leurs determinatûms. . 

Mercredi 2d. 

20 mars. -— Cionches de llmpératrice* 

Après le dîner, un de nous a observe à VEm- 
pèreur qu'à pareil jour, à pareil moment, il j 
avait un au (20 viars), il était moins isolé, 
moins tranquille. « Je me metta^is à table aux 
«c Tuileries, di^it l'Empereur. J'y étais par- 
« venu ^vec difficulté » je renais d^ courir 
« au moins les dangers d'un^ bataille, n. En 
effet 9 il avait été saisi, en arrivant, par plu- 
meurs millions d'obiers et de, citoyens; on se 
l'était arraché; il n'était pas monté au çh|lteau, 
on l'y avait porté;, et bi^i^ p^u^ dans le tumulte 
de quelqu'un qu'on va déchirer, que-dans l'or- 
dre* et le respect de celui qu'on veut honorer. 
Mais c^était le.sçptimçnt et l'intei^tion qu'il 
fallait juger ici ; c'était de l'enthousiasnQke et 
de l'ainour jusqu'à la rag« et au délire. 

L'Empereur a ajouté qu'il était à croiire que 
plus d'une personne en parlerait ce soir en Eu- 



(ll»j iMy DE SAiNTE-HÉ|.ÉNE. «04 

rep€, et qu'«ti dëpit de toute surteillance, il 
se viderait bien des bouteille^xu soa inteution. 
La conyeisatipn est ensuite tonxbee sur le 
Roi de Rome; ce jour était jl'anniyersair^ 4^ 
sa naissance; TEmpereur comptait qu'il avait 
cinq ans. Il est passe de là aux couches de l'Im* 
pératrice , et semblait se complaire à se yan-* 
ter d'àyoirëtë, dans cette circonstance,^ disait- 
11 9 aussi bon mari que qui que ce fût au monde : 
il promena constamment Tlmpëratrice toute la 
nuit; nous en sayions quelque chose, nous qui 
étions de la maison; nous ayions ëtë convoques 
tous au château des dix heures du soir; nous 
y passâmes la nuit entière; les cris arrivaient 
parfois jusqu'à nous. Vers le nmtin, Taccou- 
cheur ayant dit à rEmpereur que les douleurs 
avaient cesse et que .cela pourrait être long en- 
core, l'Empereur fut «e mettre au bain, et L'on 
nous congédia, en nous prévenant de ne pas 
nous écarter de chez nous. H n'y avait pas 
Ji<mgrtemps que TEittpereur était dans le bain, 
que les douleurs reprirent, et que l'accoucheur 
yint> la tête perdue, lui dire qu'il éteiit le plus 
malheureux des hommes, que sur miUe cou- 
ches qui arrivaient d^UQis Paris ^ il ae s'en pré^^ 



^0% MÉMORIAL (Ii>r8i8i6} 

«que je iai5 Iiiiperttjricé, me tuicrifieira-t-ôh ! » 
£lle est convenue depuis, arec TEmpereur, 
que cela avait ete réellement sa crainte. Enfin, 
on la délivra. Le péril avait été si grande que 
toute l'étiquette y dit FËmper^iur, qui avait été 
recherchée et arrêtée à ce sujet, fut mise de 
côté, et l'en&nt j^osé à Técart sur le plancher, 
pendant qu'on ne s'occupait uniquen^ient que de 
la mère j il y demeura plusieurs instans,^et on 
le croyait mort : ce fut Corvi&art qui le y^va, 
le frotta et lui fit pousser un cri , etc. 

Jeudi 21. — Vendredi %2. 

Conjaratioi^ de Catiliaa. — les Gracc|nes. — Les histo- 
riens. —* Sommeil durant la bataille. — r César, sea 
Commentaires. "— Des divers systèmeB 'militaires. 

L'Empereur eat monté à cheval de fort bonne 
beure; nous avons fait le tour des limites dans 
plujsieurs directions* C'est durant cette pro- 
menade que l'Empereur prend à présent sa 
leçon d^anglais : je marche à côté de lui : il fait 
d^es phrases îUglaÂses «que j£ traduii^ mat à mot 
à mesure qu'il les prononce; oe qui hà fait 
voir qu il est entendu ou le met à même de se 
corriger. Quand il a fini la phrase^ j« la lui 



(Miff im\ DE SAINTE^HELËNE. «05 

répète ea anglais^ de manière i ce ^u'i) V^n'^ 
tende bien à sdn fôar^ 'ee q&t $ext k Im tùv^ 
m^t l'oreille*/. . . 
Anjourd'boi l'Ëâiperenr Ifôsiity daiig Thistbire 

Tait Jia compcendre telle qu'elle est tmc^e} 
« Qtielqite scélérat queSiUZ Catîlina, ebsérVaît^il^ 
* il jcLeTait aTodr iln abjet ^ee^ie pouvait être 
9 celnl de gouvetnte dan^ Rome , puisqftt'on Ini 
« jyeprochait.daVpiMM^ainjTmptia'e lefieu ^ut: 
« quàtrecoina/ J9 i^'Enipa^eiur pensait qnt ifé^ 
tafti^ltttét qnelcpie nonTelle feâtiim à la fe^oiy 
de Marias et de %lla ipxi^ ^yzvÀ ifahoui^y avait 
accumule $ur ^on chef toutes les àcdusationa 
banales dont on les accable en pareil caâ» Qûel-^ 
qu'un alors observa à l'Empereur ^ue c'est ce 
qtâ lui serait in&illiblementarnYé ai lifi^mêine^ 
s'il e4t succombe en vendàniaire^ em ttvMÛàôr 
ou en bruiAaii»^ aivant d'awDÎfiieclacre'dluti' si 
giand; Inatre Un bjomon ^rgi de iiôagea* 

Les^Gracqueft . lui in^irdfenC>J Mfen^ d-âutre» 
doutes j hï09i d'autres aoopçons, lesquels^ dissiit^ 
Il ^ devenaient presque dés cet^titu^èes qfaattd on 
s'était trouvé . dans . lea affaÂMS de lîos^' iours. 
« L'Mstoire > abservait41> p^ësente en résultat 



>e6 MÉMORIAL icm^siBiÎ?) 

« les Gracques coouiie des sëditieux , des i^yo* 
tt lutioimaires » des scélérats} et dans les détails 
« elle lai^^ échapper qu'ils avaient dès vertus, 
fc qu'ils étaient donix y ;désiiiiëressés, de bbniies 
<c ^œurs; çt jphîb:ik'éta»eiit les fils^ de l'illttstre 
« Cornélie; ceiqui , poî;r les grands cœurs y dent 
«être tout d'aI)Qrd une forte présomption en 
« leur faveur. D!ott pouvait donc venir un tel 
« conti^aste? Le voici ^ disait r&nperdoir ? c'est 
«( que les Grauques s-âatent généreusement âé^ 
« voués pêHmr les droits do peuple opprkné/ con« 
« tre un siénafr. oppresseur, et que lletir grand 
<t talent ^ leur beau caractère mirent en péril une 
«. aristocratie férœe qui triompha y les' égorgea 
« et les flétrit» Les historiens 'du partSi les ont 
K transmis avec cet esprit» Sous les Empereurs 
u iia fallu conitinuÊrj leseûlniot^b&tdmës^ 
«I Jxeuplë sous un maître desp(nique était im 
u blaàphêmé , uu:>wâi: ciiixier; Pèuà^tasd il en a 
c< été de mime hàe^ la féodalité ^ iourtnilièr^'de 
« pjetit&despétQSriYoïlàlâfktilitésan^doutede 
« la ihéoiotra ^s^ Gra^xpies c lemiÀs V9rtù$ ni^ont 
« donc . lamais; cesse'), ;d[|in5 la suite dEés ' sîèélei^V 
ce d'êfre des'.erônefi^ maisi aujourd'hui* l{UWec 
« nc^ iumièfMnôaqptmi:sommès ariséit'^ i^i^ 



(Mar«i8t6) DE SAINTE-HÉLÈNE. WT 

« sonner , les Oracques peuvent et doivent 
« trouver grâce à nos yeux* 

^ Dans cette lutte terrible de l'aristocratie 
« ettle la démocratie qui vient de se renou^e- 
<c 1er de nos jours; dans cette exaspération du 
te vieux terrain contre l'industrie nouvelle qui 
« fermente dans toute l'Emope, nul doute que 
« si l'aristocratie triomphiait par la force, elle 
«c ne montrât partout beaucoup de Gracques^ et 
ce ne les traitât à l'avenant tout aussi bénigne- 
« ment que l'ont fait leurs devanciers. » 

L'Empereur ajoutait qu'il était aisé de voir 
du reste qu'il y avait lacune chez les auteurs 
anciens dans cette époque de rhistôire; que tout 
ce que nous en présentaient les modernes n'était 
évidemment formé, que dé grapUlage. Puis il 
revenait sur les reprocbes déjà faits au bon Rot- 
lin et à. son élève Crévier: ils étaient tous deux 
sans talent, sans intention, sans couleur. U fal- 
lait convenir que les anciens nous étaient bien 
supérieurs sur ce point; et cela parce que chez 
eux les hommies .d'état étaient honunes de lettres ; 
et les hommes de lettres hommes d'état; ilsiacn 
cumulaient les professions ,. tandis que nous les 
séparons d'une nmuière absolue* Cette division 



ft06 MÉMORIAL (Man t8i6} 

fameuse du tr^rail, qui, chez nous amène la 
perfection des ouvrages mécaniques, lui est tout 
à fait funeste dans les productions mentales : 
tout ouvrée d^esprit ei^t ^'autant plu» supé- 
rieur, que celui qui le produit ^est plus uniyer*- 
seL Nous devons à l'Empereur d'avoir cherché 
à établir ce principe en employant souvent 
les mêmes hommes à plusieurs objets' tout à fait 
étrangers entre eux; c'était son système. Un 
jour il nomma, de 'propre mouTement, un de 
ses Chambellans pour aller en Illyrie liquider 
la dette autrichienne : c'était un objet considé- 
rable et fort compliqué; le Chambellan, jusque- 
là étrauger à toute affaire , en frémit, et le mi- 
nistre , privé de cette nomination et mécontent, 
se hasarda de représenter à l'Empereur que sa 
nomination étant tombée sur quelqu'un d'en- 
tièrement neuf, il était à craindre qai'il ne sut 
pas s'en tirer. « J'ai la main heureuse,. Mon* 
« sieur, fut sa réponse; ceux sur qui je la pose 
« sont propres à tout, s 

L'Empereur continuant sa critique condam- 
nait aussi beaucoup ce qu'il appelait des niai- 
series historiques , ridiculemeikt exaltées par 
les traducteurs ^ les consnentateurs. Elles 



(Mars i8i«) DE SAiNTE-HÉLENE. JfOg 

prouvaient dans rorigine , disait-il, des histo-* 
rieni^ qui jugeaient mal des faomjn^ et de leur 
situation. « C'était à tort, par exemple, obser- 
« yait-il , qu'ils vantaient si haut la continence 
« de Sçipionj et s'extasiaient sur le calme. d'A*» 
<c lexandre, de César et d'autres, pour avoif 
<c dormi la veille d'une bataille. ïl n*y a qufùn 
xf moine } disait^il, privé dà femme,: doiitr de 
fç visage s'en}umine à leur^ul' n^tn ^ qiJL ^tnnljl 
ce à leur approche derriè]?e ses b^i^eaux^* qid 
« puis&e faire un grand mérita à Sçipion de «t'a- 
« voir pas violé celle que le ha^rd mettait len 
fc son pouvoir, qu^nd 11 ea avait jba^t.d'auti^ési 
ce sa libre disposition : autant vallàit. qiu'nn 
ce affame lui tîijt aussi grand xxsnsi^te d'hêtre 
ce passé tranquillement à côté d'une tablié bieti 
« servie ^a^s js'etee rué deèeuS. -Quant à avoir 
€< doi?ini au moaientd'ufte bataille , il jï'est pôidt, 
« as&uraitrily de nos soldats; de nosr^n^àjanx 
. « qui niaient Tepété vingt fois xieJte merv>eiile ; 
« qtîtoU-t le\u' bççQÏsmé n'était guère ique dans 
«^iafeti^u/fe delà veiUe.^>i' = ; • 

A oela 1^ Qmpd-M^réchal a* ajouté (]fu'i;l.porf- 
Tait dire avoijF. vu , lui , Bîapoleoin diirmir , nonî- 
seuL^in^nt la veille de là bataille, mai^ diipant 
2, ^ . ' 26 



M MÉMORIAL { Mars ii»,6) 

la bataille même, u II le fallait biep, disait 
ft TEmpereur : quand je donnais des batailles 
« qui duraient trois jours , la nature devait 
« aussi avoir ses droits; je profitais du plus petit 
« instant, je dormais où et quand je pouvais. ^ 
L'Empereur avait dormi sur le champ de ba^- 
taille de Wagram et de Bautzen, durant le 
combat même, et fort en dedans de la portée 
des boulets. Il disait sur cela qu'indépendam- 
ment de l'obligation d'obéir à la nature, ces 
sommeils offraient au chef d'une très*grande 
armée le précieux avantage d'attendre, avec 
calme, les rapports et la concordance de toutes 
ses divisions, au lieu de se laisser emporter 
peut-être par le seul objet dont il serait le 
témoin. 

L'Empereur disait encore qu'il trouvait dans 
Rollin, dans César même, des circonstances de 
la guerre des Gaules qu'il ne pouvait entendre. 
Il ne comprenait tien i l'invasion des Helvétieus y 
au chemin qu'ils prenaient , au but qu'on leur 
donnait j au temps qu'ils étaient à passer la 
Saône, à la diligence de César ^ qui avait le 
temps d'aller en Italie chercher des légions 
aussi loin qu'Aquilée, et qui retrouvait les 



(Marsi8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. Mi 

envahisseurs encore à leur passage de la Saône^, 
etc.. Qu'il n'était pas.pltis facile de compren- 
dre la nïanière d'établir des quartiers d'hiver 
qui s'e'tendaient de Trêves à Vannes. Et comme 
nous nous récriions aussi sur les travaux im- 
menses que les généraux obtenaient de leurs 
soldats : les fossés, les murailles, les grosses 
tours, les galeries, etc., l'Empereur obser- 
vait qu'alors tous les efforts s'employaient en 
confection et sur les lieux mêmes; au lieu que 
de nos jours, ils consistaient dans le .transport. 
Il croyait d'ailleurs que leurs soldats travail- 
laient en effet plus que les nôtres. Il a le projet 
de dicter quelque chose là-dessus. 

ce Du reste, contimiait-il , l'hiçtoire ancienne 
ce est longue , et le système de guerre changeait 
ce souvent. De nos jours, il n'est déjà plus celui 
« du temps de Turenne et de Vauban. Au- 
« jourd'hùi, les travaux de «ampagnes deve- 
cc naient inutiles; le système même de nos pla- 
« ces était désormais problématique ou sans 
(( effet; l'énorme quantité de bombes et d'obus 
c< changeait tout. Ce nétait plus contre l'hor 
ce rizontal qu'on avait à se défendre j mais contre 
cela courbe et la * déycloppce. Aucune des 



MZ JVIËMORIAL (BUrsiSiS) 

« plac^ anciennes n'était désonnais à Tabri: 
« elles cessaient d'être tenables; aucun pays 
K n'ëtait assez ridue pour les entretenir. Le 
m revenu de la France ne pouvait suffire à ses 
« lignes de la Flandre; car les fortifications 
« exteneures n'étaient guère aujourd'hui c[ue le 
« quart ou le cinquième de la dépense néces- 
« saire; les cas^nates, les magasins /les établis- 
« semens à l'abri de la bombe, voilà désormais 
« ce qui était indispensable, et ce à quoi on ne 
« pourrait suffire. » L'Empereur se plaignait 
surtout de la faiblesse de la maçonnerie ac- 
tuelle; le génie avait un vice radical sur cet 
ebjet, il lui avait coût^ des sommes immenses 
en pure perte. 

L'Empereur, frappé de ces vérités nouvelles, 
avait imagiué un système tout à fait au rebours 
des axicmies établis jusqulcî : c'était d'avoir un 
calibre de gros échantillon poussé en dehors de 
la ligne magistrale vers l'ennemi , et d'avoir 
cette ligne magistrale elle-même, au contraire, 
défendue par uiie grande quantité de petite 
artillerie mobile j par-là, l'ennemi était arrêté 
court dans son approche subite : il n'avait que 
des pièces faibles . pour attaquer des pièces 



<Mars i8i6j DE sainte-héijène. m 

fortes ; il était dominé par ce gros échantillon^ 
autour duquel tes ressources de la place /les 
petites pièces 7 Tenaient se grouper ou même se 
portaient au loin en tirailleurs, et pouvaient 
suivre tous les mouvemens de l'ennemi par leur 
facile mobilité. Il fallait à Tennemi dès-lors 
de l'artillerie de siège ^ il devait ouvrir la tran- 
chée y on gagnait du temps, et le véritable objet 
de la fortification éta^t accompli. L'Empereur 
a employé ce moyen avec beaucoup de suc- 
cès, et, an grand étonnement des ingénieurs, 
à la défense de Vienne et à celle de t)resde : il 
voulait l'employer à celle de l^àris, qu'il ne 
croyait défendable que de la sorte; mais du 
succès duquel il ne doutait nullement, etc.*.. 

Samedi ^3 au mardi ^6. 

Jouraées de Long^ood, etc« — Procès de Dronot. ^ 
Jagèmens militaires. -*- Soult* •— Masséna. — Cama- 
rades de TEmpereur dans l'artillerie. — L'Empereur 
croyant son nom inconnu ^ même dans Paris ^ k quet» 
ques-ans. 

Ces matinées furent en partie d'un très-maii* 
vais temps ; de ces pluies battantes qui nous 
permettaient à peine de mettre le nez dehors* 



»U MÉMORIAL (Mars 1816) 

]j'Ëmpereur a .parcouru l'ouvrage d'une nU-^s 
Wittam, sur le retour Ae l'île d'Elbe : il 
venait de. nous arriver d' Angleterre. Il en a 
été bientôt dégoûté, et il devait l'être : cette 
production est tout à fait méchante et menson- 
gère} c'est le recueil et l'écho des bruits qu'i- 
maginèrent ,- dans les temps, les salons mal- 
vaillans de Paris. 

Quant à nos soirées , il nous importait peu 
le temps qu'il faisait, qu'il plût ou qu'il fît 
beau clair de lune; dès que la nuit appro- 
chait , nous nous constituyons littéralement 
' nous-mêmes de vrais prisonniers. Vers les neuf 
heures, on nous entourait de sentinelles; c'^eût 
été une douleur que de les rencontrer. Ce n'est 
pas qu'accompagné de l'officiey anglais préposé 
à nôtre surveillance, l'Empereur et nous-mêmes 
n'eussions pu sortir plus tard; mais c'eût été 
pour nous un supplice plutôt qu'un plaisir , et 
c'est ce que cet officier ne pouvait concevoir. 
H laissa deviner dans le principe qu'il imagi- 
nait que la mauvaise humeur seule dictait cette 
réclusion, et qu'elle aurait bientôt une fin. Je 
ne sais ce qu'il aura pensé de notre constance. 

L'Empereur, conune je crois l'avoir déjà dit, 



(BOUTS i9i6) DE SAINTE-HÉLÈNE: 815 

se mettait à table assez régulièrement à huit 
liçures ; il n'y demeurait jamais une demi- 
heure, parfois à peine un quart d'heure. De 
retour dans le salon, quand il ^tait souffrant 
ou silencieux , nous avions toutes les peines du 
inonde à atteindre 9 heures et demie ou 'lO 
heures; ce n'était même qu'à l'aide de quelques 
lectures. Mais quand il avait de la gaîtë ou 
s'abandonnait à la conversation, nous arrivions 
^n un instant jusqu'à onze heures et au-delà ; 
c'étaient nos bonnes soirées. H se retirait alor^ 
avec une espèce de satisfaction d'avoir, disait- 
il, conquis le temps. Et c'était justement ce$ 
jours-là, lorsque nous avions le moins de mé- 
rite, qu'il observait qu'il fallait tout notre cou-? 
rage pouri»upporter une pareille vie. 

Une de ces soirées, 1^ conversation fut suit 
les procès militaires qui s'instruisent, aujour- 
d'hui en France. L'Empereur ne pensait pas 
que \q général Drouoti^vA être condamné pour 
être vçnu à la suite d'un souveraiu reconnu ^ 
faisant la guerre à un autre. A cela quelqu'un 
disait que ce que l'on trouvait ici sa justifi- 
cation, devait être son plus grand péril au juge- 
ment de la légitimité. 



MB , MÉMORIAL" {Mârsi8i«) 

L'Enîpereur convenait en effet cjn'il n'y avait 
rienàTcpondre à la doctrine mise en avant au- 
jourd'hui. Dun autre côte, cependant, en con- 
damnant le gene'ral Droiiot , l'Empereur disait 
que Ton condamnait l'émigration, et légitimait 
les jugemens contre les emigre's. Les doctrines 
républicaines punissaient de mort quiconque 
portait lei armes contre la France; il n'en e'tait 
pas ainsi de la doctrine royale. Si l'on adoptait 
ici la loi républicaine , l'e'migration et le parti 
royal se condamnaient eux-mêmes. 

Du reste, en thèse générale, le cas de Drouot 
e'tait même bien différent de celui de Ney j et 
puis il y avait eu en Ney une vacillation mal* 
heureuse qu'on ne retrouvait pas dans Drouot. 
Aussi l'intérêt qu'on avait porté a Ney ne tenait* 
il qu'à l'opinion : celui que faisait naître Drouot 
tiendrait à la personne. 

L'Empereur a continué sur les dangers et les 
embarras des tribunaux et de la justice dans 
toute l'affaire du retour de l'île d'Elbe. Une 
circonstance particulière surtout le frappait à 
l'extrême , c'était la situation de Soulâ^ qu'on 
nous disait en jugement. Lui, Napoléon, ga- 
vait , disait-il , jusqu'à quel point Soult était 



(Mar« 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. %M 

innocent , et pourtant, sans cette circonstance^ 
lui^ Napoléon, s'il e'tait particulier et jure, il 
est hors de doute qu*il ne le déclarât coupable, 
tant les apparences se reunissaient contre lui. 
Ney , dans -«a défense, par un sentiment dont il 
est difficile de se rendre compte, fait dire faus- 
sement à TEmpereur que Soult e'tait d'accord 
avec lui. Or, toutes les circonstances de la con- 
duite de Soult, pendant son ministère, la con- 
fiance de TEmpereur après son retour, etc.. 
s'accordent avec cette disposition : qui donc ne 
le condamnerait pas ? « Pourtant Soult est in- 
cc nocetit , disait l'Empereur : il m'a même con- 
« fesse' qu'il avait pris un pencliant re'el pour 
ce le Roi. L'autorité' dont il jouissait sous celui- 
« ci, disait-il, si différente de celle de mes ûii- 
c< nistres, e'tait quelque chose de fort doux , et 
ce l'avait tout-à-fait suhjugue'. » 

ce Masséna^ dont les papiers nous annon- 
ce çaient aussi la proscription, Masse'na, conti- 
« nuait l'Empereur , e'tait une autre personne 
i< qu'ils jugeront peut-être comme coupable de 
« trahison. Tout Marseille e'tait contré lui, les 
ce apparences l'accablaient, et pourtant il avait 
#c rempli son devoir jusqu'au moment où il 



»18 MÉMORIAL (Mars 1816 > 

« s'est dëclaré ouvertement^ » Il avait même 
ëte loin , revenu à Paris, de chercher à se faire 
aucune espèce de mérite auprès de FEmpëreur ^ 
lorsque Napoléon lui demandait s'il eut dû 
compter sur lui. « Le vrai , continuait l'Empe- 
cc reur^ est que tous lés chefs avaient fait leur 
« devoir j mais q[u'ils n'avaient rien pu contre 
c( le torrent de l'opinion, et personne n'avait 
ce bien calcule les sentimens de la masse et l'ëlaa 
<i de cette nation. Gamot , Fouchë , Maret , 
c( Cambacërès y m'ont confesse, à Paris, qu'ils 
«c s'étaient fort trompes à cet égard. Et per- 
ce sonne , continuait l'Empereur , ne le juge 
4t bien encore, etc« , etc. 

ce Si le Roi, continuait-il, fût resté plus tard 
ce en France, il eût peut-être péri danâ quelque 
« soulèveinent; mais s'il fût tombé. dans mes 
« mains, je me serais cru jissez fort pour pou- 
fc voir l'entourer de bons traitemens dans quel- 
le que demeure à son choix ; comme Ferdinand 
fc l'avait été à Valencey , etc. , etc. » 

Précisément avant cette conversation, l'Em- 
pereur jouant aux échecs, et son Roi étant tombé, 
il s'était écrié : « Ah ! mon pauvre Roi, te voilà 
« à bas. » Et comme après l'avoir . ramassé 



(Mars 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 1^19 

on le lui rendait mutile' : « Ah! rhorreur» 
. « s'est-il écrié, bien certainement je n'accepte 
u pas l'augure , et je suis même loin de le 
«c souhaiter... je ne lui en veux pas à ce point. ^ 
, Je n'aurais eu garde d'omettre cette circons- 
tance, quelle que petite quelle soit, tant elle 
est caiactéristique sous bien des rapports. 
Aussi, l'Empereur rentré, nous y revînmes 
entre nous. Quelle gaîté, quelle liberté d'es- 
prit dans son horrible infortune, nous disions- 
nous ! Quel calme de cœur ! Quelle absence de 
fiel, d'irritation, de haine! Qui reconnaîtrait 
là celui que l'iiiimitié, le mensonge, se sont plu 
à désigner si monstrueusement? Qui même des 
siens l'a bien connu, ou a cherché à le faire 
bien connaître ! 

Une autre soirée , l'Empereur parlait de ses 
premières années dans l'artillerie et de ses 
camarades de table : c'est un temps sur lequel 
il revient souvent avec un grand plaisir. On 
lui cita un de ses commençaux qui , ayant été 
préfet du même département sous lui et sous 
le Roi , n'avait pu obtenir de le demeurer en- 
core de nouveau à son retour. L'Empereur cher- 
chant à se le rappeler, a dit ensuite que cette 



1^20 MÉMORIAL ( Han 1816 ) 

personne avait y à une certaine ëpoqne, manqué 
sa fortune auprès de lui. Que quand il devînt corn* 
mandant de Farmee de rhite'rieui', il l'avait 
comblée, l'avait fait sonaide-de^amp, et proje- 
tait d'en faire un homme de confiance; mais cet 
aide-de-camp tant favorisé ^ avait été fort mal 
pour lui, au moment du départ pour l'armée 
d'Italie; il avait alors abandonné son général 
pour le Directoire. « ?J^^nmoins> disait l'Em- 
ft pereur^ une fois sur le trône , il eût encore 
«r pu beaucoup sur moi, s'il eut su s'y pren* 
« dre. Il avait le droit des premières annéîes, 
« qui ne se perd jamais! Je n'eusse certaine- 
« ment pas résisté à une surprise dans un ren- 
«t dez-vous de chasse par exemple , ou à toute 
« autre demi - heure de conversation sur les 
«c tetnps passés; j'aurais oublié ce qu'il m'avait 
« fait} il ne m'importait plus s'il avait été de 
« mon parti ou non, je les avais désormais réu- 
« nis tous. Ceux qui avaient la clef de mon 
« caractère savaient bien • cela ; ils savaient 
« qu'avec moi, dans quelque disposition que je 
«r fusse contre eux, c'était comme au jeu de 
ce barres; la partie était gagnée aussitôt qu'on 
« avait pu toucher le but. Aussi n'avais - je 



(Mars it|6) DE SAïIïTE-HÉtÈNE. hU 

« d'autre partie si je voubis résister* que d« 
« refuser . de Je» vpir^ » 

Il aoiis disi^it d'an autre ancieo <:aBiarade., 
qu'avec d^ l'esprit et les qualités couyeuahles^ 
il eût pu tout auj^s de lui, II ajoutait qu'arec 
moins d'aviditë.i un troisième n'en eût jamais 
éjé éloigpae'. 

Nous nous demandions s'ik avaient bien 
soupçonne ce secret et leurs chances, si d'ail- 
leurs l'elévaticm et le lustre de l'Empereur leur 
avait bien laissé la facilité de les mettre à 
profit. 

Au sujet du lustre de la puissance impériale» 
le Grand-Maréchal dit alors que quelque grande 
quelque resplendissant que l'Empereur kii eût 
paru sur le trône, jamais il ne lui avait laissé 
une impression Supérieure, peut-être même 
égale, à celle que lui avait faite sa situation à 
la tète de l'armée d'Italie. Il développait et 
prouvait assez bien sa pensée, et l'IJmpereur 
ne l'écoutait pas sans une espèce de cc^nplai- 
sance. Cependant, observifms - nous , que de 
grands événemens depuis ! Que d'élévations ! 
-Que de grandeurs ! Que de renommée par toute 
k terre ! l'Empereur écoutait, « Eh bien, a-t-il 



M2 MEMORIAL (Mars ms 

te dit, malgré tout cela, Pai'is est si grand, et 
« renfenne tabt de gens de toute espèce, et 
« quelques-uns tellement bizarres, que je sup- 
« pose qu'il en est qui ne m'ont jamais vu , 
« et qu'il peut en être d'autres à qui mon nom 
rc même n'est jamais parvenu* Ne le pensez- 
<c vous pas, nous disait-il? » Et il fallait voit 
avec quelle bizarrerie lui-même, avec quelles 
ressources d'esprit il développait alors cette asser« 
tiori qu'il savait mauvaise/ Nous nous sommes 
tous récriés fortement que quant à son nom , il 
n'était pas de ville et de village en Europe, peut- 
être même dans le monde, où il n'eût été jpro- 
nonce. Quelqu'un a ajouté : « Sire , avant de 
« revenir en France, à la paix d'Amiens, Votre 
« Majesté n'étant encore que Premier Consul, je 
(c voulus parcourir le pays de Galles, co&me 
K une des portions les plus extraordinaires d'Aii- 
c( gleterrè. Je gravis des sommités tout à fait 
« sauvages et d'une hauteur prodigieuse j j'attei- 
« gnis des chaumières que je croyais appartenir 
K à un autre univers. En entrant dans une de 
ce ces solitudes éloignées , je disais à mon com- 
ce pagnoii de voyage : C'est ici qu'on doit trou- 
ce ver le repos, et échapper au bruit des révo- 



(Mars xsiô) DE SAINTE-HÉLÈNE. *23 

« lutions. Le maître, nous soupçonnant Français 
«à notre accent, nous demanda aussitôt des 
« nouvelles de France, et ce que faisait son 
<c Premier Consul Bonaparte. » 

R Sire , dît un autre , nous avons eu la curiosité 
«c de demander aux officiers de la Chine si nos 
te affaires européennes étaient arrivées jusqu'à 
« cet empire. Sans doute , nous ont-ils repondu ; 
« confusément à la vérité , parce que cela ne ' 
i< les intéresse nullement j mais le nom de votre 
ce empereur y est célèbre et associé aux grandes 
ce idées de conquête et de révolutiop^j précisé- 
c< ment comité ont pénétré chez nous les noms 
« de ceux qui ont changé la face de cçtte partie 
H du monde; les Gengis - fiLan , les Tamer- 
•( lan, etc».... » 

Mercredi 2^. 

ËKamen de conscience politique* -^ Etat fidèle de l'Em- 
pire » sa prospérité. -— Idées libérales de l'Empereur 
sur la différence des partis. -— Marmont* — • Murât. 
— Berthier. 

Aujourd'hui, l'Empereur se promenait dans 
le jardin avec le Grand-Maréchal et moi. La 



nZk MÉMORIAL (Mart iai6) 

conversation a conduit à faire notre examen de 
conscience politique. , - 

L'Empereur av^it été très-chaud , di$ait-il , 
et de fort bonite foi au commencement de la 
révolution; il s' e' tait refroidi par d^ré à me- 
sure qu'il ayait acquis des ide'es plus justes et 
plus solides! Son patriotisme s'e'tait affaissé, 
disait4.1, sous les ahsurdite's politiques, et les 
monstrueux excès civils de nos législatures. En- 
fin , sa foi républicaine avait disparu lors de la 
violation des choix du peuple , par le direc- 
toire, au temps de la bataille d' AHoukir. 

Pour le Grand-Marechal, il disait n'avoir 
jamais été' républicain ; matis très -chaud consti- 
tutionnel, jusqu'au 40 sioùt, où les horreurs da 
jour l'avaient guéri de toute illusion : ii avait 
failli être massacré en défendaoi.le Rpi aux. 
tuileries. . 

Quant à moi , il était notoire que j'avais débuté 
par être royaliste pur et des plus ardens.- «C'est 
ft donc adiré. Messieurs ,"^a ïepris plaisamment 
« l'Empereur, qu'ici je suis le seul qui ait été 
« républicain? Et encore. Sire..., avons-nous 
« repris tous deux, Bertrçind et moi. — Oui , ré- 
« publicainet patriote, a répété TEmperetir,— 



(Mari tU6 ) DE SAINTE-HÉLÊNE. H25 

«r Pour patriote, Sil^, lui a observé alors Vxxû 
•c de nous, moi aussi je l'ai ^ié malgré mou 
et royalisme} mais pour comble de biiiarrèrîe, je 
«c ne le suis devemi que sous FEmpire. *- Com- 
« ment, vilain! Vous êtes donc obligé de con- 
« Tenir que vous n'avei: pas. toujours aimé votrô 
et pays? — Sire, ne faisons-nous pas î'ci notre 
€c examen de conscience? Je me confesse. Revenu 
« à Paris , en vertu de votre amnistie , potnrais- 
« je m'y regarder d^abord comme Français , 
«quand cbaque loi, chaque décret, chaque 
ce ordonnance, tapissant les rues, n'accompa- 
« gnait jamais ma malheureuse Qualification 
« d'émigré que des épîthètes les plus outra- 
it géantes! Aussi en y venant, je ne pensais pas 
« que j'y demeurasse î J'y avais été attiré par la 
« curiosité, Je n'avais fait que céder à l'attrait 
« invincible du sol, au besoin de respirer encore 
« l'atmosphère natale. Je n'y possédais plus 
ce rien : pour seulement revoir la France , j'avais 
« été obligé de jurer à la frontière Tabandon dé 
« mon patrimoine, la légalisation de sa perte 
« aussi je ne me regardais dans ce pays, jadis le 
« mien, que comme un simple passager; j'étais. 
« un véritable étranger de tuauvaise humeur et 
2. • 27 



»26 MÉMORIAL ; (Mars iSxs) 

« même malveillant. Arriva Tempire , ce fut une 
« grande chose : c'étaient alors, me disais- je, 
ce mes mœurs, mes préjuge's, mes principes qui 
ce triomphaient}* ce n'ëtait plus qru'une diffë- 
cc rence dans la personne du souverain. Quand 
« s'ouvrit la campagne d' Austerlitz , m^on cœur 
ce s'étonna de se retrouver français : ma, situation 
ce était pénible, je me disais tiré à quatre che- 
« vauxj je. me sentais partagé entre la passion 
ce aveugle et le sentimçnt national j les triomphes 
ce de l'armée française et de leur général me 
ic répugnaient, leur défaite m'eût humilié. Enfin, 
ce les prodiges d'Ulm et l'éclat d'Austerlitz vin- 
cv rentme tirer d'embarras ; je fus vaincu par. la 
« gloire : j'admirai, je réconnus, j'aimai Napo- 
«c léonj et dès ce moment je devins Français 
ce jusqu^au fanatisme. Depuis lors je n'ai pas eu 
ce d'autre pensée, d'autres paroles, d'autre sen- 
ce timent, et me voici à vos côtés. » - 

L'Empereur est passé alprs à une foule de 
questions sur l'émigration, notre nombre , notre 
esprit. Je lui disais des choses curieuses sur nos 
princes, le duc de Brunswick, Je Roi de Prusse -, 
je le faisais rire sur la déraison dç nos préten- 
tions ^ le peu de doute de nos succè$ , le désordre 



(Mar3i8ie) DE SAINTE-HÉLÈNE. »2r 

de nos moyens, l'incapacité de noseKefe. « Les 
ce hommes, disais -je, n'e'taient Téritablemçnt 
« pas alors ce qu'ils ont été depuis. Heureuse^ 
a ment y ceux que nous avions* à combattre h'é- 
fe taient au commencement que de notre force. 
«Nous croyions surtout , répétions - iious sans 
« cesse, et je croyais fermement , que l'immense 
«r niajoritd de la nation française était pour nous; 
« j'aurais dû pourtant me désabuser; lorsque nos 
« .rassemblemens furent parvenus jusqu'à Ver-^ 
c< dun et au-delà , pas un ne venait nous joindre; 
fc tous au contraire fuyaient à notre approche. 
« Toutefois je l'ai cru long-temps encore , même 
<c après mon retour d'Angleterre ; tant nous nous 
ce abusions à la suite des absurdités dont nous 
ce nous nourrissions les uns les autres; nous nous 
ft disions que le gouvernement ne reposait que 
ft dans une poignée de gens, qu^il ne durait que 
ic par force , qu'il était en horreur à la nation ; 
« et il en est qui n'auront pas.cessé de le cïoire. 
te Je suis persuadé que parmi ceux qui le répè- 
« tent aujourd'hui au Corps Législatif , Il en 
u est qui sont de bonne foi^ tant je reconnais 
« l'esprit, les idées et les expressions de Co- 
te blentz. — Mais quand vous êtes- vous donc 



nn MÉMORIAL (ifers i8i6) 

a desahttsé,- disait VËmpetr^uT? — Sire, fort 
« tard ; même quand yQ me suis rallie, qiiamd je 
« suis* yemi à la Cour de Votre Majesté , j'étais 
ce condi^fit par l'adnîration et le seîUimeiit ,. bien 
c< plutôt que par la eanyicûon de yotre force et 
« de votre durée. Gependant qua^iid je me trou- 
« vai dans votre; Conseil d'Etat, voyant la franr 
« chise av€c laquelle on votait fes décrets les 
ce plus décisifs , qiue pas mi ddute n'existait sur 
<c la plus hégtve résistance , qu'il n'y avait autour 
« de moi que eoavictioni et persuasion parfaite, 
ce il me sembla alors qué>rotre puissance et l'é-- 
ce tàt des cboses gagnaient avec une rapidité 
ic dont je me m^ rendais pas compte* A force de 
(c ckeneker eu: tuoinmémB. à en 'deviner la cause, 
R je fis umjour une granidie et importante décou- 
ce verte > c'est que tout cela existait en effet 
ce depuis fort Iong«-t€mps> mais qii« je n'avais 
ce pas su ni vonlu l'ap^cevois : je m'étais tenu 
^ V eacbe sous le boisseau, de peur que la lumière 
ce ne me parvhit. A présent je me trouvais lancé 
(c au mi]ieui^ de tout sou éclat, jeti étais ébloui. 
« Dès cet inslanrf t09»s m^es préjugés tombèrent : 
c< ce fut la taie qu'on ^eva de dessus mes yeux. 
« Envoyé depuis en mission par Votre Ma- 



iuw ,8i6h DE SAINTE-HÉLÈNE. *29 
« jeste, et ayaiiit parcofaru plus de .soixante 
« d^i4;einens^ je ma k isoia k plii5 scmpii-- 
ce leux^et la hoi^ïSke foi la pluB par&î-te à y>drîfier 
«r tout ce à&si j'arais damiië si J»KDg-teni^: j'in^ 
ic terrogeat les prelbts^ Ifis autorités inférieures') 
« je me fis produire les d(H:umens «t les pegU-' 
c( très; j'interrogeai d« simples {>articuli6irs,5an8 
« en être connji/j'emj^oyâ^i totttes les oeatce- 
« épi-euves possibles^ iBt jexecttèilMs laiconvic- 
fc tion que le £k)UT£rneinent jétadt teniièremenl 
«c national et tout à fait yàxt vœu des peuples > 
« qi!ie jamais la FcauGe^àasoictine ^oisj^ue^de son 
ce lûstoire ^ n'avait été pins forlç , plus floms** 
« santé ^ mieux administrée , ^us §ietireuse j 
a jamais leà chemins n'avaient été mienx^entre** 
<c tenus i Tagncuiture avait çagné^'un dixième , 
ce d'un neuvième , d'uu liuitiàine en produc-* 
et tions ^. Ume inquiétude, une ardeu^r génëràle 
« aiômaîexit tous les esprits au travail, €t lels 
et portaient à une amélioration personnelle et 
« journalière. L'indigo était conquis, le sucre 
: _ : \ 

* Chose bien Uzarre , c'est précisément de M. de Yil- 
lèle , deveau depuis câèbre^ que j'obtins^ en Languedoc 
cette asfiertioa iur l'agriciillfire. 



»S0 — MÉMORIAL (Maràtsie) 

cr devait l'être infailliblement. Jamais , à aucutie 
tt e'po^e, le commerce intérieur et l'industrie 
«f en tout genre n'avaient été' portes aussi loin : 
«.au lieu de quatre millions de livres de coton 
« (jui s'employaient au moment de la révolu- 
« tion, il s'en travaillait à présent au-delà de 
«trente millions de livres, bien que nous ne 
« pussions en recevoir par nier, et qu'il nous 
« vînt d'aussi loin par terre que de Constanti- 
* nople. Reu^en était devenu un vrai prodige 
ic dans ses résultats, etc.,' etc. Les impositions 
ce se payaient partout , la conscription était 
« nationalisée; la France , au lieu d'être épuisée, 
fc o(»nptait plus de population qu^auparavant, et 
ff elle croissait journellement. » ' 

a Quand aveo çesnionnées je reparus dans mes 
« anciens cercles , ce fut une véritable insurrec- 
«tion : on jeta les hauts cris, on me rit au nez; 
« mais il y avisât pourtant, dans le nombre, des 
« gens sensés, et j'étais désonnâis bien fort; j'en 
<c ébranla.i plusieurs, j*en co;nvàinquis quelquesT 
(c uns; j'eus aussi mes conquêtes, j^ 

L'Empereur, résumant , disait qu'il fallait con- 
venir que notre réunion politique à Sainte - Hé- 
lène était certainement des plus extraordinaires, 



(Mari\8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE^ Wl 

que nous ëtions arrivés à un centre commun par 
des routes hien divergentes. Cependant nous les 
avions parcourues tous de bonne foi. Rien. ne 
prouvait donc mieux, disait-il, Tespèce de ha- 
gard , Tincertitude et la fatalité qui d'ordinaire, 
dans le dédale des révolutions , conduisent les 
cœurs droits et honnêtes. Rien ne prouve plus 
aussi, continuait-il, combien Tindulgence et les 
vues sages sont nécessaires pour recomposer la 
société, après de longs troubles. Ce sont ces dis- 
positions et ces principes quif avaient fait, disait^ 
il, l'homme le plus propre aux circonstances de 
brumaire , etce Sont eux qui le faisaient sans doute 
encore ITiomme le plus propre aux circonstances 
actuelles de la France. Il n'avait sur ce point ni 
défiance ^ ni préjugés , ni passions ; il avait cons- 
tan^jxient employé des hommes de toutes -les 
classes, de tQus les partis, ssois jamais regarder 
en arrière d'eux, sans leur demander ce qu'ils 
avaient fait, ce qu'ils avaient dit, ce qu'ils 
avaient pensé, exigeant seulement, disait-il, 
«^qu'ils marchassent désoimais et de bonne foi 
vers le but commun: le bien et là gloire de tous; 
qu^ils se montrassent vrais et bons Français. Ja- 
mais surtout il ne s'était adressé aux chefs pour 



hS^ MÉMOIUAL ( Mais tei6 } 

se gagner les partis^ mais^ au contraire » il avait 
attaqué la niasse des partis afin de pouyoir dé- 
daigner leurs chefs. Tel avait été,.disait41, le 
système constant de sa politique intérieure, et 
malgré les derniers évenemens^ il était loin de 
s'en repentir^ s'il avait à recommencer^ ii le ferait 
encore, et C'est sanà raison surtout^ disait-il, qu'cm 
fc m^a reproché d'avoijr .employé et des nobles et 
fc des émigrés. Imputation banale et tout à fait 
« vulgaire ! JLe fait est qu^ souB moi il n'y avait 
i;; plus en France que des opinions ^ des senti* 
te meijks individuels. Ce ne ^nt pas les nobles et 
« Les émigrés qui ont amené lai[?estauration , 
.ft mais bien plutôt la ^Restauration qui a ressuscité 
ic^ les nobles et les é^ij^és« Ils n'ont pas plus 
M particulièrement contribué à notre perte que 
« d'autres : les vrais coi^pables sont les intri- 
« gans de toutes les couleurs et de toutes les 
« doçtrineSi Fouché n était point un iu)ble, Ta- 
ft leyrand n'était pas un émigré ; Augereau et 
« Marmont n'étaient ni l'un ni l'autre. Enfin , 
•c voulez -vous une preuve dernière du tort de 
t< s'en prendre à des classes entières, quand une 
<c révolution comme la nôtre a labouré au milieu 
«d'elles? Comptez-vous ici. Sur ^quatre, vous 



— I 



(Mari 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. )^a3 

tk TOUS trouvez deux nobles doHt Ynn ihême* est 
•c émigré'. Le bon M. de Séffur, malgré son âge, ' 
« à mon départ, m'a fait offrir de me suivre. 
« Je pourrais multiplier mes citations à Tinfini. 
te C'est encore sans raison , continuait - il , qu'on 
•c m'a reproche d'avoir dédaigné certaines per- 
te sonnes influentes; j'étais trop puisant pour ne 
« pas mépriser impunément le^ intrigues et 
« l'immoaralité reconnue 4<^ la plupart d'entre 
« eux. Aussi n'ei»t-ce rien de tout cela q[ui m'a 
« renversé j mais seulement des catastrophes im- 
fc prévues, inouiesj des circonstances forcées : 
« &00 mille hommes aux porter <de la capitale' 
«t une révolution encore toute fraîche, une.érise 
« trop forte pouf les têtes françaises, et surtout 
« une dynastie pas assez anèienne. Je mè serais 
« relevé du pied des Pyrennées mêmes, si seu- 
« lement j'eusse été mon petit-fils. 

« Et ce que c'est pourtant qfae la magie du 
^ passé ! Bien certainement j'étais l'élu des 
ce î'rançais , leur nouveau culte était leur ou- 
ïe vra^. Eh! bien , dès que les anciens ont reparu, 
« voyez avec quelle facilité ils sont retournés 
« aux idoles!.... 

« Et comment une autre politique , après tout , 



»8* MEMORIAL. (Mars 1816) 

il eût- elle pu empêcher ce qui m*a perdii? J*aî 
« e'te' trahi par M*,,., , que je pouvais dire mon 
« fils, mon enfant, mon ouvrage j lui auqiiel je 
ft confiais mes destinées , en Tenvoyant à Paris 
«( au moment même où il consommait sa trahison 
«et ma perte. J*ai été trahi par Murât, que de 
« soldat j'avais fait Roi, qui était l'époux de ma 
«c ^œur. J*ai été trahi par Berthîer, véritahle 
« oison que^ j'avais fi^it une espèce d'aigle. J'ai 
* été trahi, dans le Sénat, précisément par ceux 
«du parti national qui me doivent tout. Tout 
<c cela n'a donc tenu nullement à mon système 
€c de politique intérieure. Sans doute on pourrait 
« ni*acGuser avec avantagé d'avoir employé trop 
« facilement d'anciens ennemis ou des nobles et 
•r des émigrés, si un Macdonald , un Valence , * 
«un Montesquiou m'eussent trahi j mais ils 
« m'ont été fidèles^ j que si on m'objectait la bê- 



* Fàrcoarant un jour à Longwood le nom de$ séna-^ 
téurs qui avaient signe la: déchéance , l'an de noas fit ob- 
server celle de M. de Valence, signant comme secrétaire* 
Mais un antre exp}.iqiaa qoe cette signature était fausse» 
qae M. de Valence s'en était plaint, et avait réclamé* 
« C'est très- vrai, dit l'Empereur, je le sais , il a été très-^ 
« bien ; Valence a été national. » . . 



(Marsi8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. W35 

« tise de Murât, je répondrais par l'esprit de 
« Martoônt. Je n'ai donc pas à me repentir de 
K mon système politique intérieur, etc. , etc. » 

Jeudi 28. 

Chance de danger dans les batailles, etc* "-* Les bnlle- 
tias irès-yéridiqaes. 

L'Empereur, pendant le dîner, parlait sur 
les chances de danger des bâtimens de la Chine ,- 
dont Un périssait sur trente, d'après les rensei- 
gnémens qu'il avait obtenus des capitaines. 
Qui l'a conduit aux chances du pe'ril' dans les 
batailles, qu'il a dit être moindres que cela. 
Wagrarn lui a etë cite' comme une bataille san- 
glante j il n'évaluait pas les tue's à plus de trois 
mille, ce qui n'e'tait qu'un cinquantième , nous 
e'tions 160 mille. E^sling avait e'té peut-être à 
)\r mille , nous étions )^0 mille : c'était un 
dixième; mais c'était une des plus funestes. Les 
autres étaient incomparablement au-dessous. 

Cela a porté la conversation sur les bulletins. 
L'Enrpereur les a dit très-véridiques , a assuré 
qu'à l'exception dé ce que le voisinage de l'en- 
nemi forçait de déguiser, pour qu'il n'en tirât 
pas des lumières nuisibles, lorsqu'ils arrivaient 



H36 MÉMORIAL ( Btoi i»i6 ) 

dans ses mains, tout le reste était très-exact. A 
Vienne et dans toute l'AIletnagne on leur ren- 
dait pins de justice que chez nous. Si on leur 
avait fait une mauvaise réputation dans nos 
armées, si on disait communément menteur 
comme un -builetini, c'étaient lesnvadites person- 
nelles, l'esprit de parti qui l'uvaient établi ainsi. 
C'était l'amour propre Blessé de ceux qu'on 
javait oublié d'y nommer et qui y avaient ou 
croyaient y avoir des droits; et pardessus tout 
encore notre ridicule défaut national de ne pas 
avoir de pliis grands ennemis de tios succès et 
de notre gloire que nous-mêmes. 

L'Empereur après dîner a fait quelques par? 
ties d'échecs. La journée avait été très-plu^ 
vieusej il n'était pas bien, il s'est retiré de 
bonne heure. . . 

Vendredi 2g. 

Insalubrité de Itïe. 

Le temps était constamment mauvais; impos- 
sible démettre le pied dehors. La pluie etThur 
midité envahissaient nos appartemens de carton. 
La santé de chacun en souffrait. La ten^pérature 
est douce ici sans doute } mais le climat y e^t 



{Mars ,8.6) DE SAINTE-HÉLÈNE. »3Y 

des plus insalubres. C'est une chose reconnue 
dans rile qu'on j atteint rarement cinquante 
ans , presque jamais soixante. Qu'on joigne à 
cela l'isolement de l'univers , les privations 
physiques^ les mauvais procédés moraux, il en 
résultera qu'assurément les prisons d'Europe 
sont beaucoup préférables à la liberté de Sainte- 
Hélène. 

Sar les quatre heures op m'a amené plusieurs 
capitaines de la Chine qui devaient être présen- 
tés à l'Empereur. Us ùnt pu voir la petitesse, 
l'humidité^ le mauvais état de mon réduit. Ils ^ 
s'informaient comment l'Empereur se trouvait 
dans sa santé. Elle s'altérait visiblement y leur 
disais-je« Jamais nous n'entendons de plainte de 
lui ; sa grande ame résistait à tout et contribuait . 
même à le tromper sur son corps; mais nous 
pouvions le voir dépérir à vue d'œil. Je les ai 
conduits quelques instans après à l'Empereur, 
qui se pi*omenait dans le jardin. Il m'a semblé 
précisément beaucoup plus altéré que de cou- 
tume. Il les a congédiés au bout d'une demi- 
heure. Il est rentré et a pris un bain. 

Avant et après le dîner il avait l'air abattu 
«t souffrant. Il a commencé à nous lire les 



*38 MÉMORIAL {m«s iSiô) 

Femmps Savantes^ mais dès le deuxième acte, 
il a passé le livre au Grand-MarecEal, et a som- 
meillé sur le canapé durant tout le reste de la 
lecture. 

Samedi 3o. — Dimanche 3r- 

Paroles de TEmperear sur son expédition en Orient 

Aujourd'hui le temps a continué a être très-* 
jnauvais, nous en souffrions tousj de plus nous 
sommes littéralement infestés de rats, de puces '^ 
de punaises. Notre sommeil eu est troublé, de 
sorte que les peines de la nuit sont en parfaite 
harmonie avec celles du jour^ 

Le temps s'était remis toUt-à-fait au beau 
le 34, nous sommés sortis en calèche, L'Empe- 
reur; dans, le cours de la conversation, est ar- 
rivé à dire, parlant de l'Egypte et de la Syrie, 
que s'il eût enlevé Sain t- Jean d'Acre, ce qu'il 
eût dû faire, il opérait une révolution d,ans 
l'Orient. « Les plus petites circonstances con- 
cc duisent les plus grands événemens, disait-il; 
« La faiblesse d'un capitaine de frégate qui 
K prend chasse au large, au lieu de forcer son 
f{ passage- dans le port, quelques contrariétés 
« de détails dans quelques chaloupes du bâti- 



CMar. 18,6) DE SAINTE^-HÉLENE. tiS9 

(t mens légers, ont empêche que la faèe du 
« monde ne fût changée. Saint-Jean d'Acre en- 
ce levé, l'armée française volait à Damas et à 
ce Alep , elle eût e'te' en un clin d'œil sur l'Eu- 
re phratej les chre'tiens de la Syrie, les Druses, 
« les chre'tiens de l'Arménie se fussent joints à 
te elle ; les populations allaient être eT^ranlees. i> 
Un de«nous ayant dit qu'on eût été bientôt ren- 
forcé de 400 mille }iomnies : ce Dites de 600 
« mille, a repris l'Empereur} qui peut calculer 
« ce que c'eût été; j'aurais atteint Gonstàntino- 
tc pie et les Indes } j'eusse changé la face du 
« monde! 



nno MÉMORIAL (ifart 18x6) 

Résumé des neuf mois écoulés. 



Voilà déjà neuf mois que j'écris mon jour- 
nal, et je crains bien qu'au travers des parties 
hérétogènes qui s'y succèdent sans ordre, on 
n'ait que trop souvent perdu de vue mon prin- 
cipal, mon unique objet : ce qui concerne Na- 
poléon et peut servir' à le caractériser. C'est 
pour y suppléer autant que de bcvSoin, que je 
vais essayer ici un résumé de quelques lignes ; 
résumé, d'ailleurs, que je me propose, pour le 
même motif de réitérer désormais tous les 3 
mois. 

En quittant la France, nous étions demeurés 
un mois à la disposition du brutal et féroce mi- 
nistère anglais; puis notre traversée à Sainte- 
Hélène avait été de trois rtois. 

A notre débarquement nous avons occupé 
Briars , près de deux mois. 

Enfin, nous étions à Longvrood depuis 3 mois. 

Or , ces neuf mois eussent composé quatre 
époques bien distinctes pour celui qui se serait 
occupé d'observer Napoléon. 

Tout le temps de notre séjour i Plymouth 



(ii»rt isia) DE SAINT£*H£L£If£; Ui 

Napoléon demeura iconcentré et purement pas- 
sif, n^opposant que- la force 4'inertia« Ses maux 
étaient .teU et tellement 3an»iremède, qu'il 
laissait stoïquement courir les événemens. 

Durant toute notre traversée, ce fut en lui 
constamment une parfaite égalité et suitout la 
plus complètaindifférence : il ne témoignait au* 
cun désir, n'exprimait aucun contre-temps. Qa 
lui portait y il est vrai, les plu? grands égards; il 
les recevait sans les apercevoir; il parlait peu, 
et t^jours le sujet était étranger à sa personne» 
Quiconque, tomibé subitement à bçrd, aurait 
été témoin de sa conversation, eût été bien loin 
sans doute de deviner à qui il avait à faire : ce. 
n'était pas l'Empereur. Je ne saurais mieux lu' 
peindre dans cette circonstance, qu'en le com- 
parant à ces passagers de haute distinction qu'on 
transporte avec grand respect au lieu de l^ur 
TOÎssion. 

Notre séjour à Briars présenta une autre 
nuance. Napoléon , réduit presqu'à lui .seul, ne 
recevant personne, tout à son travail , semblant 
oublier les évéxemens et les hommes, jouissait 
en apparence du calme et de la paix d'une so^ 
litude profonde; dédaignant, par distraction ou 
3. 28 



m MÉMORIAL (Mars Y816) 

par 'rii<^plis, de à'apercevbh' des inconréniens 

ou des pritations dont on rénvircntmait^ s'il en 

dxpFimàit parfois quelque ^chèse; Ce n'ëtâlt que 

réveillé pir Tiiipolliiinitë de qti^ïqftfe Anglais, 

ou excité par le récit' dès outïâgés 'faits aux. 

siens'. Toute sa journée était ïdnj)liè|?» ^es 

dictées; lé reste tlu^iémps dôhiié àù'dèlassetiient 

d*une conversation toutef privée. Il 'fie teén- 

tibtinàit point 'lés*^ affaires de YË\Xfo)^ù'ip^ilkit 

i^aremènt de l'empire , ïorl péûi ' àû c6ïié(iiat ; 

mais KeaUcbiip de* son géhéralkt d^ïtàîfe, ètï)îeli 

plus ënfcpre, et presque côiistammerft , dés jplus 

minutieux detail"s de sôh êbïârfdè "et "de ^rf 

première 'jeunesse. Ces dehiièlr^' Wjcfe 'surtout: 

^eniîilàiént, en cet Ihî^tUift, if Utiëhaitae tbiît par^^ 

ticiilier' pour lui. 'On eût dit qtfiïs'ltii prôcu^ 

raient Wbiibii iioïiipïef,^ ife lé p^^ tn^rha 

à la gàîté. C'était presque ûfi^iquémént^aè^-Cés 

objets qu'il remplissait les heures nombte&ses^ 

de ses protnéttâdes noettttïlés lau'claif dfefferte. 

fenfin , nôtre étatliôSiirnèiit ^à^tbiigWowi fat 
une qùiattriemè et dëtrilèrè tittiliïie: Tbùlfés nos 
situations' jusque-là n'avàiënt été (^'é^Jh^nières 
et transitoires. Ceitè derliifere détenait 'fixé, et 
menaçait d'être durabler Là stHait cotntoertcer 



l^m^Mê) DE SAINTEfHÉLÈNE. m 

rëellemeni notte exil et nos d^stinécg nouvelle^. 
L'histoire Ijsslpi^endrait U} le^ regards de Pijni- 
vers allaieat. nous y, considérer. Ij'Eni|)çr€iUrî, 
semblant fa&re ce calcul, séguJarj^^.JqYL}; ce qui 
Tentoure^ et pm^d, l'attitude de la dignitp 
qu'opprima la forée ;;il trace a^tov^r, de lui unç 
enceinte morsde^ derriè^ Jaqu^elle il se défend 
dësorsnais pouce à pouca .contK^ le^^inço^veT 
nances et les ooitragss;;^ il jue ipàsi^. plus rien à 
ses persécuteurs^ il.se: itfOfitrg isitvsceptible sur 
les formes / hostile /contre tPJU^: entreprise^ 
Les Anglais n'avaient' pas doute :qn.e l'I^abifude 
ne produisit, enfin la &rnwlitç« Jt^'Epappreur 
les ramène au ï>remler.jQ!jLr,.jBt h jespeçt le 
plus profond/ se>mani£este^ . . j. , ; 

Ce ueittt p^» pour nQus.une^pfiti.t^ sutçprise , 
ni une légère satisfaction que. dWoir,.à.nons. 
dire que, sans savoir comment iii Iponrquoi ,;il 
devenait. pourtant .visible, qu'à l!esptit /^t a|(x 
regards desiAsgJaiiç^ilEmpQreur :se trouvait a. 
pi;esent plus haut qu'il ne Tavait été jusque 
là.; npus pouvions même nous apercevoir que 
ce sentiment allait: chaque jour croissant. 

Avec nous, l'Empereur reprit tout à fait 
dans sps' conversations Texamen des affaires de 



ia* MEMORIAL (M*f..«i6) 

TËurope. Il analysait lès projets et la conduite 
dufi'ftouveralns^î il leia^ opposait la/sienne^ ju- 
gcait) tranchait) parlait de son règne, de ses 
actes, ëil un mot nous retrouvions TEmpercur, 
et toui ]^apoleon« Ce n'est pas qu'il eût: jamais 
ces:>é de l'être «n instant pour notre devoùe,- 
ment et nos soins, ni que, de notre côté, nous 
eussions à an souffrir le^moindremenf sous aucun 
rapport. Jamais :il ne ^ fut poul* nous' d'humeur 
plus égile^ de bonté plus constante^ d'affec- 
tion plus habitùelld. C'était pk-ecisément au 
inilieù dé toéUs, et tout:à fait en famille qu'il 
c oncertaii i»es* sbrtîeâficbnli'e l'ennemi conmiun ; 
et " celles qu'on tix>utera les piuB vigoureuses , 
qu. î paraitiont dictées par la colère , ne l'ont 
iné. sque jamais été ^ême sans quelque rire ou 
sans quelque gaité. 

La saitité de l'Emperem*, durant les six mois 
qui précédèrent notre étaMiisement à Long- 
■wo5d\ , àe sembla pas éprouver la moindre ailtéra- 
tionj i>ourtant t'était un régime si contraire ! Les 
lieùrés\» lanoumtûrè, n'étaient plus les mêmes; 
ses habitudes étaient toutes bouleversées. Lui, 
accoutumé à tàni de mouvèmclnt, était demeure 
renfermé toiit ce temps dans* iine chambre, IjCS 



(Marii8.6) DE SAINTE-HÉLÈNE. V45 

bains c taient devenus une partie de son existence, 
et il en avait été constamment privé , etc. , etc. 
Ce ne fut qu'après être arrivé à Longwood , et 
lorsqu'il eut retrouvé une partie de ces, choses , 
qu'il eut couru à cheval et repris des bains, 
qu'on commença à apercevoir une altération 
sensible. 

Chose singulière , tant qu'il avait été mal il 
ne souffrit point; ce ne fut que dà^ qu^^il fut 
fnienx qu'on le vit souffrir. Ne serait-ce pas 
que , dans l'ordre moral , comme dans l'ordre 
physique, il se trouve souvent un long inter- 
valle entre la cause et les effets. 



FIN DU SECOND VOLUME. 



TABLE RAISONNEE 

DES MATIÈRES ' .] 

CONTENUES DANS tfi SECOND Y OXiUM£.> 



N. B. Les chiffres sont les iraiiréros dbs'pâgé's. Ce signe (• ) inâiqœ que 
Jes snjets'se satvetit ; ât 4e signé (^)v^9 lé snjet ^i suit en aURMôt Se 
celai qoi précède* ' 



ALEXiNDRE ( Mmpereur dû 
Russie). Son portrait* 365. 

Akgl£i:«b.r£. Déiailé sur Tîn- 
vasion projetée par Napoléon. 

- La faiblesse seule, de Ville- 
neuTe en'a empêché rexécutionjf 

^f9- . . . . 

. Autriche {Impératrice à*). A 

t)resde , soignait extrêmement 
Napoléon ; - Cherchait en ar- 
riére à en détacher Marie-Louise. 

- Son portrait. - C^était une 
jolie religieuse, disait Napo- 
léoi? , 36^. 

Autrichiens, Marengo était 
la bataille où ils Vêlaient le 
mieux montrés , 179'. 

Barbaresqubs. Le paTilloq 
de NapoléQ^ à Plie d'£lbe éuit 
sacré po«r eiM^.-Faisaient des 
présens aux capitalises • elbois», 
disant qu'ik aéqHktaiflot la 
dette de Mosoow.-^Ne fabaîent 
pas la gnetre à Dieu, 398. 

Bernâkdiw-db-St,-Pierre. 
Observations de Napoléon sur 
Paul et Virginie. - Anecdotes 
sur son auteur , 179, 



Bessierb {Mari^ô/iai). Son 
portrait, 187. 

' Calonne {Si, de) vient près 
du Premier Consul, et s^efTorce 
de rentrer an ministère, i65. 

Cadastre. ' L?Ëmpereur di- 
sait, qu^il eiaît la véritable ga« 
rfintie 4^8 propriétés , et fa sûre 
independance.de chacun, 3iS. 
Caricatures 9ur I^apoléon^ 
etc. , â86-3oo: 

. C4LTIJLINA. L^Empereur ne 
comp.renait pas sa conjuralion.- 
PenSait que c^était plutôt quel- 
que nouTelle faction à la façon 
de M^rius et dé Sjlla , /^o6. 

Charles Xlî, rôi de Suéde', 
assî^ssiné par les siens, 172. 

Chine. Comment sont traités 
les £urot)éens à Cânton.-Carac- 
tère des Chinois, 324. 
' Clausel ( Général). L'Em- 
pereur le met an nombre iea 
généraux qu^il disait ard» dâ 
composer ses nouveaux maré- 
chaux; -être Tespérance, le» 
destinées dé Favenir, 20. ' 

CocxBtfRii {Amiral àn]glais): 
Sa conduite ii Sainte-Hélène, 78. 



44B 



TABLE 



• 8a répiMue mx plaintct qui 
loi sonl adretMM, 80. EoToia 
I FEmpereof set fusils de 
cbaMe, 118. Gonieot A g» que 
r£ai|iei«iir parcoure toute Vile 
aans escorte. • Manque & son 
engagement, i55. Déclare qo^3 
n^acceptera pas une lettre de 
Napoléon pour le prince de 
Galles, si ellen^'est onTerte,388. 

CoasTAST {Benjamin), Sa 
eonTersalîon aTec Napoléon , 
pa retour de File d'Elbe» 38i. 

GoRBiHSW ( Général), Son 
genre de mort affecte TÎTcment 
1 Empereur, 181. 

GoRNEitxB.L^mperenr Tad- 
mire éminemment, 5o4. Disait 
que la France devait à Corneille 
une partie de ses belles actions. 
- SHl eût vécu , rEinpereor 
) eAt fait prince, 5o$. 

Cd&TisAftT {Médecin). Arait 
été souYcnt entrepris par l'Em- 
pereur, 35o. Etait ennemi des 
remèdes , 35o, L'Empereur Ta- 
rait amené ft arouer que la mé- 
decine était une ressource pri- 
TÎlégiée: bienfait pour les riches, 
fléau des pauvres , 55i • 

Drovot (Général). Paroles 
derEmpereur snr son proeès, 
41 5. 

DiTROC ( Granà**Rîaréckal du 
palais ), Portrait qu'yen fait 
l'Empereur, 18). Détails sur 
sa mort, iS3. Sur son carac- 
tère, etc., 184. ' 

EoTPTS. Projet de détourner 
le Nil pour faire un désert de 



FEgjpte, ti eonaacrer le Cap 
de Bonne-Espérance aenle route 
de rinde, aSa* 

EaVAOHB. Paroles de Napo- 
léon aar la tenuthre de Por- 
lier, 878. 

FsvMBS. UEmperenr disait 
qne nen n'annonçait plus dies 
elles la bonne éducation, comme 
l'égaKté de leur caractère , 867. 
KEmparenr disait qoe les 
Françaises illustraient lenrs i 



timens y Sqs* 

FsBnixAKD m (Roi éTEs» 
pngne, ) Détails de sa véritable 
situation ft Valencej, nr. — 
A beau vouloir serrer son scep- 
tre avec rage, on de ces beaox 
matins, dit TEmpereur, il lui 
glissera de la mnn comme une 
anguille, 979. 

Foy {Général). L'Empereor 
le met au nombre des généraux 
qu'il disait avoir dâ composer 
ses nonveanx maréchaux ; - être 
Pespérance, les destinées de 
ravenir,9o. 

Fravçats. L'Empereur lea 
dît être frondeurs , turbnlens 9 
mais non conspirateurs , 557. 
' GiRARD ( Général). L'Em- 
pereur le met au nombre des 
généraux qn'il disait avoir dA 
composer ses nouveaux maré- 
chaux; - èire Vespérance, les des- 
tinées de Tavenir , oo. 

Gourgaud ( Général )• Sa 
tendresse pour sa mère et sa 
,86. 

Gracques. Leur histoire îns- 



pire de* dootet h Napoléon. - 
Béfleifon^, 4o5. 

GuERRB. L'Emperenr disait 
qae le système changeait sou- 
-Veut. -' Mo^rens employés il la 
défense de Vienne et de Dresde, 
et projetés en i8i5 ponr celle 
de Psris, ^ii. 

Iifap(dion)^S(m genre de mort 
^fecte Tivement Najpoléon , 
i8i. 

HiSTomis AwciENNB. Ré- 
flexions de ^Empereur sur Sci- 
pion, César, Alexandre, 4^9* 

Historiens prançais. Obser- 
Tations de TEmperear sur ceux 
qni avaient écrit Thistoire an- 
cienne , 175. Sur ceux qui ont 
écrit notre histoire. - Anecdo- 
tes , 176. V 

IiTOBs. 'Quelques mots sur le 
gouvernement , les lois , les 
mœurs. - Hyder Aly. - Tipoo- 
-Saïh , 162. 

• Kléber ( Général ). N^éiaît 
que l'homme du moment, - Ne 
recherchait la gloire que comme 
route aux jouissances, i8. 

Lamàrque (Gcner<i/),L''Em- 
pcreur le met au nombre de 
tes généraux qu'il disait avOîr 
d& composer ses nouveaux ma- 
réchaux 5 - être l'espérance de 
Tavénir 9 iao. 

Laïques {Mar/ohaî ^ Due de 
Jflonlébetto). ITÉmperenr di- 
sait VaTOÎr pris pygmce et l'a- 
voir perdu géant, 19. Paroles 
ddt Empereur, 181. Quand il 



EAISONNÉE. 44? 

fut distingué par Napoléon ^ 
259. 

Las Cases ( le Comte âe ). 
Conversation avec un anglais, 
91. Reçoit de Napoléon les 
éperons portés & Dresde et h 
Champaubert, i4o. Donne h 
TEmperenr aa première leçon 
d'anglais, z56. -Mystifié par Na- 
poléon, 346. Examen de cons- 
cience politique , 4^* 

Lboio» d'honneur. ( Ordre 
de la) L'Empereur estime à «5 
mille le nombre qu'il en a dis- 
tribué , et le désir de l'obtenir 
allait toujours crois$ant.-Envoie 
à l'archiduc Charles , après la 
campagne de Wagram, la croix 
du simple soldat , 33o* 

IiiBç^i^jss. Histoire secreUe 
du cabinet de Bonaparte, par 
Goldsmâih. - IJ'Emperenr ria'ft 
dç ses, mensonges, lij* 

LpNowoon {hng^^is) Dé- 
mettre de rEmperenr. -Sa des- 
cription , 4t. 

Maison domestique de VBm^ 
-pewur à SamU-Hélêne. - Sa 
compositi^i- Kom de, chacun , 

47* 

MARCftATïB '( Premier Valet 
de éhamhre de ^Empereur ). 
Ôouchaît tonjourâ sur «« ma- 
telas à la porte d« la chambre 
de rEmpereur, iSg. 

Marib-Louise {Inrpér/tfrfte). 
Son affection pour l'Empereur. 
- A Dresde, sortait à peine 
pauT proûler des plus petits 



4So 



.. XAaLJB . ,. 



loisirs dti son épopx. • Jalousie 
de sa bclVe-mére , 363. Se yan. 
t^\\, de n^ayoir qpi'h pleurer poor 
obtenir de Napoléon ce qu elle 
désirait, 368. Ses couclies. - 
Avait été en <ïanger. - Toute 
sa crainte ëta)t qu^on ne la sa- 
crifiât, 4pï' 

Massâna (Mariêckalj.h'^Km- 
percar le dit i^voit été Traî- 
ment supérieur , aô. Avait 
rempli son devoir jusqu^au der- 
nier moment , 417. 

Matelots anglais. L^Èm- 
peréur reçoit souvent des preu- 
ves non équivoques de leur 
bienveillance y ou ide leur en- 
thousiasme. - Anecdotes, lag. 

MébBctNB. Etonnement du 
docteur Warden sur les con* 
naissMlceB de PEmpereur, 348. 
SeiB. Bàaxîœes, 749. Voulait 
interdire les remèdes héroî'- 
ques à -une certaine classe dé 
médeciifs , 366. Diislt de la 
peste que son plus grand dan^ 
ger était dans 19 crainte; son 
plus gi'and femcde dans le cou- 
rage, 3S3k ^ £a rèveiDaîi à Id 
médecine ' de Bab^loohc 9 25i4* 

MÉMORIAL DB SAlNTB-Qfi- 

£âiTS.-.So» esprit , 289» ' 

Mcifl4TJC1^np DiïS VUUlKGltB SX 

nu TBiswu liSttv sapanû^n d« 
ia plntf^iabtef impartaflce. - Le 
ministre da^^résor- wai coatr 6- 
leiiff de l^mpire , 3i5. 

MoxTBKPTTS ( BaiaUk de y . 
Oiapitre de la campagne d'I- 
talie dicté par l^Empereur, 926. 



MoB:^;^.{ (féi^/d)' Opinion 
de l'Empereur. - AvAtt plus 
d'infi^in^ti^ue de génie, 19. 
, MuRAT ( Roi de Naples ), 
Opinion de TEmpereur, 17. Son 
commencement , ai 3. Cause ac-r 
tive dea malhenta de la FrgnCQ 
en 1814» ^3. Nonvelle cause 
en i8iâ pou^ avoir attaqué les 
Autrichiens cpptve lesinteor 
tions directes de Napoléon^ 
S74. L'Empereur eût voulu IV 
voir à Waterloo, r Ce quiiVn 
empêcha, - Dit qu'il, eftt pe^tn 
être valu la victoire , 276. P?- 
rallél^ de son déMrquement 
avec celui de îï^oléon , ^76. . 
NAPQLioii. Ds^gçrs qu'il court 
il Tavmée d'iialielui fait crjéer les 
guides,9.Est sur le point de tom^ 
ber dans les mains de Wn/mser, 
zo. Sa manière de faite la guerre 
déconcertait ' tout le monde. - 
Motjd^un gros officier allemand, 
11. Anecdote touchante dW 
<^ien) 12* — DU que. le sort 
d'une l^ataille est le résultat 
d une éliacelle , d'un instant , 
i5. Ce qu'il demandait dans un 
généra» 17. Force d'ame né- 
o^ssAire pour livçer une grande 
t>at9ille9 17* Son opinion sut 
âixpv» géoéraps , 1?. — On lai 
présente un - jeune lieutenant 
anglais. - SingularUi^, 27. Sa 
ti;apfiUtion 4 Longwobd, 55. 
p(;emier bain , .Sg, Régularise 
sa-maispn ^ 47* Précieuses, qua- 
iité|s.,&2. Ses habitudes à Long- 
wood,. 64. —Son style aux deux 



RAISOBItÉE. 



45t 



Impérauice», 67. — Ses maxi- 
mes sur la polioe, 69. Sar celle 
des lettres, 71. Sur la liberté 
de la Presse^ 74* Idées libéra- 
les , 75, — Première tournée à 
cbevid , 76. Paroles sur TAmi- 
lal » 79- — SoB mépris pour la 
popolarité,8i. Son système de 
gouyeznement y. 8a* — A éié soa* 
ir^iU. Messe dans ses bataîUes ; - 
le. cachait soigaensemei^, 89.--* 
Prât à.4iaparaUre dans nn ma- 
récage à Sainte Hélène^, 106.—" 
N^a jamais voola qu'on réfatât 
les ■ libelles ' conura lui 9 iii« 
Poison de Mithridacte» iiar. *- 
Il laboore un sillon f ii3. De- 
nier de la ven^e, si 3. Ne hait 
point PAmiral , 114. Sa m à 
Longwood , iaa« SeS'COOMea à- 
cheT«l^ ia3» La nymphe , la^*' 
donnait des sobriqueu^ 194* 
Sor la plaœ la plus forte» taé* 
^ Sor rimaginatlOQ. iSi. •*« 
Conuariété» de la pari de TA- 
mîri^». i3S» -> Couché, «n jona 
par on soldaft anglais à Sainte^ 
Hélèna» i43. Riait dé pitié 
des libelles contre IoÎî iSr.- 
Apprend Panf^is ^ i54. •«** Di- 
sait qn^on avait glté tontes »eê 
intentions toncbant les unirer* 
sites, r55. •**<* Premtèfn leçon 
d'anglais» i56. Gonreraatioa 
sur Farmée. - La jofaimie. • La 
polHiqne. - Tlnde, etc., i5Bé— » 
*Dit impossible n'être pas frau" 
çais , 178. Danger à E^lan , 
178. Aléne. 180. — * Cheval em- 
bourbé à Sainte^I^élètte. - Sol» 



licilnde domestique , 196. — Sa 
connatasanee avec Joséphine • 
aaS-. -«^ Apprend 1» mort Aet 
Murât 9 37a. Il ne saurait eiis- 
ter aucun pairall^ entre son 
entreprise- et celle de Afterat , 
vfi. -— > Paroles sur Télat de la< 
Franee et de TEnrope enidjiô 9 
«91. — Faitia peitituredu bon*- 
bei|r domestique* - Être' privi 
de Hial^tation patemella était 
n'aTOtr peint de patviv, 994* ~* 
Travansqu'ilavalt fint^aireàrt- 
le d^£lbe.^Son payiUo» respecté 
de toutes les puissances, 297: 
Comparaison 4e Tile d^Elba 4 
Sainte^Hélène , a98« ^ La cam* 
pagne d'Italie, ftortern le non 
de Las Cases. - ÇeUe d'£gypt« 
celtti de Bertrand, et devra £aire 
la fortune de leur poche et 
de leur mémoire, 3o5. •*^Lee 
fournissenrs- et les gens d'at-' 
faire i fléau, lèpre d'une na<« 
tiott , 31 1. A son retour de Hlé 
d*Efi>e, des nkaison» d^Am8ter< 
dam et de Londres hû.euTrent 
uti crédit de 100 millions, 3*15. 
fouissait d^une réputation sin^ 
gttliire parmi les bureaucrates* 
9i4. La spécialité avait été no 
des ressorts les plus benreus de 
son admkiîstration , 3i5. Ëtait 
▼enu À bout d& créer radoedais- 
tcation la plus pure et la pins 
énergique de Fikirope.'- . Avec 
les Moniteurs seills-eût pu tra-* 
oer riiîstoire de toute radaiiais- 
traûon financière de 30n règae, 
5 16. -*- L'eao,, Pair et le feu 



45* TA 

avaient éié hn neuls ennemis 
d'aune régénération universel le , 
3tii. Difficnliés ponr créer nne 
Conr f 3s7. îl avait fait celle des 
Tuileries la pins brillsnte que 
Ton eAt jamais vue, • conserva 
toujours vne extrême simplicité, 
3a8. "—'Rétablit les levers et les 
coQchers. • Les présentations 
spéciales.— Les titres. • Les 
déicorations , 3a8. Anecdote de 
Tarare, 3Si. Forma sa maison 
.d^honneitr de personnes qne la 
rétointidn avait élerées et dans 
les faiâilles anciennes cfu^elle 
avait dépouillées. - Visait par-là 
à éteindre les haines et faire la 
fosion des partie , 33l. Les offi- 
ciers de sa maison considérés 
dans les coars étrangères h Iné- 
gal des prinres, 534* Ses Châ- 
feanx renfermaient' 4o millions 
de mobtKer et 4 millions de 
▼aisselle, 335. Bevakotl réta- 
blir le grand couvert? « Raisons 
poor et contre , 337* 5>on viSê 
ÊEiTorito, la pais obtenue, était 
de faire des tonrnées perjpétael- 
les dans lea -départemens « S4x; 
— Ne croyait point à la méde- 
cine, 349» Voulait interdire les 
remèdes héroîqpes , 35o. entre- 
prenait souvent Corvisart , 35o. 
Déûnition de la folie - Diffé- 
rence entre le sommeil et la 
mort , 35«. Médecine de Baby- 
lone , 554. — Si voiture perdue 
à Waterloo V 359. Ule de ses 
serviteurs, 3So. — Entrevne 
de Dresde, -o Ë(K)qac. de sa plus 



BLE 

hante pin^sance. - Y a paru Te 
Roi des Rois , 36i. Il gorgea de 
diami^ns tons ceux qâi Tâppro^ 
chèrent. - N^eut diantre garde 
que les gardes-du-corps saxons , 
36a. Paroles affectueuses sur le 
Roi de Saxe et la princesse An* 
gnste , 362. — Ses idées sur la 
puissance rtisse* - Sur Gonstan- 
tinoplé. - A pensé affranchir U 
Grèce, 2^5. Jamais n'avait sur- 
pris de mauvaise humeur danv 
ses deux femmes, 367I' — Ses 
idées et ses projets pour lie bon- 
hènr de la France, 370. Tout ce 
gtil-f possédait s'est fondu ^an.- 
les besoins de la patrie.' - Il de- 
meure nu sur son roc, 377. Sa 
convérsiation avec M. B. Cous- 
tant en T8t5,38^i. — Fait deman- 
der à TAmiral si une lettre de 
lui au Prince Régent seraft en- 
TC^e,'387. — Son nonyï 'était 
prononcé à llle de Fratice qu'a- 
vec atteodrisseménf , SgSw Jeux 
de tndti,* ^^7; -^ se vantait , 
dans les couches de Tlrapéra- 
trice , d^avoir été aussi bon mari 
qn'auemi bourgeois de la nie 
Saint-Dènîs. - Rassure Dubois. 
- Ltiî dit de se condnire comme 
sSl attendait le fils d'4n savetier, 
^01 .«—Dormait souvent pendant 
la bataille. - Disait ce sommeil 
un avantage , 4''9- l^v^s de ses 
camarades de rartîllerie^ 4^®* 
Croyait son nom inconnu à que!- 
qves-unn, même dans Paris. - 
Ne Pelait en aucun pays, même 
à la Chine , 4^^- ^ Examen de 



EAlSONIfÉE. 



4» 



GOQScU^nof poliUqne, 4^4* ~~ 
iNo 8''éuii jamais adressé aux 
ohefi pour gagner les partis; 
mais avait attaqué la masse des 
partis pour déd^igoer les chefs, 
43i. N'aYalt pas eu iqrt dVivoir 
employé des nobles et des émi- 
grés. - Les vrais coupables 
avaient été les iatrîgau^ de tou- 
tes coaleors et de toutes les 
doctrpefl, 4^,^^ Se serait re- 
levé du pied deaPyrennées s'il 
eût éié son petit-fils- , 433. 
Trahi par ceux qai lui devaieiU 
tout, ^34. Les. bulletins étaient 
très-véiidiq[ues ', 456. S'il eût 
enlevé Saint-Jean d'Acre , il 
opérait une révokitioa dans 
rOrîent. - Eût chai^ la faoe 
du monde ^ 438. 
, IVsjLBB. (ilf. (U) témoigas au 
premier Consul le désir de 
rentrer au mînisière. -, Eçrii 
guq la France ne pouvait plus 
être ni république ni monar- 
chie. - Napoléon le fait,;ré£ut«r 
j^ar le Consul Lebrun, vi65. 

Net {Maréefuil}^ ^^iaion de 
TEmpercnr, 17. - Examen de 
son plaidoyer, So.-Ayaût quitté 
Paris tout au Aoi, 52.- Paral- 
lèle avec. Turenne» 33. • Pa- 
rôles de TËmpereur .sur son 
procès, 3^. ' . ,; 

Paris. L'Empereur, yq^iaii 
ea faire la capit^e 4« l'ww- 
vers, 54». 

Les artistes slaccordaient à en 
faire ui^c y^no, ^ Madicia. ^ 



Avait, à 111e d^Elbe , arraché 
d'avance le secret do départ au 
général Lrouot. — A Nice, 
avait organisé un fourgon en 
poste, qui arrivait tous les jours 
de Paris, chargé de modes, 368* 

p£ynjss. Maximes de l*£m- . 
> pereur sur ce qu'on doit faire 
pour les rendra hçur^ux^ 3a. 
. Pi£' YJI. L^Empereur n^ayj^ît 
pas ordonné son enlèvement ^e 
Rome, ni encore moins sa trans- 
lation en France, ai. : 

PioNTKows&i (^Polonais). Soa 
arrivée à Sainte-Hélène, 11 6* 

Pi,ÀNAT ( Officigr .(Tordon^, 
nonce )• L'^Empereur le re- 
grette, 141. 

PoLip£. Maximes de TEmpe- 
reur, 69. - Ge.qu^il fait pour la 
relever aux yeux djes pt^uples, . 
70. - Celle de la poste aojL let<*« 

¥RJipT {Aiid itf). Portrait^ 
de Napoléon, dans l'ambassade 
de Varsovie, 54.- Héfutation;,^ 
56. - Défend Napoléon,} ^u^* . 
liGé pa^r les ^Sq^VjÇ^ains .d^ re- 
prései}iAni„de,ia révélation, 58^ -. 

P&vésB . ;( âeine ^àe ). Bmit 
des HYdns de Paris, à la peik ' 
deTil8it,68. 

pRussiS {Koide), Son por- 
trait, 565. 

Prussiens. Paroles de TEm- 
p.erear^r,rafmêe prussienne^ < 

i^ww;.-.-:.i ;.. •..■, . ^ 

K^ciME. L'Emppreur en était 
;rftvi»:ct.y.irDuAait>dc vrais dé- 



454 



TABLE RA 



lices, 304. Sa critique de Bri» 

timiiîteiis, 3gg. 

RécAmER {Madame), Gao* 
ses de son avernon pour le Pre- 
mier Coifstil , 5io. 

- RoBix. L'^Emperear se pro-» 
posait de la nettoyer de ses dé- 
combes^ et de la resianrer, 597. 
RoirssBAV ( /.-/.) . Pensée do 
TEmperenr siir la>NoitVelie Hé- 
ld!se, aS. 

Rvssxs. Paroles de PEmpe- 
renr sur Parmée russe » 179. 

"3AniTE-HiLiT«, Guhure. - 
Législation. - Population , taS. 
Son éloge ^ar empereur. * 
OHée peu de ressources. - Les 
captifs , dit-on, Faffament, 265. 

'^Â!x:&'ÇPnncesyô Auguste de). 
Profonde ' estitfae de Napoléon 
pbur cette famille. - Il regrette 
fort d'avoir em^tïbéle mtariage 
de la princesse Auguste avec 
l%mpereur François, 363. 

SkÉotrR. (Hf. h Comte de). A 
fait offrir à FEmpereur de le 
8û2vi« à Sainte-Hélène, 4^3. 

'Sivmir^ {Madame de). Ob- 
senrattous >de l'Empereur, 17 1« 

^«SoULi; {Maréchal). Paroles 
d$ ^PEm^poreur V qui le . croyait , 
mis en jugement. * Disait quHl 
eût pu être condamné, bifn 
quUnUocent, 4^^* 

Stabl ( Madame de ). Juge- 
ment de TEmperenr sur sa 
Delphine. - Avances Mtes au 
jeune Général de Tarmée d'ka^ 



ISONNËE. 

lie. - Ses lettres. - Anecdotes^ 

i«4- 

SvcflfiT {Maréchal, Dut d^ AU 
hujéta ). Son esprit et son ca- 
ractère s'hélaient accrus à sur- 
prendre, 19. 

■ »rÊx!*GKt. ( Général ). Sa 
mort. - Son portrait , 343. 

Takka. L'Empereikr Taîmait 
beaucoup. - Appréciait son 
gratnd talent. - L^avaît repris 
sur plusieurs de &e& r6l6s , 5o8* 

TRAéiniES HODSRNES. L^Elm- 

pereur appelait Hector^ une 
pièce de quartier-général , as- 
surant qu'ion iraît mieux & Ten- 
nemi après Tavoir entendue, 
305. - Condamnait led Ètau de 

' Biéie conmie une tragédie mau^ 
vaise et dangereuse^ 5o6. 

TuafimrE. Parallèle Ae su 
conduite en 1^49» ^^^ celle 
deNey, 33. 

Va£Encb ( Général), A tou- 
jours été national, disait TEm- 
pereur h Sainte-Hélène , 434* 

Vi^NiiiiiiÂiiiE. ( Journée du 
iS )G&apître de la campa- 

,gne 'd'Italie dicté, par TEm- 
pereur, tfoi. 
'ViLtèLs(e^). Son assertion 

jsnr les progrès de Vagricnliure 

jsous rempiré,4^9. 

\ WiLXS {ColoneU'Gùuvemeur 

\de Sainte'- Hélène pour la com' 

pagaie dés Indes,) Son por- 
trait, lao. Conversation inté- 
ressante de TEmpereur, i58. 



riN. M LA têMm luisoniriji nv sscoim tolvue. 



ERRATUM. 



Pag« 32 , ligue 63 an lieu de : ce zè/e, lisez : ce rôle* 



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